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Publié dans : #matiere a reflexion

LES ENJEUX D’UN CONFLIT

Autisme ou détermination ? A peu prés tous les qualificatifs ont été employés à l’égard du Premier Ministre pour expliquer son attitude. Produit marketing pour les médias (les gros titres des journaux), ou raccourcis théoriques pour les politiciens professionnels (ça évite l’analyse et frappe l’électeur, par des « jugements à l’emporte pièce », ), le qualificatif, toujours outrancier laisse le citoyen sur sa faim et entretient le voyeurisme.

On a toujours tort de sous estimer l’adversaire ou de soupçonner chez lui des comportements et/ou attitudes plus proches du pathologique que du politique.

UN TERRAIN POLITIQUE ET SOCIAL FAVORABLE

L’attitude du Premier Ministre est incontestablement rationnelle et ce à un double égard :

- il est là pour libéraliser l’économie française qui a « pris du retard » sur les autres économies européennes,
- il a affaire à une opposition institutionnelle politiquement « molle ».

La libéralisation de l’économie est désormais un impératif pour le milieu des affaires - l’argument est simple, pour ne pas dire « simpliste » : l’économie mondiale est libéralisée, ou en voie de l’être, la France ne saurait faire exception. Quoique historiquement absurde ( voir « MODERNITE QUAND TU NOUS TIENS ! »), l’argument correspond aux intérêts à court et moyen terme du capital. Il s’agit donc d’avancer rapidement pour que les stratégies industrielles qui se mettent en place en Europe (transports, énergies communications,...) trouvent un terrain propice aux grandes manœuvres des possesseurs de capitaux.

Il a face à lui une opposition « molle ». la Gauche est en grande partie déconsidérée, quoiqu’elle puisse apparaître, de moins en moins, comme une alternative, pas satisfaisante, mais à défaut d’autre chose !... Le Parti Socialiste, malgré un discours - électoral - offensif est prêt, il l’a montré, à gérer le système. Le PC très affaibli hésite entre deux stratégies, est indéterminé et hors jeu.

Le mouvement altermondialiste enferré dans ses luttes intestines et ses approximations théoriques est également hors jeu... on ne l’entend d’ailleurs pas.

Il sait (le Premier Ministre) qu’en dehors du processus électoral tous ne tenteront rien.

Les syndicats. à l’image de leurs homologues européens sont très affaiblis. Ils ne peuvent plus rien tirer des luttes et négociations (voir « ILS NE CEDERONT PLUS RIEN ! »),... quand ils ne collaborent pas avec les gestionnaires du système. Ils ne se limitent plus, en dehors de protestations purement symboliques, qu’à la gestion des conséquences sociales des mesures de déréglementation, restructuration et délocalisation,... autrement dit, à la gestion des « plans sociaux ». Il sait qu’il peut ne plus rien négocier (‘voir « NEGOCIER, MAIS NEGOCIER QUOI ? »)

Reste l’opinion publique ou, ce que l’on peut approximativement appeler le « mouvement social » : elle a en mémoire les acquis sociaux et voit disparaître, par petites touches habilement appliquées, par la Droite comme par la Gauche, un modèle économique et social acquis de la Résistance et de luttes sociales sévères et coûteuses. Anesthésiée par le discours « moderniste » de la Droite, les promesses de réformes et les stratégies électorales de la Gauche, manipulée par les médias,... elle lâche peu à peu prise malgré, et suite, à des mobilisations sans lendemains.

Tout ce constat, le Premier ministre l’a fait. Il sait ce qu’il a en face. Il sait ce qu’il doit faire (« moderniser », c’est-à-dire « marchandiser » l’économie) mais ne sait pas trop comment le faire car des zones d’indétermination demeurent. Il a donc tenté un coup, le CPE qui, s’il réussi va être très payant politiquement.

DES FORCES EN PRESENCE HETEROGENES

Côté gouvernemental.

Inutile de trop s’étendre : l’UDF de plus en plus dissidente « plombe » la crédibilité de ce Gouvernement. Au sein même de l’UMP la « course à la présidentielle » relativise les soutiens et crée une ambiance peu propice à l’unité d’action.

Côté opposition.

La situation est plus complexe - Outre le fait qu’il sait qu’aucune organisation politique et syndicale ne veut une crise majeure, les divergences et les intérêts bureaucratiques des unes et des autres modifient et font fluctuer ses marges de manœuvres.

Le principe, trés classique, et de faire céder la partie la plus molle du dispositif adverse...

Sur le plan politique, rien, ou pratiquement rien, n’est à faire puisque la surenchère électoro-verbale tient lieu et place d’action... joutes parlementaires et par médias interposés... c’est tout.

Sur le plan syndical c’est plus sérieux : l’unité stratégique n’est que de façade, et il le sait. Cette unité symbolique doit/devrait craquer à un moment ou à un autre. Le problème c’est quand ? ça il ne le sait pas... pas plus lui que quelqu’un d’autre. Ce d’autant plus que les syndicats se sont engagés simplement et fermement sur le « retrait », au-delà peut-être de ce qu’ils auraient souhaité, et que tout recul sera particulièrement visible, donc dommageable en terme d’image et de crédibilité.

Or qui dit « quand ? » fait allusion au « temps ». Le « temps » joue en sa faveur. Pourquoi ?

- des divergences peuvent apparaître entre les syndicats qui obéissent à des logiques différentes,
- côté étudiants et lycéens, la pression de l’échéance des examens permet de faire monter l’angoisse et donc de miner la détermination (voir les mouvements sporadiques « anti-blocage »... largement exploités dans les médias).

En jouant sur ces deux facteurs le Premier ministre tente de fissurer, de désolidariser le front de ses adversaires... d’où cette « valse hésitation » qui consiste à « vouloir dialoguer » en restant inflexible sur le maintien de la loi... Ce qui donne l’impression d’incohérence alors qu’il s’agit en fait d’une fine tactique de déstabilisation.

Le Premier Ministre a en plus, dans sa panoplie, un paramètre non négligeable : la police. Les démonstrations de masses de plus en plus massives et difficilement contrôlables par les organisateurs permettent bien des manipulations. J’exagère ? Il suffit d’écouter ce que disent les Renseignements Généraux qui soupçonnent « une volonté de discréditer le mouvement social en tentant de le résumer à des violences urbaines ». Libération 24 mars 2006. D’après vous qui a intérêt à ça et comment cela peut-il se faire ?

DU BLOCAGE A LA RUPTURE

On retrouve ainsi, sous une forme bien entendu différente, la vieille tactique médiévale du « siège » : attendre sans combattre que l’adversaire s’épuise.

Il sait également, qu’il incarne le point de blocage - c’est lui qui bloque en refusant de retirer le texte. Mais contrairement aux apparences cette position peut être une position de force et ce pour deux raisons :

- il a la légitimité pour lui - la loi a été votée par la « représentation nationale » et sa légitimité est incontestable en droit,
- il peut transformer toute ouverture de dialogue - c’est lui qui a l’initiative - sans rien lâcher sur l’essentiel, en un point positif à mettre à son actif, ses interlocuteurs passant alors pour des « jusqueboutistes »... il inverse habilement les rôles.

Le premier point lui permet de justifier et verrouiller légalement et constitutionnellement son refus de retirer le texte.

Le second point lui permet d’enfoncer un coin entre les organisations syndicales aux motivations stratégiques différentes.

Dernière option dans cette affaire, l’évènement extérieur qui rend/rendrait caduque cette problématique et permet/permettrait de renvoyer tout le monde dos à dos : le Conseil constitutionnel. Sa reconnaissance de l’inconstitutionnalité de tout ou partie de la loi supprime de fait, et de droit, l’objet du conflit. C’est une porte de sortie. Par contre la reconnaissance de sa constitutionnalité fait monter d’un cran l’ampleur du conflit. Il y aurait alors désaveu populaire de la constitution, du moins de ses principes...ce qui n’est pas rien.

Les enjeux politiques (au sens large) sont colossaux. Après le NON au Traité Constitutionnel Européen, il y va de la crédibilité d’un gouvernement en France à liquider une bonne fois pour tous les « obstacles » à la libéralisation de l’économie. La France est aujourd’hui, en Europe, le dernier point de résistance à cette logique. Il apparaît à ce petit jeu que c’est la Gauche qui est la plus efficace : elle sait faire passer les « réformes » sans prendre « à rebrousse poil » une opinion publique très sensible sur les acquis sociaux. Les « Gauches » européennes ont déjà largement franchi le pas, la gauche française s’apprête à le franchir à son tour... à moins que le « mouvement social » s’autonomise dans la/sa lutte, ce qui ouvrira une période nouvelle. C’est aujourd’hui tout l’enjeu de la lutte contre le CPE.

Patrick MIGNARD

Toulouse, le 26 mars 2006

Voir également

« ACQUIS SOCIAUX, RIEN N’EST JAMAIS ACQUIS »

« MARCHANDISE : LE RETOUR AUX FONDAMENTAUX »

 

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MODERNITE QUAND TU NOUS TIENS !....

Monsieur Philippe Douste-Blazy, actuel ministre des Affaires étrangères a fait comme à son accoutumée une percée théorique d’une portée historique incontestable.

"En Espagne, un emploi sur trois est soumis à des conditions plus flexibles que le CPE " déclaration à Bruxelles le 20 mars devant ses homologues européen... et il en a rajouté..."

" Au Royaume-Uni, même pour un contrat à durée indéterminée, l’employeur n’a pas à motiver les raisons d’un licenciement jusqu’à la fin de la première année "

" En Allemagne, la coalition SPD-CDU s’est engagée à instaurer une période d’essai de vingt-quatre mois pour tous les nouveaux contrats d’embauche, quel que soit l’âge ".

Il aurait pu aussi dire, mais ne perdons pas espoir, il en est probablement capable, que le rétablissement de l’esclavage et du servage règlerait le problème de l’emploi et de l’intégration des jeunes.

Constatons simplement que si au 18e siècle, les révolutionnaires français avaient pris en exemple, comme le fait doctement Monsieur Doute-Blazy, l’Espagne, l’Angleterre et l’Allemagne, ou du moins ce qui en tenait lieu, bref la situation du reste de l’Europe, la suite aurait été différente et peut-être que Monsieur Douste-Blazy serait resté anonyme ce qui lui aurait évité de dire des bêtises... encore que !

C’est à des déclarations comme celles là que l’on voit le « progressisme » et la « modernité » (comme ils disents) des politiciens.

21 mars 2006                                                       Patrick MIGNARD

 

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CPE : GAFFE OU ACTE DELIBERE ?

En constante dégradation, le marché de l’emploi n’avait pas besoin du Contrat Première Embauche (CPE) pour continuer son « petit bonhomme de chemin » et finir par une précarisation généralisée.

A quelques mois d’échéances électorales importantes, le Premier ministre s’est senti obligé de marquer un grand coup politique, affirmant son autorité, sa maîtrise du mouvement social et donnant satisfaction au MEDEF. C’est raté.

L’ABOUTISSEMENT D’UNE LOGIQUE

Pour tout observateur attentif, donc en principe pour tout citoyen, on assiste depuis plusieurs années et de manière accélérée, à une précarisation permanente de l’emploi.

L’emploi, dans le système marchand a toujours été précaire : c’est l’Homme qui a du s’adapter au fonctionnement de l’économie et pas l’inverse... c’est le principe même du marché de la force de travail.

Tant que le système a eu un besoin massif de force de travail, l’équilibre entre l’offre de travail et la demande de travail a fait qu’il y avait une relative stabilité de l’emploi. L’ouverture de la mondialisation a rompu ce fragile équilibre et l’on en est revenu à ce qu’a toujours été la force de travail, un moyen de production. (voir l’article « MARCHANDISE : LE RETOUR AUX FONDAMENTAUX »)

Dés les années 70 les dispositifs pour éviter la crise du côté de l’emploi sont mis en place par l’Etat. Rappelons nous :

1977 : "Pacte pour l’emploi des jeunes", premiers contrats de travail dont les cotisations patronales sont prises en charge par l’Etat.

1981 : Grande période des stages défiscalisés en entreprise avec formation complémentaire comme les "Stages de formation alternée" et les "Stages d’orientation approfondie" pour les 16-21 ans, puis les "stages de préparation à la vie professionnelle" et les "Stages jeunes volontaires" pour les 18-21 ans.

1983 : "Stages d’initiation à la vie professionnelle" (SIVP) et "Contrat de qualification" pour les jeunes, travail avec formation en alternance sous le statut d’apprentis.

1984 : "Travail d’utilité collective" (TUC), mi-temps de 6 mois renouvelables au sein de collectivités locales et d’associations.

1990 : "Contrat emploi solidarité" (CES), mi-temps de 12 mois renouvelables dans le secteur non-marchand.

1992 : Nouveaux emplois aidés par l’Etat d’une durée totale de 5 ans comme les "Contrat emploi consolidé" (CEC), super CES à trois quarts temps, et les "Contrat retour à l’emploi" (CRE) à durée déterminée ou indéterminée avec formation.

1995 : "Contrat initiative emploi" (CIE), travail dans le secteur privé pour les chômeurs de longue durée et les allocataires d’un minima social.

1997 : "Emplois Jeunes", contrats à temps plein de 5 ans réservés au moins de 26 ans et payés au smic.

2003 : "Contrat d’insertion des jeunes dans la vie sociale" (CIVIS) pour les jeunes non-qualifiés.

2005 : Diminution de la défiscalisation des nouveaux emplois aidés par l’Etat, dont

le "Contrat d’accompagnement dans l’emploi" (CAE pour remplacer les CES et les CEC), le "Contrat d’avenir" ( ouvert au secteur non-marchand pour les allocataires d’un minima social), le "Revenu minimum d’activité (RMA pour activer le RMI), le "Contrat jeunes en entreprise" (CJE qui succède au Contrat de qualification), le "Contrat de professionalisation" (même chose à partir de 26 ans) et le "Contrat nouvelle embauche" (CNE qui inaugure pour les petites entreprises privées une période d’essai de 2 ans).

2006 : "Contrat première embauche" (CPE), simple CNE pour les jeunes - Source INFOSUD.

Le CPE (ridiculement et pompeusement nommé « loi sur l’égalité des chances ») n’est donc que l’avatar d’une longue série de mesures prises, par la Droite comme par la Gauche pour essayer de résoudre un problème insoluble, celui du chômage. (voir l’article : « Y A-T-IL VERITABLEMENT UNE SOLUTION AU PROBLEME DU CHOMAGE ? »).

LA GOUTTE D’EAU...

Au-delà de toutes les critiques que l’on peut apporter aux différents dispositifs mis en place, le CPE apporte un élément qualitatif nouveau et oh combien révélateur.

Que signifie la clause du contrat, dans le CPE, qui permet, dans les deux ans suivant sa signature de licencier, sans motif, la personne employée ?

Pourquoi introduire une telle clause ? Qu’apporte-t-elle de nouveau, de spécial ? La plupart des jeunes y voient là une facilité pour se débarrasser plus facilement du salarié sans avoir d’explications à donner. Mais que peut-on véritablement y voir d’autre ? Qu’est ce qui peut justifier une telle disposition sinon celle de faciliter le licenciement ?

Les arguments des défenseurs du CPE sont d’une bien piètre valeur :

« Les chefs d’entreprises ne licencient pas par plaisir... », « Si la personne a donné satisfaction et est compétente, elle gardera son emploi... ».

A la première affirmation on peut répondre : « Certainement », à la seconde : « Peut-être ».

En effet ce qui préside à la décision du chef d’entreprise c’est le calcul économique, le calcul de rentabilité, les conditions de maximisation de son profit. C’est la règle de toute entreprise dans la logique marchande.

Mis à part le licenciement abusif (il y en a mais il ne s’agit pas de la majorité), le licenciement est essentiellement économique... Ce n’est donc pas par plaisir qu’on y procède mais par calcul.

Imaginez maintenant un « marché de l’emploi » où les demandeurs d’emploi, ayant une formation, compétents, se font concurrence du fait du manque d’emploi... ce qui est le cas aujourd’hui. L’offreur d’emploi, l’employeur, ne va avoir que l’embarras du choix. Il va pouvoir embaucher deux ans , puis au bout de ces deux ans prendre (ou ne pas prendre) un autre salarié... Il n’a pas à donner de raisons de son changement d’employé. Par contre à son niveau ce changement est intéressant : souplesse de l’embauche... il peut ne plus embaucher, rotation rapide d’un personnel qui est employé à un salaire bas et qui n’a pas le temps de revendiquer une augmentation salariale, flexibilité,...

Le raisonnement est valable même dans le cas d’un déficit de formation de la part des demandeurs d’emploi.

Ce raisonnement serait-il exagéré ? Mais c’est ce que font dès à présent, et de plus en plus fréquemment les employeurs en multipliant les Contrats à durée déterminée, c’est ce qu’ils font en généralisant le travail temporaire. C’est ce que veut le MEDEF quand il parle de déréglementation du marché du travail.

Cette rotation rapide du personnel est en passe de devenir la règle, il ne lui manque plus que des dispositions légales qui éviteront les conflits devant les prud’hommes... avec le CPE, l’employeur n’a plus à se justifier. C’est le règne de l’arbitraire qui est légalisé.

Les trois mesures proposées en catastrophe par le Premier Ministre : un référent, un complément d’allocation en cas de rupture du contrat et une évaluation, dans le cas, ce qui n’est pas sûr, où elles sont effectivement appliquées ne changent rien au fond de l’affaire... c’est bien la précarité qui est institutionnalisée.

L’ERREUR POLITIQUE

Elle consiste à avoir voulu institutionnaliser la précarité, la gérer passe encore... et encore !, mais l’institutionnaliser, c’est-à-dire la reconnaître et l’organiser ... ceci n’est pas socialement acceptable.

Une telle attitude rélève d’un cynisme pas ordinaire ou une méconnaissance profonde de la réaction de l’opinion publique... c’est manifestement prendre les salariés pour des imbéciles.

Economiquement, c’est un acte délibéré dans la mesure où il va, manifestement un peu vite, dans le sens de la libéralisation des relations marchandes.

Politiquement c’est probablement une gaffe car il révèle de manière lumineuse les véritables intentions du Gouvernement qui précède le MEDEF dans son désir de déréglementation du marché du travail.

Devant les échecs répétés du mouvement social, le Gouvernement a « tenté le coup ». Il sait d’autre part que l’opposition officielle, la Gauche, n’a aucune alternative et a perdu une grande partie de sa crédibilité en se compromettant dans les politiques libérales (retraites, privatisations,...). La « danse du ventre » à laquelle se livrent les bureaucrates de la Gauche devant les jeunes n’a pour seul objectif que de capter une partie de l’électorat en vue des prochaines élections... ils n’ont aucune proposition alternative et ne souhaitent surtout pas que ce conflit dérape.

Le retrait de la loi règlera-t-il le problème de l’emploi ? Bien sur que non. Nous l’avons vu, la précarisation est en cours, la déréglementation se fait peu à peu, aussi bien par la Droite que par la Gauche. Il est cependant important de mener ce combat contre le CPE car résister aux mesures anti sociales est un impératif moral et politique, et une victoire même aux conséquences limitées joue considérablement pour la conscience et la combativité à venir.

Nous assistons, et nous vivons, aujourd’hui en direct à la liquidation de tout un modèle social patiemment conquis par les luttes de nos prédécesseurs dans un contexte qui n’existe plus aujourd’hui. Les moyens, théoriques et matériels, qu’ils ont utilisé pour le conquérir sont aujourd’hui obsolètes mais la plupart d’entre nous ne le sait pas encore. Tout retard dans la prise de conscience concernant l’abîme vers lequel nous conduit le système marchand, le salariat, va se payer en drames sociaux. Il est temps de tremper nos réflexions dans les luttes actuelles pour définir une nouvelle stratégie.

18 mars 2006                                                                                Patrick MIGNARD

Voir également les articles :

« ILS NE CEDERONT PLUS RIEN ! »

« LE FAUX HUMANISME DE LA MARCHANDISE »

« FORMES DE LUTTE EN PERIODE DE DECADENCE »

CPE : GAFFE OU ACTE DELIBERE ?

En constante dégradation, le marché de l’emploi n’avait pas besoin du Contrat Première Embauche (CPE) pour continuer son « petit bonhomme de chemin » et finir par une précarisation généralisée.

A quelques mois d’échéances électorales importantes, le Premier ministre s’est senti obligé de marquer un grand coup politique, affirmant son autorité, sa maîtrise du mouvement social et donnant satisfaction au MEDEF. C’est raté.

L’ABOUTISSEMENT D’UNE LOGIQUE

Pour tout observateur attentif, donc en principe pour tout citoyen, on assiste depuis plusieurs années et de manière accélérée, à une précarisation permanente de l’emploi.

L’emploi, dans le système marchand a toujours été précaire : c’est l’Homme qui a du s’adapter au fonctionnement de l’économie et pas l’inverse... c’est le principe même du marché de la force de travail.

Tant que le système a eu un besoin massif de force de travail, l’équilibre entre l’offre de travail et la demande de travail a fait qu’il y avait une relative stabilité de l’emploi. L’ouverture de la mondialisation a rompu ce fragile équilibre et l’on en est revenu à ce qu’a toujours été la force de travail, un moyen de production. (voir l’article « MARCHANDISE : LE RETOUR AUX FONDAMENTAUX »)

Dés les années 70 les dispositifs pour éviter la crise du côté de l’emploi sont mis en place par l’Etat. Rappelons nous :

1977 : "Pacte pour l’emploi des jeunes", premiers contrats de travail dont les cotisations patronales sont prises en charge par l’Etat.

1981 : Grande période des stages défiscalisés en entreprise avec formation complémentaire comme les "Stages de formation alternée" et les "Stages d’orientation approfondie" pour les 16-21 ans, puis les "stages de préparation à la vie professionnelle" et les "Stages jeunes volontaires" pour les 18-21 ans.

1983 : "Stages d’initiation à la vie professionnelle" (SIVP) et "Contrat de qualification" pour les jeunes, travail avec formation en alternance sous le statut d’apprentis.

1984 : "Travail d’utilité collective" (TUC), mi-temps de 6 mois renouvelables au sein de collectivités locales et d’associations.

1990 : "Contrat emploi solidarité" (CES), mi-temps de 12 mois renouvelables dans le secteur non-marchand.

1992 : Nouveaux emplois aidés par l’Etat d’une durée totale de 5 ans comme les "Contrat emploi consolidé" (CEC), super CES à trois quarts temps, et les "Contrat retour à l’emploi" (CRE) à durée déterminée ou indéterminée avec formation.

1995 : "Contrat initiative emploi" (CIE), travail dans le secteur privé pour les chômeurs de longue durée et les allocataires d’un minima social.

1997 : "Emplois Jeunes", contrats à temps plein de 5 ans réservés au moins de 26 ans et payés au smic.

2003 : "Contrat d’insertion des jeunes dans la vie sociale" (CIVIS) pour les jeunes non-qualifiés.

2005 : Diminution de la défiscalisation des nouveaux emplois aidés par l’Etat, dont

le "Contrat d’accompagnement dans l’emploi" (CAE pour remplacer les CES et les CEC), le "Contrat d’avenir" ( ouvert au secteur non-marchand pour les allocataires d’un minima social), le "Revenu minimum d’activité (RMA pour activer le RMI), le "Contrat jeunes en entreprise" (CJE qui succède au Contrat de qualification), le "Contrat de professionalisation" (même chose à partir de 26 ans) et le "Contrat nouvelle embauche" (CNE qui inaugure pour les petites entreprises privées une période d’essai de 2 ans).

2006 : "Contrat première embauche" (CPE), simple CNE pour les jeunes - Source INFOSUD.

Le CPE (ridiculement et pompeusement nommé « loi sur l’égalité des chances ») n’est donc que l’avatar d’une longue série de mesures prises, par la Droite comme par la Gauche pour essayer de résoudre un problème insoluble, celui du chômage. (voir l’article : « Y A-T-IL VERITABLEMENT UNE SOLUTION AU PROBLEME DU CHOMAGE ? »).

LA GOUTTE D’EAU...

Au-delà de toutes les critiques que l’on peut apporter aux différents dispositifs mis en place, le CPE apporte un élément qualitatif nouveau et oh combien révélateur.

Que signifie la clause du contrat, dans le CPE, qui permet, dans les deux ans suivant sa signature de licencier, sans motif, la personne employée ?

Pourquoi introduire une telle clause ? Qu’apporte-t-elle de nouveau, de spécial ? La plupart des jeunes y voient là une facilité pour se débarrasser plus facilement du salarié sans avoir d’explications à donner. Mais que peut-on véritablement y voir d’autre ? Qu’est ce qui peut justifier une telle disposition sinon celle de faciliter le licenciement ?

Les arguments des défenseurs du CPE sont d’une bien piètre valeur :

« Les chefs d’entreprises ne licencient pas par plaisir... », « Si la personne a donné satisfaction et est compétente, elle gardera son emploi... ».

A la première affirmation on peut répondre : « Certainement », à la seconde : « Peut-être ».

En effet ce qui préside à la décision du chef d’entreprise c’est le calcul économique, le calcul de rentabilité, les conditions de maximisation de son profit. C’est la règle de toute entreprise dans la logique marchande.

Mis à part le licenciement abusif (il y en a mais il ne s’agit pas de la majorité), le licenciement est essentiellement économique... Ce n’est donc pas par plaisir qu’on y procède mais par calcul.

Imaginez maintenant un « marché de l’emploi » où les demandeurs d’emploi, ayant une formation, compétents, se font concurrence du fait du manque d’emploi... ce qui est le cas aujourd’hui. L’offreur d’emploi, l’employeur, ne va avoir que l’embarras du choix. Il va pouvoir embaucher deux ans , puis au bout de ces deux ans prendre (ou ne pas prendre) un autre salarié... Il n’a pas à donner de raisons de son changement d’employé. Par contre à son niveau ce changement est intéressant : souplesse de l’embauche... il peut ne plus embaucher, rotation rapide d’un personnel qui est employé à un salaire bas et qui n’a pas le temps de revendiquer une augmentation salariale, flexibilité,...

Le raisonnement est valable même dans le cas d’un déficit de formation de la part des demandeurs d’emploi.

Ce raisonnement serait-il exagéré ? Mais c’est ce que font dès à présent, et de plus en plus fréquemment les employeurs en multipliant les Contrats à durée déterminée, c’est ce qu’ils font en généralisant le travail temporaire. C’est ce que veut le MEDEF quand il parle de déréglementation du marché du travail.

Cette rotation rapide du personnel est en passe de devenir la règle, il ne lui manque plus que des dispositions légales qui éviteront les conflits devant les prud’hommes... avec le CPE, l’employeur n’a plus à se justifier. C’est le règne de l’arbitraire qui est légalisé.

Les trois mesures proposées en catastrophe par le Premier Ministre : un référent, un complément d’allocation en cas de rupture du contrat et une évaluation, dans le cas, ce qui n’est pas sûr, où elles sont effectivement appliquées ne changent rien au fond de l’affaire... c’est bien la précarité qui est institutionnalisée.

L’ERREUR POLITIQUE

Elle consiste à avoir voulu institutionnaliser la précarité, la gérer passe encore... et encore !, mais l’institutionnaliser, c’est-à-dire la reconnaître et l’organiser ... ceci n’est pas socialement acceptable.

Une telle attitude rélève d’un cynisme pas ordinaire ou une méconnaissance profonde de la réaction de l’opinion publique... c’est manifestement prendre les salariés pour des imbéciles.

Economiquement, c’est un acte délibéré dans la mesure où il va, manifestement un peu vite, dans le sens de la libéralisation des relations marchandes.

Politiquement c’est probablement une gaffe car il révèle de manière lumineuse les véritables intentions du Gouvernement qui précède le MEDEF dans son désir de déréglementation du marché du travail.

Devant les échecs répétés du mouvement social, le Gouvernement a « tenté le coup ». Il sait d’autre part que l’opposition officielle, la Gauche, n’a aucune alternative et a perdu une grande partie de sa crédibilité en se compromettant dans les politiques libérales (retraites, privatisations,...). La « danse du ventre » à laquelle se livrent les bureaucrates de la Gauche devant les jeunes n’a pour seul objectif que de capter une partie de l’électorat en vue des prochaines élections... ils n’ont aucune proposition alternative et ne souhaitent surtout pas que ce conflit dérape.

Le retrait de la loi règlera-t-il le problème de l’emploi ? Bien sur que non. Nous l’avons vu, la précarisation est en cours, la déréglementation se fait peu à peu, aussi bien par la Droite que par la Gauche. Il est cependant important de mener ce combat contre le CPE car résister aux mesures anti sociales est un impératif moral et politique, et une victoire même aux conséquences limitées joue considérablement pour la conscience et la combativité à venir.

Nous assistons, et nous vivons, aujourd’hui en direct à la liquidation de tout un modèle social patiemment conquis par les luttes de nos prédécesseurs dans un contexte qui n’existe plus aujourd’hui. Les moyens, théoriques et matériels, qu’ils ont utilisé pour le conquérir sont aujourd’hui obsolètes mais la plupart d’entre nous ne le sait pas encore. Tout retard dans la prise de conscience concernant l’abîme vers lequel nous conduit le système marchand, le salariat, va se payer en drames sociaux. Il est temps de tremper nos réflexions dans les luttes actuelles pour définir une nouvelle stratégie.

18 mars 2006                                                   Patrick MIGNARD

Voir également les articles :

« ILS NE CEDERONT PLUS RIEN ! »

« LE FAUX HUMANISME DE LA MARCHANDISE »

« FORMES DE LUTTE EN PERIODE DE DECADENCE »

 

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LA NAUSEE

Il est des fois où se taire c’est être complice. En tant qu’enseignant, au contact depuis trente années avec les étudiants je ne puis accepter les propos et la méthode de dénonciation calomnieuse d’un Ministre qui d’une certaine manière parle au nom de la collectivité qu’il représente et dont je fais partie : l’Education Nationale.

"Quand on voit des jeunes, des étudiants ou des gens qui se prétendent étudiants, qui commencent à détruire le patrimoine national accumulé là depuis des siècles et des siècles, qui déchirent des livres anciens, cassent le matériel, abîment le bâtiment, je crois que c’est une bonne chose que la Sorbonne soit évacuée", a déclaré Gilles de Robien sur France Info le samedi 11 mars. Et ce Monsieur en a « rajouté une louche » accusant les étudiants de s’en être pris à une handicapée ( ?).

Que Monsieur De Robien se déclare satisfait de l’évacuation de la Sorbonne, on ne pouvait pas attendre autre chose de la part du Ministre de l’Education nationale, logiquement solidaire des décisions gouvernementales. Mais qu’il traîne dans la boue et calomnie les étudiants qui occupaient les locaux, est indigne de sa fonction.

Dans la déclaration qu’il a faite à France Info, il a décrit les étudiants comme une bande de voyous, de barbares qui carrément s’en prenaient à notre civilisation ( ?) La disproportion du propos en dit long sur le manque d’arguments du personnage. De tels propos, de telles allusions disqualifient celui qui les tient.

Monsieur de Robien qui brille par sa clarté et pertinence politique (UDF les jours pairs et UMP les jours impairs) est beaucoup moins prolixe quand il s’agit de porter un jugement de valeur sur les multiples « affaires » dans lesquelles baignent certains de ses amis politiques. Ministre de l’Education Nationale, il donne une bien piètre image non seulement aux enseignants et personnels, mais aussi aux élèves et étudiants.

En enseignant soucieux de la parole du Ministre de l’Education Nationale, je vais me faire un devoir dès lundi d’informer mes étudiants des propos tenus par notre ministre... ils pourront, en tant que citoyennes et citoyens juger sur pièce.

11 mars 2006                                                                               Patrick MIGNARD

IUT Toulouse -Université Paul Sabatier

LA NAUSEE

Il est des fois où se taire c’est être complice. En tant qu’enseignant, au contact depuis trente années avec les étudiants je ne puis accepter les propos et la méthode de dénonciation calomnieuse d’un Ministre qui d’une certaine manière parle au nom de la collectivité qu’il représente et dont je fais partie : l’Education Nationale.

"Quand on voit des jeunes, des étudiants ou des gens qui se prétendent étudiants, qui commencent à détruire le patrimoine national accumulé là depuis des siècles et des siècles, qui déchirent des livres anciens, cassent le matériel, abîment le bâtiment, je crois que c’est une bonne chose que la Sorbonne soit évacuée", a déclaré Gilles de Robien sur France Info le samedi 11 mars. Et ce Monsieur en a « rajouté une louche » accusant les étudiants de s’en être pris à une handicapée ( ?).

Que Monsieur De Robien se déclare satisfait de l’évacuation de la Sorbonne, on ne pouvait pas attendre autre chose de la part du Ministre de l’Education nationale, logiquement solidaire des décisions gouvernementales. Mais qu’il traîne dans la boue et calomnie les étudiants qui occupaient les locaux, est indigne de sa fonction.

Dans la déclaration qu’il a faite à France Info, il a décrit les étudiants comme une bande de voyous, de barbares qui carrément s’en prenaient à notre civilisation ( ?) La disproportion du propos en dit long sur le manque d’arguments du personnage. De tels propos, de telles allusions disqualifient celui qui les tient.

Monsieur de Robien qui brille par sa clarté et pertinence politique (UDF les jours pairs et UMP les jours impairs) est beaucoup moins prolixe quand il s’agit de porter un jugement de valeur sur les multiples « affaires » dans lesquelles baignent certains de ses amis politiques. Ministre de l’Education Nationale, il donne une bien piètre image non seulement aux enseignants et personnels, mais aussi aux élèves et étudiants.

En enseignant soucieux de la parole du Ministre de l’Education Nationale, je vais me faire un devoir dès lundi d’informer mes étudiants des propos tenus par notre ministre... ils pourront, en tant que citoyennes et citoyens juger sur pièce.

11 mars 2006                                                      Patrick MIGNARD

IUT Toulouse -Université Paul Sabatier

 

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MARCHANDISE : LE RETOUR AUX FONDAMENTAUX

 

Le système marchand, pour son plus grand profit, c’est le cas de le dire, a vécu durant des décennies sur une mystification – celle de faire croire qu’il était perfectible, amendable, réformable. 

Cette situation a créé des conditions de fonctionnement, de contestations, de luttes qui, au fur et à mesure des années se sont institutionnalisées au point de devenir la norme sociale.

 Ces conditions constituent le cadre au sein duquel agissent les forces du mouvement social, le cantonnant ainsi dans une problématique réformiste qui garantie la sauvegarde du système tout en donnant l’illusion de la contestation… Ainsi, dans sa forme la plus récente, la lutte contre le libéralisme s’est parfaitement substitué à la lutte contre la marchandisation, et ce, non seulement dans le discours des organisations de gauche gestionnaires, mais aussi et surtout dans le discours et la non-pratique des organisations dites « révolutionnaires » et celles du mouvement altermondialiste.

UNE CONSTRUCTION ARTIFICIELLE

La contestation radicale du système marchand au 19e siècle, avec son cortège de luttes insurrectionnelles, mais aussi ses tentatives de mise en place d’expériences « coopérativistes », a laissé rapidement la place à une contestation beaucoup plus conciliante. L’expérience soviétique n’a été qu’un « feu de paille » politique, à l’échelle de l’Histoire, dans la conscience du mouvement populaire du reste de l’Europe. La défense opportuniste de l’Union Soviétique (paradis artificiel dans la conscience ouvrière), a rangé les partis communistes dans une contestation plus verbale que pratique.

Les conditions de développement du système marchand dans un monde essentiellement structuré par quelques « pays développés », profitant d’empires coloniaux démesurés, a permis aux gestionnaires du capital de pouvoir satisfaire des revendications, reléguant la contestation radicale aux marges du mouvement social et à quelques milieux intellectuels.

Les exploités du système marchand, tout en le demeurant, ont vu leurs conditions matérielles s’améliorer (l’appartement, la voiture, les congés, la protection sociale …). Le discours de rupture est devenu suspect aux yeux de salariés-consommateurs qui voyaient progresser leur pouvoir d’achat et la possibilité de satisfaire leurs besoins matériels et culturels.

La marchandise n’a plus été l’objet d’aversion et d’exploitation, mais au contraire, de consommation. La dureté de la production de la marchandise a peu à peu laissé la place à la volupté de la consommation. L’augmentation du pouvoir d’achat et la multiplicité des biens et services produits, reléguait la valeur d’échange à l’arrière plan des préoccupations économiques et sociales.

Le travail érigé en « valeur sociale » perdait symboliquement son caractère d’aliénation au profit de ce qu’il produisait : des biens et des services de consommation. Travailler n’était pas uniquement une contrainte, mais le moyen de satisfaire toujours plus des besoins nouveaux et toujours inassouvis. Le travail ne manquait pas ou peu, les biens se multipliaient à un rythme supérieur à l’expression des besoins que les services marketing finirent par créer artificiellement… pour vendre. Le cercle vertueux de l’économie marchande semblait enclenché pour les siècles et les siècles…

La thèse de la marchandisation de la force de travail, fondement même de l’aliénation dans le système marchand et fondement de sa critique, semblait définitivement remise au musée des horreurs de l’économie politique. En effet, les besoins qui fondaient le renouvellement de cette force étaient, non seulement en pleine expansion, mais le système était à même d’y répondre – la paupérisation annoncée au 19e siècle par les oiseaux de mauvaise augure - c’était transformée en une lente progression de l’augmentation du niveau de vie… à l’heure fatidique, ce n’est pas le carrosse qui se transformait en citrouille, mais l’inverse.

La valeur d’usage est ainsi devenue la seule référence, ou presque, précipitant les salariés dans une spirale politique qui a complètement échappé à leur conscience de classe originelle. Le mythe de la société de consommation s’est engouffré dans cette brèche.

Le pouvoir d’achat augmentait, le temps de travail se réduisait, la protection sociale était en grande partie assurée. Certes, ces revendications n’étaient pas accordées de gaîté de cœur par le système, mais on finissait tout de même par les obtenir.

Une extrapolation hasardeuse de cette situation pouvait laisser supposer que ce système marchand, largement mais de moins en moins sérieusement critiqué, pouvait tout compte fait suffire au bonheur du plus grand nombre – ce qui explique certainement l’incompréhension de la contestation radicale en 1968. C’était oublier la nature de ses fondements.

LA RUPTURE DE LA MONDIALISATION

« Les « trente glorieuses » qui croyaient être l’accomplissement historique du système, ne furent en fait que son « chant du cygne ». La langueur et la paresse politique qu’elles avaient nourries avaient engourdi le monde des salariés. Le réveil allait être brutal.

D’abord considérés comme des privilégiés dans un monde de pauvreté, les salariés des pays développés allaient prendre fait et cause pour les mouvements de libération du Tiers Monde. Ils étaient persuadés que ceux-ci ouvraient, avec la décolonisation, une nouvelle ère vers un monde meilleur. En fait ils ouvraient grande les portes à la domination du capital à l’échelle planétaire. L’erreur était non pas tactique mais carrément stratégique.

Cette ère nouvelle n’était pas l’ère de libération que les penseurs de l’anti-impérialisme avaient espérée et prédite. Cette ère était, et est, celle de l’extension illimité des marchés. Désormais le capital avait un champs d’action digne de lui : le monde.

Le partage du monde ne s’est pas fait selon le schéma des oracles politiques adeptes du « tiers mondisme ». Les « libérations nationales » ont, la plupart du temps, donné naissance à des monstres politiques, des régimes autoritaires, corrompus, plus ou moins liés aux intérêts sinon des anciennes puissances coloniales, du moins à leurs cercles industriels, commerciaux et financiers.

L’existence de deux blocs, aussi exploiteurs et corrompus l’un que l’autre n’a fait que rajouter du piment dans la décadence morale, politique et économique des nouveaux pays indépendants. Ceux-ci sont devenus le champ clos d’une guerre d’influence entre les blocs qui ne voulaient et ne pouvaient pas se faire une guerre ouverte.

La décolonisation, dans le contexte d’une guerre froide entre l’Est et l’Ouest est ainsi, paradoxalement devenue, un extraordinaire facteur d’affaiblissement de la pensée politique progressiste mondiale et, avec le recul de l’observation, un fabuleux tremplin pour la domination du capital.

Dés lors, le capital n’a plus eu de limites, sinon la patience de ses victimes et les capacités de la planète à supporter ses outrages.

UNE DRAMATIQUE NOUVELLE DONNE

Le temps des « vaches grasses » n’aura duré, pour les « pays développés » et leurs salariés, pas même un siècle, autant dire quasiment rien à l’échelle de l’Histoire.

Le mythe de la croissance infinie et des ressources illimitées a fondu, à l’image des glaces des pôles, en l’espace de quelques années. Il a été emporté par un autre mythe, celui de l’emploi massif et à vie, de la protection sociale acquis définitif et du service public au service de tous.

Ce retournement de situation réinterroge les mythes, croyances et même les bases de l’économie politique, les concepts et parmi eux, celui de la marchandise.

Symbole depuis plusieurs générations d’abondance et de consommation illimitée, celui-ci revient douloureusement à ses origines, c'est-à-dire à son essence même.

On redécouvre un certain nombre de principes que l’on avait cru enterrés à jamais dans les délices de la croissance et en particulier qu’en économie « rien n’est jamais définitivement acquis ».

La fausse stabilité du système marchand a été remise en question par les forces centrifuges nées de la mondialisation. Les places et situations acquises ont été réinterrogées à la lumière des nouvelles conditions.

Le salaire, véritable nerf de la guerre entre salariés et employeurs, est redevenu ce qu’il n’avait d’ailleurs jamais cessé d’être : un coût, sauf que dans les nouvelles conditions mondialisées de production, son montant ne pouvait pas ne pas être comparé à celui des « nouvelles puissances économiques émergentes ». Ce qui était devenu un « acquis » pour les salariés européens, est devenu un handicap pour le capital qui les emploie – le temps des révisions déchirantes était, est, arrivé.

Le salaire qui semblait être – ce qui est faux - la rémunération du travail redevient – ce qu’il a toujours été – la rémunération de la force de travail. ‘( voir l’article – « LE TRAVAIL EN QUESTION – Le salaire rémunère-t-il le travail ? »)

Ainsi, lorsque des entreprises européennes proposent à leurs salariés un allongement de la durée du travail sans augmentation de salaire, elles ne font qu’appliquer le principe qui régit le travail dans le système marchand : le salaire est la rémunération de la force de travail.

Le lien sécurisant qui liait la rémunération, le salaire au temps de travail est soudainement rompu. Cette relation qui donnait l’illusion au salarié de la maîtrise de son revenu et de sa place dans la production, laisse la place à la relation beaucoup plus prosaïque d’objet dans le processus de production.

La surprise et la réaction des organisations syndicales de salariés face à une telle situation en dit long sur le degrés de dégénérescence de leur pensée politique et sur leur abandon de toute analyse sérieuse de ce qu’est le système marchand. Les salariés commencent à payer aujourd’hui plus d’un demi siècle d’incurie et de collaboration de leurs organisations syndicales et politiques.

Un autre exemple illustre parfaitement ce retour aux « fondamentaux de la marchandise » c’est en France le projet sur la nouvelle loi sur l’immigration du 18 décembre 2005 et qui a pour but de préparer une nouvelle réforme du « Code de l’Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d’Asile » (CESEDA). Les adversaires de ce projet le dénoncent comme « utilitariste »,… mais il l’est et ne fait que reconnaître ce qu’est l’immigration dans une économie de marché : une variable de la production et du calcul de rentabilité. Ainsi la « force de travail immigrée », dépouillée de tout artifice pseudo humaniste, moral et culturel redevient clairement ce qu’elle a toujours été : une marchandise.

Et ce n’est pas fini… nous pouvons dire qu’il s’agit d’un commencement, l’ultime phase de la mondialisation du capital qui est entrain d’emporter non seulement les espoirs des salariés, mais tous leurs acquis sociaux.

On ne peut pas dire qu’une riposte des salariés à une telle offensive est inadaptée… il n’y en a tout simplement pas… C’est la débâcle totale sur le plan syndical et politique. Les syndicat, acculés, ne peuvent, après une protestation tout à fait symbolique, que négocier des conditions sur lesquelles ils n’ont aucune prise. Les partis politiques proposent une ultime « union pour le changement » ( ?).

L’atonie de l’analyse politique et économique du système marchand, favorisée par des conditions exceptionnelles de développement a profondément handicapée le mouvement social qui vit encore dans ce rêve d’infléchir par une stratégie purement politique le mécanisme de la domination du capital. La période de croissance de l’après guerre l’a totalement infantilisé au point de lui faire perdre tout repère, tout sérieux dans l’analyse et toute crédibilité dans les stratégies à développer.

Le retour aux fondamentaux de l’économie de marché augure la nécessité impérative d’un renouveau de la pensée politique stratégique. C’est tout au moins à cette condition que les bases d’une nouvelle organisation sociale seront crédibles.

10 Mars 2006                                                                      Patrick MIGNARD

Voir également les articles :

« AUX LIMITES DU SYSTEME MARCHAND »

« LA MARCHANDISATION DU MONDE »

 

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