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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

LA DERIVE DES DISCOURS « ANTI-SYSTEME »

 

Le discours « antisystème » est aujourd’hui un discours essentiellement d’extrême droite. Pourtant, n’en a-t-il pas été toujours ainsi ? Le discours « antisystème » a été dans le passé un discours progressiste, d’extrême gauche.

Pourquoi ce glissement ?

 

Ce phénomène n’est pas récent, il s’est déjà produit, au 20e siècle dans des circonstances évidemment bien différentes d’aujourd’hui,… mais certaines constantes demeurent et méritent d’être analysées.

Dire « anti-système » permet de faire un raccourci théorique qui évite une analyse trop précise et permet une exploitation la plus large possible de tous les thèmes potentiellement porteurs. En fait, (mais ce n’est pas explicitement dit, et pour cause) on va voir pourquoi, il s’agit  de contester le système capitaliste, non pas dans ce qu’il a de fondamental : la course au profit et à la marchandisation des relations sociale   mais  dans ce qu’il a de plus superficiel, voire irréel et fantasmatique.

 

LA DERIVE FASCISTE

 

Après la 1er Guerre mondiale, la montée des fascismes, du nazisme, des mouvements factieux en France, avait pour fondement une critique du capitalisme. Cela prenait la forme d’une remise en question du système républicain, de la démocratie parlementaire. La critique n’allait pas plus loin car il fallait éviter de tomber dans la critique « communiste » du capitalisme… A l’époque, indépendamment de ce qu’elle est devenue, l’Union Soviétique était un modèle politique… il s’agissait de s’en démarquer. Le mot d’ordre des fascistes était alors « Ni capitalisme, ni communisme/bolchévisme ».

La critique fasciste du capitalisme était déjà des plus superficielles et n’abordait que des questions secondaires sur lesquelles se greffaient, sans nuance, les délires et obsessions des chefs : retour à l’Empire Romain pour Mussolini, finance juive pour Hitler, un mélange d’antiparlementarisme et de critique des principes de 1789 en France,…

La pratique de ces mouvements, pour ceux qui ont accédé au pouvoir, a montré qu’en fait, ils ont fidèlement reproduit, dans le cadre d’un Etat fort, les principes et démultiplié toutes les tares du capitalisme. Les dirigeants de l’économie capitaliste ne se sont d’ailleurs pas trompés puisqu’ils ont largement financé ces mouvements… par peur du communisme mais aussi, en sachant qu’ils ne toucheraient pas à leurs intérêts. L’Histoire en fait foi !

 

LA FAILLITE DU SOVIETISME…

 

La critique communiste/marxiste du capitalisme, quoi qu’on en pense, a constitué la seule analyse sérieuse des fondements de ce qu’est le capitalisme… et elle est d’ailleurs toujours – dans ses principes - opérationnelle aujourd’hui.

Cette critique a donné naissance, par des extrapolations politiques hasardeuses et erronées, à un modèle de société qui a rapidement fait faillite en moins d’un siècle (1917-1989). L’échec du modèle, s’il ne remet pas en cause les fondements de la critique du système a, par contre, porté un coup terrible à sa crédibilité auprès de l’opinion publique… et ce d’autant plus que les leçons de l’Histoire n’ont jamais été tirées. Si la faillite du système soviétique a entraîné, logiquement, dans sa chute, la stratégie de changement social qu’il sous-tendait, il a aussi permis au capitalisme de jeter la suspicion sur les concepts de l’analyse de sa critique.

Bref, la faillite du soviétisme a ouvert, grande, la voie à la satisfaction du Capital, à une critique lapidaire, superficielle qui sauve les intérêts du système tout en donnant l’illusion de la radicalité.  

 

… ET DE L’EXTREME GAUCHE

 

Le Parti Communiste qui avait rejoint très tôt les rangs du réformisme a tout de même reçu son coup de grâce final avec l’effondrement de sa référence historique en 1989.

L’Extrême gauche qui avait fait une analyse pertinente des dérives du soviétisme, du stalinisme et des Partis Communistes n’a manifestement pas su se dégager des aberrations stratégiques, probablement par un manque d’analyse sérieuse des nouvelles conditions du développement du Capital à l’échelle mondiale (nouvelle division du travail, disparition de la classe ouvrière industrielle dans les pays de capitalisme développé, menaces sur l’environnement…)   et par la difficulté pour s’extraire des « vieux » principes qui fondaient la stratégie du changement social : grève générale, dictature du prolétariat, classe ouvrière fer de lance du changement,… L’esprit de chapelle et la « religion des certitudes » ont aussi joué leur rôle dans cette faillite.

L’extrême gauche est restée, et reste, ultra minoritaire (LO, NPA). Une frange a tout de même essayé récemment d’émerger sur le plan politique en adoptant, avec quelques « vieux chevaux de retour » de la politique (des noms ?), l’attitude de la classe politique traditionnelle : Front de Gauche. A Gauche, dans l’extrême gauche, dans la gauche radicale, la cacophonie aussi bien sur le plan théorique, que sur le plan stratégique rend inaudible tout discours anticapitaliste.  La place est donc libre pour autre chose.

 

LA FAUSSE RADICALITE FRONTISTE

 

C’est par défaut que naît la « radicalité » frontiste. En l’absence d’une analyse sérieuse et crédible des contradictions du capitalisme et d’une stratégie réaliste de changement social,… toutes les aventures sont possibles à partir du moment où l’on écarte toute explication logique et rationnelle et où l’on ne fait référence qu’à des impressions, des ressentis et des croyances. Balayant largement le champ des peurs, des mécontentements, des haines, des frustrations, des incompréhensions, les néofascistes d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, en Europe (le FN en France) bâtissent une stratégie d’accès au pouvoir qui utilise les croyances et les fantasmes tout en se coulant dans la tradition politique électoraliste. L’objectif n’est pas d’apporter des solutions aux problèmes, mais de faire croire que l’on a la solution et, en l’absence de toute autre explication et en dopant le discours par une bonne dose de démagogie,… petit à petit ça passe. Ainsi se construit une opposition soi-disant radicale qui progresse au fur et à mesure des situations mortifères créées par le capitalisme et l’enlisement des discours de la gauche radicale.

Le discours « antisystème » s’alimente en faisant « feu de tout bois »,…Ainsi la laïcité est appelée à la rescousse, côtoyant les catholiques intégristes ; la défense des salariés est évoquée alors qu’il n’y a aucun soutien aux luttes ; la référence aux valeurs de la République côtoie les pires propos racistes ; les références historiques sont des plus sommaires quand elles ne sont pas scandaleuses, … Plus le mensonge est gros, plus l’outrance est scandaleuse,… à l’heure de la médiatisation à outrance, ça fait le buzz, ça passe et on en parle,… ce qui est l’essentiel.

Il y a, à n’en pas douter, une part de « défoulement » politique dans le vote pour le néo-fascisme,…et ce d’autant plus que le système électoral, largement décevant, perd toujours plus de sa crédibilité. Le drame est qu’en l’absence d’autre alternative, ce défoulement se transforme en adhésion suivant la formule classique : « Essayons-les, on va bien voir de quoi ils sont capables ».  On sait où a mené ce raisonnement au 20e siècle… C’est pourtant le scénario qui est en passe de se dessiner en Europe, la crise aidant !

 

Voir arriver au pouvoir l’extrême droite n’est donc plus une hypothèse surréaliste mais un danger qui nous menace. Le dénoncer est certes utile et même indispensable, mais si ceci est nécessaire ce n’est certainement pas suffisant. Un projet de dépassement stratégique du capitalisme est nécessaire et urgent, projet qui saura faire la part des erreurs du passé et des expériences alternatives nouvelles qui se font jour…ce n’est pas dans le néo-fascisme qu’on le trouvera pas plus que dans la répétition des erreurs du passé…

 

18 juillet 2014

 

LA DERIVE DES DISCOURS "ANTI-SYSTEME"

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