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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

 (SPORT + COMPETITION) MARCHANDISE = DOPAGE

 

C’est la formule magique du sport dans une économie de marché. C’est cette formule qui devrait figurer sur le logo du Tour de France (et pas que de lui), épreuve « sportive » qui vient de nous donner depuis quelques années, l’exemple même de ce que donne la marchandisation du sport.

Le sport de compétition, en soi, est déjà source de toute une série de dérives, mais quand en plus, l’argent s’en mêle, le pire est à redouter.

UNE ÉCONOMIE POLITIQUE DU DOPAGE

La manière dont nous est présenté le dopage est souvent perverse. Moralisante, elle cache par cette pseudo moralité les vraies racines du mal. En effet, le problème du dopage nous est présente sur deux plans : le moral et la santé.

Sur le plan moral : « ce n’est pas bien de tricher ».

Sur le plan sanitaire : se doper présente des dangers pour la santé.

Tout cela est fort juste mais manque singulièrement de profondeur d’analyse car la vrai question est la suivante : comment se fait-il que des sportifs trichent et prennent autant de risque pour leur crédibilité et leur santé ?

La réponse simpliste serait de dire : pour gagner ! Soit, mais encore ?

C’est toute la structure de ce qui constitue, socialement et économiquement, le sport qui est génératrice de cette dérive qu’est le dopage.

La règle générale est la suivante et est très simple : je ne peux courir que si je suis sponsorisé, par une marque, pour être sponsorisé il faut que je gagne, pour gagner je me dope.

Autrement dit, la course n’a pas – plus- de valeur en elle-même. L’important n’est plus l’effort, pas plus que le temps, pas plus que les qualités du sportif, l’important est l’argent que l’on peut faire par la médiatisation et la publicité d’une marque.

Le discours des journalistes sportifs est un exemple parfait d’hypocrisie puisqu’ils s’acharnent à faire croire à une réalité qui est complètement réifiée et dont la véritable essence est la marchandise…. ce dont ils se gardent bien de parler et de dénoncer, se rendant ainsi complice de la mystification. Louer l’effort d’un concurrent, saluer une victoire c’est en fait applaudir un système pervers de détournement, c’est cautionner ce sur quoi se fonde la victoire, le dopage, donc la triche.

Le sport est alors totalement instrumentalisé, a perdu son sens originel, n’est plus que le support d’un domaine du système marchand, d’un domaine qui a été complètement phagocyté par la logique marchande.

Le sport, l’effort n’est que le support physique de l’argent.

L’IMPOSSIBLE SOLUTION

C’est un cercle vicieux auquel on peut difficilement échapper.

En effet, même le coureur honnête ne peut pas ne pas se doper parce que, s’il ne le fait pas, il est de fait hors jeu, ne respectant pas la loi, non dite, qui fait qu’il faille se doper pour sportivement et donc économiquement exister.

De même, imaginons un sponsor qui refuse le dopage, ses coureurs ne feront jamais le « haut de l’affiche », hors, s’il sponsorise c’est pour être connu… et il ne peut l’être que si ses coureurs existent, gagnent, donc… se dopent….

On peut comparer, au niveau du principe, le problème du dopage à celui de l’utilisation des engrais et des pesticides.

Le paysan qui n’utilise pas d’engrais voit sa productivité être inférieure à celle de ses concurrents. De même que celui qui n’utilise pas de pesticides dans un environnement saturé de ces produits verra ses récoltes attaquées par les insectes.

Dans les deux cas on est poussé à l’utilisation de tels produits par la logique même du système.

La solution au problème du dopage est donc beaucoup plus complexe qu’une question de répression qui ne règle rien et n’a jusqu’à présent rien réglé.

Tant que le Tour de France, et toutes les manifestations sportives, fonctionneront sur le principe marchand, le dopage règnera en maître.

Le problème c’est que le Tour de France et maintes manifestations sportives, jusqu’aux Jeux Olympiques sont complètement soumises à la logique de la marchandise.

Peut-on « démarchandiser » ce type de manifestation ?

C’est peu probable. Trop d’intérêts commerciaux, financiers et politiques sont en jeux. Le sport faire désormais partie intégrante du système.

Il faut, bien entendu, ajouter à cet édifiant tableau, le rôle idéologique que joue le sport dans notre société. Véritable entreprise d’abrutissement massif, exutoire de la grogne sociale, instrument de dérivation des colères. Il permet de dévoyer les énergies subversives vers le nationalisme, le chauvinisme,… aboutissant souvent au racisme et à la haine de l’autre.

La solution dépasse donc la simple question du sport mais pose un vrai problème politique et social. Tant que des naïfs applaudiront bêtement des individus drogués transformés en pharmacie ambulante, la grande boucle continuera avec ses scandales… Si tout le monde s’en désintéresse, le Tour de France, et autres manifestations sportives, n’auront plus d’intérêt pour les sponsors… alors, mais alors seulement, on pourra imaginer un autre type d’épreuve.

Avant d’en arriver là il faudra bien d’autres changements dans notre société décadente.

Patrick MIGNARD
29 Juin 2008

 

 

Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

LA PREUVE PAR L'EUROPE

Si le résultat du référendum irlandais a provoqué une réaction affectivo naïve d’une incroyable ampleur de la part des partisans du NON, la défaite du OUI n’a pas surpris les eurocrates et les politiciens, pas plus qu’elle ne les a affectés… ceux-ci sachant que le résultat n’a fondamentalement aucune importance.

Nous sommes aujourd’hui, concernant l’Europe dans cette situation paradoxale où les « battus » sont sûrs de parvenir à leurs fins, alors que les « gagnants » sont systématiquement et concrètement battus.

LA VICTOIRE DU « NON » MONTRE QUOI ?

Pas grand-chose en vérité que l’on ne sait déjà et que l’on est incapable de dépasser, à savoir

- l’Europe marchande qui se construit n’a rien à voir avec l’intérêt des peuples, mais n’est que l’expression d’une nouvelle phase de développement de la valorisation du capital,
- les peuples ont peur de cette Europe et les dirigeants, devant l’impuissance de ceux-là, ont les moyens de n’en tenir aucun compte.

Une fois que l’on a dit ça, et c’est important de le dire, reste l’essentiel. Que faire ?

Or la réponse à ce « que faire ? » est, aujourd’hui, dans le camp de la classe politique et d’elle seule, qui sait « quoi faire » pour ne tenir aucun compte des consultations électorales et constituer la construction de « son » Europe comme bon lui semble. L’expérience du NON français et du NON néerlandais auraient du nous avertir.

Les cris de victoire de celles et ceux qui au soir du référendum irlandais, comme ce fut le cas lors de la victoire du NON en France, ont salué quoi ? La détermination du peuple irlandais ? Allons donc ! Ne rêvons pas ! En guise de détermination il n’y a qu’incrédulité par rapport à un document illisible par le citoyen moyen, une crainte fondée sur les clairs obscurs (et d’ailleurs plus obscurs que clairs) de la construction de l’Europe marchande, parfois même, une repli nationaliste qui n’est pas, il faut bien l’avouer, un signe de progressisme et encore moins une ouverture vers une alternative.

La victoire du NON irlandais, comme la victoire du NON français et hollandais n’est en fait pas une victoire, mais l’expression d’une crainte impuissante par rapport à un mécanisme sur lequel nous n’avons aucune prise et à l’égard duquel nous n’avons aucune stratégie alternative..

Les fondements de cette pseudo victoire augurent mal d’une dynamique de construction d’une Europe alternative qu’aucune organisation porteuse du NON n’est capable de définir et surtout de traduire en un mouvement stratégique.

Les eurocrates et politiciens ont alors beau jeu, et ils ne s’en privent pas, de passer outre cette consultation qui certes les désavoue mais démontre incapacité à mobiliser sur un projet concret et cohérent.

Il faut bien reconnaître que seul le projet de ceux-ci est cohérent : valoriser le capital européen dans les conditions optimales et soumettre les peuples à cet impératif.

Les propos des eurocrates et politiciens est d’ailleurs très clair : quelque soient les résultats de consultations populaire, l’Europe (entendez l’Europe marchande) se construira.

CONSCIENCE COLLECTIVE ET IMPÉRATIFS ÉCONOMIQUES

Réduire donc, ce qui serait une « prise de conscience » au résultat d’un référendum « gagné » sur l’Europe, aussi bien en Irlande, qu’en France ou partout ailleurs, c’est prendre naïvement ses désirs pour la réalité.

En effet, le vote NON est plus basé sur une crainte que sur un refus offensive, ceci est si vrai, que les tenant du OUI savent très bien qu’ils ne sont pas désarmés et qu’il arriveront de toute manière à leurs fins en détournant la consultation (voir le cas de la France), et qu’il n’y aura aucune réaction populaire hostile à ce véritable déni du processus démocratique.

Le système marchand, du fait de ses impératifs économiques fait fi des considérations d’ordre démocratique… il assure en la circonstance le minimum, s’octroyant le droit de transgresser les règles qu’il a lui même instaurées.

Les intérêts économiques, du capital, en jeu dépassent largement les intérêts des peuples,… et le système marchand a toujours montré qu’entre les deux, il n’avait aucune hésitation. Nous sommes entrain, une fois encore, d’en faire l’expérience.

Il est bien évident que toutes les consultations populaires sur la construction européenne lorsqu’elles seront défavorables, passeront toutes à la trappe. D’ailleurs, la classe politique ne s’en cache pas et en toute lucidité et courage l’affirme avec une conviction qui n’a d’égal que l’impuissance politique de celles et ceux qu’elle bafoue.

Les craintes angoisses et hésitations des peuples ne sont d’aucun poids – ce qui a toujours été le cas - face aux intérêts du capital,… avec une différences aujourd’hui, c’est que ce dernier n’a plus de marge de manœuvres – dans le cadre de la mondialisation – pour s’acheter la paix sociale. Il passe donc en force pour s’imposer… et ça marche !

Pleurnicher comme le font certains (ATTAC en particulier), auprès des instances européennes pour que la « volonté populaire soit respectée », est particulièrement dérisoires et montre bien le niveau auquel nous sommes tombés.

C’est croire, et beaucoup le croient, que la légitimité populaire serait le moteur des prises de décisions dans le capitalisme.

C’est croire qu’à la suite des désaveux populaires successifs, les instances européennes sont prêtes à « organiser un grand débat public ».

C’est quémander le respect d’un droit qui est, en toute conscience, délibérément et systématiquement violé par les tenants du pouvoir économique.

Bref, c’est croire comme les idéologues officiels nous le rabâchent qu’il existe une « démocratie » qui serait indépendante des intérêts du capital et ferait dépendre ceux-ci de sa volonté.

Le modèle « démocratique » qui a été le notre jusqu’à aujourd’hui est entrain de voler en éclats, ébranlé par les contradictions de moins en moins maîtrisables d’un système marchand en décadence. Il ne peut que se renier sur les valeurs qu’il proclame et qui apparaissent de plus en plus aujourd’hui comme des miroirs aux alouettes pour tromper et faire patienter les peuples.

Les méandres du « fonctionnement démocratique » de notre société ne sont plus que des chausses trappes dans lesquelles tombent les naïfs.

L’impératif n’est plus à rafistoler un système qui se délite mais à prendre des initiatives pour lui assurer une alternative.

L’Europe qui est en marche, de même que le monde qui est en marche, n’est pas la notre, c’est celle du capital. Les discours larmoyants sur la solidarité des peuples européens cache de plus en plus mal les véritables intentions des politiciens de tous poils au services des puissances économiques et financières.

L’Europe est désormais devenue le symbole des dérives antidémocratique du système marchand, de la détermination totale de ses gestionnaires de passer outre l’intérêt des peuples et de l’impuissance de ces derniers.

Il nous appartient désormais de changer la donne.

Patrick MIGNARD
21 Juin 2008

Voir aussi :
« MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »
« LA « DÉMOCRATIE » CONTRE LA DÉMOCRATIE »
« LETTRE OUVERTE A CELLES ET CEUX QUI VONT VOTER « NON » »

 

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Libéralisme et/ou néo fascisme ?

Il ne s’agit pas ici de « crier au loup » et de déterrer hâtivement de vieilles peurs qui pourraient couvrir une volonté de sensationnalisme politique.

À trop fermer les yeux, on finit cependant par ne plus rien voir et quand on les rouvre la surprise est amère, et comme on dit, avec un zeste de regret, « il est trop tard ».

L’autoritarisme ambiant qui s’exprime aussi bien sur le plan judiciaire qu’à propos des mouvements sociaux apparaît comme contradictoire avec le « discours libéral ». Pourtant les deux vont tout à fait de pair.

PEUT-ON PARLER D’UN RISQUE NÉOFASCISTE ?

Des précautions sont à prendre pour répondre à une telle question. Ces dernières doivent se fonder sur deux choses :

- une analyse lucide de l’Histoire,
- une analyse lucide de la situation présente.

Il est évident que l’Histoire ne se reproduit pas, ne serait ce que parce que les situations et conditions ne sont jamais les mêmes. Donc, toute assimilation d’une période avec une autre est erronée, même si des similitudes existent. C’est ce qui explique, on le comprendra, qu’il faille utiliser le terme de fascisme avec la plus extrême prudence.

Quelles sont, brièvement, les caractéristiques essentielles du fascisme :

- un pouvoir fort
- un populisme outrancier,
- la négation des conflits sociaux et une brutalité dans leur gestion.

Ces caractéristiques, nous les retrouvons aujourd’hui, à différents degrés, dans les « démocraties ». Dire cela n’est pas céder à un fantasme ou à un délire de persécution, mais correspond à une réalité que chacune et chacun d’entre nous ressent confusément.

- le pouvoir fort : la tendance est non seulement à la présidentialisation du pouvoir, mais aussi à un véritable verrouillage de ce même pouvoir par des partis gestionnaires du système - la situation politique est de fait bloquée ;
- un populisme outrancier : pas besoin de longs discours : démagogie, promesses, arrosage corporatiste pour calmer la grogne,…
- négation des conflits sociaux et brutalité de la répression : il y a un impératif qui est le marché, une « rationalité économique » incontournable et l’État se doit de la faire respecter.

L’hystérie de la confiance aveugle dans le marché à pris la place du délire nationaliste qui a caractérisé les fascismes du 20e siècle.

L’État, quoi qu’étant le défenseur des intérêts des possédants, pouvait dans une certaine mesure, influer, dans le cadre de ses frontières sur le fonctionnement économique du territoire économique qu’il représentait. Ceci n’est actuellement plus possible du tout. L’État national s’est dessaisi volontairement de quasiment toute prérogative dans le domaine économique : déréglementation, dénationalisations, libéralisation à outrance de tous les secteurs économiques.

Désormais la régulation économique ne se fait que par les mécanismes de marché et la régulation sociale ne peut se faire que par la violence.
C’est ce qui explique la montée de l’autoritarisme étatique.

Alors que sous le fascisme, l’individu était la chose de l’État, dans le libéralisme, l’individu est devenu la chose du marché.

Mais dans tous les cas, le concept de « citoyen » est vidé de tout son sens. Seuls les mots, dans la logorrhée « démocratique » soutiennent l’idéologie chancelante d’une réalité républicaine qui ne correspond plus qu’aux intérêts du Capital.

LA DÉMOCRATIE EST-ELLE EN DANGER ?

Le système marchand n’a jamais été démocratique. Fondé sur un principe d’exploitation et d’inégalité il a montré un visage « démocratique » tant qu’il a pu se payer la « paix sociale ».

Il n’a pas pu dans deux cas :

- après la crise de 1929 et avec le péril, pour lui, « communiste », ce qui a donné le fascisme ou plutôt, « les » fascismes ;
- aujourd’hui la déliquescence du lien social, des solidarités, de l’intégration salariale, de la qualité de la vie à tous les niveaux accroît les tensions qu’aucune mesure ne peut apaiser.

Quand le pouvoir dit qu’il veut des « syndicats forts et respectés », il est tout à fait cohérent. En effet il faut entendre par là une véritable police des salariés qui fasse respecter les règles du système et étouffe de fait toute revendication sociale. On retrouve ainsi le rôle des « syndicats » qui a été le leur sous les régimes fascistes. Mais présenté de cette manière, il y a là un double discours qui peut faire, et fait, illusion.

Cette intégration politico-syndicale est d’autant plus urgente que la révolte gronde et qu’il n’y a plus les moyens financiers de la faire taire.

L’État gendarme a remplacé l’Etat providence.

L’autoritarisme fleuri sur la pourriture de tout système en décadence. Or, ce système est décadent – incapacité d’assurer la paix sociale, aggravation des inégalités, liquidation de tous les « acquis » des salariés….

Le libéralisme fait entrer ce système marchand dans une logique mortifère qui dévoile entièrement ce qu’il est en réalité, un système inégalitaire fondé sur le pouvoir de fait d’une minorité qui impose sa loi au reste du monde.

La démocratie, même frelatée, est un luxe que peut se payer de moins en moins le système marchand.

Ces inégalités et ces injustices que nous subissons aujourd’hui, ont été le pain quotidien des pays que nous avons, à une époque colonisé, et qui permettait notre « opulence ». Aujourd’hui nous retombons peu à peu dans l’état où nous les avons mis : pauvreté, inégalité, exclusion, disparition des protections sociales, dérégulation,….

On ne peut donc pas crier au fascisme au sens de la reproduction d’un modèle politique qui appartient au passé, et en ce sens n’est pas reproductible. Pourtant, le libéralisme, dans la phase mondialisée du système marchand ne peut produire qu’un autoritarisme pour permettre à ce système de se perpétuer.

Au 20e siècle la guerre et le fascisme ont sauvé le capitalisme de la décadence… que va-t-il se passer au 21e siècle ? La réponse dépend de nous.

Patrick MIGNARD
 15 Juin 2008

Voir aussi :
« DÉCADENCE »
« MARCHANDISE : RETOUR AUX FONDAMENTAUX »

 

 

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LA REVOLTE... ET APRES ?

Devant l’agression sans précédent contre les conditions de vie, de travail, la protection sociale,… une colère sourde gronde de plus en plus… jusqu’à présent en vain.

Les organisations politiques et syndicales classiques sont incapables d’offrir une issue à cette crise, nous en avons aujourd’hui la preuve tangible. Pire le système en place fait, au travers de son système électoral, et des manipulations de pseudo dialogue, qu’il peut que reproduire sans problème, avec la complicité d’une légitimité populaire.

LES LIMITES DE L’ESPRIT DE RÉVOLTE

L’esprit de révolte a quelque chose d’enivrant, de grisant, en ce sens qu’il est à la fois l’expression d’un sentiment profond, individuel et collectif et qu’il donne l’illusion que tout est possible pour faire cesser la contrainte, l’injustice, l’inacceptable.

Cet esprit de révolte a une autre dimension non négligeable, il est un incessant rappel à des heures passées, glorieuses et qui furent pleine de promesses : les révoltes ouvrières, la Résistance, Mai 68,… Par lui l’Histoire nous pousse en avant, en nous incitant à un mimétisme troublant et artificiel, aussi bien celles et ceux qui ont vécu ces moments que celles et ceux qui les ont intégré dans leur conscience comme une sorte de mythes.

La force de la révolte c’est qu’elle est fondée, ancrée dans le vécu… et fait rêver.

C’est probablement cette prégnance objective qui fonde l’esprit de révolte qui est à l’origine de tous les dérapages en matière de pratique politique.

Autrement dit, ce n’est pas parce que la cause est juste et que la révolte est logique que la victoire est certaine et que les objectifs de libération seront atteints. Toute l’Histoire, de Spartacus au mouvement ouvrier, en passant par les révoltes paysannes dans l’Europe du Moyen Age et la Commune de Paris, en est la plus évidente confirmation.

Cette évidence historique nous l’avons complètement oublié et nous ne nous en tenons qu’à l’aspect héroïque, voire symbolique, de ces épisodes. Tentant naïvement de reproduire les exploits de héros mythiques qui, s’ils n’en ont pas moins défendu des causes justes, n’en ont pas moins non plus été vaincus.

Aujourd’hui, cette révolte ne s’exprime que de manière corporatiste, symbolique, par des manifestations ridicules de naïveté et d’inutilité.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui ce n’est pas d’épopées héroïques, de héros charismatiques, voire de martyres,… mais d’une stratégie efficace qui, en tenant compte des erreurs passées, nous assure la victoire, la vrai, celle qui reste.

LES PIÈGES DE LA RÉVOLTE

La révolte n’est pas une stratégie et si elle est, ce qui est incontestable, l’expression d’une conscience, d’une intelligence immédiate de la réalité, elle ne fonde absolument pas la manière d’agir en vue de la transformation de cette réalité. La révolte est aussi « courte » dans ses projections dans le futur que spontanée dans l’expression d’un sentiment… et, chose que l’on a totalement oubliée, l’accumulation d’un potentiel de sentiment de révolte ne fait pas du tout une stratégie de changement.

Si l’esprit de révolte est nécessaire comme expression d’un refus et prise de conscience, il est tout à fait insuffisant pour faire que l’action menée à ce moment là soit, stratégiquement, une lame de fond du changement social. Les exemples sont multiples d’une explosion sociale,… sans lendemain.

La puissance, conjoncturelle, généralement temporelle, d’un mouvement de révolte trompe sur sa capacité à changer structurellement la situation qui l’a provoqué. On croit lire dans la révolte, au-delà de la volonté, l’esquisse d’un monde nouveau… ce qui est absolument faux… l’Histoire nous le prouve.

Lorsque cette révolte prend même une allure insurrectionnelle, rien ne dit que le processus de transformation sociale est enclenché. L’Histoire du 20e siècle nous a largement montré comment des révoltes habilement menées au point de s’emparer même du pouvoir – et croyant, à tort se transformer en révolutions - ont totalement dégénéré dans le contraire de ce qu’elles prévoyaient et ont disparu, elles et leurs réalisations, au bout de quelques décennies.

Aujourd’hui, la même vision aberrante, mais dans la version « légaliste » anime les « leaders médiatico- charismatiques montés comme des blancs d’œuf par les médias » de la transformation sociale. Surfant sur les mécontentements, ils essayent de les rassembler en vue de se faire élire… on sait ce que cela donne.

Donner à croire en un fondement stratégique de la révolte c’est s’engouffrer dans une impasse.

Le pouvoir, tous les pouvoirs ont toujours su assurer leur pérennité. Ils ont toujours trouvé des mercenaires surarmés, brutes payées, prêtes à toutes les infamies pour assurer leur ordre, déterminés à utiliser la violence, toujours présentée comme légitime, pour garantir leur domination. Ils ont toujours su sécréter une idéologie mystificatrice qui trouvait toutes les bonnes raisons du monde pour justifier l’ordre établi. Le peuple, même armé, n’est même pas sûr de la victoire,… encore moins armé de bulletins de vote.

La révolte se termine généralement dans le sang des révoltés.

Pousser à la colère, à la révolte, sans stratégie correcte, c’est-à-dire allant dans le sens d’une dynamique de changement de rapports sociaux, et non se limitant, comme c’est généralement le cas, à un simple coup d’Etat militaire ou coup d’éclat électoral, c’est se condamner à ne rien changer.

AU DELA DE LA RÉVOLTE

Il n’y a rien de possible au-delà de la révolte si celle-ci n’est que l’expression spontanée d’un simple refus. Ce n’est pas parce que l’on est, et même nombreux, contre un état de fait que l’on a forcément la solution de son dépassement, et même si l’on en a une vision idéalisée – ce qu’ont eu la plupart des « révolutionnaires » au 20e siècle – cela ne veut pas dire que le changement est possible et viable.

Tout en prenant l’esprit de révolte pour ce qu’il est – le refus et la prise de conscience – il faut tout de même se garder de ne pas lui faire dire plus que ce qu’il signifie et espérer de lui plus qu’il ne peut apporter. Cette attitude est complètement ignorée aujourd’hui par les pseudo théoriciens du changement social qui prennent leurs désirs – du moins pour celles et ceux qui sont politiquement honnêtes - pour la réalité.

L’au-delà de la révolte, en dehors de son échec source de frustration, ne peut être que la prise en main collective d’un nouveau type de relations sociales. Or, et l’Histoire nous le rappelle constamment, celles-ci ne sont pas d’une génération spontanée…. C’est d’un aventurisme suicidaire que de le croire.

L’histoire des changements sociaux n’est que l’Histoire d’une évolution de nouveaux rapports sociaux qui minent peu à peu le système dominant. Toute expérience qui a fait l’hypothèse que l’on pouvait faire table rase sans rien avoir construit, prévu, s’est terminée dans le drame. Des exemples ?

La « pureté » naïve et le caractère prémonitoire des discours radicaux aujourd’hui, n’a d’égal que le vide des perspectives qu’ils offrent… ce qui explique leur stagnation en tant que référence politique.

C’est donc à cette révision fondamentale de notre conception, vision des changements sociaux à laquelle nous devons nous atteler au lieu de trépigner d’impatience devant ce système qui nous conduit à la catastrophe et vis-à-vis duquel nous ne savons pas quoi faire de concret.

Patrick MIGNARD
8 Juin 2008

Voir aussi :
« MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

 

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ILS N’ONT RIEN LACHE !

Et ils ne lâcheront plus rien !

Sans vouloir « lire dans le marc de café » ou faire de la prédiction à bon marché, on peut en effet conclure, au vu des évènements et de la situation nationale et internationale qu’on est dans une impasse….

La stratégie de luttes sociales adoptées par les organisations syndicales et politiques est totalement obsolète et inefficace et vient une fois encore de le démontrer. C’est une capitulation sur toute la ligne, malgré une soit disante « suspension de l’ action », et la victoire incontestable des libéraux qui sont désormais sûrs qu’ils feront passer toutes leurs mesures.

Pourquoi en sommes nous là et que faire ?

L’AUTISME POLITIQUE ET SYNDICAL

Il n’est pas pensable d’imaginer un seul instant que les organisations syndicales ne pouvaient pas se douter que les actions initiées par elles, grève symbolique et sempiternelles manifestations « de masse », ne serviraient à rien. Pourtant, elles n’ont pas hésité à essayer et à entraîner dans cette aventure sans lendemains des centaines de milliers de salariés, de lycéens et de retraites sur des questions essentielles telles que les conditions de vie et les retraites.

Après avoir organisé la triste fête de la « démonstration de masse », elles laissent les lycéens devant leurs examens, les retraités devant leurs maigres pensions et les salariés devant la perspective d’une durée de vie active insupportable. Et pour couronner le tout, à l’unisson, elles proclament qu’elles sont « particulièrement satisfaites de la mobilisation et de la démonstration ». Mais de qui se moque-t-on ?

L’obstination et l’aveuglement inouïs des militants complète la misère théorique des organisations syndicales et politiques qu’ils cautionnent benoîtement. Ainsi, ces dernières verrouillent aujourd’hui toute possibilité d’avancer vers un changement social.

Les structures politiques et syndicales ont traité et traitent leurs militants exactement comme l’Etat traite le citoyen, en objet utilitaire pour justifier, au nom de ses soit disants intérêts, un système bureaucratique dont ne profitent que quelques uns…. Demandez aux dirigeants de retourner à la base ! Voyez ce que deviennent petit à petit les dirigeants politiques qui disent être à la base !....

Tant que cette situation de bureaucratie politique et syndicale était en adéquation avec une situation sociale et économique « supportable »… progression du pouvoir d’achat, amélioration de la protection sociale, abaissement de l’âge de la retraite, plein emploi,…. le scandale n’était pas criant et les incompétences peu voyantes. Aujourd’hui ce n’est plus le cas… socialement on n’avance plus, on régresse même, et l’avenir est sombre.

L’AUTOROUTE PATRONAL

Dans ces conditions, le patronat, qu’il soit français ou autre, assoiffé de profits, de réduction de coûts, de déréglementation va encore plus instrumentaliser les salariés qui trouveront, voire quémanderont, un travail pour vivre. Salariés qui n’ont plus le moindre instrument efficace de résistance aux agressions des possesseurs du Capital.

Salariés atomisés, livrés pieds et poings liés à un patronat/actionnariat tout puissant qui n’hésite plus à les considérer, sans crainte aucune, comme soumis à ses intérêts.

Après les chemins escarpés d’une contestation sociale qui savait et pouvait arracher des concessions aux profiteurs des richesses produites, c’est aujourd’hui, par notre capitulation et notre incapacité à concevoir une stratégie cohérente de changement social,… une véritable autoroute que nous offrons aux actionnaires du capital.

A lieu de réfléchir à nos erreurs et à envisager la suite, les leaders politiques préparent des congrès, élaborent de nouvelles structures de partis pour faire quoi ? Mobiliser ? Mais en vu de quoi ? Ne cherchez pas,… ils ne le disent pas, mais en vue tout simplement des prochaines échéances électorales. J’exagère ? On prend le pari pour dans quelques mois.

Certains diront, en vue d’une unité, d’une mobilisation, d’un rassemblement populaire… mais concrètement ça veut dire quoi ?

Si c’est se mobiliser comme on le fait depuis quelques années, avec à la clé l’échec de la mobilisation,… ça sert à quoi ?

Si c’est pour faire des actions de démonstration, même de masse, purement spectaculaires et télégéniques,… ça sert à quoi ?

Si c’est pour organiser des manifestations « thérapeutiques », pour exprimer son « ras le bol » et exorciser ses angoisses,… ça sert à quoi ?

Tout cela n’est que des mots destiné à donner l’illusion de la puissance, alimenter l’espoir,… à défaut de trouver une issue.

Le discours purement incantatoire a pris le pas sur l’action. Le drame de l’impuissance collective va se transformer, et se transforme déjà, en « sauve qui peut » individualiste, au grand bonheur du patronat qui n’a déjà plus face à lui une force déterminée et cohérente, mais au contraire une multitude de demandeurs d’emploi près à toutes les compromissions, les capitulations, pour assurer leur subsistance. Le contrat de travail va être, par la déréglementation, individualisé… ce qui va faire évidemment chuter les salaires, la protection sociale individualisée… seuls les riches pourront se soigner, les retraites individualisées par la généralisation de la capitalisation, etc…

Face à cela que vont proposer les politiciens et les syndicats, des manifestations ? des pétitions ? une grève de 24 heures ? des candidats pour les prochaines élections ?

UN AVENIR INCERTAIN

Le désastre politique et social, pour ne parler que d’eux est à notre porte et certains s’amusent à construire, une fois encore, des structures organisationnelles dont nous avons vu depuis un siècle et demi l’inefficacité, à défiler dans l’indifférence de ceux à qui nous nous adressons et à se pavaner dans des médias qui n’ont pour unique mission que de préserver ce système mortifère.

Ce n’est plus une défaite que nous subissons au moment de chaque luttes, mais une capitulation en règle, qui, devant l’aggravation de la situation économique et sociale va se transformer en déroute voire en panique générale.

Contrairement aux fantasmes des organisations politiques et syndicales, qui voient une « force populaire monter », nous assistons en fait à un véritable délitement de l’action collective, de l’action de « résistance ».

La capitulation en ce mois de mai 2008 ( juin ne va voir que de dérisoires répliques du mouvement ) des « leaders autoproclamés » de la contestation sociale cache en fait une véritable faillite politique – celle d’une stratégie obsolète, totalement inadaptée aux exigences de la période.

La soit disante « suspension » du mouvement de contestation sociale, n’est que le cache misère d’une honteuse débâcle,… Qui peut croire en une renaissance du mouvement actuel avec les dirigeants actuels, sur des bases nouvelles, lors de la rentrée de septembre. ?

Les gestionnaires du système savent désormais à qui ils ont à faire et les marges de manœuvres des « contestataires »,… Ils vont arroser financièrement les plus belliqueux : paysans, pêcheurs, routiers, ambulanciers, taxis,… et passer les autres par « pertes et profits », perdre les autres dans des procédures et propositions dans lesquelles plus personnes ne comprend rien… pour finalement en arriver à leurs fins.

L’aggravation de la situation internationale – émeutes de la faim, déclin du pétrole, dérèglement climatique – purs produits d’une système marchand mortifère, sans aucune opposition, à fortiori alternative, sérieuse, va continuer à nous faire courir le risque d’une régression à l’échelle planétaire.

Les « leaders » politiques et autres vedettes médiatiques de tous poils vont, comme si de rien n’était, manœuvrer, intriguer pour le seul objectif qu’ils peuvent imaginer : préparer les prochaines élections européennes. D’ailleurs les manœuvres, dans tous les camps, ont déjà commencé.

Les luttes sociales seront désormais attelées à cette contrainte. En l’absence de toute remise en question de notre part de cette problématique politicienne et électorale, les gestionnaires et actionnaires du capital, n’ont pas trop de soucis à se faire… Ils viennent une fois encore d’en avoir la preuve.

Patrick MIGNARD
2 juin 2008

Voir aussi :
« ILS NE CEDERONT PLUS RIEN »
« LA DERNIERE ILLUSION »
« QU’EST CE QUE CONSTRUIRE UNE ALTERNATIVE ? » (1) (2) (3) (4)

 

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