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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

     POUVOIR DE LA PEUR 

        PEUR DU POUVOIR

 

Le moteur de la citoyenneté n’est plus l’action civique, la défense des valeurs de la République, voire le respect de l’Autre,… le moteur de la citoyenneté est aujourd’hui, essentiellement, la peur. La peur dans ce qu’elle a d’hideuse et de paralysante. La peur dans ce qu’elle a, aussi contradictoirement que cela puisse être, d’isolante et de moutonnière.

Il ne s’agit, évidemment pas en France, aujourd’hui d’une peur, pur produit d’un système totalitaire et brutal. On n’a pas besoin d’être dans un système dictatorial, totalitaire pour que la peur joue le rôle d’un paramètre essentiel dans la vie publique et détermine aussi bien l’action du Pouvoir que celle des citoyens.

Il s’agit d’une peur issue d’un système économique qui échappe totalement à l’emprise citoyenne, qui précarise celui qui crée la richesse, qui détruit les acquis sociaux difficilement conquis par les générations précédentes, d’une peur issue du fonctionnement d’un système politique qui n’a plus de démocratique que le nom et les apparences, d’une peur devant l’effondrement des valeurs morales qui fondaient la République.

 

UN PRESENT NON MAITRISE

 

La sensation générale, et qui se confirme d’année en année, est une non maîtrise des évènements, de la situation générale aussi bien économique, que politique et morale,… d’où une angoisse latente qui submerge peu à peu la société civile.

La mondialisation du capital a détruit irrémédiablement une grande partie du tissu économique, dans les anciens pays dits industriels/développés, qui assurait une relative stabilité sociale, précarisant les créateurs de la valeur (les salariés), pour le plus grand bénéfice des financiers et spéculateurs. Cette précarisation du rapport salarial, rapport dominant et structurant la société capitaliste, unique moyen de subsistance d’une grande partie de la population, s’est accompagnée d’un nouveau management d’entreprise qui, sous les contraintes de la concurrence, entraîne une véritable tyrannie pour celles et ceux qui ont la chance d’avoir un travail (voir les suicides au travail et les maladies liées au stress). Le rapport salarial, qui, il y a encore moins d’un demi siècle, pouvait apparaître comme stable (quoique conflictuel) est devenu aujourd’hui une source d’angoisse et de déstabilisation pour celles et ceux qui le vivent.

Cette déstabilisation sur le plan économique s’accompagne d’une déstabilisation sur le plan politique. Qui peut croire aujourd’hui que le système politique, et celles et ceux qui l’animent, ont une quelconque autorité, voire volonté, d’agir pour faire en sorte que le fonctionnement économique réponde aux besoins du plus grand nombre. ? Les partis politiques, faiseurs d’opinion, véritables syndicats d’intérêts pour leurs dirigeants, ne gèrent que leurs intérêts et le système en place, ne trouvant comme remède à l’angoisse qui monte que contrôle et répression. Cette véritable « trahison démocratique » ouvre le jeu à toutes les dérives : l’abstention, produit de l’écœurement, le néofascisme, pour celles ceux qui croient exorciser leur peur en faisant confiance aux propos haineux et démagogiques.

Les valeurs de la République, gravées sur les frontons des monuments officiels, mais consciencieusement ignorées – quoique régulièrement invoquées par les politiciens - s’estompent peu à peu dans la conscience collective ouvrant la voie aux pires réactions : l’intolérance, le racisme, la peur de l’autre… Réactions que l’on retrouve sur le plan politique.

 

UN AVENIR INCERTAIN

 

Construire un lendemain à partir d’une telle situation est une gageure.

La configuration actuelle, aussi bien sur le plan économique que politique, n’offre aucune perspective. La logique de valorisation à outrance du Capital (privatisations, atteintes au Droit du Travail, généralisation des traités de libre échange,…), soutenue et guidée par des politiques néolibérales qui n’hésitent plus à s’affirmer, laisse peu de place à la possibilité d’un changement global de la situation. La construction d’une Europe libérale, à marche forcée (trahison du référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen) surdétermine le verrouillage de toute évolution progressiste en Europe,…ouvrant les portes en grand aux dérives nationalistes.

La montée des périls est donc à l’ordre du jour, et ils sont nombreux.

Le terrorisme actuel (il y en a, notons le, à toutes les époques), est un produit, s’il en est, d’un passé colonial, d’une décolonisation mal assumée et de décisions politiques absurdes et criminelles (pendant la « guerre froide »  et après le 11 septembre 2001). Véritable opportunité pour les Pouvoirs en place, il permet de « ressouder » une société civile craintive et désemparée. La course au « patriotisme à la Déroulède » est lancée entre les différentes formations politiques, qui en rajoutent en matière de projets de contrôle social et policier.

Un pouvoir ne peut rassurer que si la peur règne,… et entretenir la peur permet de prendre des décisions d’exceptions dans un système qui se veut démocratique, décisions d’autant mieux acceptées que la peur règne. La boucle est bouclée.

Le terrorisme, considéré comme un élément extérieur à la société, et la peur qu’il génère, permet de passer sous silence tous les autres problèmes économiques, sociaux, politiques et mêmes éthiques. Le règne de la peur fragilise la contestation sociale et permet au pouvoir de se faire craindre en prenant des décisions présentées comme des remèdes à cette crainte.

Dans une dictature on a peur du Pouvoir. Dans une « démocratie » on a peur d’avoir peur et l’on se tourne alors vers le Pouvoir.

Le comble du cynisme est atteint.

 

                 16 janvier 2016                                                                             Patrick MIGNARD

POUVOIR DE LA PEUR / PEUR DU POUVOIR

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