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Lorsque avec ses nervis, tous en costard trois pièces,
Echevelée, livide, alors que le temps presse,
Marine se sauva de devant son papa,
Les élections venant elle allait à grands pas
De villes en régions y répandre sa haine.
Ses sbires fatigués et souffrant de migraine
Lui dirent « Rejoignons un hôtel et dormons »
Mais Marine lassée ménageait ses poumons.
Ayant levé la tête, au dessus des toilettes
Elle perçut un œil ouvert sur la lunette,
Et qui la regardait dans l'ombre fixement.
« C’est encore papa » cria-t-elle en tremblant.
Secouant ses nervis qui dormaient habillés,
Elle reprit la route se sachant surveillée.
Elle marcha plusieurs mois agitée, pathétique,
Elle courait muette, insensible aux critiques.
Fugitive elle était, craignant l’œil paternel.
Sans repos, en tremblant, elle vomissait son fiel.
En tenant des discours qui promettaient le ciel.
« Arrêtons nous, dit-elle d’un ton caractériel
Prenons tout notre temps pour refaire le monde »
Et c’est à cet instant qu’elle elle revit l’immonde.
L’œil était toujours là, au regard de glaçon.
Alors elle tressaillit à en perdre raison :
« Crevez-le ! » cria-t-elle, bouche de bave pleine
Et tous les militants regardaient, leur cheftaine.
Marine dit à Florian, bras droit obéissant
Au plaisir bien connu des hommes complaisants:
« Construis moi devant l’oeil une grande muraille,
Comme celle qu’il faut pour mater la racaille».
Et quand il l’eut construite avec force béton
« Vous ne le voyez plus » dit Florian Patapon
Confident de Marine et du Front l’homme fort
Marine répondit : « Je vois papa encor' »
Alors n’y tenant plus et au bord de la crise
Alertant les médias, usant de vocalises :
« Bâtis moi un blockhaus aux fenêtres bien closes,
Un abri plus que sûr pour que je me repose ».
L’abri réalisé tout le monde était las
Et Marine éructa « Cet œil est toujours là »
Alors de guerre lasse, de lutte dégoûtée,
Elle reconnu enfin : les dés étaient jetés
C’est solennellement qu’elle voulut qu’on l’enterre.
Dès lors, dans son sépulcre, la fille solitaire
Pensa n’être plus vue, et ne revoir plus rien.
On fit donc une fosse, Marine dit « C'est bien ! »
Elle descendit seule sous cette voûte sombre.
Et quand elle fut assise sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front cadenassé la mine
L’œil était dans la tombe et regardait Marine.
La Belette
D’après LA CONSCIENCE –« La Légende des Siècles »
Avec l’aimable complicité et l’absolution posthume de Victor HUGO
AUX URNES LES MOUTONS
Le voici revenu le temps des élections
Celui où les élus nous prennent pour des cons,
Celui où les promesses et serrages de mains,
Eclairent de mille feux ce que sera demain.
Pendant tous ces longs jours où l’urne était absente,
Ils géraient en silence toute affaire cessante,
Surtout leurs intérêts, puis ceux de la cité,
Derrière le paravent de leur sérénité.
Ils veulent absolument qu’on aille tous voter,
Assurant par là même leur légitimité,
En donnant l’illusion au pouvoir qu’ils détiennent,
Que c’est leurs ambitions que le peuple a fait siennes.
De l’illusion ces princes tout comme les comètes,
Reviennent par période refaire leurs emplettes,
Sollicitent nos voix avec de grands sourires,
Et si on les ignore, nous prédisent le pire.
A toutes nos questions ils ont une réponse,
Mais pour nos vrais problèmes ils n’en ont pas une once.
Ils déclarent savoir depuis des décennies
Mais leur incompétence évidemment la nient.
Leur objectif suprême c’est bien sûr d’être élu,
S’ils en cumulent trop nous proposent leur bru,
Ou leur fils, leur épouse… tout est bon pour régner,
On est toujours trop seul, faut être accompagné.
C’est donc en rang d’oignons que nous allons voter,
Sachant pertinemment que rien ne va changer.
Abusés, bafoués mais fiers d’y être allé
La carte d’électeur nous l’aurons avalée.
Le soir de l’élection, à la télévision,
Nous n’aurons en spectacle que leur satisfaction.
Ils nous remercieront, nous promettant la Lune
De cette mise en scène, nous restera des prunes.
Une fois installés dans leurs nouveaux fauteuils
Ils se croient sur un trône, de modestie font deuil,
Nous croient à leur service, réclament des honneurs,
A eux les privilèges et à nous la sueur.
Après tout ce spectacle silence retombera
Routine quotidienne re rythmera nos pas,
Demain tout sera gris comme à l’accoutumée,
La merde quotidienne faudra bien l’assumer.
Janvier 2004 La Belette
et toujours d'actualité
La responsabilité de chacun.
Notre comportement engage l'avenir.
Celui qui lèse autrui, pour se faire du lard,
L'escroc et le banquier ne sachant que mentir,
Pourrissent le futur et sont de vrais loubards.
Les notables surtout sont comptables des mœurs.
Le notaire véreux qui spolie un client,
Justifie le voyou qui braque un convoyeur.
Les moyens employés, eux seuls, sont différents.
Les temps qui vont venir, c'est nous qui les forgeons.12
Si vraiment vous voulez du bien à vos enfants,
Cessez vos vilenies et vos tours de cochons,
Vous souillez l'avenir de tous nos descendants.
Pensez-y, profiteurs, ambitieux aux longs crocs,
Avides spoliateurs, requins de la finance,
Corrupteurs pourrissant tous les contrats sociaux,
Exemples infectieux, fauteurs de déviances.
Si vous vous conduisez comme des aigrefins,
Toujours prêts à tromper pour grossir votre avoir,
Vous construisez un monde absurde et kafkaïen
Où vos propres enfants seront au désespoir.
Vous êtes dévoyés par votre avidité
Et la lucidité la plus faible vous manque ;
Comme à colin-maillard où les yeux sont bandés,
Vous avez des œillères en billets de banque.
René FRANCAL 31 12 2009
De l’agora à la télé.
Quand le sage Mentor instruisait Télémaque,
De la droite rigueur il prônait la vertu.
« Que votre probité résiste à toute attaque,
Pour un roi juste et fort vous serez reconnu ».
« Le peuple se comporte à l’image du maître.
Montrez-vous vertueux, il le sera aussi.
Si de la fourberie vous êtes le grand prêtre
Les gens feront de même et deviendront pourris ».
En ces années deux mille on apprend aux énarques
Que le plus important est de savoir biaiser,
Que l’a duplicité est l’art de gouverner,
Et par de faux rapports entretenir l’arnaque.
« Maîtrisez les médias, c’est là qu’est le pouvoir.
Qui veut devenir chef doit avant tout savoir
Mentir avec l’œil rond et la main sur le cœur
Il faut en fausseté être toujours meilleur ».
De morale et d’éthique il n’en est plus question.
Il importe avant tout d’amuser l’opinion,
En tous lieux, par tout temps, se donner en spectacle.
Le peuple est occupé, tant pis pour la débâcle.
Ainsi pensait un Louis, le quinzième du nom,
Pour son propre plaisir faisant toujours la fête
Alors que le bon peuple mangeait des chardons.
Ce fût le roi suivant qui en perdit la tête !
René FRANCAL
"Celui qui ouvre une porte d'école ferme une prison" Victor HUGO
RAFLES
Le voici revenu le temps de l’innommable,
Le temps où l’être humain est traîné dans la boue,
Où il est arrêté dans son lit, à sa table,
Le respect de la vie ne vaut plus rien du tout.
La chasse aux sans papiers se fait à grande échelle.
Elle est la diversion d’un régime pourri,
Qui pour masquer à tous l’odeur de ses poubelles,
Poursuit le sans papier, le cloue au pilori.
Des gens en uniforme font la sale besogne,
Exécutent fidèles les ordres scélérats,
Reprennent aujourd’hui, et cela sans vergogne,
Les ignobles méfaits pourtant qu’on condamna.
Valets obéissant ils exécutent l’ordre.
Ils ont comme toujours l’alibi de la loi.
Jamais ne leur viendrait l’impératif de mordre,
Cette main assassine qui désigne leur proie.
Ils frappent à l’école pour arrêter des gosses,
Les prennent dans leurs classes, les envoient, inhumains,
Dans des centres fermés gardés par des molosses,
Les mettent dans l’avion vite le lendemain.
Peu sont les courageux aux fonctions officielles,
Qui osent publiquement dénoncer, s’opposer.
Préférant obéir, ils obstruent leurs cervelles,
Ramper comme un serpent ça évite d’oser.
Tout ça se fait ici, « Patrie des Droits de l’Homme »
Terre où dans le passé l’ignoble s’est produit,
Dire « Plus jamais ça ! » n’a aucun sens en somme
En ce début de siècle tombe déjà la nuit.
De la masse anonyme sortent pourtant des Justes,
Qui cachent les enfants dans leurs appartements,
Ils s’opposent enfin aux décisions injustes,
Et montrent qu’on peut vivre ici humainement.
Un jour viendra c’est sûr où les salauds, les traîtres,
Auront à rendre compte de leurs ignominies,
Et la tête baissée ils iront comparaître,
Devant un tribunal comme Papon le fit.
2008 La Belette