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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

DE LA LCR … AU NPA (2)

Il ne s’agit évidemment pas dans ce double article de jeter l’anathème sur une action politique qui, pour la plupart de ceux/celles qui s’y investissent est tout à fait sincère. Il s’agit d’en souligner le danger de répéter les erreurs du passé dans un gaspillage inouï de forces et de dévouement. Si ce double article peut permettre à certain-e-s de réfléchir avant de s’engager, il aura atteint son modeste but.

Réflexions sur une « mutation » : LA STRATÉGIE

Qu’il faille prendre des initiatives devant la situation actuelle, la dégradation du social, de l’environnement, ça les dirigeants de la LCR l’ont parfaitement compris… contrairement par exemple à LO ; et les vieux partis de Gauche étant soient traîtres (PS et Verts), soit défaillants (PC), la LCR va occuper l’espace qui se libère.

Oui mais pour quoi faire ?

Il y a quelque chose d’étrange quand on parle de la stratégie du NPA : si l’on note qu’il n’en a aucune de réellement alternative, on nous fait deux types de réponse.

Soit on nous fait remarquer qu’il n’existe pas encore et que donc il est logique qu’il n’en ai pas…. Ce qui laisserait supposer que l’organisationnel précède et prime le politique et le stratégique ( ?).

Soit on nous renvoie aux textes, et ils sont nombreux, qui circulent dans ce qui n’est pas encore le NPA pour nous dire que « bien entendu il en a une ».

Il est en fait très difficile de se faire une opinion sur ce sujet. Le plus grand flou est entretenu quant à ce que sera l’action politique d’un tel parti. Probablement volontairement parce qu’à y regarder de plus prêt elle est d’un classique affligeant.

La « stratégie » politique du NPA en devenir, au delà des discours complaisants et enthousiastes laisse supposer la suite.

Elle découle de ce qu’est devenu la LCR au cours des années

Extrêmement radicale, dans son projet, dans les années 70, faisant appel à la violence révolutionnaire (revoir par exemple les discours de A.KRIVINE dans le film : MOURIR A TRENTE ANS) : affrontement avec les forces de répression, volonté de constituer des milices ouvrières, mise à bas de l’Etat bourgeois,… elle a peu à peu glissé vers une contestation molle, arrondissant la radicalité de son discours au point de faire de la radicalité un simple discours.

Dans un manifeste intitulé « TOUS ENSEMBLE NOUS POUVONS CHANGER LE MONDE », lcr-rouge.org qu’il serait ici trop long de décortiquer on retrouve toutes les concepts qui peuvent aux différents échelons des consciences et espérances, séduire : du gouvernement des travailleurs, à la proportionnelle, jusqu’à l’autogestion, l’autodétermination des travailleurs,…

A lire ce document, on comprend qu’il interroge du social démocrate de gauche à l’anarchiste le plus convaincu… tout ce monde y trouve, ou est censé y trouver son compte. Le NPA ratisse large. Le NPA va être une « auberge espagnole », où chacun apporte ce qu’il souhaite, mais c’est l’ex LCR qui fait le menu. Mais quel menu ?

On joue sur l’aspect affectif du culte voué à Che Guevara en refaisant revivre son incontestable courage physique, son idéal révolutionnaire, mais en omettant de dire que toute son action est un total fiasco aussi bien sur le plan théorique que pratique.

Le seul problème, mais il est de taille, c’est « que faire ? ». Il serait malhonnête de ne pas dire qu’il y a la réponse : la mobilisation des travailleurs. Cela dit, cette notion reste très floue elle aussi et peut aller d’un succès électoral à l’initiative des masses ( ?) avec tout ce que l’on peut imaginer entre.

Cette soit disant « stratégie », ou ce qui en tient lieu, on la trouve très clairement en résumé dans le tract d’appel à la fête de Toulouse du NPA (qui officiellement n’existe pas)-septembre 2008. En effet on peut y lire :

« Dans nos villages, quartiers entreprise il faut :
- revendiquer un salaire de base de 1500 euros net, une prime immédiate de 300 euros, l’indexation des salaires sur l’inflation ;
- soutenir chaque lutte des travailleurs en grève pour défendre leurs emplois, leurs salaires, leurs conditions de travail ;
- manifester et agir à côté des jeunes, des salariés, des chômeurs, des sans papiers, de ceux qui s’opposent à la destruction de notre environnement ;
- lutter aux côtés des populations pour que les campagnes et les quartiers ne deviennent pas des déserts à cause de la suppression des services publics ;
- démultiplier et relayer les fronts unitaires de résistance à la politique du gouvernement, comme pour le retrait des troupes française en Afghanistan, contre la privatisation de la poste, contre la construction de nouvelles centrales nucléaires, pour la régulation de tous les sans papiers…

Mais il nous faut aussi opposer aux politiques ultralibérales, une politique qui réponde aux besoins sociaux, écologiques et démocratiques en pourtant un autre projet de société. Nous ne pouvons ni attendre 2012, ni confier notre avenir à ceux, dans la gauche institutionnelle, qui capitulent et ne s’opposent même pas à Sarkozy et au Gouvernement. »…

La liste des revendications est totalement classique et peut-être reprise, effectivement, par de nombreuses organisations politiques, associations, et autres. Cela n’apporte rien au débat sur la stratégie.

Par contre, les deux phrases suivantes ne manquent pas d’intérêt.

« Il faut une politique qui … ». mais qu’est ce qu’une politique ? Appliquée par qui ? Dans quel cadre institutionnel ? Se fondant sur quelle pratique concrète ?

Rien n’est dit sur ces questions fondamentales, pas plus dans le tract que dans les autres textes sinon que :

« D’ores et déjà, dans toute la France, des comités NPA se sont constitués en réponse à l’appel d’Olivier BESANCENOT et de la LCR. Ces comités, tout en luttant, participeront à l’élaboration du programme de ce nouveau parti dont le Congrès fondateur se réunira en Janvier 2009 ».

Qui peut prendre au sérieux la phrase « Nous ne pouvons attendre 2012… ». Qu’est ce que ça veut dire concrètement ? Dans les faits ? Dans les intentions ? Ou bien il y a une échéance précise, un projet, ou bien ce n’est qu’un « effet de tribune »….

Que veut dire la phrase « Ces comités tout en luttant… »… Lutter ? Mais quel sens à ce mot dans cette phrase : protester, faire des tracts, coller des affiches,… ou bien occuper des usines, affronter la police ? On n’en sait trop rien. Cela peut vouloir tout dire,… et rien dire.

Et ce n’est pas la mise en place d’opérations, au demeurant forts sympathiques, style « pique-nique » dans les super marché en se servant sur place… qui seront d’ailleurs vite réprimées, et totalement ignorées des médias, qui vont changer la nature non stratégique du projet politique. Ces opérations, qui ressemblent à s’y méprendre aux opérations « Fauche chez Fauchon » effectuées par la Gauche Prolétarienne dans les années 70, ont plus une fonction d’attirance pour la frange libertaire politiquement perdue, que d’inaugurer un processus de subversion politique et social.

Autrement dit et en résumé, il n’y a aucune stratégie alternative, seulement dans un premier temps une tactique de construction d’organisation, puis un flou total sur la suite, sinon qu’il faudra faire un programme (de quoi ? électoral ? de prise du pouvoir ?), présenter une liste aux prochaines élections ( ?)

Il n’y a que des souhaits, des espérances, qui à force d’être répétés deviennent des certitudes. … qui s’exprimeront dans un parti qui fera quoi ?...concrètement ?

La non plus pas de réponse. En fait ce parti, regroupera les mécontents, soutiendra les grèves, dénoncera le pouvoir - mais ça ce n’est pas une stratégie politique alternative -… et ensuite ?... Il présentera des candidats aux élections… comme ont fait tous les partis politiques traditionnels depuis un siècle.

La magie des mots « unité », « rassemblement », «  lutte », « résistance », et des figures mythiques, le CHE, Louise MICHEL, l’emportent sur une analyse sérieuse de la situation et de la stratégie adéquate à mettre en place face à la mondialisation du Capital.

Le rapport à la réalité sociale et politique est totalement magique, comme si à le dire avec conviction et véhémence allait faire se produire l’évènement désiré.

Il est vrai que d’agir comme cela est sécurisant, convainquant, excitant, surtout appuyé par de grandes manifestations, démonstrations de forces, meetings-messes, envolées oratoires des leaders charismatiques,… dont la LCR – pardon le NPA – a/aura le secret… C’est exactement comme cela que fonctionne l’action politique depuis plus d’un siècle,… avec le succès historique que l’on sait. Il suffit de voir la situation dans laquelle nous sommes.

Au-delà des discours et des écrits (nombreux) préparatoires au NPA, il reste que la seule stratégie, par défaut, qui va se trouver dans les cartons du nouveau parti est la vieille stratégie électoraliste qui consiste à récupérer un maximum de militants, en faire des militants électoraux, présenter des candidats et attendre le résultat des élections. Bien sûr, on ne se désintéressera pas des luttes, on protestera, on manifestera, on fera des pétitions, on appellera à la grève,… mais tout cela se terminera comme d’habitude : par un communiqué de victoire, ou d’appel à la mobilisation et au « vote des candidats qui défendent les travailleurs ».

Il y a vraiment rien de nouveau à cela. Elle est celle du PCF, sans son histoire et avec, encore, un discours radical rafraîchi.

Le PCF s’est usé jusqu’à la corde avec cette stratégie, il s’est complètement déconsidéré en trahissant politiquement plus que ne le laissait supposer ses discours radicaux. Il en paie aujourd’hui le prix.

Le NPA va prendre le relais : discours radical,… mais ensuite ?. Dès qu’il va avoir ses premiers élus, l’illusion va peu à peu s’effriter. Processus classique d’une politique classique. Le « facteur » (qui ne sera plus facteur, mais politicien professionnel) va s’empâter dans ses fonctions représentatives (voyez Cohn Bendit !). Le verbe restera haut, mais le concret ne changera pas. L’évolution de la force de contestation qu’ont pu représenter les Verts à leur début donne un peu une idée de ce qui attend le NPA dans une logique de contestation verbale et de pratique électorale.

Il refuse jusqu’à présent tout compromis politique avec le reste de la Gauche, tout en la ménageant : « L’adversaire c’est la Droite, pas la Gauche » ( ???) dixit O.Besancenot. On verra à l’usage… il ne sera pas le seul à franchir le pas ! (Rappelons nous comment le PCF est passé de la contestation radicale à la compromission la plus honteuse).

Le NPA va refaire dans le simplisme politique vulgaire qui consiste à marteler des mots d’ordre, slogans, à faire des déclarations très critiques (souvent fort justes), à soutenir les grèves et autres luttes,… qui finiront bien par s’arrêter faute d’alternative, à essayer de rassembler les mécontents,… et de les canaliser vers les urnes.

La plupart des militants de la LCR, on le comprendra, complètement fascinés, survoltés, par l’horizon du NPA ne peuvent admettre une telle critique. Ils ne répondent à cette analyse que par le silence, l’ironie ou l’insulte. Voir l’article : « LES LENDEMAINS QUI CHANTENT »

Cette attitude confirme l’infra politisation extrême de cette « opération NPA » et son caractère essentiellement affectif et subjectif, mais aussi sa fragilité, aussi bien en terme de perspectives politiques… de fait exclusivement les élections, qu’en terme de conscientisation… on ne fait appel qu’à l’esprit de révolte ou à l’affect.

On est loin contrairement à ce que disent les initiateurs du NPA d’un renouveau politique… On n’a là qu’un ravalement de façade.

Patrick MIGNARD
13 octobre 2008

PS - Je demande à celles et ceux qui ne manqueront pas de me dire : « OK, tu es très fort pour la critique, mais que proposes-tu ?  » de lire les quatre articles :
« QU’EST-CE QUE CONSTRUIRE UNE ALTERNATIVE ? »
et le « MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

après, on pourra discuter.

 

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