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Publié par PM sur
Publié dans : #billet d'actualite

Billet dActualité ...............................................................................................................

ECONOMIES,… VOUS AVEZ DIT ECONOMIES ?

J’entendais ce matin, d’une oreille distraite, Mr RAFFARIN, sénateur UMP et ancien premier ministre, qui doctement, sur BFM-TV expliquait comment faire des économies en ce temps de crise et de dette. La détermination et l’audace de ses propos m’ont fait passer de distrait à attentif.

Oh, bien sûr, rien de bien nouveau, des coupes sombres dans les effectifs des agents de l’Etat et réduction des prestations sociales… du libéralisme pur sucre. Et de nous expliquer qu’il fallait « faire des économies » et « ne pas accepter des sureffectifs »… Et pour appuyer sa démonstration il a fait référence à l’étranger… Comme chacun sait, l’ « herbe est toujours plus verte chez le voisin » !

Justement, à ce propos, parlons des voisins… Et il m’est revenu en mémoire une statistique qui circule depuis quelque temps sur le net :

Etats-Unis : 300 millions d’habitants

100 sénateurs et 435 représentants - total : 535

France : 65 millions d’habitants

350 sénateurs et 577 députés – total : 927

Etrange raisonnement de la part d’un politicien qui est prêt à faire des économies sur le dos de la société civile mais qui ne trouve rien à redire à la gabegie de la classe politique.

Si on fait les comptes, en supprimant 250 sénateurs et 142 députés on fait, au bas mot, l’économie de : 6.000 EUR x 342 = 2.052.000 par mois et donc 24.624.000 EUR par an !!! Sans parler des avantages annexes dont bénéficient les élus, et de la loi Debré qui assure pendant 5ans les indemnités d’un élu battu.

Pensez vous qu’une telle mesure affaiblirait le « fonctionnement démocratique » de notre pays ?

Curieux qu’une telle question ne soit jamais posée !

Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

SALARIAT

UNE RE/DECOUVERTE DOULOUREUSE

En presque environ deux siècles d’existence, ce rapport social, le salariat, est « devenu », perçu, comme une véritable nature de nos sociétés… surtout dans les pays industriels développés. Le salariat apparaissait, et apparaît encore pour beaucoup, comme le top du top de l’organisation sociale.

Pourtant, depuis presque deux décennies, le doute s’installe. La mondialisation marchande a jeté un doute sérieux sur la stabilité et l’efficacité d’un tel lien social.

A y regarder de près, il n’y a pourtant rien de surprenant et rien de nouveau.

LA MONDIALISATION COMME REVELATEUR

Tant que le monde a été dominé, aux 19e et 20e siècles par des pays industriels qui détenaient l’essentiel des facteurs de production : capitaux, technologies, force de travail, marchés de consommation et sources d’énergie,… le lien social salarial qui les constituait, quoique contradictoire et conflictuel, représentait une forme de stabilité certaine au point qu’il n’a jamais été remis véritablement en question dans ces pays.

La valorisation du capital et son corollaire, le salariat, s’étaient fondés dans, et par, une identité géopolitique , l’état-nation, qui garantissait une relative stabilité. C’est sur ce modèle, avec quelques variantes que se sont constitués les grands états industriels.

La mondialisation, c'est-à-dire l’expansion des activités de production au-delà des frontières de ces pays, les facilités de communications et de transports, l’accession de nouveaux états à une relative indépendance par rapports aux anciennes métropoles coloniales, a rompu cet état de relative stabilité économique, sociale et politique.

Le délabrement politique et social de nos sociétés n’est donc pas surprenant, on peut même dire qu’il était inscrit dans l’existence et la dynamique même de la valorisation du capital, du capitalisme.

RAPPEL DE QUELQUES FONDAMENTAUX

1- Une entreprise est faite avant tout pour valoriser le capital que l’on y investit…pas pour créer des emplois. La production n’est qu’accessoire… la preuve, on l’arrête quand ce n’est plus rentable de produire.

2- Le salarié n’est qu’un facteur de production. Il crée la valeur, par son travail, mais est rémunéré à la valeur de sa force de travail (ce dont il a besoin pour vivre). Son salaire est un coût de production.

3- Le capital technique, les machines, permet au salarié d’être efficace dans son acte de production. Le progrès technique en augmentant la productivité du travail humain, relativise, quantitativement, sa présence dans la production. Plus la machine est performante, moins on a besoin du salarié.

4- Le profit, la part de la valeur produite par le salarié, mais qui ne lui est pas restituée, appartient exclusivement aux propriétaires du capital (les actionnaires). Notons que les salariés n’ont aucun droit sur lui puisqu’ils ont été rémunérés à la valeur de leur force de travail (marché dit « du travail », en fait « de la force de travail »).

5- La gouvernance de l’entreprise est constituée par l’assemblée générale des actionnaires (les propriétaires du capital). Notons que les salariés n’ont aucun droit dans ce domaine.

6- Le droit – social - des salariés n’est que le produit de leurs luttes. Rien n’a été accordé par le capital, tout a été conquis soit par la force soit par la peur.

Ces quelques fondamentaux, on les a oubliés, ils se rappellent aujourd’hui à nous.

Les luttes sociales ont permis aux salariés d’obtenir des avantages substantiels au travers d’une législation du travail : conditions de travail, garantie contre les licenciements, conventions collectives, salaire minimum, hygiène et sécurité, retraites, protection sociale… Tous ces acquis ont transformé la condition salariée grâce au rapport de force instauré,… et ils ont été garantis et maintenus grâce au même rapport de forces… on les a cru éternels ! Erreur !

L’effondrement actuel de ce rapport de force remet en question tous ces acquis.

UNE REMISE EN QUESTION GENERALE

Ces acquis – certainement pas définitifs contrairement à ce que beaucoup de salariés croyaient et croient – ne tenaient que parce que le rapport de forces salariés/capital était en faveur des premiers… le capital ayant alors, encore, peu de marges de manœuvre. Mais le capital ne connaît pas les frontières.

Une des caractéristiques de la mondialisation marchande est évidemment la mondialisation des marchés, aussi bien ceux des matières premières, que celui des capitaux, de la consommation et même ceux de la force de travail.

Cette mondialisation, et en particulier, celle de la force de travail a des conséquences prévisibles sur le rapport des forces entre salariés et entrepreneurs/actionnaires.

Le chef d’entreprise et les actionnaires ne sont plus limités au territoire national (l’Etat-nation berceau du capitalisme) pour produire et donc valoriser leur capital. Les salaires plus bas à l’étranger les incitent logiquement à délocaliser. De même que l’ouverture des frontières à la circulation de la force de travail leur permet d’embaucher à des salaires plus bas que ceux habituellement versés.

Cette nouvelle situation se double d’une caractéristique déterminante : l’Etat, dans son désir de libéraliser et de déréglementer, se tient en retrait et n’est plus le garant des conditions d’existence des salariés.

Dés lors, on assiste à une remise en question totale des acquis :

- les salariés en concurrence sur le marché international de la force de travail ne peuvent plus exiger le maintien, et à fortiori, l’augmentation de leurs salaires,

- l’entreprise, lieu essentiel pour les salariés (pas pour les actionnaires) peut quitter le territoire national, voire disparaître,

- tous les acquis sociaux sont remis en question et les syndicats n’y peuvent rien,

- l’exclusion remplace l’exploitation dans la conscience des salariés et le « couteau sous la gorge », ceux-ci sont prêts à tous les sacrifices pour défendre leur emploi.

UNE PRISE DE CONSCIENCE BIEN TARDIVE

Sont totalement incongrues au regard des principes de fonctionnement de la gestion du capital, ces idées et déclarations que l’on entend couramment dans les médias :

L’idée qu’il serait scandaleux que l’entreprise (les actionnaires) imposent une rentabilité fondée sur la maîtrise du coût de la main d’œuvre (les salaires),

L’idée qu’il serait scandaleux que l’entreprise (les actionnaires), licencie pour accroître sa rentabilité ( la force de travail variable d’ajustement),

L’idée qu’il serait scandaleux et inhumain, de liquider une entreprise, et de licencier son personnel, pour des questions de rentabilité financière (liquidation pour spéculer sur les marchés financiers),

L’idée qu’il serait scandaleux que l’entreprise privilégie les actionnaires au détriment des salariés.

Ces idées, émises, véhiculées, proclamées par les salariés licenciés, ou en voie de licenciements, montrent à quel degrés d’incompréhension, ceux-ci sont en matière de connaissance de ce qu’est véritablement ce système.

Les salariés, la classe ouvrière (comme on disait), l’ensemble des citoyens ont eu cent cinquante ans pour se rendre compte de ce qu’était le capitalisme. Des millions d’articles, des tonnes d’ouvrages, des années de discussions ont dénoncé ce système… pour rien,… ou encore pas grand-chose.

L’immense majorité a cru, et croie encore, qu’il était/est réformable, que les acquis chèrement arrachés à la rapacité du capital, seraient définitifs… elle s’est trompée.

L’immense majorité a cru en la parole des bonimenteurs politiciens qui promettaient, et promettent toujours d’humaniser le capitalisme, de faire des réformes, de défendre l’intérêt du peuple,... et vote pour eux.

Aujourd’hui il est trop tard, l’édifice s’écroule sur nous. Il va falloir faire preuve d’une grande imagination et d’une pratique efficace pour ne pas y laisser notre peau.

Septembre 2012 Patrick MIGNARD

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Publié dans : #matiere a reflexion

ANTI OGM : DE LA LUTTE OUVERTE A LA CLANDESTINITE

Ce qui s’est passé le 5 septembre 2004 dans le Gers lors de l’opération d’arrachage d’un champ d’OGM par des « faucheurs volontaires », marque un tournant dans l’histoire de cette lutte. C’est le jour où le pouvoir nous a dit : « En matière d’OGM, la rigolade est terminée. Nous avons décidé de passer en force. Les expérimentations en plein champs continueront, se développeront et nous nous donnerons les moyens de les assurer ».

Ce 5 septembre est un échec pour le mouvement mais il est surtout une leçon dont il va falloir tirer toutes les conséquences... Il n’est pas déshonorant de battre en retraite devant un adversaire supérieur en force.

Le mouvement de contestation des OGM est désormais devant un mur ou plutôt devant une alternative à trois solutions.

Soit il continue ses actions sous la même forme, arrachage au grand jour, annonce publique, action... et il va se heurter systématiquement à la violence d’Etat.

Soit il s’adapte à cette nouvelle donne et se radicalise en se donnant les moyens de faire face.

Soit il adopte l’action clandestine.

La première solution est à terme intenable. Le pouvoir a compris le 5 septembre qu’il pouvait faire reculer le mouvement par la violence... il n’a plus qu’à attendre son pourrissement. En effet, la répétition de ce genre d’action va peu à peu lasser les participant-e-s. L’échec répété est particulièrement démoralisant.

La deuxième solution n’est pas concevable dans le contexte actuel. Outre le fait que le mouvement des « faucheurs volontaires » est « non violent », le mouvement social, n’a pas aujourd’hui la capacité politique et matérielle de s’affronter à « armes égales » avec les mercenaires du pouvoirs.

Reste la troisième solution... qui d’ailleurs, dans plusieurs cas, en Haute Garonne, était conjoncturellement utilisée avec un total succès.

La généraliser pose un problème politique. En effet l’action clandestine, est d’une culture politique différente de celle que l’on connaît depuis quarante ans. La conception « fleur bleue » de la politique (« j’élis mon député et j’attends les prochaines élections ») diffusée par tous les partis politique nous a rendu étranger à cette conception de l’action qui n’a de sens que chez nos anciens de la Résistance (dans un autre contexte il est vrai) et celles et ceux qui ont fait du travail politique en solidarité avec les anti-franquistes.

Les avantages de cette solution : continuer le combat sous une autre forme que l’on maîtrise. Le pouvoir ne peut pas utiliser, du moins pleinement, son appareil répressif. D’autre part, et c’est l’essentiel, les plants d’OGM sont détruits... ce qui est l’objectif principal.

Les inconvénients : la populariser est plus compliquée que celle adoptée jusqu’à présent, ce qui se comprend aisément. Il faut repenser la popularisation, les rapports avec les médias. Il faut développer des réseaux de solidarité nouveaux, plus solides et plus fiables. Ne pas sombrer dans le culte du secret tout en préservant la discrétion. Eviter les dérives de marginalisation qui sont nombreuses. Il faut développer une logistique d’explication des actions particulièrement efficace pour éviter la marginalisation de celles-ci et toute dérive minoritaire. Bref, il faut repenser des actions de l’action politique que nous ne connaissons pas ou mal.

Le terme « clandestinité » a perdu ses lettres de noblesse et a été instrumentalisé par des causes plus que douteuses, des actions violentes, minoritaires et sectaires. Il n’a pas bonne presse dans un contexte de « démocratie libérale » qui est censée garantir le bonheur universel... Pourtant, c’est aux soubresauts autoritaires d’un système à bout de souffle auxquels nous assistons aujourd’hui... ses marges de manœuvres sont quasiment inexistantes pour faire accepter à l’immense majorité, les conditions de son fonctionnement : course au profit dans un contexte mondialisé qui remet en question les acquis sociaux et de manière générales les principes de précaution.

Aujourd’hui la soumission est la seule alternative qui nous est offerte par ce système, et ce, ce qui est un comble et d’un cynisme achevé... au nom de la démocratie ( ?).

Saurons nous nous adapter à ces nouvelles conditions ?

6 septembre 2004                                                           Patrick MIGNARD

 

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VIOLENCE ET CHANGEMENT SOCIAL

La question de la violence est récurrente de tout processus de transformation sociale. La violence est partout dans l’Histoire, sa condamnation aussi d’ailleurs, et il est de bon ton aujourd’hui de croire, de faire croire ou de feindre de croire que, la transformation sociale étant terminée (que mettre à la place du marché ?), la violence doit l’être également.

L’Etat, l’autorité, s’est toujours attribué le monopole de la violence, du moins de la violence légale ; de la violence légitime, et a toujours déclaré illégitime la violence qui s’opposait à lui. Un tel constat ne règle pas le problème posé par la violence, mais au contraire le repose indéfiniment.

On associe trop facilement « force » à « puissance » voire à « justice »... c’est vrai dans le monde animal du moins pour les deux premiers termes... le troisième n’y ayant aucun sens. Dans la société humaine le problème est beaucoup plus complexe car, contrairement au monde animal, l’acte individuel et/ou collectif se fait consciemment et au nom de « valeurs ». Ainsi, la violence humaine n’a rien à voir avec la violence animale. La première est consciente, sociale et politique alors que la seconde est essentiellement instinctive... et ce qui fait l’ « inhumanité » de la violence humaine, c’est justement le fait qu’elle est humaine...

SUR LA LEGITIMITE DE LA VIOLENCE

Il n’existerait aujourd’hui, dans la société, que deux types de violence, la bonne, la légitime, la juste et l’autre, la mauvaise, l’illégitime, la perverse et inacceptable.

Au-delà de l’argument fallacieux qui fait de toute autorité le dépositaire légitime de la violence, le statut de la violence, de la force, dépasse le cadre strict de celui de la légitimité du pouvoir. En effet, tout pouvoir a toujours su fonder, et justifier, sa légitimité, de même qu’il a toujours su justifier, avec les meilleurs arguments du monde, l’utilisation de la violence contre ses opposants. Notons que la légitimation de la violence passe par la prise et la possession du pouvoir par ceux qui exercent celle-ci...Exemple ? La violence des nazis durant la République de Weimar est « devenue légitime » dés 1933... On peut multiplier les exemples historiques à l’infini. La légitimité de la violence change quand change le pouvoir. Ce n’est donc pas sur ce terrain que l’on peut arriver à comprendre quel est le statut de la violence.

La question essentielle serait plutôt : Que préserve réellement un système économique au point d’être susceptible d’utiliser la violence ? Il faut alors dépasser le cadre du simple discours idéologique qui masque la réalité du pouvoir, et du système, et examiner quels sont les mécanismes, les principes, de son fonctionnement.

L’économie de marché, ou la démocratie marchande, met en avant la légitimité populaire du pouvoir. La légitimité du pouvoir étant fondée sur le peuple, toute violence exercée contre le pouvoir s’exerce donc contre le peuple (on peut tenir le même raisonnement quand c’est Dieu qui légitime le pouvoir). Raisonnement logique, mais volontairement incomplet. Le fait que le pouvoir soit légitimé par le peuple n’exclu absolument pas que le système qui le sous-tend soit un système d’exploitation qui instrumentalise l’individu... le salariat en est la plus parfaite démonstration. Or, par sa nature même, ce système va être, et est, générateur de conflits, parfaitement identifiés, fondés sur les conditions de production et de répartition des richesses, bref d’existence. Rapport qu’il cache, comme l’ont fait tous les systèmes de domination dans l’Histoire, derrière le paravent d’une morale qu’il a ajusté à ses intérêts et d’une idéologie mystificatrice. La manipulation consiste en effet à affirmer le caractère « naturel » et « indépassable » de ce système, et l’organisation politique basée sur une alternance factice, qui le perpétue, sans pour cela résoudre les conflits, d’où une situation apparemment paradoxale d’un peuple qui conteste systématiquement un système dont il reconduit non moins systématiquement au pouvoir ses gestionnaires

Cette situation aboutit à un paradoxe surréaliste : la violence populaire est déclarée illégitime par un pouvoir légitimé par le peuple. L’ambiguïté est totale et tout à fait propice au statut quo, mais aussi, ce à quoi nous assistons aujourd’hui, à la juridiciarisation, voire criminalisation de la contestation sociale (voir l’article « VERS UNE SOCIETE POLICIERE ? »).

LE PIEGE DU SPECTACLE DE LA VIOLENCE

L’image de la violence est mystificatrice. Renvoyant dans notre inconscient aux rapports de force entre animaux, répondant probablement à la partie animale de notre cerveau, elle est l’expression d’un stade d’évolution que nous avons dépassé. Nous l’avons vu, les rapports humains sont des rapports conscients et politiques... ils ont dépassé le stade de l’instinct.

Pourtant, et peut-être à cause de cela, le spectacle de la violence nous fascine et nous trompe sur son efficacité réelle. Dans un rapport de force politique (au sens large), la violence n’est qu’un paramètre, autrement dit, elle n’est que l’ élément d’un tout, et c’est la structure de ce « tout » qui lui donne son sens. Ainsi, la violence (l’instrumentalisation de l’individu) qui est à la base du système marchand disparaît en tant que spectacle dans la rationalité de celui-ci, de même que la soumission au Moyen Age disparaissait dans l’allégeance dans la foi en la divinité. L’exploiteur s’est toujours appuyé sur le consentement de l’exploité à se complaire dans l’illusion du « naturel », du « logique », de la « fatalité » qui fonde sa soumission... à défaut il lui a toujours fourni des arguments pour s’en convaincre (Dieu, la patrie,...).aujourd’hui, le marché.

Le système marchand a atteint un haut degré de sophistication en matière de justification morale de ses principes. Il a pour cela la « rationalité », celle qui déclare « équitable » l’échange marchand, « qui pourrait remettre en question le calcul économique aux bases mathématiques ( ?) incontestables ( ?) »... et de cette « équité » basée sur la logique, il passe logiquement à l’ « équité » sur le plan moral. Quoi donc trouver de mieux qu’une rationalité scientifique fondant une valeur morale... Cette dernière est forcément universelle, incontestable et...harmonieuse, et donc exempte de tout germe de violence La mystification n’a plus à s’inventer des Divinités et autres entités au fondement « scientifique », et pour cause, fragile. On peut dire que la « mystification » est scientifiquement fondée et justifiée... c’est ce qui fait la force de persuasion de ce système. La rationalité du système masque le rapport de domination (le salariat) sur lequel il se fonde. De même que la foi justifiait et masquait l’exploitation, la rationalité du système marchand justifie et masque le rapport de domination qui le fonde.

Il faut donc inverser la vision de la réalité. La violence primaire n’est pas celle qui s’exerce pour combattre l’exploitation, mais c’est l’exploitation elle-même. C’est l’institutionnalisation (en système économique) de la violence sociale et économique qui masque sa vraie réalité et qui révèle en fait une autre violence qui n’est que son expression « en creux ». Ainsi la violence exercée par une révolte n’est que l’image symétrique de l’exploitation qu’elle combat.

Tout système a donc tout à fait intérêt, et il ne se gène pas, à présenter la violence exercée contre lui comme une remise en question, un atteinte à l’ordre... dont il est le représentant et le garant... ce qui, d’un certain point de vue et tout à fait exact... oubliant simplement d’expliquer l’origine et le sens de la contestation dont il est l’objet.

LA VIOLENCE EST-ELLE NECESSAIRE ?

Contrairement à ce qui nous porterait spontanément à croire que l’ « on combat la violence par la violence », l’Histoire nous montre que la violence brutale, physique, primaire, ne saurait être considérée comme l’élément essentiel du changement, elle en est tout au plus un élément marginal, en ce sens que ce qui fait le changement ce n’est pas la violence, mais au contraire la construction, l’élaboration de nouveaux rapports sociaux... ce qui est, il est vrai, une forme de violence faite au système en place. Une révolte, aussi violente soit-elle n’a jamais rien changé, du moins de matière fondamentale et déterminante. Que dans cette œuvre de construction, de nouveaux rapports, la violence s’exprime, c’est quasiment inévitable, et ce pour une raison simple : tout édifice social, nie ses contradictions et résiste aux forces du changement... et en dernière instance, il utilise la force brutale.... Et alors il se dévoile dans ce qu’il est réellement.

La non utilisation de la violence n’est donc absolument pas garantie.

Remettre en question le système marchand c’est lui faire exprimer à un moment donné ce qu’il est par essence : un rapport de violence devenu insupportable. Le remettre en question, en envisageant une alternative sociale et politique ne peut que lui faire exprimer les véritables intérêts et objectifs qui sont les siens. Montrer, démontrer concrètement qu’il est condamné par une structure économique et sociale fondée sur d’autres principes éthiques entraînera une riposte, expression de la violence qui le fonde. Alors les apparences tombent et il révèle sans fard ce qu’il est : un rapport de domination, une structure d’instrumentalisation des hommes, des femmes,... de la Nature, qu’il soumet à ses intérêts.

Attaqué par la violence seule, la force, l’insurrection, voire le terrorisme, un système économique et social, à l’échelle de l’Histoire n’a aucune chance de le mettre à bas... l’exemple soviétique en est la plus parfaite illustration. Un système ne s’abat pas sous les coups d’une force, mais par la putréfaction des rapports sociaux qui le fondent. (voir l’article DECADENCE). L’élaboration de nouveaux rapports sociaux est l’élément essentiel de cette décomposition. La stratégie du changement consiste donc plus à construire des rapports sociaux alternatifs qu’à attaquer de front le système et ce d’autant plus qu’il bénéficie de deux avantages non négligeables : il a la force brutale matérialisée par la possession du pouvoir protégé par ses mercenaires armés (police-armée) et il a son idéologie qui a pour fonction de délégitimer aux yeux du plus grand nombre la violence qui lui est faite.

La pratique violente pure, même accompagnée de tout un discours incantatoire, véhément et idéologique (souvent fondé sur rien de concret) est donc, même si elle peut faire illusion (par sa brutalité), historiquement, inefficace. Le terrorisme de masse (attentats aveugles) ou individuel (assassinats ciblés) en tant que pratique politique en vue d’un changement est politiquement absurde. On ne construit pas un monde nouveau sur la terreur.

Le fascisme (forme de terrorisme d’Etat) est la forme politique qu’a pris le système marchand quand il a pensé que ses intérêts étaient menacés... contrairement aux discours pseudo humanistes officiels qui veulent nous faire croire que le fascisme est une aberration de l’Histoire (demandez à Papon qui a servi les deux formes !.).

Sans pour cela en arriver au fascisme (encore que... faudra voir l’avenir), le système marchand est prêt à tous les crimes et toutes les infamies pour sauvegarder ses intérêts vitaux. (demandez aux pays coloniaux et/ou néo colonisés ! demandez aux exclu-e-s,...)

La violence exercée comme moyen de défense à l’encontre d’un système oppresseur, comme moyen de protection d’un mouvement de libération, pour défendre des valeurs, est moralement et historiquement juste. Mais elle ne saurait cependant constituer la forme unique et essentielle du combat, elle est tout au plus, à l’échelle de l’Histoire, un moyen de préserver les acquis et un moyen de protection des nouvelles structures (éléments essentiel du changement) mises en place. Cette violence prendra alors un véritable sens pour celles et ceux qui l’exerceront... et y gagnera une légitimité.

Le choix de l’adoption du principe, du moment et de la forme de l’exercice de la violence renvoie à la question de la légitimité historique de celle-ci, c’est-à-dire de sa place dans le processus de changement des rapports sociaux et du degré de résistance de l’ancien régime. Plus les forces du changement seront fortes dans l’élaboration de nouveaux rapports sociaux, plus la violence de l’adversaire sera dérisoire et moins nous aurons à l’exercer. Faisons en sorte que l’utilisation de la violence, de la part de l’adversaire, soit l’expression et l’aveu implicite de sa faiblesse politique face à une situation qu’il ne contrôle plus...

16 avril 2004                                                                   Patrick MIGNARD

 

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TRAVAIL SOCIAL : MISSION IMPOSSIBLE ?

Les travailleurs sociaux ne savent plus exactement où ils vont dans leur pratique et ce que l’on attend réellement d’eux. Quelle est leur mission ? Quelle est la commande sociale à laquelle ils se doivent de répondre ? Quelles sont les limites de leur travail ? Les contradictions qui les font s’interroger sur l’efficacité, mais aussi sur la nature de leur travail. Le dernier épisode sur « la délation » a fini de jeter le doute sur un travail qui devient apparemment de plus en plus nécessaire et ... de plus en plus ambiguë.

Devant la dégradation de la situation sociale : exclusion, incivisme, accroissement de la pauvreté ...et les choix politiques qui sont faits : réduction des aides, des subventions, recours à la répression en place et lieu de la prévention,.... les travailleurs sociaux sont amenés à faire face à des situations qui dépassent largement, non seulement la capacité des moyens mis à leur disposition, mais révèlent sous un jour nouveau les limites et les ambiguïtés de leurs « missions ».

Le travail social, et par voie de conséquences, les travailleurs sociaux, ne sont pas détachés du contexte général, économique et politique dans lequel ils évoluent... ils ne sont pas les seuls dans ce cas, les enseignants, les médecins, par exemple,... sont dans le même cas. La spécificité pour eux c’est qu’ils sont au cœur des contradictions du système, à la « jointure », qui « grince » de plus en plus entre l’économique et le social... pour éviter que ça grince on va mettre de l’ « huile »... ce lubrifiant,...c’est eux.

LE TRAVAIL SOCIAL COMME REVELATEUR

Le développement considérable du travail social depuis, disons, trente ans, est un indicateur des tendances lourdes du système marchand. Institutionnaliser massivement le travail social peut apparaître comme un progrès fait dans la recherche par les pouvoirs publics d’un « mieux être dans le domaine social ». En fait cette tendance à l’hypertrophie de ce secteur signifie que le système dans son fonctionnement a de plus en plus de difficulté à produire du « lien social »... c’est-à-dire de la relation qui donne un « sens » à l’existence sociale et à la place de l’individu en son sein. Le processus d’exclusion, de marginalisation, d’échec qui accompagne depuis les années soixante-dix la mutation du système marchand dans les pays développés, processus conséquence de la mondialisation marchande (licenciements, restructuration, délocalisations, raréfaction des emplois, déréglementation du marché du travail,...), génère un déchirement de la relation sociale salariale avec son lot de déviances (perte de repères, marginalisation, économies parallèles, trafics, délinquance, drogue, alcoolisme, suicides,...).

Tous ces phénomènes, présents dans le passé, n’avaient qu’un caractère conjoncturel, voire sectoriel, en tout cas passagers,... aujourd’hui le phénomène est structurel : c’est le système qui le produit, de manière massive et durable. Une telle situation est évidemment dangereuse pour la stabilité du système : perte de confiance, esprit de révolte, incivisme, discrédit du système, individualisme, désintérêt de la vie sociale, ...

Pourtant, malgré son désir de stabilité, l’Etat est incapable de déroger aux lois du système marchand dont il est le garant... et justement parce qu’il en est le garant. Ainsi, il est incapable de s’opposer, par exemple aux liquidations d’entreprises, aux restructurations, aux délocalisations. Il est donc contraint non pas d’agir sur les causes de cette situation, mais sur les conséquences... et comme il est exclu pour lui de remettre en question les lois de fonctionnement du système, il va résoudre le problème d’une des manières qu’il connaît, l’argent.(l’autre étant la répression). Pour cela il va « se payer » un corps de professionnel qui aura pour objectif de faire, ou tenter de faire, ce que le système ne fait plus, ou fait de moins en moins, tisser lien social, donner du sens à la vie sociale d’individus exclus ou en passe de l’être.

La commande sociale qui est faite, aux travailleurs sociaux, par l’Etat, ou les collectivités locales, ou tout autre organisme employeur, dépasse donc le simple stade de l’aide individuelle et passagère, contrairement à ce qui nous est présenté... il s’agit en fait d’un véritable raccommodage de la trame du tissu social, que le système ne produit plus et qu’il déchire par le développement de ses contradictions. Ainsi, la prise en charge des jeunes, des exclus, l’élaboration de « projets de vie », la mise en place d’ « actions d’insertion »,... sont des actes effectués par les travailleurs sociaux alors qu’en fait c’est le système salarial, par son fonctionnement, qui devrait les assurer et dont il est incapable. Ainsi les « aides » financières distribuées par les travailleurs sociaux ne sont que l’expression de l’impossibilité pour de nombreuses personnes de pouvoir subvenir à leurs besoins.

LE TRAVAIL SOCIAL PARTIE INTEGRANTE DU « MAINTIEN DE L’ORDRE »

Il s’agit bien entendu du « maintien de l’ordre » au sens large... de l’ordre social. Pour qu’un système social « fonctionne », il est indispensable que les conséquences de ses contradictions soient contenues dans des limites acceptables. Acceptables d’abord, économiquement, pour le système lui-même... il faut que les affaires puissent continuer. Acceptables aussi socialement et politiquement : on ne peut pas agir n’importe comment (par exemple on ne peut pas exterminer les chômeurs, écraser dans le sang une manifestation... du moins plus...ou pas encore).

En fonction des acquis sociaux, politiques, de l’idéologie, de la présence ou non d’une opinion publique,... l’Etat se doit de gérer les contradictions du système.

La démarche, de la part des pouvoirs publics, de vouloir faire collaborer les travailleurs sociaux à ce qu’ils considèrent des « tâches de police » n’a rien que de très logique. Eléments connaissant parfaitement le terrain, ayant la confiance de leur public, les travailleurs sociaux sont « techniquement » et « pédagogiquement » particulièrement précieux pour savoir, connaître et observer... ce sont des « personnes ressources » potentiellement efficaces sur le terrain. Mais, va-t-on dire, c’est les faire collaborer avec la police et l’administration ! . Bien évidemment... mais comment pourrait-il en être autrement dans une logique de contrôle social, dans une logique qui tend à « juridiciariser » les conflits sociaux, les déviances,... Les travailleurs sociaux ne sont qu’un élément dans le cadre de la maintenance de l’ordre social.

Dans certains cas (régimes autoritaires, voire dictature) l’Etat peut « régler » les problèmes par l’utilisation de mercenaires (voir l’article « VERS UNE SOCIETE POLICIERE ? »). D’ailleurs, le discours officiel qui tend à « socialiser », ou du moins à privilégier, la fonction répressive tout en relativisant la fonction préventive et sociale tend habilement à créer la confusion des genres en faisant subrepticement glisser la seconde vers la première. Là est le problème.

Alors que les mercenaires « ne se posent pas de problèmes » quand à leur fonction : ils obéissent aux ordres, les travailleurs sociaux, eux, fonctionnent différemment : leurs motivations, leurs formation, leur engagement parfois en font des individus qui s’interrogent sur le « sens » de leur action.... Ils sont donc amenés à comprendre, à apprécier, à juger les situations et les décisions. Leur action est fondée sur une éthique qui n’a rien à voir avec une obéissance aveugle à l’obéissance à des ordres. On comprend dès lors le malaise qu’ils ressentent quand on veut simplement les instrumentaliser en vue d’action qui transgresse leur éthique et sape le fondement de la confiance qu’ils ont établi avec leur public.

UNE SITUATION CONTRADICTOIRE

En fait, le travail social révèle, mais est aussi révélé, par la situation contradictoire de tout individu dans l’économie de marché : à la fois citoyen, c’est-à-dire, en principe, juridiquement et politiquement libre, mais aussi économiquement instrumentalisé par le système. Cette situation contradictoire qui a pu être maîtrisée jusqu’à présent, l’est aujourd’hui de moins en moins (voir l’article « DECADENCE »). Or, ce que le système ne peut plus faire comme, intégrer les individus, donner un sens social (même s’il est conflictuel) à leur existence,... le travail social le peut-il ? Certainement pas, du moins de manière durable. En effet comment le travail social pourrait-il agir sur le marché du travail pour intégrer l’exclu, le chômeur, le licencié, l’handicapé ? Car le système salarial intègre de cette manière, par l’emploi... mais cette maîtrise de l’emploi échappe complètement au travail social comme d’ailleurs l’ensemble des rouages de l’économie, d’où une situation contradictoire entre un objectif d’intégrer et une impossibilité fondamentale de pouvoir le faire.

Notons que le travailleur social n’est pas le seul à être dans ce type de contradiction. Ainsi l’enseignant qui forme une force de travail qui ne trouvera peut-être pas à s’employer. Ainsi le médecin déchiré entre soigner et rentabiliser le système de soins. Ainsi l’infirmière, le salarié du service public...

Cette situation révèle véritablement l’essence du système marchand qui, à l’image de ce qu’est la marchandise sacrifie l’usage au pécuniaire, privilégie la rentabilité à la finalité de la satisfaction des besoins.

Notons enfin que le travailleur social est aussi une force de travail qui représente un coût pour son employeur et qu’à ce titre il subit les mêmes contraintes que tous les autres salariés : précarité accrue, licenciement, rentabilisation,...ce qui accroît son désarroi et son incompréhension du sort qui lui est fait.

LE TRAVAIL SOCIAL EST-IL DEVENU INUTILE, VOIRE NUISIBLE ?

Pour le système il est et demeure un élément essentiel dans la manière de « non résoudre » les problèmes sociaux, de faire durer la situation, d’éviter l’explosion sociale. La France et la plupart des pays développés peuvent se « payer la paix sociale » en finançant un corps de professionnels qui ont pour objectif de créer le lien social que le système n’arrive plus à produire... mais il est vrai que si le choix est fait de la répression, on substituera des mercenaires aux travailleurs sociaux ou bien ces derniers devront accepter de le devenir.

Pour le travailleur social c’est plus compliqué car, si tout ce qui vient d’être dit est vrai, il ne peut que s’interroger sur le caractère apparemment pervers de son action... autrement dit il apparaît comme une béquille du système, voire un collaborateur, certains même disent que le travail social donne l’illusion de..., en trompant l’usager.... Mais nous l’avons vu il n’est pas le seul dans son cas. Une telle situation renvoie ainsi à une réflexion non plus sur ce qu’est le travailleur social, mais le système marchand lui-même.

Cela dit, le travail social permet de travailler avec des victimes du système et là se pose un choix délicat et difficile à assumer : doit-on simplement fournir une aide... à la limite par simple humanité... ce qui est tout à fait respectable ; ou doit-on, dans le cadre de son action, aller plus loin et « conscientiser » l’usager pour lui faire prendre conscience de ce qu’il est dans le système, autrement dit en faire un citoyen actif et même réactif par rapport à un système qui l’exclu ? Question délicate qui renvoie à l’engagement de chacun et probablement à une réflexion entre toutes et tous. Le problème devient politique (au sens noble du terme).

Ne nous berçons pas d’illusions, l’humanisme de la démocratie marchande est à géométrie variable et cette variabilité a pour paramètres les conditions et les exigences du système qui la sous-tendent et dont la finalité est, reste et demeure, la valorisation du capital. Le social n’est pas une valeur, pendant de l’économique au temps de la croissance, il en devient aujourd’hui un prétexte. Il est devenu la condition de la stabilité du système dans son ensemble... il est au système ce que la respiration artificielle est au noyé.

Les travailleurs sociaux sont au cœur de cette contradiction, ils en ont conscience... encore faut-il pour être efficace transformer cette conscience en pratique.

21 avril 2004                                                                         Patrick MIGNARD

 

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COPIER N’EST PAS JOUER

La copie des œuvres musicales et autres jeux électronique et logiciens sur Internet mais aussi par tout autres moyens de reproduction peut apparaître au premier abord comme une sorte de « pôtacherie ». Pourtant, le phénomène prend une ampleur qui met en alerte, et même en formation de combat, toute « l’industrie » qui vit de cette production. Non pas parce que le public déserte ses produits, bien au contraire, justement parce que l’attrait qu’ils représentent dépasse largement les bornes imposé par le système marchand : l’obligation d’achat.

L’offensive en ce printemps 2004 contre les "copieurs" sur internet en dit long sur les craintes des "marchands" de voir le premier venu satisfaire son besoin sans payer... ce qui est inacceptable dans le système marchand.

UN DESASTRE DE GRANDE AMPLEUR

« Mettez à la porté du peuple des instruments, il en fera n’importe quoi, et surtout pas ce pourquoi on les lui avait mis à disposition !... » c’est à peu prés cette leçon que tirent les grands producteurs de l’industrie musicale à travers le monde.

Le phénomène n’a pas échappé aux organisateurs du MIDEM (Marché International du Disque et de l’Edition Musicale) lors de son 37e salon qui s’est tenu à Cannes du 18 au 23 janvier 2003. Le mot d’ordre de l’ouverture de ce salon était sans ambiguïté : « Le défi de l’industrie musicale : transformer les consommateurs en consommateurs payants ». Ce qui justifie ce cri d’alarme et cet appel à l’offensive marketing c’est bien évidemment l’état du marché,... et que dit-il le marché ? il révèle une lente érosion des ventes de CD alors que l’on n’a jamais vu autant de gens écouter autant de musique. Mais comment font-ils ? Tout simplement ils copient. Ils copient sans arrêt, sur tous supports et à partir de toutes les sources possibles et imaginables et surtout aujourd’hui sur Internet. Ah les gredins, ils prennent leur pied sans payer... non mais !!!!

La morale marchande n’a pas tardé à sévir, et tout d’abord aux Etats Unis où la maladie est endémique. L’« industrie musicale » y mène une offensive tous azimuts. Le téléchargement y est traîné devant la justice Fin janvier, le tribunal de Washington a menacé les fournisseurs d’accès de complicité de « copiage » au nom du « non respect des droits d’auteurs ». Plus précisément, l’opérateur téléphonique Vérizon a été sommé de donner l’identité d’un de ses clients « soupçonné d’avoir téléchargé 600 titres en 24heures » et d’en avoir fait profiter le « tout venant ». Notons qu’en juin 2001, la justice avait eu la main lourde en ordonnant carrément la fermeture du site musical Napster.

Les patrons de cette industrie auraient pu continuer cette guerre qui se transformait peu à peu en guérilla judiciaire et dans laquelle, l’expérience l’a montré, les grosses machines militaires finissent par s’épuiser. Il ont préféré opter pour une manière plus douce, plus conforme à l’image qu’ils veulent donner, mais sans pour cela abandonner ce pourquoi ils produisent : faire de l’argent. Ainsi, Universal, Sony, BMG, EMI, Warner ont essayé de passer des accords avec ceux qui risquaient de « sauvagement » les pirater, la « civilisation » étant représentée par un « contrat » établissant, facilitant et organisant un « droit d’accès »... moyennant finance. Le seul problème dans tout cela c’est qu’il y a complet décalage entre les possibilités infinies du copiage gratuit et les contraintes marchandes des « contrats » payants proposés. Rien n’est résolu.

Mais il y a une loi dira-t-on ? Certes encore faut-il qu’elle soit appliquée. Pour cela il faut deux conditions : soit qu’elle soit respectée, soit qu’une autorité puisse garantir son application, soit les deux à la fois.

La première condition est loin d’être remplie. En effet pourquoi donner de l’argent, que parfois on n’a pas, à des entreprises qui se font un « fric fou » et qui font la « pluie et le beau temps » en matière de production. Etre moral avec des gens qui ne le sont pas, c’est très dur.

La deuxième condition n’est pas non plus remplie. Une autorité judiciaire, au territoire de compétence forcément limité (à l’Etat-nation), ne peut que très difficilement intervenir sur un système mondial comme internet. C’est un peu l’aspect négatif, les concernant, de la mondialisation qui favorise les entreprises pour piéger les salariés... ici c’est elle qui en font les frais.

Taxer les supports comme les CD et les cassettes (loi de 1985) peut apparaître conjoncturellement comme une « solution », mais se pose alors le délicat problème de la gestion des compensations et de leurs taux... l’évolution rapide des techniques obligeant en permanence un réajustement approximatif et insatisfaisant.

Autrement dit, le système marchand est incapable de trouver une solution marchande à l’évolution technique

LA GRATUITE ENNEMI MORTEL DE LA MARCHANDISE

Tout ce qui vient d’être dit révèle bien cette contradiction inhérente au système marchand et qui dans ce cas prend une dimension intéressante dans la mesure où elle met à nu l’aberration du système. Car le système est aberrant. Pourquoi ? Tout simplement (si je puis dire) parce que des biens existent, correspondent à des besoins mais ne peuvent pas être utilisés ou doivent être utilisés que dans certaines conditions, établissant ainsi un ségrégation entre les individus, et même, comble de l’absurde, qu’à la limite, même si le bien existe, on préfère qu’il ne serve à rien plutôt qu’il soit utilisé « gratuitement ».

Mais enfin c’est logique dira-t-on ? Comment pourrait-il en être autrement ?

Méfions nous des évidences.

C’est effectivement logique si l’on se place dans la « logique marchande » c’est à dire si l’on considère que le bien (ou le service) qui est produit prend tout son sens par l’argent qu’il peut rapporter à son producteur et non par la satisfaction du besoin qu’il peut apporter à celui qui l’utilise. Dans cette logique on trouvera donc« normal » que des gens ne puissent pas satisfaire leurs besoins alors que les biens et services existent effectivement.

Ce qui est intéressant dans le cas que nous étudions dans cet article c’est qu’un trouble nous saisi entre cette abondance extraordinaire de biens à portée de la main et la volonté farouche des producteurs d’en limiter l’accès. Ceci vient du fait qu’il s’agisse de ce que l’on appelle un « bien culturel ». Doit-on parler d’« industrie » ou de « culture ». La gène que l’on a à choisir entre ces deux termes en dit long sur l’ambiguïté qui est la nôtre. En effet, pour nous, « industrie » est étroitement, et fort justement, lié à production marchande, marketing, chiffre d’affaire, profit... alors que le mot « culture » raisonne plus de création, liberté, accessibilité à tous-tes.

Mais dira-t-on, il faut bien que celui qui produise soit payé ? Il a des frais ? Ca lui coûte ? Il est donc « normal » que l’on paye. Mais là se pose une double interrogation :

- seuls, celles et ceux qui ont les moyens financiers ont-ils accès à la culture ? En sachant tout de même que cette condition, la solvabilité, est liée à l’utilité qu’a chacune et chacun d’entre nous par rapport aux exigences économiques du système, et que c’est le marché du travail qui décide et lui seul : « je suis utile a une entreprise, je suis payé, je ne le suis pas, je suis chômeur ».
- est-il moralement et socialement acceptable que les produits culturels existant, une partie de la population ne peut y accéder sous prétexte qu’elle n’a pas les moyens financiers ?

Comment sortir du dilemme ? En se rendant compte que le statut de « marchandise » est incompatible avec une conception morale équitable des biens créés. On comprend dés lors tout l’enjeu du débat, souvent faussé, sur le problème de la « marchandisation des biens culturels ». Ce débat ouvre d’ailleurs la voie à une interrogation globale des problèmes que crée la marchandisation des biens et services ( par exemple le service public) dans une société qui peut les produire, et les produit en abondance.... C’est pour cela que ce débat est systématiquement amputé par les politiciens et les « économistes ». Nous y reviendrons...

30 avril 2004                                                                          Patrick MIGNARD

 

 

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SUR « L’IMPERIALISME URBAIN »

Après avoir été pendant des siècles une exception dans les sociétés, la ville a fini par « dominer le monde ». Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale est urbaine et le phénomène s’amplifie.

Cette situation ne va pas sans créer des situations conflictuelles entre, sinon « deux mondes », du moins deux milieux qui demeurent très différents.

Pour plagier d’une certaine manière Alphonse ALLAIS, le drame des campagnes c’est que l’on y a construit des villes,… et que ces nouvelles venues ont pris une importance qui a dépassé le milieu qui les recevait.

Tant que les villes sont demeurées, disons, d’une dimension raisonnable, c'est-à-dire tant que le foncier de la ville, notamment, a pu se développer à partir d’elle, qu’il n’a pas atteint des niveaux de prix insupportables et que les conditions de travail, de transport le permettaient, les conflits ont été limités.

Aujourd’hui, le développement des transports, le prix du mètre carré citadin, mais aussi le besoin de « référents naturels » dans le mode de vie, a poussé une partie de la population à « émigrer » vers la campagne, non pas seulement avec une résidence secondaire, mais pour y implanter la résidence principale.

Cette transplantation a eu de curieux effets qui sont à l’origine de conflits entre les paysans et les nouveaux arrivants.

On aurait pu imaginer que ce retour à la campagne se serait fait justement pour les qualités et les spécificités que celle-ci recèle. Or pas du tout, les transplantés entendent imposer leur manière de vivre et refusent ce qui fait que la campagne « est la campagne ».

Ainsi, le chant du coq, les odeurs de volailles, de vaches, la proximité et le passage d’animaux, les odeurs de foin, de purin, le son des cloches des vaches, les heures sonnées au clocher,… bref, tout ce qui constitue la campagne est insupportable aux nouveaux venus.

Le comportement de ces nouveaux colons est tout à fait à l’image de ce qu’était les envahisseurs de la grande époque coloniale : ils n’acceptent l’autre, qu’à leur image…. Eux, bien évidemment détenant la vérité, comme d’autres apportaient la civilisation et le « vrai Dieu ».

Ceints d’une mauvaise foi qui n’a d’égal que le mépris souverain qu’ils portent aux « gens de la terre », ils exigent, tranchent, tempêtent et, ultime manœuvre, engagent de longues et ruineuses procédures contre celles et ceux qu’ils empêchent de vivre. La loi, éternelle protectrice des pauvres et des humbles, servie par des magistrats parfaitement compréhensifs des choses de la campagne…fait que les paysans sont tracassés pendant des mois et quasi systématiquement condamnés à arrêter leur exploitation pour laisser la place à leurs envahisseurs.

Cet impérialisme urbain est parfaitement en phase avec l’industrialisation de l’agriculture. Les normes industrielles exigent des établissements « propres »,… du moins en apparence,…« non polluants »…du moins en apparence. La pollution n’est pas visible, elle agit au niveau des nappes phréatiques, des cours d’eau, de la prolifération des algues vertes… Mais elle laisse intact le paysage de même que les yeux, les oreilles et les narines des citadins qui s’exilent à la campagne. On ne laisse pas traîner la poussière,… on la glisse sous le tapis.

Cette pollution industrielle est prise très au sérieux par les autorités qui nous expliquent doctement que « c’est la rançon du progrès », c’est « Bruxelles qui le décide ainsi » et que ce sont les conditions de production qui « nous sont imposées par la mondialisation ». Ben voyons !...

Mais attention !... Qu’un petit paysan, dans son installation individuelle, dans sa salle de gavage ou d’abattage ait un robinet d’eau mal placé, ou une table mal disposée par rapport à l’ensemble de son installation,… c’est l’administration qui lui tombe dessus à grand renfort de textes officiels.

On assiste aujourd’hui à un véritable harcèlement du monde paysan au nom d’une soit disante modernité incarnée par l’industrialisation de l’agriculture et les exigences exorbitantes et stupides des « nouveaux habitants de la campagne » qui n’ont rien à voir avec le travail de la terre.

Bref, le paysan devient à la campagne un gêneur qui empêche les gens de la ville de pouvoir vivre normalement, autrement dit « comme à la ville » ( ?).

Cette situation, souvent tournée en dérision comme de simples « conflits de voisinage » révèle cependant une chose beaucoup plus grave : l’intolérance des urbains à l’égard des ruraux. Pour les urbains, les ruraux sont sales et bruyants, comme les « sauvages » étaient indécents pour les colons.

Imaginons un instant les mêmes exigences de la part d’un paysan venant résider en ville : suppression des voitures, de la pollution, des bruits de la rue, de l’impossibilité de se garer où on le souhaite…

Défendre la vie à la campagne, ce n’est pas se couper du progrès, mais reconnaître une certaine authenticité et qualité de vie. On va en effet, généralement, se « ressourcer » à la campagne,… on se ressource rarement à la ville.

Celles et ceux qui ont fait le choix de vivre et travailler à la campagne ont autant le droit d’être respectés que celles et ceux qui ont fait un autre choix.

Mars 2013 Patrick MIGNARD

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PEUT-ON AVOIR CONFIANCE DANS LES HOMMES /FEMMES POLITIQUES

Cette question devrait être considérée comme saugrenue dans un régime démocratique. Pourtant, elle se pose avec de plus en plus d’acuité et d’insistance à toute citoyenne et citoyen qui regarde avec un minimum d’attention le fonctionnement de notre société. Comment en est-on arrivé là ?

Que le pouvoir soit corrupteur est une évidence soulignée et prouvée à toutes les époques de l’Histoire. La mise en place d’un système démocratique pouvait laisser espérer un changement qualitatif quand aux rapports au pouvoir et quant à la forme d’exercice du pouvoir : la République. Il faut se rendre à l’évidence, après deux siècles d’existence le système politique dans lequel nous vivons reproduit bien des tares des systèmes précédents.

DU POLITIQUE AU... « POLITICIEN »

A l’origine, groupes et clubs de réflexion, regroupant des hommes et des femmes (rarement au début) particulièrement engagé-e-s... ont incontestablement fait avancer la réflexion politique. Les « clubs », comme l’on disait, produisaient de la réflexion, discutaient sur les valeurs et faisaient des propositions d’action. La Révolution Française a été particulièrement gourmande de ce genre d’activité... au point de l’institutionnaliser. La condition politique de « citoyen » se développant, l’alphabétisation progressant, et les moyens de communication se perfectionnant (la presse d’abord... puis les médias actuels), la réflexion, l’échange, devinrent une pratique politique largement partagée par toutes les classes sociales.

On a pourtant assisté peu à peu à une véritable dérive bureaucratico-totalitaire des partis politiques. De groupes dynamiques, ouverts, pertinents dans leurs analyses, permettant d’ouvrir des perspectives politiques, il sont devenus des officines qui n’ont plus pour objectif que conquérir le pouvoir pour gérer le système marchand et défendre les intérêts de leurs membres.

Aujourd’hui, les partis politiques ne produisent plus rien, ils ne font que gérer, leurs affaires et celles de leurs membres. Ils n’ont aucune intention de changer quoi que ce soit (sinon dans leurs discours) aux principes du système marchand dont ils profitent et font profiter leurs proches. Ils tentent d’accumuler un maximum de fonctions tissant une véritable toile d’araignée dans laquelle ils enserrent et contrôlent l’ensemble de la société. Ils modifient régulièrement et systématiquement les modes d’élections (charcutages des circonscriptions) afin de s’assurer un maximum de postes et éliminer celles et ceux qui les gênent dans leur entreprise.

L’homme politique pédagogue, défenseur d’une cause, de valeurs, l’homme de confiance est devenu souvent un affairiste de la politique. Il est devenu un individu tout disposé à se vendre pour être élu, prêt à promettre tout et n’importe quoi pour séduire l’électeur. Utilisant toutes les techniques du marketing commercial, son seul objectif : le pouvoir et ses privilèges. Il est capable pour cela de braver les lois qu’il a lui-même voté et dont il est le garant, se déconsidérant ainsi aux yeux des citoyens qui voient devant leurs yeux non plus un individu exemplaire, se dévouant, voire se sacrifiant pour le bien commun, mais un arriviste sans scrupule n’hésitant pas à avoir recours au népotisme pour accroître son influence..

Cette situation explique la multitude des scandales politiques, les fameuses « affaires » qui concernent les plus hautes sphères du pouvoir. (voir pour les cas concrets LE CANARD ENCHAINE-journal satirique paraissant le Mercredi).

La situation est aggravée par le fait que, détenant le Pouvoir et en abusant, les « politiciens » ont tout loisir de manipuler et/ou faire pression sur les institutions publiques (la police, la justice, l’administration fiscale,...) pour cacher, étouffer et amnistier leurs pratiques illégales, parfois maffieuses. La soit disante séparation des pouvoirs n’est qu’un leurre pour citoyen naïf.

Il faut cependant noter que ceci touche essentiellement les fonctions électives les plus « prestigieuses », (présidence de la république, députés, sénateurs, conseils municipaux des grandes villes, conseils généraux, régionaux). Toute une multitude de « petits élus » (comme les appellent certains avec un brin de condescendance), souvent au niveau des petites municipalités échappent à cette dérive et remplissent leurs fonctions avec conscience et dévouement. Le problème c’est que ces « petits élus » dépendent, sont dominés, influencés, parfois contraints, par ces grands profiteurs politiques qui font pression sur eux soit par l’intermédiaire des partis politiques, soit des institutions qu’ils phagocytent. De plus aux yeux de l’opinion publique, la méfiance qu’inspirent les « politiciens » rejaillie injustement sur celles et ceux qui font honnêtement leur travail d’élu.

Ainsi le politique, homme respectable et respecté est devenu le « politicien », individu démagogue et qui n’inspire plus la moindre confiance.... C’est souvent « négativement » que l’électeur vote pour quelqu’un... souvenez vous du « Votez escroc, pas facho » lors des présidentielles en mai 2001

DE LA DEMISSION CITOYENNE...

Cette situation extrêmement dégradée du fonctionnement démocratique de la société n’est cependant pas due qu’aux simples acteurs dont il vient d’être question. Si ces acteurs ont pris tout l’espace scénique, c’est que le reste de la population s’est prêté à ce petit jeu. D’acteurs les citoyens sont devenu spectateurs. Le spectacle de la politique n’existe que s’il y a des spectateurs.

La responsabilité en incombe incontestablement à l’ensemble des citoyens qui, par paresse civique, étroitesse de compréhension des mécanismes sociaux, naïveté dans les promesses du système marchand, mais aussi souvent par manque de temps, se sont déchargé des affaires publiques sur celles et ceux qui petit à petit sont devenus les spécialistes de la gestion publique. Il faut dire que tout a été fait par la classe politique pour déresponsabiliser le citoyen et, d’un être en principe actif, en faire un assisté.

Cette démission citoyenne est à la source de toutes les dérives. Cette paresse qui consiste à confier, à abandonner le fonctionnement démocratique à quelques personnes cumulardes et manipulatrices a aboutit à la situation actuelle.

La remarque classique et largement partagée par une bonne partie de la population : « Que voulez vous que l’on y fasse ? » en dit long sur le degrés de démission citoyenne. On comprend alors comment et pourquoi des margoulins qui ont choisi la politique, comme d’autres choisissent la contrebande, ou le trafic de drogue, se sont engouffrés dans la brèche pour le plus grand bénéfice de leurs petites et grandes affaires.

On est donc en droit de se demander que ce signifie ce fameux « sens civique » dont nous abreuvent les politiciens. Même si cette expression a véritablement un sens honorable, prononcée par certains, elle inspire la méfiance, voire le dégoût ou l’indifférence. Le sens civique dans son expression concrète aurait pour première tâche d’éconduire cette classe politique en grande partie parasite... au lieu de, au fil des scrutins, lui donner une légitimité dont on sait au service de quoi elle l’a met.

Ce que les politiciens craignent par-dessus tout, c’est l’abstention, autrement dit le fait pour le citoyen de signifier que l’acte de voter n’a plus de sens, rendant ainsi caduque celle ou celui qui l’incarne, l’élu-e. On comprend ainsi l’extraordinaire énergie déployée pour la classe politique pour amener le citoyen à l’urne... il y va de sa survie. (voir ELECTIONS : PARTICIPER OU PAS ? & ELECTION : PARTICIPER OU PAS ? (suite et fin) et l’article « VOTER EST UN DROIT MAIS EST-CE VERITABLEMENT UN DEVOIR ? » - pas disponible sur le site)

... ET DE SES CONSEQUENCES

Ce n’est désormais plus le politicien qui doit respecter le citoyen c’est l’inverse. Le politicien devient une sorte d’intouchable au service duquel sont celles et ceux qui l’ont élu. Ceint de son immunité, qui à l’origine devait le protéger contre les abus de pouvoir et la répression, on en est arrivé au point que certains élus, et pas des moindres, recherchent cette immunité pour échapper à la Justice ( ???).

Devant le complet verrouillage de l’accès au pouvoir par la classe politique, le citoyen n’a plus qu’une liberté formelle... non plus choisir celui ou celle qu’il souhaite voir élu-e, mais voter pour l’autre afin que le premier ne le soit pas... on inaugure ainsi la « démocratie en creux »... on ne vote plus « pour », mais « contre »... sachant que la classe politique est dans tous les cas gagnante : elle peut asseoir le pouvoir qu’elle détient sur une légitimité exprimée par la participation.

Le plus grave c’est que les politiques ne sont pas là pour trouver des solutions aux problèmes de notre société, mais pour faire en sorte qu’ils soient supportables. Ils n’ont d’ailleurs aucune solution,(voir : DECADENCE) leur seul soucis étant la gestion du système marchand. Les promesses, comme le disait justement un ministre de l’intérieur à la recherche d’une immunité pour éviter les tribunaux, n’engagent que ceux qui y croient et non celles et ceux qui les font. On peut difficilement faire plus cynique.

On ne peut bien entendu faire aucune confiance aux hommes et femmes politiques qui sollicitent nos voix. La séduction a remplacé l’explication. Ils font plus appel à nos sentiments et nos instincts qu’à une réflexion sérieuse sur les problèmes de notre société. Toutes les solutions qu’ils proposent, les promesses qu’ils nous font ont maintes fois été faites... elles n’ont aboutit à rien. C’est sur d’autres bases qu’il faut poser les problèmes... et ce n’est pas avec eux que nous le ferons.

17 juin 2004

 

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VOTER EST UN DROIT, MAIS EST-CE VERITABLEMENT UN DEVOIR ?

 

 

Que le droit de vote soit un progrès par rapport aux autres pratiques politiques, c’est une évidence. Que le système de la représentation politique soit une nécessité dans une société organisée, c’est également difficilement contestable. Pourquoi, en dépit de ces «évidences» une telle méfiance a fini par naître entre les citoyens et «la» politique? Pour une raison apparemment fort simple: l’élection est incapable de répondre aux grands problèmes de notre société. Il a fallu du temps pour faire ce constat, mais aujourd’hui il est en passe d’être établi et compris par un très grand nombre, sinon par la majorité.



Le discours politique sur le «changement», véritable «tarte à la crème» de toutes les campagnes électorales, ne passe plus… par ce que le citoyen sait qu’il est faux… De là à en conclure que celles et ceux qui le tiennent sont des mystificateurs, à défaut d’être des imbéciles (ce qu’ils ne sont pas), il n’y a qu’un pas qui aujourd’hui est franchi.

L’insistance des politiques à vouloir nous faire croire «qu’ils ont la solution» et les pratiques mafieuses et crapuleuses de certains,… agrémentés d’une impunité d’autant plus assurée que la place dans l’appareil de l’Etat est élevée, ont fini par jeter le discrédit sur l’ensemble de la «classe politique» et donc sur le système qui lui assure l’accession au pouvoir.

Une telle «dérive» de la conscience citoyenne est évidemment insupportable pour celles et ceux qui ont en charge le fonctionnement du système. Il leur faut absolument sauver l’illusion d’un consensus populaire, et quoi de mieux comme consensus que la «participation à l’élection». Gauche et Droite réunies n’ont qu’une seule obsession: «que le peuple participe à l’élection», cette participation sera l’expression, la concrétisation de l’adhésion du citoyen au système qui le gruge, de son allégeance au système… et on pourra toujours lui répliquer que «les politiques menées ne sont finalement que l’expression de sa volonté»… bloquant ainsi toute contestation dangereuse. Pour celles et ceux qui n’ont pas compris, on procède par culpabilisation avec l’argument classique: «Des femmes et des hommes sont morts pour le droit de vote»… comme si ces femmes et ces hommes s’étaient battus pour que l’élection devienne la mascarade qu’elle est aujourd’hui! Cautionner une telle chose n’est ce pas les tuer une deuxième fois?

Certes, Droite et Gauche préfèrent chacune voir ses propres membres accéder et occuper le pouvoir pour bénéficier de ses privilèges, mais le principal danger est tout de même cette suspicion citoyenne qui se généralise et dont l’expression est l’abstention, c’est dire un nouveau phénomène politique qui est la remise en question de la comédie électorale qui nous est régulièrement jouée. Droite et Gauche se satisfont parfaitement d’une «alternance politique» qu’elles nous présentent comme la quintessence du fonctionnement démocratique… le problème pour elles c’est que les citoyens y croient, eux, de moins en moins.

Pour combattre cette tendance du «rejet de la politique», en fait «des politiques et de leurs pratiques», tout ce joli monde fait assaut de «civisme», voire de «morale civique», expliquant doctement et avec le plus grand sérieux que la «participation est un acte citoyen» et que celle ou celui qui ne vote pas est, bien entendu, un «mauvais citoyen»… l’abstentionniste n’est qu’un «pêcheur à la ligne»(?) de surcroît «irresponsable»…

Si à une époque, l’abstentionnisme était, encore que, réductible à la nonchalance, à l’irresponsabilité ou la paresse civique, aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas. La montée vertigineuse des taux d’abstention n’a plus rien à voir avec la «pratique de la pêche à la ligne» et dénote au contraire l’émergence d’un phénomène politique qui prend de l’ampleur pour des raisons beaucoup plus graves.

Si le droit de vote demeure aux yeux de toutes et tous un droit, on n’est plus bien certain qu’il constitue encore un devoir. En effet, à la question «Doit-on aller voter?», on ne peut pas ne pas accoler la question «Pour quoi faire?» Or, nous l’avons vu, la réponse à cette dernière question est tout à fait problématique.

«Voter» pour simplement «voter» n’a aucun sens… ou bien alors, il s’agit d’entretenir l’illusion symbolique, la croyance en une utilité politique de choix et de changement… qui n’existent pas. A la limite, et c’est ce vers quoi nous allons, voter dans ces conditions, c'est-à-dire prendre systématiquement les gens pour des imbéciles dans ce qui devrait constituer un acte essentiel de la vie citoyenne, c’est ouvrir la voie à des démagogues dont on sait ce que ça peut donner… rappelez vous la république de Weimar!

Ce n’est donc pas un hasard si, aujourd’hui, nous assistons à une véritable offensive pour faire participer aux élections… c’est la meilleure manière pour faire que rien ne change.

Ce n’est pas non plus un hasard si les taux d’abstention sont minorés et si les calculs de pourcentages obtenus par les candidats sont calculés et diffusés par rapport aux «scrutins exprimés». Refaites les calculs par rapports aux «inscrits» et vous vous rendrez compte que les «élus» sont des «nains politiques»!

Ce n’est pas non plus un hasard si les candidats aux élections, véritables ectoplasmes de la pensée politique, se vendent en utilisant les méthodes du marketing en valorisant leur image, ou celle de leur conjoint-e, ou chanteur/sportif préféré…

Ce n’est pas un hasard si, même s’ils «ne pêchent pas à la ligne», nombre de citoyens éviteront de faire la queue devant une urne, comme on fait la queue devant un boulangerie par temps de pénurie, pour déposer un bulletin qui a perdu tout son sens.

Enfin, ce n’est pas un hasard si régulièrement se repose le problème de savoir si l’on doit rendre le vote obligatoire… ce qui aurait l’avantage de pouvoir officialiser et légitimer l’escroquerie qu’est devenu l’élection.


Patrick MIGNARD                                                                            18 Juin 2004

 

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EN FINIR AVEC LA MARCHANDISE

"La marchandise est incompatible avec la citoyenneté. Cette affirmation peut paraître surprenante… pourtant à y regarder de très près, elle est exacte. Comment cela se peut-il ? La marchandise n'est pas simplement une caractéristique de "ce qui est produit", elle est l'expression d'un "rapport social", autrement dit elle structure nos rapports, elle spécifie la manière dont nous nous organisons socialement pour produire mais aussi pour répartir les richesses produites. Elle est donc à la base de la structure de notre société.

Les lois de fonctionnement du système marchand spécifient clairement, et disons-le simplement, que ce qui est produit n'a de sens que s'il rencontre une demande solvable, autrement dit si "on peut le vendre"… a contrario s'il ne trouve pas une demande solvable il est inutile. Or, ce qui détermine la solvabilité de la demande, c'est-à-dire le fait que l'on détienne de l'argent, que l'on ait un revenu, c'est l'utilité que l'on représente par rapport à l'appareil de production, autrement dit le fait que l'on a un emploi. Avoir un emploi ne dépend donc qu'en partie de la volonté de celui qui le cherche, la partie essentielle dépend du calcul économique effectué par l'entreprise, pour savoir s'il est rentable ou non d'embaucher. Quand on aura dit que la rémunération du salarié est un coût pour l'entreprise, et que sa réduction s'opère de la même manière que tous les autres coûts, on comprendra en quoi le système marchand n'est qu'une entreprise d'instrumentalisation des individus, les salariés.



Si l'on considère maintenant la citoyenneté, comme une manière, une conception de considérer l'être humain comme un sujet souverain de son histoire, de la pratique sociale, on voit tout de suite, non seulement le décalage, mais la contradiction entre ces deux conceptions. C'est cette contradiction qui s'exprime aujourd'hui, au point de déstabiliser l'ensemble de l'édifice social.
Cette contradiction ne s'exprime-t-elle qu'aujourd'hui ? Non ! évidemment. Elle s'exprime depuis le 19ème siècle mais jusqu'à présent elle a pris des formes particulières, essentiellement l'opposition ouvrière. Et surtout, les marges de manœuvres du capital (dans les pays industriels développés) étaient bien plus importantes qu'elles ne le sont aujourd'hui. En effet, la mondialisation de l'économie tend à relativiser de plus en plus, dans les "pays développés" l'importance de la force de travail dans le processus de production. Autrement dit, ce qui constituait l'essence du lien social (avoir un emploi, disposer d'un revenu, consommer…) est entrain de se déliter. Ce lien social était contradictoire, plein de conflits, mais il constituait cependant une cohérence sociale… ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ceci explique le décalage de plus en plus important entre un système économique de plus en plus inégalitaire et source d'exclusion, et le discours politique sur la citoyenneté.

C'est à partir de cette problématique qu'il s'agit de poser le problème du changement. On est en droit de se poser légitimement la question, sur le plan historique, de savoir si le système marchand, à l'instar de tous les autres systèmes dans l'Histoire, n'est pas parvenu à un degré de contradiction qui rend incompatible l'organisation économique et les aspirations politiques et sociales. Et ce d'autant plus que le degré de développement des capacités de production pourrait satisfaire l'ensemble des besoins des êtres humains sur cette planète. Les inégalités sociales, économiques, l'exclusion, la destruction de l'environnement, la liquidation des acquis sont les sociaux conséquences logiques du fonctionnement du système marchand…. ce ne sont pas des "fatalités naturelles" comme on essaye de nous le faire croire.

Une telle problématique rend obsolètes la forme des luttes qui se mènent aujourd'hui, et bien entendu la stratégie de l'action politique qui prime dans notre société. C'est à un réexamen complet, radical et sans complaisance de nos "certitudes" de l'action politique et sociale à laquelle nous devons procéder aujourd'hui.
Nous sentons l'émergence, timidement, avec des réticences et des tentatives de contrôle par les vieux appareils politiques, du réveil de cette conscience nouvelle, porteuse d'un "monde nouveau"… Il y va peut-être de l'avenir de l'Humanité et même de la vie sur cette planète.

31 Mars 2004                                                    Patrick MIGNARD

 

 

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LES MYTHES ECONOMIQUES

"Au Moyen Age, lorsqu'on voulait justifier et faire accepter leur situation à celles et ceux qui étaient les victimes du système politique et économique dominant, on leur expliquait deux choses. La première c'est que c'était la « volonté de Dieu ». La seconde c'est que « dans une vie future, après la mort, ils atteindraient la félicité et ce, en proportion de leur humilité et de leur obéissance ici bas » ; et ça a marché pendant quelques siècles. Aujourd'hui, Dieu et le Paradis ne sont plus au hit parade des croyances il a fallu trouver autre chose.

DE LA VOLONTE DE DIEU AU GENIE DE L'HOMME

Le « Siècle de Lumières » à largement laïcisé l'activité des hommes, et par voie de conséquence les systèmes économiques et politiques qui depuis ont vu le jour. Dieu n'est plus le socle essentiel sur lequel se fonde l'édifice social, politique et économique, il n'est plus qu'un sous produit de l'angoisse métaphysique qui tourmente chaque être humain qui n'a pas pris la mesure de la dimension de son génie. La « révolution marchande » qui a, peu à peu, (du 12e au 18e siècle) miné le substrat idéologique du Moyen Age à remplacé la crainte de Dieu, par le stress des affaires. Le commerçant, quand il se lève le matin n'est pas obsédé par Dieu ou le Diable, mais par la réussite ou la faillite de son commerce. La « révolution industrielle » a parachevé cette oeuvre. Désormais le mot d'ordre n'est plus le Paradis, mais le Progrès et dans le cas où lon garde tout de même (sait-on jamais !) le premier, l'un ne pouvant aller sans l'autre.

Ainsi du milieu du 19e siècle jusqu'à loin dans le 20e, le Progrès a été de toutes les aventures idéologiques humaines même l'Eglise, pourtant si réticente, et on le comprend, a été obligée de se mettre à la page.

Reprenant la même rhétorique, mais cette fois en plus laïque, les nouveaux prêtres de l'économie de marché ont réussi à convaincre la multitude que leur génération sacrifiée, par le travail, servirait aux générations suivantes. C'est le même discours que le système soviétique a d'ailleurs servi à ses exploités on connaît la suite. Le Paradis n'était désormais plus au Ciel (surtout qu'avec la naissance de l'aviation, le doute s'installait), mais dans le Futur affirmation moins risquée.

Progrès scientifique, progrès économique et progrès social constituaient le triumvirat de la réussite et du bonheur. En douter était comme au Moyen Age douter de l'existence de Dieu une sorte de pensée hérétique.

Pourtant au bout de quelques années le doute s'est installé. La condition ouvrière, la colonisation, les guerres entre pays riches, le chômage, la misère ont miné la confiance du peuple pourtant compensée par les progrès spectaculaires dans la communication, les transports, la médecine. Mais le bonheur est-il un équilibre entre la douleur et la jouissance ?

Aujourd'hui, avec le recul de l'Histoire le doute n'est plus permis, du moins pour les plus lucides : le génie de l'homme, dont le progrès technique est une manifestation, n'a pas rendu l'humanité, plus heureuse, plus juste, plus harmonieuse. Laccroissement incessant des inégalités et la destruction massive de l'environnement fait croire même au contraire. Alors ?

Alors, on a tout simplement inventé de nouveau mythes.

LES NOUVEAUX MYTHES

La particularité de ces nouveaux mythes est d'être plus modestes, moins voyants et, disons le mot, plus pédagogiques, en ce sens qu'ils justifient, plus qu'ils n'exaltent, qu'ils se placent plus dans le système qu'ils ne le transcendent.

Le « fordisme », (du nom de Ford, le constructeur automobile) pur produit de lindustrie américaine en pleine croissance qui avec la plus grande assurance affirme au début du 20e siècle que le système économique, dont il est le chantre, apportera prospérité et bonheur universel il donne à voir aux sceptiques son propre fonctionnement : en augmentant le salaire de ses ouvriers, il leur permet d'acheter ses propres voitures. Ca a marché un temps mais on n'a pas pu en tirer une règle générale l'Histoire l'a montré. (Nous reviendrons sur ce paradoxe dans un autre article).

Ainsi en est-il de la « participation » qui a pour faculté de briser la barrière entre les possesseurs du capital et celles et ceux qui nont que leur force de travail pour vivre, pratique qui va du simple « intéressement » à la production, jusqu'à la possession de parts du capital (actions) par les salariés. Expérience mainte fois répétée dans les pays développés, mais elle non plus n'est cependant pas venue à bout des contradictions d'un système essentiellement basé sur le calcul économique et l'instrumentalisation des individus. Quand s'est inéluctablement développée la mondialisation marchande, quand la concurrence acharnée entre vieux pays développés au riche passé social et les jeunes pays aux coûts de production ridiculement bas est devenu essentielle, quand les salaires ont pu être comparés au niveau mondial, les « apparences » ont volé en éclats, et la participation, au même titre que les « acquis sociaux », autre mythe, ont disparus, ou tendent à disparaître.

Le « développement durable » : c'est le mythe à la mode aujourdhui en passe de supplanter celui de « la croissance » (sur lequel nous reviendrons dans un autre article), censé allier les exigences et les contraintes de la production marchande avec le respect de l'environnement. Devant le désastre écologique provoqué par la course aux matières premières, au gaspillage affolant de l'énergie, au déchaînement sans limite de la production de nuisances, alliée à une course effrénée à la baisse des coûts de production, il a fallu apaiser les craintes montantes d'une population qui, a trop consommer, craint de mourir étouffée par ses propres déchets. Le docte discours économique va donc concilier ce qui est parfaitement irréconciliable : le calcul marchand et l'équilibre de la nature, car les gestionnaires du système ont compris que la vérité est incomparablement moins importante que ce à quoi les gens croient, ou soient prêt à croire, pourvu que leurs intérêts immédiats sont préservés.

La « modernité », vieux mythe ravalé, qui a lintérêt déchapper à des explications économiques qui savèrent finalement erronées (voir les précédent mythes). La modernité n'a pas à se démontrer ou à se justifier elle s'impose. Mais attention, la modernité ne porte que sur l'apparence, pas sur l'essentiel : par exemple il est « moderne » de virer des salariés en surnombre, de supprimer le salaire minimum, ou de liquider le service public, mais il est épouvantablement incorrect de remettre en question l'appropriation privée du profit qui est pourtant une pratique qui n'a rien de très moderne puisque datant, dans le système, du 19e siècle. La aussi, concernant la modernité, tout est sur les apparences, le clinquant, le pseudo novateur et autre « miroir aux alouettes ». On ne dira plus « patrons », mais « entrepreneur », on ne dira plus « chômeur », mais « demandeur d'emploi » ou « bénéficiaire de plan social », on ne dira plus salarié, mais opérateur. Le chic étant dailleurs de remplacer le français par l'anglais qui comme chacun sait est une langue tout ce qu'il y a de moderne.

Le système marchand a produit, et produit, des mythes qui permettent de faire accepter à tout un chacun une réalité quil ne comprend pas mais qu'il sent plus ou moins hostile. Servies par des moyens de communications d'une puissance sans égal dans l'histoire humaine, s'imposent des images totalement fabriquées par des spécialistes politiques de la mystification.

février 2003                                                         Patrick MIGNARD

 

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NOUS SOMMES TOUS DES PROSTITUE(ES)

"Provocation gratuite (si j'ose dire) s'exclameront des plus vertueux ou les plus myopes. Pourtant à y regarder de plus prêt il y a quelque chose de troublant de vérité dans cette affirmation que bien peu sont prêts à déclarer publiquement. Voyons ça sérieusement. Parmi les multiples mesures répressives qui sont actuellement en train d'être mises en place par le Gouvernement C.R.S. (Chirac-Raffarin-Sarkosy) la lutte contre la prostitution, et pas simplement le proxénétisme, tient une place de choix. Ceci s'explique probablement par l'impact idéologique et politique d'une telle mesure, la prostitution ça fait sale et désordre, ce qui convient parfaitement à la philosophie puritaine qui fait son grand retour comme chacun sait, la Gauche c'était la débauche (sic).

Analysons le fait « prostitution ».

A un niveau d'analyse tout à fait superficiel, la prostitution est considérée comme une simple activité économique et la preuve la plus officielle qui soit c'est que l'Etat en tire profit puisque les prostitués(es) sont imposé(e)s sur leurs revenus. La chose peut paraître étrange puisque la législation condamnant le proxénétisme qui est l'acte de vivre de la part d'un tiers de la prostitution d'un(e) autre, l'Etat se livre exactement à la même activité mais lui le fait officiellement et ses prélèvements vont dans son budget.

Cette activité économique est productrice d'un service marchand. Il y a une demande face à laquelle se constitue une offre. Un prix se fixe lors de la confrontation de cette offre et de cette demande le prix n'est ni administré, ni réglementé, il se fixe librement en une pure démarche libérale ce qui devrait satisfaire nos actuels dirigeants.

Mais diront les cuirs sensibles, c'est un service un peu particulier puisque ce qui est l'objet de cette activité c'est le corps (façon élégante de dire que cest le cul). C'est exact. Dés lors, on croit quitter le simple aspect économique, qui à priori ne nous apprend pas grand chose, sinon des choses pas très propres de la part de l'Etat, pour entrer dans ce qui paraît essentiel, le moral.

Et c'est là que lon commet la première erreur.

En effet, le moteur de la prostitution n'est pas l'immoralité ou l'amoralité, ou la perversité mais la nécessité, le besoin, l'impératif de survie de la part de celui, de celle qui se prostitue. Autrement dit le discours sur la morale cache, et ce n'est pas un hasard, l'essentiel du problème, de la vraie question : la situation économique et sociale, des femmes, parfois des hommes, voire des enfants qui se livrent à la prostitution. Le discours moral devient alors superficiel et même hypocrite il cache la réalité qui est à l'origine même de la prostitution. D'ailleurs, les associations qui oeuvrent en faveur des prostitué(es) n'interviennent jamais sur l'aspect moral mais au contraire sur la situation économique de ceux/celles-ci. Elles essayent de faire sortir les prostituées de leur situation en les insérant économiquement et socialement, c'est à dire en trouvant un substitut à la prostitution en terme de revenu.

Mais il y a plus grave encore. La prostitution nous apparaît, dans son principe comme le summum de la déchéance : être obligé de se vendre pour vivre.

Et c'est là que l'on commet la deuxième erreur.

En effet, sur le principe, quelle différence y a-t-il à vendre son cul ou son cerveau ? son cul ou ses bras ? Quelle différence, toujours sur le principe, y a-t-il à vendre son corps pour le plaisir d'un autre ou pour le profit d'un autre ? Quelle différence de considération (en tant quêtre humain) y a-t-il pour celui/celle qui est ainsi instrumentalisé(e) ? Force est de constater qu'il n'y en a aucune. La différence porte sur l'objet de ce qui s'échange et non sur le principe qui est rigoureusement le même : on utilise l'autre, ce dont on a besoin de lui, non pas en le considérant comme un être humain respectueux de ce qu'il est, mais en considérant simplement ce qui peut être utile à celui qui l'achète : dans un cas c'est le cul, dans l'autre le cerveau ou les bras. « Jai besoin de lui, je le prend je n'en est plus besoin, je le vire » dit légitimement et en toute amoralité celui qui paye. Or il n'y a pas que la prostitution qui fonctionne comme cela, c'est tout le salariat, fondement même de notre société marchande qui fonctionne de cette manière et donc, d'une certaine manière nous sommes donc tous(tes) des prostitués(es). [ ndlr : Dans son ouvrage "Abécédaire de l'ambiguïté", Albert Jacquard développe cette idée à la lettre P]

Mais va-t-on me répliquer vous assimilez prostitution et salariat. Je ne les assimile pas, je constate simplement quil sont basés l'un et l'autre sur le même principe : l'instrumentalisation de l'être humain à des fins qui lui sont étrangères (le plaisir de l'un, le profit de l'autre) et que, si l'on fait exception de l'aspect dit moral, il s'agit d'une même pratique sociale.

Mais rétorquera-t-on, on ne peut pas faire abstraction de l'aspect moral. Observation très mal venue concernant un système, le salariat qui est parfaitement amoral, ne serait ce que parce que c'est le calcul économique (rentabilité, baisse des coûts), et lui seul, qui dicte la manière dont les individus vont pouvoir vivre : gagner leur vie par l'emploi et pouvoir consommer grâce à leur revenu. Ceci est tellement vrai que dans certaines sociétés (Allemagne, Pays Bas) qui ne sont portant pas considérées comme des sociétés dépravées, la création d'Eros Center, véritables entreprises de services, ont donné à la prostitution son véritable aspect, celui d'une production marchande avec un personnel rémunéré, reconnu socialement et bénéficiant de toutes les garanties propres au salariat (couverture sociale, retraites).

Conclusion de tout cela. La prostitution est un pur produit d'une société inégalitaire basée sur l'instrumentalisation des êtres humains ce qui explique que dans ce type de société, son éradication est tout simplement impossible. Remettre en question le principe de la prostitution aujourd'hui c'est remettre en question le principe même du salariat ce que ne fera jamais un Etat qui a justement pour mission de garantir sa pérennité.

Le gouvernement C.R.S, dans cette affaire, comme dans tant d'autres nous le verrons, montre sa véritable face de faux cul (si je puis mexprimer ainsi concernant ce sujet). La répression qui va frapper les prostitués(es) n'aura qu'une seule conséquence : la clandestinité de cette activité.

« Cachez ce sein que je ne saurais voir » TARTUFFE (Molière)

     20 Février 2003                                                                       Patrick MIGNARD

 

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URGENCE MAIS PAS PRECIPITATION

"Un texte circule sur le net, il s'agit d'un texte, daté de juin 2002, intitulé "URGENCE" (voir supra, ndlr) dont l'auteur est Yves SALESSE, militant associatif mais qui oublie de dire qu'il était aussi " conseiller spécial " (dixit "Le Monde" du 1er oct.2002) de Jean Claude GAYSSOT (ce qui est déjà moins " neutre "). Je pense que ce texte très intéressant pose le problème des rapports partis politiques-mouvement social...d'où son intérêt et sa lecture particulièrement édifiante. Tout(e) citoyen(ne) qui souhaite agir pour le changement social doit se déterminer par rapport à la problématique posée et qui est celle, à mes yeux , qui va dans l'intérêt des organisations politiques qui essayent aujourd'hui de se refaire une virginité politique.

Il est extraordinaire, mais somme toute logique, de voir comment, aujourd'hui, les organisations politiques " de gauche " qui ont pendant des années géré le système marchand, procédé à des privatisations, n'ont pas hésité à réprimer sans papiers, syndicalistes et anti fascistes, se précipitent tout à coup dans les bras du mouvement social.

Il apparaît comme un fait acquis pour certains que la Gauche doit être l'axe autour duquel doit se structurer le mouvement social en vue du changement social. C'est prendre ses désirs pour des réalités. C'est une fois de plus, pour les bureaucraties politico-parisiennes, vouloir instrumentaliser le mouvement social. Il est urgent de s'opposer à cette dérive dont on sait ce qu'elle va apporter.

Doit-on recomposer " la gauche " ?

Que cette question obsède les organisations politiques " de gauche ", après le désastre des dernières élections présidentielles et législatives, on le comprend tout à fait. Mais en quoi cette question concerne le mouvement social ? C'est faire un lien direct entre les partis politiques de Gauche et le mouvement social. Mais au nom de quoi ce lien devrait-il exister ? Qui l'a décrété ? A partie de quoi peut-on l'établir ? De la politique qu'ont mené les organisations de la Gauche au pouvoir durant des années ? De leur conception des rapports sociaux marchandisés qu'elles ont géré et de manière efficace, au point que la droite n'a plus d'alternative économique spécifique ? (ne me citez pas les privatisations, c'est la Gauche qui a ouvert le ban).

Qu'il y ai une crise de la représentation politique c'est une évidence, mais affirmer que le dépassement de cette situation passe par une recomposition de la gauche c'est de facto partir de l'hypothèse que la gauche aurait un rôle particulier dans la représentation du mouvement social, car c'est bien de cela dont il s'agit. Or, cette hypothèse est tout à fait farfelue, ne serait qu'à la lumière des derniers mois qui ont vu un désaveu total des organisation de Gauche. Et puis vidons l'abcès jusqu'au bout : qu'elle différence y a-t-il fondamentalement entre la Droite et la Gauche ? Des valeurs ? Lesquelles. Certainement pas les valeurs qui fondent notre société dites " valeurs de la République " parce que si c'est le cas, comment interpréter le discours des dirigeants de la Gauche appelant (ce qui était politiquement juste) à voter pour Chirac face à l'extrême droite… au nom de la défense de ces valeurs ( ? ? ?). Les valeurs sont donc bien communes. Alors qu'elle est la différence ? Une coupure radicale dans la critique de l'économie de marché ? De la marchandisation des rapports sociaux ? Certainement pas, toutes les forces de gauche (y compris le PCF) se sont rallié à l'économie de marché. La différence ne porte véritablement que sur des nuances marginales qui correspondent à des intérêts particuliers ou plus ou moins idéologiques mais qui sont parfaitement conformes aux intérêts du système marchand. Mais leurs déclarations direz vous ? contre l' " argent-roi " et autre slogan ? Honnètement, qui peut prendre au sérieux les déclarations électorales des organisations de Gauche ? Qui peut avoir la moindre confiance dans les déclarations d'un Hue, d'un Gayssot, d'un Hollande, d'un Emmanuelli, d'un Mamère ? Qui peut faire confiance à tous ces démagogues qui veulent nous refaire le coup de " Changer la vie ", " Faire renaître l'espoir ", " Monde Nouveau " et autres sornettes pour militants naïfs ?

Croyez vous vraiment que si Jospin avait été élu et qu'un gouvernement de gauche ait été reconduit en avril, ces partis politiques de Gauche poseraient le problème comme le pose Yves SALESSE ? Cette manière d'essayer de séduire le mouvement social est typique d'organisations aux abois (le PCF en particulier qui a le plus perdu) qui ne sait plus trop bien comment raccrocher les wagons de l'Histoire qui lui échappe. Et c'est cette Gauche qu'il faudrait recomposer, reconstruire, rénover ?… mais pour qui nous prend-t-on ? Je n'ai aucune envie, et je ne suis pas le seul à me réunir pour discuter sur quelle Gauche il faut reconstruire. Et pour être plus convaincants, Yves SALESSE parle de " Partis politiques véritablement de gauche ", mais c'est quoi " être véritablement de Gauche ", c'est ce qu'est le PCF, la partie gauche du PS ? La Gauche plurielle était-elle " véritablement de gauche " ? Désolé mais ce discours de bureaucrate ne marche plus. Si le mouvement social s'attelle à cette tache, se perd dans ces considérations stupides, il est stérilisé, ce qui veut dire que vont se reproduire les magouilles, les récupérations, les divergences, les conflits de chapelles que nous vivons depuis des années. Il nous faut aujourd'hui absolument rompre avec cette logique socialement et politiquement mortifaire.

Sur les relations partis-mouvement social

Dire que " Il semble désormais acquis que le mouvement social et forces politiques n'agissent pas dans des champs séparé, n'ont pas de terrains séparés " est absolument faux. Et ceci est d'autant plus faux que les partis en question sont au pouvoir. En effet la logique des forces politiques sont essentiellement une logique électorale, leur objectif essentiel est d'accéder au pouvoir et de gérer le système marchand. Ce n'est pas une affirmation gratuite ce sont des faits, c'est exactement ce qu'ont fait les partis de gauche quant ils ont été au pouvoir. A ce que je sache, et en tant que participant au mouvement social, ce n'était pas dans ce champs là que nous l'on se situait. Certes, certains partis du pouvoir participaient à des manifestations du mouvement social, ce qui montre d'ailleurs le cynisme de leur direction qui voulait gagner sur les deux tableaux : à la fois au pouvoir et dans la rue qui contestait ce même pouvoir. C'est bien ce double discours qu'il nous faut aujourd'hui dénoncer. C'est bien ce double discours qui doit nous faire dire que nous n'avons aucune confiance dans l'engagement politique de ces organisations qui à la première occasion nous trahiront. C'est bien ce double discours qui doit nous faire nous méfier et repenser de fond en comble les relations partis-mouvement social.

Repenser les rapports entre partis politique et mouvement n'est certainement pas reproduire, même avec toutes les meilleures intentions du monde, les rapports destructeurs de dépendance du mouvement social aux intérêts des partis. L'association ATTAC est un exemple significatif de l'instrumentalisation d'un mouvement, qui pouvait paraître prometteur, par le MDC, le PCF et la LCR, sinon au niveau local (quoiqu'il y ai eu des tentatives), mais assurément au niveau national. Quand on lit (Le Monde du 3 oct.) que pour Alain BOCQUET (PCF), la manif de défense du service public constitue pour le PCF " un bon carburant ", on ne peut que s'interroger sur cette fameuse liaison parti-mouvement social, et encore je suis persuadé que le PC n'est pas le seul à penser comme ça. Soyons sérieux, la tentative de récupération ne sont pas un fantasme d'inorganisés, mais bien un processus récurrent de toute mobilisation. Que le mouvement social ait une dynamique autonome est absolument indispensable. Ce n'est pas un a priori théorique, c'est la conclusion de ce que nous avons vécu et vivons. Dans son texte , Yves SALASSE prend le mouvement social comme une juxtaposition de luttes catégorielles " Les organisations du mouvement social… interviennent sur des sujets spécifiques, défendent des catégories de personnes spécifiques ". Bref, le mouvement social est un truc éclaté qui a besoin d'unification et bien entendu ce seraient les partis politiques qui joueraient ce rôle. Le schéma est séduisant, le problème c'est que ça ne marche pas comme ça. Que le mouvement social ai besoin d'une synthèse de ce qu'il fait, de ce qu'il pose, de ce qu'il discute, est une évidence, mais ce ne sont certainement pas les partis politiques qui peuvent jouer ce rôle de synthétiseur. Pourquoi ? simplement parce que les partis sont incontrôlables par les citoyens, ce sont des organisations privées, avec leur logique, leur fonctionnement, leur bureaucratie, leurs intérêt politico-catégoriels, leurs ambitions, leurs objectifs plus ou moins claires, leurs promesses dont on sait ce qu'elles valent. Mais me dira-t-on, il y a dans ces partis des citoyens(nes) qui participent aux luttes. Et alors, c'est très bien et tant mieux, mais ça ne donne pas le droit au parti de prendre directement ou indirectement (parce que c'est de cela dont il s'agit malgré toutes les dénégations… j'ai été militant politique, je sais de quoi je parle ) les rennes de la contestation sociale. Le mouvement social, et d'une manière générale le changement social, est une chose trop importante pour la confier aux partis politiques.

Pour une nouvelle conception des relations partis politique-mouvement social.

Le mouvement social mène des luttes catégorielles (service public, OGM, lutte contre la mondialisation financière, sans papiers,…). Toutes ces luttes ont un point commun qui n'est pas évident au premier abord : la lutte contre la marchandisation des rapports sociaux. Il est aujourd'hui indispensable de poser le problème global du mouvement en ces terme. Chose qu'aucun parti ne fait. Certains(nes) s'y emploient loin des caméras et des campagnes médiatico-électorales… en se réunissant dans des petites villes, en parcourant des kilomètres sur des départementales, en s'organisant pour établir des relations entre producteurs et consommateurs, en organisant des rencontres, des conférences. Tout un fourmillement d'actions et de réflexion existe, sans éclat et loin des " penseurs " parisiens qui défraient les chroniques à la télé ou dans les journaux nationaux. C'est cette action qui doit etre amplifiée , ce sont ces luttes, ces réflexions qui doivent se fédérer. Ce sont tous ces petits comités citoyens qui doivent échanger les expériences et les réflexions. Là oui, il y a un travail à faire. Nous n'avons pas besoin pour cela de partis politiques. Qu'ils existent soit, qu'ils aient des idées soit, on est même prêts à en prendre quelques unes qui nous paraissent bonnes, et il doit bien y en avoir, mais que surtout ils ne nous organisent pas, ne nous dictent pas une ligne (la leur, et forcément la meilleure), que l'on fasse confiance une bonne fois pour toutes aux citoyens (nes).On a trop vu ce que cela donnait.

Que se mette en place une coordination, une fédération (peu importe le mot, c'est le sens qui compte) du mouvement social est indispensable, mais une coordination, par une direction où s'affronteraient les partis politiques (cf. ATTAC national). Qu'il n'y ai dans cette coordination aucun leader politique (on peut être politique sans être un militant d'une organisation politique… et oui ! ! !). Qu'il y ai un contrôle permanent de la base et une rotation des responsabilités pour éviter toute bureaucratisation. Est ce à dire que tous les problèmes seront résolus et les garanties assurées, certainement pas, mais au moins on ne recommencera pas une fois de plus les erreurs du passé. D'autres difficultés de fonctionnement apparaîtront certainement et il faudra apprendre à les dépasser. C'est au sein de cette coordination que se posera le problème de la stratégie politique, à partir d'une réflexion citoyenne, des expériences et des espoirs de tous(tes), mais certainement pas à partir de plateformes, programmes et autres manifestes prédigérés par des politiciens professionnels. Ca prendra plus de temps, peut-être mais ce sera certainement plus efficace et en tout cas plus démocratique. Il y a urgence à faire cela, c'est certain, mais surtout pas de précipitation. Repensons la lutte sociale et l'engagement politique sur des bases saines. Ne retombons pas dans les vieux schémas qui ont fait faillite et ne succombons pas aux sirènes qui viennent, une fois de plus, nous promettre des " lendemains qui chantent ".

Novembre    2002                                                         Patrick MIGNARD

 

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« JUSTICE » DE CLASSE

C’est une expression que l’on n’ose plus utiliser et/ou dont on ne voit plus l’utilité et le sens tellement la machine à produire de la mystification a fonctionné et fonctionne. Comment pourrait-on douter de la justice dans le pays des Droits de l’Homme dont la devise est « Liberté, Egalité, Fraternité ». Et pourtant... qui peut avoir confiance dans la Justice ?

La Justice, c’est comme la médecine ou l’économie : les premiers concernés, c’est-à-dire nous, le citoyen de base, sommes trop cons pour comprendre quelque chose et surtout pour émettre une opinion, voire la moindre critique : notre rôle est tout simple : supporter les décisions de ceux qui savent, les professionnels, les experts. Certes, le discours officiel nous place au centre, mais c’est pour mieux nous en exclure lorsque le « dysfonctionnement », la bavure apparaît et remet en question la fiabilité de l’institution, voire du système. Cette exclusion se fait au nom de la scientificité, de la technique, voire de vagues principes... dont seuls les experts sont les dépositaires. Notre statut de citoyen ne nous protège surtout pas, au contraire il nous oblige à nous soumettre.

Les faits sont connus dans ce qu’il est convenu d’appeler le « scandale d’Outreau », cette affaire de pseudo réseau pédophile qui a brisé la vie de treize personnes et de leurs familles.

Que peut le citoyen devant un tel scandale ? S’il proteste, demande des comptes, s’indigne, on lui oppose immédiatement : sa vue partielle, voire partiale, de l’affaire, sa méconnaissance du dossier, sa subjectivité, sa précipitation, son manque de recul, son incompétence en matière judiciaire, les bonnes notes obtenues par les policiers, les magistrats, la contrainte des procédures, de la loi, le secret de l’instruction, ... S’il insiste on lui oppose immédiatement des techniciens, des experts, des juristes, des criminologues, voire des psychologues (c’est très à la mode), qui le noient sous une argumentation « juridico-technique » et le font passer aux yeux de la majorité pour un « plouc », voire un -‘fouille merde »... S’il persiste, ça peut-être l’« insulte à magistrat ». Autrement dit, le citoyen n’a strictement rien à dire... il ne peut que s’en remettre à ceux qui font la « pluie et le beau temps » en matière judiciaire sans jamais à avoir rendre de comptes. L’indignation du citoyen de base est immédiatement confisquée, aseptisée par le discours savant des « spécialistes », généralement complices du système, qui se répandent abondamment dans les médias. Voilà une conception démocratique de la Justice qui va réconcilier le citoyen avec les institutions dont il doute de plus en plus... on se demande d’ailleurs pourquoi.

« Il en a été toujours ainsi, une Justice pour les riches, les politiques, les notables et leurs serviteurs, et une Justice pour le reste de la population ». C’est vrai, mais la différence c’est qu’aujourd’hui tout se sait ou à peu prés, que l’information circule rapidement ... et donc le scandale en est d’autant plus grand. Les princes (que les citoyens « responsables » ont élu) qui nous gouvernent peuvent de moins en moins agir impunément, mais ils ont toujours le pouvoir de nous faire taire, ou plutôt de faire en sorte que l’on ne soit pas entendu. La dictature c’est « ferme ta gueule », la démocratie c’est « cause toujours ! ».

Prenons le cas, tout à fait théorique bien sûr,... dans la même ou proche configuration, d’une ou des personnalités (de l’audiovisuel et/ou de la politique par exemple) mises en causes par des victimes. Les aurait-on incarcéré pendant trois ans ? Les aurait-on empêché de se confronter à leurs accusateurs ? Auraient-elles eu le droit de s’exprimer publiquement, à la télévision par exemple, pour nier les faits reprochés ? Ces personnalités présumées innocentes n’auraient certainement pas été persécutées... et c’est justice. Pourtant, c’est exactement le contraire qu’il s’est passé pour une boulangère, un chauffeur de taxi, un huissier de province, un prêtre ouvrier, un gardien d’immeuble, un peintre en bâtiment, un mécanicien, une infirmière,...... Comment expliquer cela ? Un dysfonctionnement ? Une erreur professionnelle ? C’est difficile à croire dans une institution aussi hiérarchisée. Une intention malveillante ? Certainement pas... quelle en serait la raison ? Non, on retrouve là le souverain mépris, plutôt même une totale indifférence, à l’égard de celles et ceux qui « ne comptent pas » : viré du travail quand on n’en a plus besoin, mis en prison au moindre soupçon et pour satisfaire l’opinion publique conditionnée... C’est la même logique dans les deux cas.

On instruit à décharge pour la « France d’en haut » et à charge pour « la France d’en bas ». C’est bien la même « Justice », mais elle ne fonctionne pas de la même manière. La bureaucratie d’Etat, la classe politique qui bénéficie des privilèges que confère la possession du pouvoir se protège des lois qu’elle vote, elle en a le temps et le pouvoir... par contre elle applique toute la rigueur de la loi et des procédures à celles et ceux qui sont en son pouvoir.

En fait ce qui est privilégié dans tout cela c’est le système, dans sa globalité. On ne saurait donc s’arrêter à des « détails » ... car tous ces scandales (disparus de Mourmelon, disparues de l’Yonne, affaire Alègre, affaire d’Orleau,... et toutes celles qui vont venir...) ne sont, pour les experts et politiques, que des « détails » fâcheux que l’on relativise aux yeux de l’opinion en les incluant dans des statistiques savantes pour bien montrer aux imbéciles que nous sommes, suivant la formule non moins imbécile... qu’ils ne « sont que l’exception qui confirme la règle ». La souffrance individuelle, la souffrance limitée dans le champs social... autrement dit la souffrance silencieuse n’a aucun intérêt pour ces gens... cela dit, il est bon quelle s’exprime publiquement, à la fois pour faire peur... « ça peut vous arriver à vous aussi... » et pour montrer que la liberté d’expression existe... elle ne sert à rien mais elle existe... et là est l’essentiel pour sauver les apparences.

Cette souffrance, même si elle s’exprime violemment dans les médias est, de toute manière, éphémère, coincée entre un mariage princier et un match de football. Que retiendra-t-on de cela dans quelques semaines ?... rien. Et qui s’attardera sur ce cas ?... personne. Les vies brisées ne concernent que ces victimes de la Justice mais ne doivent en aucun cas troubler le sommeil des honnêtes citoyens... « qui n’ont rien à se reprocher »... pour le moment.

Il fut une époque où la « populace », comme disait alors la « France d’en haut » de l’époque, exigeait la libération d’innocents injustement arrêtés. C’était une époque barbare. Aujourd’hui nous sommes beaucoup plus civilisés et respectueux des droits de l’homme... nous laissons les innocents croupir en prison... en faisant « confiance à la Justice de notre pays ».

L’institution est organisée de telle manière, et les discours officiels la concernant sont tels, que l’on ne sait plus ce qui est du au dysfonctionnement, à l’incompétente professionnelle, à la pression politique ou à la magouille pure et simple. Dans tous les cas, le citoyen de base est grugé ... on fait tout pour lui faire oublier, mais l’on n’oublie surtout pas de le remotiver pour qu’il aille massivement voter et reconduire ce système délétère... mais officiellement démocratique.

Il faut être bien naïf pour croire qu’au regard de l’Etat, des autorités publiques, notre existence ait une quelconque valeur. Le fonctionnement de la « Justice » est symptomatique de ce comme quoi nous sommes considérés. Jetés comme des malpropres quand notre force de travail n’a aucun intérêt au regard du système, notre besoin de soins n’est qu’un moyen de s’enrichir des labos, sans parler de l’alimentation qui nous fait bouffer n’importe quoi au grand bénéfice de l’industrie agro-alimentaire ou de la sécurité routière qui n’est qu’un moyen de percevoir « moralement » et « civiquement » une nouvelle taxe... Comment se pourrait-il qu’un système qui instrumentalise à ce point l’être humain puisse avoir une conception de la Justice qui le respecte ? Poser la question c’est y répondre.

23 mai 2004

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DURA LEX, SED LEX (2)

« La loi est dure, mais c’est la loi »

Tout changement social s’oppose à ce qui constitue l’expression du rapport social établi, la loi. S’il s’agit de faire simplement évoluer la loi pour améliorer les conditions présentes... on peut y parvenir. C’est une toute autre affaire que d’utiliser la loi pour radicalement changer le système dont elle est l’expression.

LA MYSTIQUE DE LA LOI

Tous les régimes, tous les systèmes, sans exception ont fait de la loi un véritable culte... en effet le respect de la loi garanti la stabilité du système qu’elle codifie, il est donc essentiel que le respect collectif à son égard soit absolu. Tous les régimes, tous les systèmes ont su trouver l’argumentation qui faisait de la loi quelque chose d’incontestable... que ce soit César, Dieu ou les Dieux, le Peuple, le fondement de la loi a eu toujours quelque chose de sacré... C’est le rôle de l’idéologie que de remplir cette fonction. Le décorum qui préside à la manifestation de la justice (à défaut souvent de la vérité) tient plus du subjectif que de l’objectif, du sacré que du profane... il s’agit d’impressionner par une mise en scène qui interdit toute tentative de remise en question, toute interrogation... Seule l’Eglise rivalise en spectacle avec la Justice.

Comme diraient certains le spectacle de la dérision n’a d’égal que la dérision du spectacle. Il faut d’ailleurs noter qu’aujourd’hui, du fait de la dégradation du lien social, le spectacle de la justice impressionne de moins en moins.(voir les incidents qui se multiplient dans les tribunaux)... en effet, sous le vernis de la respectabilité perce la réalité sociale qu’il recouvre : l’exclusion, les inégalités, la marginalisation. Le vernis judiciaire craque lorsque se délite le lien social qu’il est censé assurer. Ceci illustre les limites du discours officiel sur l’ordre. A défaut d’être respectable, faut-il encore que celui-ci soit supportable... et quand il ne l’est plus, tous les artifices du monde n’y peuvent plus rien. Le phénomène n’est pas nouveau, on le retrouve à toutes les étapes de l’évolution de l’humanité (voir l’article DECADENCE).

Le discours plus ou moins mystique, moralisant, se voulant civique sur la loi, devient aux yeux de plus en plus de monde un discours mystificateur lorsque la décomposition des rapports sociaux détruit le sens même du discours qui est censé les justifier. Par exemple quel sens peut prendre la notion de « droit de propriété des moyens de production » pour un licencié qui ne trouve plus d’emploi ? Quel sens peut avoir l’interdiction de voler pour celle ou celui qui n’a plus les moyens de vivre ? La situation est par ailleurs aggravée lorsque celles et ceux qui votent les lois, veillent à leur application, et donnent régulièrement des leçons de morale civique, les transgressent sans vergogne... par exemple, corruption, impunité, amnistie d’élus, de magistrats, de policiers... et ce jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. (voir le Canard Enchaîné). C’est par ailleurs ce qui explique que les défenseurs de la loi, politiques, police et magistrature, bénéficient, de fait (pas de droit, il faut sauver les apparences), d’une quasi impunité.

La « religion civique » fondée sur le respect de la loi, comme toutes les religions, à un moment donné de leur histoire, trouve sa limite dans la réalité du système qu’elle sert. Lorsque le système social qui la fonde ne peut plus assurer la dignité, voire la vie, des uns et des autres, alors le masque tombe et la norme est remise en question... le mythe a cessé d’exister... la contradiction entre les apparences entretenues sur l’ordre et l’équité et la réalité sociale éclate au grand jour.

DYNAMIQUE SOCIALE ET LEGALITE

Cette contradiction entre le fait que la loi, qui a une légitimité populaire, puisse entrer en conflit avec la réalité des rapports sociaux fondés sur l’instrumentalisation de l’individu a un effet particulièrement dévastateur sur la cohésion sociale. La lutte sociale, pour l’égalité, pour les conditions de vie, pour la dignité, lorsqu’elle s’exacerbe, ce qui est le cas aujourd’hui, pousse la loi aux limites de son efficacité comme instrument de cohésion sociale, mais aussi comme norme sociale, respectable et respectée... a fortiori comme élément de coercition sociale.

La légalité n’a de sens que lorsqu’elle est socialement acceptable... ce qui ne veut pas dire juste. Exemple : le contrat de travail est socialement respecté et accepté quoique fondamentalement inégalitaire. Or les limites de l’acceptable sont fonction du sens que trouvent les individus aux rapports sociaux qu’ils vivent. Par exemple, pour l’exclu-e, catégorie qui tend à progresser, l’inacceptable est atteint ou en passe de l’être. La révolte gronde. Il y a péril en la demeure. Le système marchand fondé sur un rapport de production, de plus en plus incapable de créer du lien social, et n’ayant plus grand-chose à négocier (voir l’article NEGOCIER ? ...MAIS NEGOCIER QUOI ?), ne peut que s’en remettre, et oblige que tous s’en remettent, au respect de la loi... il ne lui reste plus que cela pour apparaître comme crédible, sinon dans les faits concrets, du moins dans les esprits... c’est à l’idéologie dominante (la pensée unique) à assurer cette fonction.

Un effort extraordinaire, de la part de l’Etat, du patronat, est en effet accompli pour éviter le terrain du social, de l’économique et ne s’en tenir qu’au superficiel et au symbolique : le respect de la norme.

Ainsi, la référence à la loi est en passe, aujourd’hui, de devenir un substitut à la lutte sociale. Le conflit de travail, et de manière générale le conflit social a tendance, est incité, encouragé à se régler « devant les tribunaux ». Le tribunal devient l’arbitre du conflit comme si la règle de droit, dont le tribunal est le défenseur et le garant, était considérée comme une référence absolue en matière d’équité. Il faut dire que les défenseurs et gestionnaires du système marchand, et leurs alliés, ont tout intérêt à ce que cette pratique se généralise, car, d’une part, d’une manière générale, elle désamorce le conflit, ou du moins oblige les salariés à une retenue au pouvoir démobilisateur, mais d’autre part la loi est généralement faite de telle manière, et le monde judiciaire est suffisamment conservateur, pour que les salariés aient les plus grandes « chances » d’être perdants.

Pour les salariés, l’expérience le prouve, la victoire est parfois possible sur le terrain judiciaire... mais ne rêvons pas, cette victoire, quoique importante sur l’instant, est tout à fait relative... elle ne règle jamais le problème sur le fond... Exemple : la condamnation par les tribunaux de patrons qui ont déménagé clandestinement les machines de leur usine, ou la condamnation d’employeurs pour licenciements. Généralement la condamnation est juridiquement prononcée... mais est sans suite dans les faits. Autre exemple : les chômeurs « recalculés » qui ont obtenu satisfaction devant les tribunaux... c’est positif, mais... ils sont toujours chômeurs.

Historiquement, dans une perspective de changement, la lutte sur le terrain judiciaire est perdue d’avance.

TRANSGRESSION DE LA LOI ET CHANGEMENT SOCIAL

Jamais, à aucun moment dans l’Histoire, le changement social, le vrai, c’est-à-dire le changement des rapports sociaux, pas celui que nous racontent les politiciens aujourd’hui pour nous faire patienter, ne s’est fait sans une contestation radicale de la loi ancienne et l’établissement de loi nouvelle. Encore que, il faille mettre en place de nouvelles relations sociales pour assurer, concrétiser le changement. En effet, changer une loi ou instaurer une loi nouvelle dans le cadre de rapports sociaux anciens n’a aucun sens. Exemple ? Exiger une loi interdisant les licenciements dans un système salarial ( ???). La loi nouvelle n’est en aucun cas une amélioration juridique des rapports sociaux existant, mais au contraire la reconnaissance collective de nouveaux rapports sociaux. Ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas à certains moments se battre pour améliorer la loi existante... mais sachons faire la différence entre cette démarche, purement conservatoire des rapports sociaux et celle qui consiste à en produire d’autres.

C’est plus la transgression du rapport social que la transgression de la loi qui fait, accompagne, détermine le changement. Rester dans le champs de la loi est le plus sûr moyen de, malgré une amélioration conjoncturelle de la situation présente, stériliser toute dynamique de changement... ne serait ce que parce que la loi est faite spécialement pour préserver un ordre social donné. Il est donc tout à fait logique que le discours dominant, officiel, privilégie et fasse respecter la loi existante qui n’est que l’expression juridique du rapport social dont il est le garant.

Mais transgresser la loi c’est passer dans l’illégalité, diront certains... et ils ont raison. Mais l’illégalité, comme la légalité, est tout à fait relative. La légalité, c’est-à-dire le champs de définition et d’application d’une loi est étroitement lié à la réalité sociale du pouvoir qui la garantie. Changez la réalité sociale, les rapports de production, définissez une nouvelle éthique entre les individus, et l’ancienne légalité devient caduque... en quelque sorte, l’ancienne loi passe dans l’illégalité.(voir l’article TRANSITION).

La transgression de la loi, en tant qu’acte historique et social, n’est donc pas un simple acte individuel, pas plus qu’un mouvement spontané et éphémère... il est l’expression d’un dépassement d’un rapport social et l’expression de la mise en forme d’une nouvelle éthique. Ceci nécessite autre chose de plus consistant qu’une réaction épidermique, voire même d’une simple révolte. C’est à cette condition, et seulement à cette condition que l’on procède à un véritable changement social.

9 mai 2004

 

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DURA LEX, SED LEX (1)

 « La loi est dure, mais c’est la loi »

Le rapport à la loi, et à la légalité en général est au coeur de la problématique du changement social. Le respect de la loi est-il incompatible avec le changement social ? Si oui, le changement social est-il alors plus légitime que la loi au point de pouvoir, devoir, la transgresser ? Ces questions fondamentales, essentielles sont aujourd’hui totalement ignorées par les forces politiques qui n’envisagent, que de manière purement symbolique, et propagandiste, le « changement ».

Le respect de la loi est à la base de tout ordre social. Autrement dit respecter la loi c’est se soumettre à un ordre social et donc corollairement, si l’on respecte strictement la loi, il n’y a aucune chance de changer l’ordre social ? Ceci pose, bien entendu, le problème de la légalité en matière de changement et donc de l’action illégale.

QU’EST-CE QUE LA LOI ?

La loi est une règle de vie qui organise un groupe social. Elle se fonde sur une éthique, sur des principes, sur des valeurs qu’elle exprime sous la forme d’un code qui engage les membres de la collectivité. Mais elle est plus que ça. Elle est un produit de l’évolution sociale, elle est l’expression de la manière dont les sociétés se sont organisées, à un moment donné de leur évolution, et codifie, à ce moment, le principe de l’organisation adoptée et au départ, dans l’Histoire, le mode de possession de la terre, principale ressource des richesses. Par extension le domaine de la loi concerne tous les actes de la vie économique et sociale... et par là même « stabilise » un état de fait économique et social, qui devient un « état de droit » déclaré implicitement et souvent explicitement immuable. Certes quelques lois peuvent changer, des lois mineures, mais l’essentiel, lui, est déclaré intouchable.

Quel est cet essentiel ? Tout ce qui concerne l’organisation économique et sociale et d’abord tout ce qui concerne la manière de produire et de distribuer les richesses. Aujourd’hui (comme hier d’ailleurs), la manière de posséder, de profiter, de répartir... bref de faire en sorte que se reproduise ce qui, économiquement et socialement, existe sans qu’on le remette en question... Aujourd’hui ça veut dire concrètement : la possession de l’outil de production, la liberté d’embaucher et de licencier, la liberté de posséder le superflu même si aux autres il manque l’essentiel, la liberté d’épuiser les ressources naturelles, de détruire l’environnement...

Certains diront, « mais la loi n’est pas que ça »... c’est vrai mais c’est essentiellement ça... le reste, les lois mineures, ne sont que des aménagements sans importance au regard de ce qui se joue socialement. Exemple ? La loi qui interdit de faire du bruit après 22 heures... celle là on peut effectivement la modifier... ça ne changera rien à la société (« on peut repeindre les volets, ça ne change pas l’architecture de la maison ! »)

La grande astuce du système, de tous les systèmes, c’est qu’ils mélangent tout, à dessein. La loi serait « LA LOI », seule et unique... et au nom du refus du chaos, il faut respecter « LA LOI »... c’est-à-dire « toutes les lois », sans distinction, justifiant par la même l’impératif de respect de l’ordre existant, de l’essentiel de ce qui constitue cet ordre.

La loi est-elle indispensable ? S’il s’agit de la règle collective, la norme qui organise les rapports inter individuels dans une collectivité, on peut difficilement nier son utilité. Mais en fait, nous l’avons vu, la loi n’est pas que ça, n’est pas qu’une modalité d’organisation, elle est l’expression d’un rapport social, d’une organisation sociale produit de l’évolution historique. C’est cette dernière caractéristique, qui donne tout son sens à la loi, qui est systématiquement minorée... Et pour quoi est-elle ainsi minorée ?... parce qu’elle montre que la loi n’est pas aussi neutre que l’on voudrait nous le faire croire au regard du système d’organisation sociale.

DE LA VALEUR A LA LOI

Ce qui légitime symboliquement le plus la loi c’est la valeur morale sur laquelle elle se fonde, plus que la légitimité de l’autorité qui la promulgue. La légitimité est une référence tout à fait relative. Ainsi, à travers l’Histoire les lois se sont fondées sur des principes déclarés, justes, naturels, divins, moraux, ... Il ne s’agit d’ailleurs pas que la loi soit conforme aux préceptes de la valeur, la référence suffit. Exemple ? L’Inquisition, et elle n’est pas la seule, qui commettait des crimes (légitimes) au nom d’un principe (l’amour de son prochain).

Le principe de la référence à la valeur suffit... le reste n’est qu’une question d’adaptation et d’interprétation... autrement dit, on peut faire n’importe quoi, la référence à la valeur donne une sorte d’absolution morale.

La Révolution Française n’a pas trop innové en matière de relation entre loi et valeur. Au niveau des conséquences concrètes on retrouve les mêmes paradoxes et les mêmes contradictions. Ainsi « Liberté-Egalité-Fraternité »... n’a empêché ni le colonialisme, ni les guerres, ni l’exploitation salarié, ni la misère, ni... Autrement dit, les valeurs morales, l’éthique, qui président à la constitution de la règle de droit, ne sont pas tout à fait nouvelles. La véritable nouveauté (encore que pour les femmes il faudra patienter jusqu’au milieu du 20e siècle) réside dans la notion de citoyenneté... qui n’a pas le même contenu que la citoyenneté romaine.

Le corpus juridique issu des « Lumières » et des transformations politiques et sociales du 18e siècle a jeté les bases d’un système qui fait des valeurs de base une interprétation très particulière qui correspond... comme par hasard, aux intérêts de la classe marchande qui prend le pouvoir. Ainsi, la « Liberté » sera surtout la liberté de commerce, d’entreprendre, de disposer d’une force de travail ou de la licencier.... L’« Egalité » sera, en principe, devant la loi et au moment du vote des représentants, mais certainement pas en fonction des besoins de chacun... quant à la « Fraternité »... sans commentaire.

On peut aujourd’hui évaluer le décalage entre la loi, le contenu de la loi, l’application de la loi et les valeurs qui sont censées la fonder.

Reste la légitimité de la loi qui, au 18e siècle, devient réellement populaire.

DE LA LEGITIMITE DE LA LOI

La légitimité populaire de la loi, du fait de la légitimité populaire de ceux qui la promulguent, n’est manifestement pas suffisante pour en faire, de la loi, une valeur définitive et absolue et surtout exempte de contradictions et de contestation... l’exemple nous en est fourni tous les jours. Pourquoi ? Pour deux raisons :

- ce n’est pas parce que le législateur a une légitimité populaire que le rapport qu’elle exprime est exempt de contradictions. Exemple ? le salariat, représenté par un système de démocratie représentative (ce qui est le cas de la plupart des pays développés), n’en demeure pas moins un rapport social inégalitaire, instrumentalisant les individus, les excluant et générant perpétuellement des conflits (voir l’article VIOLENCE ET CHANGEMENT SOCIAL).
- un rapport social évolue et ses contradictions initiales deviennent de plus en plus insupportables. Exemple ? Toujours le salariat qui, quoique contesté n’a jamais été remis fondamentalement en question dans les pays développés et ce pour une raison simple : il créait du lien social et améliorait la condition des salariés... aujourd’hui, ce n’est plus le cas il s’avère incapable d’assurer cette mission de cohérence sociale (voir l’article DECADENCE)

Ainsi, légitimité de la loi et expression de la loi, en tant qu’expression du rapport social, entrent en conflit... par exemple au moment d’un licenciement. On dit alors que la loi est « injuste »... peut-être... mais elle est « légitime »... et toute révolte contre la loi est considérée comme une remise en question de sa légitimité, ce qui, dit autrement, est une atteinte à la volonté populaire.... Ça peut paraître bizarre mais c’est ainsi !

Le problème c’est que, formellement, ce raisonnement est juste. L’autre problème c’est que, ce n’est pas parce qu’il est juste qu’il explique comment doit se résoudre la contradiction. Côté pouvoir, c’est-à-dire garant de l’application de la loi, c’est la rigueur de la sanction au regard du contrevenant. Côté contestation c’est l’établissement d’un rapport de force pour faire accepter par le pouvoir la transgression de la loi, soit l’obliger à la changer.

Sur des questions non essentielles, c’est à dire ne remettant pas en question les fondements du système, un rapport de force peut faire céder le pouvoir quant à l’application de la loi. Par contre sur des questions essentielles, comme l’expression juridique des fondements du système (aujourd’hui : propriété privé des moyens de production, salariat,...) il est évident que le pouvoir ne peut pas céder et utilisera tous les moyens (légaux et illégaux) pour résister à la contestation. D’ailleurs, l’Etat (même dans une forme dite démocratique) n’hésite pas à violer sa propre légalité lorsque les intérêts, matériels, ou idéologiques du système, dont il est le garant, sont en jeux... il a pour cela différents prétextes : raison d’Etat, secret défense, secret des archives... ou aucune explication (enterrement de l’affaire).

La loi n’est donc ni une norme arbitraire, ni un absolu au service d’une cause moralement juste... elle est une production sociale et correspond à des intérêts économiques et politiques. A ce titre elle doit être considérée comme un moment de l’histoire de la société ce qui relativise sa signification et sa portée. Elle est à la fois dérisoire, au regard de l’Histoire, mais aussi déterminante pour le système qu’elle codifie et dont elle assure la stabilité. La loi a tendance à figer le rapport social alors que celui-ci est essentiellement dynamique... au point de constituer l’Histoire. Changer c’est relativiser la loi. C’est cette opposition entre le conservatisme juridique et la dynamique sociale que nous examinerons dans le prochain article.

8 mai 2004 

 

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