LANGUE AU CHAT
« Il est interdit de parler patois et de cracher par terre »
C’était il y a tout juste deux, voire trois générations. Cette consigne trônait dans les salles de classe de la République, au dessus du tableau,… et gare à celles et ceux qui ne la respectaient pas !
La République, dans son souci égalitaire et unificateur procédait ainsi à l’éradication des langues régionales accusées de tous les maux, instruments, à ses yeux, du particularisme et de la division. Le français devenait la langue officielle de la république à l’exclusion de toutes les autres.
Les rares défenseurs des langues régionales – occitans, catalans, basques, bretons,… étaient considérés – et le sont encore aujourd’hui par beaucoup - dans le meilleur des cas comme de doux passéistes, dans le pire comme de dangereux autonomistes, ennemis de la République, notre mère à tous.
L’ethnocide linguistique accomplit, la République forte de sa cause a intronisé le français et a organisé sa défense à travers le monde.
Les années passant, les échanges internationaux se généralisant, les marchés se développant, ne vit-on pas, petit à petit, sournoisement se généraliser la pratique de l’anglais, soutenu par deux grandes nations marchandes, l’Angleterre et les Etats-Unis ! Aujourd’hui, un peu comme les échanges commerciaux internationaux se font en dollars, les conversations et les contrats se font en anglais. L’anglais est en passe de supplanter toutes les autres langues. Celle ou celui qui veut embrasser une carrière internationale dans le monde des affaires doit obligatoirement maîtriser l’anglais.
Les échanges universitaires se font aussi en anglais et les universités, facilitant de plus en plus les échanges d’étudiants, sont amenées à prévoir des cours en anglais.
Il est étrange, aujourd’hui, que certains s’offusquent de ce développement de l’anglais et de son empiètement sur les autres langues. Comment peut-on être pour l’éradication des langues régionales dans son pays, au nom des échanges et de l’unité nationale, et contre la domination d’une langue à l’échelle internationale, favorisant les échanges et l’unité des peuples ? Etrange attitude qui consiste à faire deux poids-deux mesures. Le français deviendrait langue secondaire, voire disparaîtrait au profit de l’anglais ? Mais le français n’a-t-il pas agi exactement de la même manière avec ce qu’il appelait de manière méprisante les patois ?
Au nom de quoi le français doit-il être défendu ? Au nom de ce qu’il a lui même commis ?
Demain, le français, un patois ?
« Spitting and French speaking forbidden »
23 mai 2013
L’AMNISTIE SOCIALE EST-ELLE LEGITIME ?
Est légitime ce qui correspond à la loi. Formellement, l’amnistie sociale n’est pas légitime. Pourtant la question se pose. Pourquoi ?
L’amnistie sociale porte sur une éventuelle amnistie concernant des faits délictueux liés à des troubles sociaux commis par des salariés « en colère » !
Les salariés ont-ils le droit d’être « en colère » ? Oui, c’est autorisé par la loi,… à condition que les effets de cette colère n’entrent pas dans le domaine condamné par cette même loi : atteinte aux biens et aux personnes. Colère contenue, oui ! Colère débridée, non !
Pourquoi la condamnation d’une « colère débridée », portant atteinte aux biens et aux personnes pourrait-elle être amnistiée ? Cela n’est possible que si l’on donne un statut particulier à cette colère. Entrer dans ce distinguo c’est de fait, mais pas forcément en droit, donner une spécificité particulière à cette colère. Autrement dit, la nature, l’origine, la raison de cette colère pourrait être compréhensible, donc excusable, donc amnistiable. Qu’est ce qui peut provoquer une telle colère ? Des faits sociaux !
Dans une société où des salariés se retrouvent, du jour au lendemain, licenciés, au chômage, sans ressources, sans perspectives d’emploi,…la révolte gronde. Cynisme patronal, incurie des pouvoirs publics, violence policière : à la violence de ce système répond la violence de ses victimes. Violence compréhensible certes,…mais est-elle excusable ? En droit, non ! Il faut donc changer de registre pour envisager l’amnistie.
On entre alors dans un domaine mouvant où la réalité sociale ne coïncide plus, comme dans les codes et dans les tribunaux, avec les termes de la loi. La loi fige et justifie les contradictions d’un système mais est bien incapable – et n’en a nulle intention – de traiter les conséquences politiques et sociales de celles-ci. Ces conséquences sont gérées, en fonction de l’opinion publique et surtout du rapport de forces patronat - salariés, par le pouvoir politique, garant du système Un vieux schéma que voudraient éradiquer les socio libéraux (socialistes et écologistes) au pouvoir mais qui leur revient systématiquement en pleine figure.
Attention aux conclusions que l’on pourrait tirer car dire que l’amnistie sociale est, de ce point de vue, légitime, on peut en arriver à la conclusion que la violence sociale le serait également ! Or légitimer la violence sociale c’est reconnaître de fait qu’il existe ce que l’on appelait autrefois une lutte des classes (terme banni dans notre société hypocrite et « aseptisée »), un affrontement irréductible entre des intérêts économiques, ceux des possédants et ceux des démunis.
Rien de vraiment nouveau sous le soleil !
19 mai 2013