TRAVAIL, TEMPS DE TRAVAIL, SALAIRE
Temps de travail et salaire paraissent intimement liés… il n’en est pourtant rien et l’exacerbation actuelle de la crise entre employeurs et salariés nous fait redécouvrir une réalité qui, au fil des décennies, avait été masquée par les conquêtes sociales. Le mythe du lien entre temps de travail et rémunération du salarié est en train de voler en éclat.
La mondialisation du capital et la dynamique de libéralisation qui en découle, c'est-à-dire une déréglementation de tous les marchés et en particulier celui de la force de travail, amènent les employeurs à revenir aux principes du système capitaliste.
Quand, au 19e siècle, l’employeur paie le salarié, ce n’est pas le travail effectué qu’il lui achète, mais il lui donne, en échange de son activité, l’équivalent monétaire de ce dont il a besoin pour vivre, autrement dit la valeur de sa force de travail. Ceci explique l’extrême misère de la classe ouvrière qui ne reçoit que le minimum pour vivre et travailler.
Les luttes des salariés vont dès lors, constamment revendiquer, pour mieux vivre, une augmentation du salaire et une réduction de la durée du travail. Quand l’employeur veut que le salarié travaille plus, il le motive en le payant mieux. De même, le salarié qui veut, améliorer son salaire accepte de travailler plus. Ainsi, au fil de cette pratique, de cet accord implicite entre les deux parties, temps de travail et rémunération vont être liés. Ce consensus, souvent renégocié au travers de multiples accords a duré des décennies et a même été codifié. Il garantissait la stabilité du lien social salarial et finalement la paix sociale.
Cette relation entre temps de travail et salaire apparaissait comme quelque chose de logique, naturel, équitable,…d’une certaine manière ça fonctionnait bien. L’Etat se portait le garant d’un système qui assurait une relative stabilité et paix sociale.
La mondialisation du capital a radicalement changeait la portée de ce type de relation :
- le rapport de force, en faveur des salariés, qui garantissait la stabilité de cette relation a, sinon disparu, du moins largement été réduit.
- les exigences en matière de production (coût, flexibilité de la main d’œuvre, rentabilité accrue du capital,…) se sont accrues pour les employeurs.
C’est donc, tout à fait logiquement que le patronat, le MEDEF en France, peut impunément détacher le temps de travail du salaire et exiger par exemple, sous menace de liquidation de l’entreprise, une augmentation du temps de travail sans augmentation du salaire. Le chantage marche car le rapport de force est désormais inversé.
On retrouve donc ainsi le principe originel du capitalisme d’antan qui faisait du salaire la rémunération correspondant à la valeur de la force de travail, autrement dit le revenu de subsistance, complètement détaché de la valeur produite par le travail. Ceux que certains appellent improprement la « fin du salariat » est au contraire la redécouverte de ce qu’il est en réalité.
La force de travail, dans le capitalisme a toujours été, et est toujours, une marchandise qui se négocie sur le « marché de la force de travail » et non du travail. Le développement récent du fonctionnement du Capital nous le rappelle. Il n’y a donc pas « fin du salariat », mais au contraire réaffirmation de son principe.
12 mars 2016-03-09 Patrick MIGNARD
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LE TRAVAIL EN QUESTION (3) Le salaire rémunère-t-il le travail ? C'est une question théorique qui a pas mal préoccupé économistes et philosophes et, comme toujours en cette matière, les avis...









