SUR « L’IMPERIALISME URBAIN »
Après avoir été pendant des siècles une exception dans les sociétés, la ville a fini par « dominer le monde ». Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale est urbaine et le phénomène s’amplifie.
Cette situation ne va pas sans créer des situations conflictuelles entre, sinon « deux mondes », du moins deux milieux qui demeurent très différents.
Pour plagier d’une certaine manière Alphonse ALLAIS, le drame des campagnes c’est que l’on y a construit des villes,… et que ces nouvelles venues ont pris une importance qui a dépassé le milieu qui les recevait.
Tant que les villes sont demeurées, disons, d’une dimension raisonnable, c'est-à-dire tant que le foncier de la ville, notamment, a pu se développer à partir d’elle, qu’il n’a pas atteint des niveaux de prix insupportables et que les conditions de travail, de transport le permettaient, les conflits ont été limités.
Aujourd’hui, le développement des transports, le prix du mètre carré citadin, mais aussi le besoin de « référents naturels » dans le mode de vie, a poussé une partie de la population à « émigrer » vers la campagne, non pas seulement avec une résidence secondaire, mais pour y implanter la résidence principale.
Cette transplantation a eu de curieux effets qui sont à l’origine de conflits entre les paysans et les nouveaux arrivants.
On aurait pu imaginer que ce retour à la campagne se serait fait justement pour les qualités et les spécificités que celle-ci recèle. Or pas du tout, les transplantés entendent imposer leur manière de vivre et refusent ce qui fait que la campagne « est la campagne ».
Ainsi, le chant du coq, les odeurs de volailles, de vaches, la proximité et le passage d’animaux, les odeurs de foin, de purin, le son des cloches des vaches, les heures sonnées au clocher,… bref, tout ce qui constitue la campagne est insupportable aux nouveaux venus.
Le comportement de ces nouveaux colons est tout à fait à l’image de ce qu’était les envahisseurs de la grande époque coloniale : ils n’acceptent l’autre, qu’à leur image…. Eux, bien évidemment détenant la vérité, comme d’autres apportaient la civilisation et le « vrai Dieu ».
Ceints d’une mauvaise foi qui n’a d’égal que le mépris souverain qu’ils portent aux « gens de la terre », ils exigent, tranchent, tempêtent et, ultime manœuvre, engagent de longues et ruineuses procédures contre celles et ceux qu’ils empêchent de vivre. La loi, éternelle protectrice des pauvres et des humbles, servie par des magistrats parfaitement compréhensifs des choses de la campagne…fait que les paysans sont tracassés pendant des mois et quasi systématiquement condamnés à arrêter leur exploitation pour laisser la place à leurs envahisseurs.
Cet impérialisme urbain est parfaitement en phase avec l’industrialisation de l’agriculture. Les normes industrielles exigent des établissements « propres »,… du moins en apparence,…« non polluants »…du moins en apparence. La pollution n’est pas visible, elle agit au niveau des nappes phréatiques, des cours d’eau, de la prolifération des algues vertes… Mais elle laisse intact le paysage de même que les yeux, les oreilles et les narines des citadins qui s’exilent à la campagne. On ne laisse pas traîner la poussière,… on la glisse sous le tapis.
Cette pollution industrielle est prise très au sérieux par les autorités qui nous expliquent doctement que « c’est la rançon du progrès », c’est « Bruxelles qui le décide ainsi » et que ce sont les conditions de production qui « nous sont imposées par la mondialisation ». Ben voyons !...
Mais attention !... Qu’un petit paysan, dans son installation individuelle, dans sa salle de gavage ou d’abattage ait un robinet d’eau mal placé, ou une table mal disposée par rapport à l’ensemble de son installation,… c’est l’administration qui lui tombe dessus à grand renfort de textes officiels.
On assiste aujourd’hui à un véritable harcèlement du monde paysan au nom d’une soit disante modernité incarnée par l’industrialisation de l’agriculture et les exigences exorbitantes et stupides des « nouveaux habitants de la campagne » qui n’ont rien à voir avec le travail de la terre.
Bref, le paysan devient à la campagne un gêneur qui empêche les gens de la ville de pouvoir vivre normalement, autrement dit « comme à la ville » ( ?).
Cette situation, souvent tournée en dérision comme de simples « conflits de voisinage » révèle cependant une chose beaucoup plus grave : l’intolérance des urbains à l’égard des ruraux. Pour les urbains, les ruraux sont sales et bruyants, comme les « sauvages » étaient indécents pour les colons.
Imaginons un instant les mêmes exigences de la part d’un paysan venant résider en ville : suppression des voitures, de la pollution, des bruits de la rue, de l’impossibilité de se garer où on le souhaite…
Défendre la vie à la campagne, ce n’est pas se couper du progrès, mais reconnaître une certaine authenticité et qualité de vie. On va en effet, généralement, se « ressourcer » à la campagne,… on se ressource rarement à la ville.
Celles et ceux qui ont fait le choix de vivre et travailler à la campagne ont autant le droit d’être respectés que celles et ceux qui ont fait un autre choix.
Mars 2013 Patrick MIGNARD
Billet d'actualité ..........................................................................................
LE DIALOGUE,… MAIS QUEL DIALOGUE ?
Entre deux vagues de licenciements massifs et après des affrontements violents opposant les salariés marrons aux forces de répression, le Ministre du « Redressement Productif » (sic) en appelle sagement au dialogue et explique doctement, à celles et ceux qui ne peuvent plus se faire entendre de leur direction et vont se retrouver à la rue, que la priorité est au dialogue.
Ainsi, le Ministre du « Redressement productif » a appelé direction et syndicats de PSA à un « dialogue social exemplaire » pour arriver à « renégocier, reformater et réduire le plan social »
Mais que veut dire ce jargon ministériel ?
C’est très simple. Dit autrement le Ministre appelle à « discute entre partenaires sociaux pour servir d’exemple et faire patienter les salariés des autres entreprises dans le même cas » pour arriver à « continuer à discuter, poser le problème dans ses différentes dimensions pour en trouver, de préférence la bonne ( ?) et faire en sorte finalement que les salariés acceptent les licenciements ».
Et le même Ministre précise, dans le cas ou l’on ne l’aurait pas compris : « Le plan de redressement devra être strictement proportionné à la situation réelle du groupe pour limiter les conséquences négatives sur l'emploi»…
Ce qui veut dire en clair :
« Le plan de licenciement devra être justifié par la situation économique de l’entreprise et faire en sorte qu’il y ait le moins de licenciements possibles pour éviter l’explosion sociale »
Contrairement à l’illusion que donnent les contorsions sémantiques ministérielles et le discours apaisant… le Ministre du Redressement Productif ne maîtrise strictement rien, et s’en remet, d’une part à la direction de l’entreprise pour qu’elle « n’en fasse pas trop », et aux syndicats pour qu’ils fassent « passer la pilule » auprès des salariés.
Autrement dit, le soit disant dialogue est totalement artificiel,… pour une raison simple : il n’y a rien à négocier sur le fond, sinon, pour les salariés à accepter les choix économiques et stratégiques fait par la direction qui a, de toute manière, seule les cartes en mains.
Et l’on s’étonne après ça qu’il y ait des violences sociales, que les syndicats soient de plus en plus désavoués et débordés, que les salariés ne croient plus en rien ?
C’est le contraire qui serait étonnant. A force de prendre les gens pour des imbéciles, ça ne peut que très mal se terminer !
8 mars 2013
Voir aussi l'article qui suit : depuis presque dix ans, rien n'a vraiment changé, sinon une aggravation
NEGOCIER ? ... MAIS NEGOCIER QUOI ?
Les marges de manœuvres, politiques, et surtout économiques dont dispose un système pour se pérenniser et assurer son équilibre en dit long sur son état général et en particulier sur le deg...
Billet d'actualité ..............................................................................................
LE « SOCIAL » COUTE-T-IL TROP CHER ?
Tout dépend du choix au départ.
Si l’objectif est la rentabilité du capital, autrement dit le revenu maximum – dividendes – pour les actionnaires, alors la situation sociale de celles et ceux qui travaillent, sera soumise à des conditions restrictives : conditions de travail dégradées, instabilité de l’emploi, bas salaires … En effet, ces conditions sont considérées comme des coûts donc, logiquement – au regard des gains - soumises à réduction.
Si l’objectif est la satisfaction des besoins de la population, celle-ci n’est plus un coût, elle a un coût (ce qui est différent), le problème consiste simplement à ajuster les moyens économiques disponibles à l’atteinte de cet objectif.
Le problème, c’est que les politiciens et les gestionnaires du Capital ont réussi à convaincre le plus grand nombre que la norme économique et sociale était la rentabilisation du capital au détriment des la satisfaction des besoins de la population. C’est tout le sens du discours sur la rentabilité de l’entreprise qui consiste, non pas à satisfaire une demande, des besoins, mais à engranger le maximum de profit pour les actionnaires, notamment les fonds de pension ou autres gros investisseurs financiers et leur larbins que sont les grands patrons..
Notons que c’est au nom de ce principe que le service public est démantelé au profit d’un secteur privé toujours assoiffé de profits.
Cette situation est la conséquence d’une société divisée en classes sociales aux intérêts antagonistes – une minorité détenant les moyens de production, décidant de ce qui doit être produit, comment, où et pour qui, … le reste de la population n’étant que l’instrument de la réalisation de ses objectifs.
Tous les discours officiels sur la défense de l’emploi, les conditions de travail, les rémunérations, la qualité de la production (agricole comme industrielle), les retraites, ne sont que des mensonges… ou plutôt une adaptation masquée de l’immense majorité de la population et des structures de la production aux choix politiques qui visent à maintenir et gérer ce système.
Vivre en société et satisfaire les besoins d’une population a bien évidemment un coût, mais encore faut-il que ce coût soit directement lié aux conditions, aux exigences, d’une production ayant pour objectifs les besoins de cette population et non les intérêts d’une classe parasite qui spécule et engrange des profits exorbitants.
Encore faut-il que l’on pose le problème de cette façon, et non que l’on fasse une confiance aveugle – ce qui est le cas pour le plus grand nombre - à des politiciens, complices de cette classe, qui nous entraînent à des prises de positions aberrantes au regard de nos intérêts.
C’est cette classe parasite qui (nous) coûte cher,… pas le social !
6 mars 2013
ILS NE CEDERONT PLUS RIEN !...
ILS NE CEDERONT PLUS RIEN !... Depuis plusieurs années on peut douloureusement constater que les conflits sociaux, pour aussi durs et longs qu'ils soient aboutissent de moins en moins à la ...