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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

QU’UN SANG NOUVEAU IRRIGUE NOS SILLONS….

 

Le monde paysan va mal, ce n’est pas nouveau. 10 millions d’actifs en 1945,… à peine 1 million aujourd’hui.

« Entre 2000 et 2013, plus de 90 000 exploitations agricoles de moyenne et grande taille ont disparu, soit une baisse de 24%. Au début des années 2000, la baisse était de 8 000 exploitations par an contre 5 000 au début des années 2010. Le nombre de petites exploitations a lui aussi diminué de 36% entre 2000 et 2010 ». (Le Monde 07/11/2014)

Le monde paysan va mal, mais pas pour tous les paysans…

A l’image de ce qu’a fait, et fait, le capital dans tous les domaines de l’activité économique,… il y a ceux qui perdent et ceux qui gagnent. Ceux qui perdent, ce sont ceux qui disparaissent, vaincus par la concurrence effrénée imposée par le modèle productiviste qui entend régner en maître dans nos campagnes. Ceux qui gagnent ce sont ceux qui absorbent les petites exploitations en faillites, qui investissent dans les engrais, les pesticides, les OGM, les structures agro-industrielles.

Tous sont « victimes » - et nous avec - des choix qui ont été faits il y a prés de trois-quarts de siècle… La peur panique, à la Libération, des risques de pénuries alimentaires a fait faire, en matière agricole, les mauvais choix dont nous payons le prix fort aujourd’hui.

La terre, comme l’acier ou le charbon, a été considérée comme une matière première manipulable et malléable à l’infini. Les pires excès ont été commis (remembrement par destruction des paysages ancestraux, utilisation massive d’engrais chimiques, d’insecticides, plus tard, élevages industriels, manipulations génétiques…). Les plantes et les animaux ont aussi été considérés comme de la matière première (OGM, hormones, alimentation chimique,…). L’objectif initial qui était d’alimenter la population s’est transformé en une fuite en avant dans la rentabilisation et la production à outrance. On a monté un modèle de production agricole comme un modèle de production industrielle.

Pourquoi a-t-on persisté dans l’erreur ?

Dans les années cinquante, rares sont celles et ceux qui ont une conscience écologique et anticipent les drames à venir. L’efficacité de la production les fait taire… jusqu’aux années 70.

Des affaires florissantes se constituent à partir de ce modèle – céréales et élevage – c’est sur ce terreau que croit la FNSEA qui devient très vite l’interlocutrice privilégiée des pouvoirs publics, garants de ce modèle de production. Dés 1946 la FNSEA apparaît comme l’élément essentiel de l’ «unité paysanne ». C’est elle qui va, jusqu’à aujourd’hui, accompagner le développement de ce modèle.

La construction européenne « redistribue les cartes » dans le sens d’une rationalisation des productions donc de concentrations inévitables. Les marchés structurent la distribution des productions mais aussi structurent les exploitations, les obligeant à renforcer les critères de sélection, de rentabilité. Le cercle vicieux est enclenché. Le piège se referme.

Toutes les dérives inhérentes à la production capitaliste apparaissent : disparition d’exploitations, guerre des prix, auxquelles s’ajoutent des phénomènes propres à l’agriculture: trafics en tous genres, industrialisation de l’élevage, manipulation des productions, complicité avec les industries chimique, pharmaceutique, phytosanitaire,…

Comme pour la métallurgie, la pêche, la chimie ou toute autre production, les pouvoirs publics, de gauche comme de droite, n’apportent aucune solution viable, pérenne et satisfaisante. Le processus est lancé, tout le monde le suit,… FNSEA en tête.

Il faudra attendre la prise de conscience écologique, fortement aidée par les grands scandales de l’agroalimentaire, pour que l’alerte soit donnée et que s’élèvent des voix critiquant le modèle industriel de production agricole.

A la fin des années 60 de nouvelles générations arrivent à la conscience politique. Le nouveau monde de la Libération est devenu un vieux monde qui est loin de tenir les promesses d’un avenir radieux. Les principes de la société qui apparaissaient intangibles sont soumis à la critique. La dégradation de l’environnement apparaît peu à peu dans ses multiples dimensions et en particulier dans les pratiques de l’agriculture. Après le mouvement des « Paysans travailleurs », apparaît en 1987 la Confédération Paysanne qui pose les fondements d’une agriculture respectueuse du travail paysan et de son environnement. Réflexion collective et actions concrètes irriguent ce mouvement citoyen, rejoint par d’autres catégories sociales, afin de jeter les bases d’un monde nouveau. Les drames et scandales agroalimentaires qui se multiplient renforcent et crédibilisent cette détermination.

La FNSEA maintient son cap, jonglant avec les lois du marché, les directives européennes, empochant des subventions, jouant parfaitement son rôle de lobby d’une agriculture productiviste et industrielle, voulant jouer le rôle de chef d’orchestre dans cette agriculture mortifère. Parallèlement, lentement mais sûrement, en rupture totale avec le modèle productiviste, émerge une autre conception du rapport à la terre, à ses produits et aux consommateurs.  L’esprit de la coopérative, de la mutualisation, de la solidarité, regagne le terrain perdu. Les CUMA (Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole), les AMAP (Association pour le Maintien de l’Activité Paysanne), les SEL (Système d’Echange locaux), les circuits courts,…deviennent les terrains d’expérimentation de nouvelles pratiques, gagnent de plus en plus d’adeptes – paysans et citadins - et ouvrent la voie à de nouvelles pistes soucieuses de la qualité des productions et du respect de la Nature.

 

La FNSEA, devenue un monstre bureaucratique, parfaitement intégrée à un système uniquement motivé par l’argent, entraîne, celles et ceux qui la suivent à la catastrophe et s’oppose agressivement et stupidement aux nouvelles pratiques porteuses d’un avenir viable. C’est l’émergence progressive de la prise de conscience citoyenne et sa pratique qui légitimera, de fait, et plus tard de droit, l’agriculture de demain.

 

11 novembre 2014

QU'UN SANG NOUVEAU IRRIGUE NOS SILLONS...
Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

MODELE SOCIAL ET MODE DE PRODUCTION

 

Il est de bon ton, aujourd’hui, d’affirmer que le « modèle social » français, n’est plus du tout adapté aux conditions des exigences de l’économie… et de là, à le remettre en question, il n’y a qu’un pas que les politiciens et leurs « experts » hésitent de moins en moins à franchir.

 

QU’EST-CE QU’UN MODELE SOCIAL ?

 

C’est une ensemble de dispositifs, d’institutions et de législations qui organisent la vie sociale, qui permettent la création d’un lien social assurant une relative harmonie dans la redistribution des richesses et une organisation de services fondamentaux (transports, énergie, santé, logement…) dans le sens de l’intérêt général.

La mise en place d’un tel dispositif, qui nous paraît logique aujourd’hui, n’a en fait rien d’évident dans l’émergence d’un mode de production, c'est-à-dire dans la constitution d’une organisation économique de la société.

Ainsi, au 19e siècle, en pleine montée du capitalisme en Europe,… il n’y a pas de « modèle social », on vit alors une période de « capitalisme sauvage », dans laquelle tous les excès, de la part des possédants, sont permis : travail des enfants, travail de nuit généralisé, pas de protection sociale, pas de législation du travail, pas de retraite, pas de salaire minimum, pas d’aide aux chômeurs,… Le conflit social se règle alors par la grève et l’émeute ! (Revoir l’histoire du mouvement ouvrier en Europe et aux USA). C’est par les luttes sociales et à l’occasion de circonstances historiques particulières (Front Populaire, Libération) que s’est construit en France ce que l’on appelle le « modèle social » aujourd’hui en péril.

Ainsi, au USA aujourd’hui, pays développé s’il en est, le modèle social est très en retrait par rapport au modèle social français : système de protection de santé coûteux et inégalitaire, peu d’encadrement législatif du marché du travail, système de retraite par capitalisation cher et aléatoire dans le temps, plus de 40 millions de pauvres en 2011,…. La charité remplace largement la solidarité.

Il n’y a pas de modèle social général,… chaque pays a le sien, en fonction de sa culture, de son histoire, des luttes sociales qui s’y sont déroulées…

 

CAPITALISME CONTRE MODELE SOCIAL ?

 

C’est donc en fonction des différentes variables nationales que s’est structuré, et a évolué, le modèle social de chaque nation.

Les conflits sociaux nés dans le capitalisme ont obligé les classes possédantes à faire des concessions aux salariés pour préserver et maintenir un minimum de cohésion sociale. Les améliorations des conditions de vie, de travail des salariés ont peu à peu constitué un ensemble de dispositifs et de législations garantissant la pérennité des conquêtes sociales. C’est à ce prix que la paix sociale a permis au capitalisme de perdurer.  Si ces conquêtes sont apparues rapidement, pour les salariés et les générations qui ont suivi, comme des acquis définitifs, il n’en a pas été de même pour les classes possédantes toujours à l’affût pour remettre en question ces acquis. Le capitalisme n’a jamais eu pour objectif de satisfaire les besoins sociaux des salariés et il s’en tient à sa seule finalité : faire des profits.

C’est donc tout à fait logiquement que le mode de production capitaliste – par l'intermédiaire de ses gestionnaires - a remis en question les acquis sociaux qu’il avait concédés dès que le rapport des forces entre salariés et capital a évolué à l'avantage de ce dernier. Ce moment, béni pour lui, se produit avec l’ouverture du Monde au Capital, au moment où la géopolitique mondiale (décolonisation), et le développement des moyens de transports et de communications permettent au capital de sortir des frontières qui l’ont vu naître et de se mondialiser sous toutes ses formes, production et financiarisation. 

 

LA FIN PROGRAMMEE DU MODELE SOCIAL

 

Produit d’un rapport de forces entre le capital et le travail, le modèle social n’est en rien un acquis définitif… il évolue avec celui-ci. Aujourd’hui, la mondialisation du capital libère  celui-ci des contraintes imposées par les frontières nationales et plus particulièrement des législations nationales qui in fine  garantissent le modèle social.  

Un choix absurde et scandaleux est proposé aux salariés des pays qui avaient conquis des acquis sociaux : des emplois à des conditions sociales dégradées ou maintien temporaire du modèle social irrémédiablement condamné par la fuite des emplois. Ce n’est plus un choix, c’est un véritable chantage imposé par le capital aux salariés affaiblis dans leur lutte par la désindustrialisation massive de l'économie et qui n’ont même plus la possibilité de demander à l’Etat la garantie de leur condition, celui-ci étant dépassé (et souvent complice) par les exigences du capital mondialisé.

Ceci explique la chute vertigineuse de tous les acquis sociaux des salariés. Non seulement ils n’en conquièrent pas de nouveaux, mais ils sont dans l’incapacité sociale et politique de garantir ceux qui existent encore : conditions de travail, salaires, retraites, protection sociale,…

Nous vivons aujourd’hui la fin d’un cycle durant lequel le capital récupère toutes les conquêtes que les salariés lui avaient arrachées. Si nous ne réagissons pas, nous sommes en passe de céder sur toutes ses exigences anti-sociales, mais aussi environnementales…

Il n’y a plus désormais d’avenir dans le mode de production qu’est le capitalisme… Ne pas le comprendre c’est courir au désastre.

7 novembre 2014  

 

 

MODELE SOCIAL ET MODE DE PRODUCTION

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Rédigé par Nicolas Mignard

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