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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

LE TROISIEME AGE DU SYNDICALISME

Même si elles remportent encore quelques timides victoires, même si elles peuvent représenter une garantie contre l’arbitraire patronal et donner l’impression de la force, rien n’y fait, la suspicion est de plus en plus importante à l’égard des organisations syndicales. Que ce soit en France ou dans le reste de l’Europe, ces organisations qui ont fait les beaux jours de la contestation sociale, semblent touchées par un mal mystérieux...

La condamnation brutale et sans appel du syndicalisme est aussi absurde et inefficace que la défense sectaire et inconditionnelle de ces organisations. Il s’agit de comprendre ce qu’il se passe. Pourquoi les syndicats ne jouent plus leur rôle ? Pourquoi ne leur fait-on plus confiance comme autrefois ? Quel rôle peuvent-ils véritablement jouer aujourd’hui dans les conflits sociaux.

Pour bien comprendre où nous en sommes aujourd’hui il faut revenir à des définitions élémentaires.

LES TROIS PERIODES DU SYNDICALISME

Au cours de l’Histoire du système marchand, le syndicalisme n’est pas demeuré identique à lui-même, il a suivi l’évolution du système, s’y est adapté et a fini par être en décalage avec lui.

1er période - celle de la révolution de industrielle, essentiellement au 19e siècle. La loi Le Chapelier (1791) abolit les corporations pour que l’industrie naissante dispose d’un marché de force de travail « libre ». Le droit d’association des salariés sera un rude combat qui aboutira à sa reconnaissance en 1884 avec la loi de Waldek Rousseau sur la « liberté des syndicats professionnels ». Le syndicat se définit comme l’ outil de défense des intérêts des salariés. « L’abolition du patronat et du salariat » de la Charte d’Amiens (1906) de la CGT restera un vœu pieux... et disparaîtra après 1968.

2e période- globalement, les trois premiers quarts du 20e siècle. Période de la « plénitude » du syndicalisme. Le syndicalisme est installé, institutionnalisé, reconnu. Il est un interlocuteur du patronat et de l’Etat. Il arrive à imposer un rapport de force qui aboutit à des victoires sociales importantes - salaires, protection sociale, retraites, temps de travail, congés payés : le système cède parce qu’économiquement il le peut et qu’il n’a pas le choix (hors des pays développés, point de salut) - il s’achète la paix et la stabilité sociales.

3e période - après 1975. La décolonisation ouvre la voie à la « mondialisation marchande ». La répartition du travail, l’éclatement des lieux de production crée des conditions nouvelles qui auraient du entraîner des révisions de stratégies de luttes... ce qui n’a pas était fait... le syndicalisme fonctionne, comme si de rien n’était, sur le même schéma. Il entre en crise.

MONDIALISATION ET SYNDICALISME

Si le syndicalisme n’a pas changé de principe et de modalités d’action, l’environnement économique et social s’est lui profondément transformé, modifiant par là même les conditions de l’activité syndicale.

- mondialisation des marchés et en particulier celui de la force de travail,
- éloignement et dilution des instances dirigeantes des entreprises,
- libéralisation de l’économie,
- relativisation des pouvoirs des états.

Droit dans ses bottes, ceint de l’auréole, méritée, des conquêtes sociales, le syndicalisme s’est accroché à des pratiques correspondantes à un monde qui a disparu.

Convaincu que ce qui était efficace hier l’était forcément aujourd’hui, au nom de la fidélité à son passé, il a peu à peu sombré dans l’impuissance. Il a entretenu le mythe de son efficacité en conservant une capacité démonstrative incontestable. Il n’a pas échappé lui non plus à l’illusion du spectacle de la force qui est l’apanage des grandes organisations qui n’ont pas évolué mais qui savent entretenir le souvenir d’un glorieux passé. L’illusion joue encore aujourd’hui...

La mondialisation marchande est entrain de le détruire mais il ne le sait pas encore.

SYNDICALISME : LE COMMENCEMENT DE LA FIN ?

Titre provocateur trouveront certains... mais il est vrai que l’interrogation en atténue le sens. Le doute subsiste.

Il y a, il faut le reconnaître, quelque chose de pathétique dans la défense du syndicalisme. Le syndicat a été l’arme essentielle du salarié contre son employeur. Il a été le moyen d’améliorer pour des générations les conditions de rémunérations, de travail, de protection sociale. Il a été le catalyseur d’une conscience collective contre l’exploitation. Aujourd’hui ses marges de manœuvres sont extrêmement réduites et ses méthodes, héritées du passé, peu convaincantes en terme d’efficacité. Pourtant les responsables syndicaux persistent et signent...

Cette attitude tout à fait conservatrice est bien sûr favorisée et entretenue par les bureaucraties syndicales qui jouent sur l’affect pour éviter et empêcher toute réflexion sur leurs pratiques (« Toute attaque du syndicat l’affaibli et fait donc le jeu du patronat... CQFD »). Elle est également, il faut bien le reconnaître, l’expression d’un appauvrissement, de la part des salariés, de l’esprit d’analyse et de critique de ce qu’est la réalité sociale : s’accrocher à des certitudes contre vents et marées donne l’illusion de la force et économise les efforts.

Ce comportement a pu, sans trop de dégâts, se maintenir durant les périodes de « vaches grasses » des trente glorieuses et même un peu après. Or, quand cette réalité change cette attitude laisse totalement démuni. La compréhension de la critique laisse vite la place à l’agressivité, surtout si cette critique est, ce qu’elle est aujourd’hui, largement fondée et corroborée par les faits.

Le syndicalisme souffre actuellement de deux mots de nature complètement différente mais qui s’ajoutent :

- la bureaucratisation - ce n’est pas un scoop et la maladie a été diagnostiquée depuis des décennies. Le syndicat n’est pas le seul à souffrir de ce mal. Toutes les institutions humaines en ont été, sont et en seront atteintes.
- un décalage de plus en plus grand entre la défense, toujours plus difficile du fait de la mondialisation, des acquis et la volonté farouche de déréglementation des gestionnaires du système marchand qui ont une stratégie mondiale (OMC).

La bureaucratisation consiste en une dérive de l’organisation qui s’installe dans une « contestation officielle », comprenant des professionnels du syndicalisme qui trouvent là matière à stabilité et promotion sociale. L’organisation devient une fin en soi.

Quant au décalage, l’exemple le plus significatif nous est fourni par le syndicalisme allemand. Syndicalisme de compromis, de dialogue, voire de cogestion, il ne peut plus assumer aujourd’hui la contradiction entre la défense des intérêts des salariés et les conditions imposées par le système : par exemple l’augmentation de la durée de travail avec blocage des rémunérations (voir l’article : « Marchandise : Le Retour aux Fondamentaux ») laisse le syndicat complètement impuissant et le met même en opposition avec les salariés qui, le couteau sur la gorge, acceptent l’inacceptable.

La bureaucratisation n’est pas un phénomène récent, mais elle a pu faire illusion tant qu’elle pouvait arracher des avantages professionnels et sociaux au système. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le système à de moins en moins de choses à négocier (voir l’article : « NEGOCIER ? ...MAIS NEGOCIER QUOI ? »). cette situation relativise donc considérablement la place et l’existence de la bureaucratie syndicale.

Le système ne voit cependant pas d’un très bon œil la disparition des syndicats. En effet, l’existence de telles structures, si elles « jouent le jeu », et elles ne peuvent plus, à terme, ne pas le jouer, permettent de faire passer les mesures impopulaires et maîtrisent la colère des salariés ; elles constituent un cadre à la contestation. Les syndicats aujourd’hui n’organisent-ils pas la réalisation des « plans sociaux », à défaut d’avoir le moindre impact pour défendre les emplois ? Et ils expliquent même « qu’il vaut mieux ça que rien ».

Des syndicats « responsables », « réalistes », est une aubaine pour le système qui peut ainsi mener à bien, avec un minimum de dégâts sociaux restructurations et délocalisations. C’est ce que le MEDEF appelle des « syndicats modernes ».

28 avril 2006                                                                               Patrick MIGNARD

Voir également l’article « ILS NE CEDERONT PLUS RIEN !... »

 

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L’ « HERESIE MARCHANDE »

 

La Patrie serait en danger qu’il n’y aurait pas autant de mobilisation, du moins du côté des industriels. La « contrefaçon », voilà l’ennemi…. Cet acte inqualifiable qui met en péril l’emploi (c’est que l’on dit), mais surtout les profits des grosses entreprises (ce que l’on dit moins)… est dénoncé par les libéraux (qui sont pour la libre concurrence et la déréglementation) avec la dernière des énergies.

Pourtant, se payer une marque au « moins coûtant », n’est ce pas une attitude tout à fait conforme au comportement de l’ « homo economicus », c'est-à-dire un comportement parfaitement rationnel, si cher aux libéraux ?

 
QUAND LA « MARQUE » TRANSCENDE LE BESOIN

 
La marque est devenue une fin en soi. Le consommateur n’achète plus, par exemple un « vêtement pour se vêtir », mais une marque. Ce n’est plus le besoin primaire qui s’exprime de manière privilégiée chez le consommateur, le « besoin de se vêtir » mais le fait de « porter un vêtement de marque ». On assiste à une déconnexion entre le besoin « réel » et la <signification sociale, le signe social de l’objet… le besoin de reconnaissance sociale devient le besoin… et c’est la marchandise qui en est le support.

 
Le caractère spectaculaire de la marchandise atteint là son point culminant au point de faire oublier, dans la conscience collective, ce qu’elle est en réalité : un moyen de satisfaire un besoin (valeur d’usage) et un moyen de valoriser le capital (valeur d’échange).

 
L’existence matérielle de la marchandise est transcendée par le signifiant social de son existence.

 
MARCHANDISE ET « ANTE-MARCHANDISE »

 
A l’image de l’Antéchrist qui nie le Père et le Fils, qui n’agit qu’en fonction de sa volonté et qui ne fait que porter le Mal, l’ «anté -marchandise», la contrefaçon, détourne les règles de l’existence sociale de la marchandise tout en en adoptant les caractéristiques à l’image du Malin qui change de forme pour tromper le fidèle.

 
Comme l’Antéchrist qui tente le croyant le détournant de la foi, elle tente le consommateur et le corrompt au regard de la loi.

 
La contrefaçon est vécue, par les producteurs, qui voient leurs productions, détournées, comme de l’hérésie. A ce titre leur existence est niée, la contrefaçon doit être détruite comme « économiquement impures ».

 
La marchandise c’est le statut social de la production : on produit pour une demande solvable afin de réaliser la valeur produite et ainsi rémunérer le capital investi dans le processus de production.

 
La contrefaçon, l’ « anté-marchandise » est à la marchandise ce que la fausse monnaie est à la monnaie. La fausse monnaie peut, en effet, permettre d’acheter, si elle n’est pas détectée. L’ « anté-marchandise », la contrefaçon, permet de satisfaire le besoin de reconnaissance sociale du consommateur. De même que le faux monnayeur sait que sa monnaie est fausse, l’utilisateur de la contrefaçon sait que c’est une imitation de la marque. Mais qu’est ce qu’une imitation de marque sinon une signe social recherché par le consommateur qui n’est pas passé par le circuit « normal » de la production.

 
Dans les deux cas, il y a, bien entendu, transgression de la règle sociale, pas de l’image sociale. Or tout est fait par le producteur pour piéger le consommateur par une vision fantasmatique de l’objet… et il s’étonne qu’il ne soit intéressé que par cette illusion ?

 
Et puis, comble de perversité, la contrefaçon se glisse dans les habits marketing de la marchandise, la publicité, en épouse les formes, en profitant de ses appâts, au point que la publicité faite pour valoriser la marchandise lui profite… le crime est presque parfait.

 
C’est cette vision fantasmatique qui est à l’origine du délit de production de la contre façon et qui crée le délit d’achat de celle-ci…

 
BUCHER ET PENITENCE

 Un tel crime de lèse marchandise mérite un châtiment exemplaire.

 

Dans l’acte de destruction des contrefaçons, que détruit-on exactement ?  On ne détruite pas la valeur d’usage, en effet ces marchandises contrefaites pourraient remplir leur fonction de satisfaction des besoins. On ne détruit pas la valeur d’échange, elles pourraient parfaitement circuler sur le marché et même à des conditions plus avantageuses pour le consommateur (moins chère). Non, ce que l’on détruit c’est, à la fois le signe social qu’elles représentent, ou plutôt qu’elles usurpent, et d’une certaine manière les conditions économiques de leur production. La marchandise contrefaite existe dans sa structure mais nie la marchandise dans son existence sociale et économique, révélant ainsi, s’il en était besoin, le caractère spectaculaire de la marchandise.

 
Cet acte de destruction est d’abord et essentiellement un spectacle, consciencieusement mis en scène auquel est convié la masse des consommateurs via les médias : un bulldozer pour écraser des montres, autant dire un marteau pilon pour écraser une mouche. Ce que l’on met en spectacle ce n’est pas la destruction de la marchandise, mais de l’ « anté-marchandise ». La violation, par la contrefaçon, du caractère spectaculaire de la marchandise doit être compensé par le spectacle de son anéantissement. Cette destruction, sa forme, le symbole, évoque le bûcher purificateur et expiatoire sur lequel finissait au Moyen Age les sorcières et les hérétiques et autour duquel étaient conviés les fidèles qui auraient pu être tentés par hérésie. L’anté-marchandise est immolée. Il y a quelque chose de religieux dans la solennité cet acte.

 
C’est acte de destruction a une signification bien particulière : il est un avertissement au fameux « client-roi » ou « consommateur-roi ». Cet acte dit en substance « Consommez, consommez, mais pas dans n’importe quelle condition, vos désirs, vos fantasmes ne sont pas les vôtres, ils ne vous appartiennent pas, ils appartiennent à ceux qui les ont crées ». Quel aveu !

 
Au nom de la liberté du consommateur, la destruction de la contrefaçon est la mise en spectacle de sa propre aliénation.

 
DU CLIENT-ROI »… AU CONSOMMATEUR SUSPECT

 
Que cherche le consommateur dans l’achat conscient de la contrefaçon ? Une manière d’être, une volonté de reconnaissance sociale au travers d’une « marchandise impure », qu’il sait économiquement « impure », mais « peu importe le flacon pourvu qu’on ai l’ivresse ». Mais dans le système marchand tout est tarifé, y compris l’ivresse et le rêve.

 
La transgression de l’interdit est d’autant plus jouissive qu’elle joint l’utile à l’agréable. Elle permet, en effet, de profiter de la même « reconnaissance sociale » au travers de la possession de l’objet, que celle fournie par la marchandise « officielle », mais à un prix nettement inférieur. La tentation est grande et beaucoup y cèdent.

 
On comprend difficilement, ou trop bien, pourquoi des « libéraux » peuvent condamner une telle attitude qui est parfaitement conforme aux comportements rationnels du consommateur idéal qu’ils louent dans leurs théories.

 
Le châtiment, car il ne saurait ne pas y avoir de sanction, c’est outre la condamnation judiciaire, la détention d’objets contrefaits, la culpabilisation morale « vous participez à la destruction d’emplois ». Cette culpabilisation ne manque pas de sel de la part d’un système qui ne se préoccupe de la « destruction d’emplois » qu’à cette occasion !

De même qu’ils arguent d’une « qualité douteuse » des marchandises contrefaites. C’est certes vrai dans certains cas, mais est-ce la vraie raison de leur colère ? Et puis le consommateur n’a-t-il pas le droit de choisir, eux qui font de ce droit la clé de leur théorie de la consommation ? Et comment se fait-il que c’est justement dans ce cas qu’ils se préoccupent de qualité alors qu’ils rognent systématiquement sur la qualité pour réduire les coûts ?

 
La pression faite sur le consommateur pour acheter, sa manipulation par la publicité, son excitation par les modes ont crée une spirale incontrôlable par celles et ceux qui en sont à l’origine.

 
Alors, client roi ? Non, consommateur sous contrôle.

 
La condamnation de la contrefaçon par le système marchand c’est le pyromane qui crie au feu.

 

L’ « HERESIE MARCHANDE »

 

La Patrie serait en danger qu’il n’y aurait pas autant de mobilisation, du moins du côté des industriels. La « contrefaçon », voilà l’ennemi…. Cet acte inqualifiable qui met en péril l’emploi (c’est que l’on dit), mais surtout les profits des grosses entreprises (ce que l’on dit moins)… est dénoncé par les libéraux (qui sont pour la libre concurrence et la déréglementation) avec la dernière des énergies.

Pourtant, se payer une marque au « moins coûtant », n’est ce pas une attitude tout à fait conforme au comportement de l’ « homo economicus », c'est-à-dire un comportement parfaitement rationnel, si cher aux libéraux ?

 
QUAND LA « MARQUE » TRANSCENDE LE BESOIN

 
La marque est devenue une fin en soi. Le consommateur n’achète plus, par exemple un « vêtement pour se vêtir », mais une marque. Ce n’est plus le besoin primaire qui s’exprime de manière privilégiée chez le consommateur, le « besoin de se vêtir » mais le fait de « porter un vêtement de marque ». On assiste à une déconnexion entre le besoin « réel » et la <signification sociale, le signe social de l’objet… le besoin de reconnaissance sociale devient le besoin… et c’est la marchandise qui en est le support.

 
Le caractère spectaculaire de la marchandise atteint là son point culminant au point de faire oublier, dans la conscience collective, ce qu’elle est en réalité : un moyen de satisfaire un besoin (valeur d’usage) et un moyen de valoriser le capital (valeur d’échange).

 
L’existence matérielle de la marchandise est transcendée par le signifiant social de son existence.

 
MARCHANDISE ET « ANTE-MARCHANDISE »

 
A l’image de l’Antéchrist qui nie le Père et le Fils, qui n’agit qu’en fonction de sa volonté et qui ne fait que porter le Mal, l’ «anté -marchandise», la contrefaçon, détourne les règles de l’existence sociale de la marchandise tout en en adoptant les caractéristiques à l’image du Malin qui change de forme pour tromper le fidèle.

 
Comme l’Antéchrist qui tente le croyant le détournant de la foi, elle tente le consommateur et le corrompt au regard de la loi.

 
La contrefaçon est vécue, par les producteurs, qui voient leurs productions, détournées, comme de l’hérésie. A ce titre leur existence est niée, la contrefaçon doit être détruite comme « économiquement impures ».

 
La marchandise c’est le statut social de la production : on produit pour une demande solvable afin de réaliser la valeur produite et ainsi rémunérer le capital investi dans le processus de production.

 
La contrefaçon, l’ « anté-marchandise » est à la marchandise ce que la fausse monnaie est à la monnaie. La fausse monnaie peut, en effet, permettre d’acheter, si elle n’est pas détectée. L’ « anté-marchandise », la contrefaçon, permet de satisfaire le besoin de reconnaissance sociale du consommateur. De même que le faux monnayeur sait que sa monnaie est fausse, l’utilisateur de la contrefaçon sait que c’est une imitation de la marque. Mais qu’est ce qu’une imitation de marque sinon une signe social recherché par le consommateur qui n’est pas passé par le circuit « normal » de la production.

 
Dans les deux cas, il y a, bien entendu, transgression de la règle sociale, pas de l’image sociale. Or tout est fait par le producteur pour piéger le consommateur par une vision fantasmatique de l’objet… et il s’étonne qu’il ne soit intéressé que par cette illusion ?

 
Et puis, comble de perversité, la contrefaçon se glisse dans les habits marketing de la marchandise, la publicité, en épouse les formes, en profitant de ses appâts, au point que la publicité faite pour valoriser la marchandise lui profite… le crime est presque parfait.

 
C’est cette vision fantasmatique qui est à l’origine du délit de production de la contre façon et qui crée le délit d’achat de celle-ci…

 
BUCHER ET PENITENCE

 Un tel crime de lèse marchandise mérite un châtiment exemplaire.

 

Dans l’acte de destruction des contrefaçons, que détruit-on exactement ?  On ne détruite pas la valeur d’usage, en effet ces marchandises contrefaites pourraient remplir leur fonction de satisfaction des besoins. On ne détruit pas la valeur d’échange, elles pourraient parfaitement circuler sur le marché et même à des conditions plus avantageuses pour le consommateur (moins chère). Non, ce que l’on détruit c’est, à la fois le signe social qu’elles représentent, ou plutôt qu’elles usurpent, et d’une certaine manière les conditions économiques de leur production. La marchandise contrefaite existe dans sa structure mais nie la marchandise dans son existence sociale et économique, révélant ainsi, s’il en était besoin, le caractère spectaculaire de la marchandise.

 
Cet acte de destruction est d’abord et essentiellement un spectacle, consciencieusement mis en scène auquel est convié la masse des consommateurs via les médias : un bulldozer pour écraser des montres, autant dire un marteau pilon pour écraser une mouche. Ce que l’on met en spectacle ce n’est pas la destruction de la marchandise, mais de l’ « anté-marchandise ». La violation, par la contrefaçon, du caractère spectaculaire de la marchandise doit être compensé par le spectacle de son anéantissement. Cette destruction, sa forme, le symbole, évoque le bûcher purificateur et expiatoire sur lequel finissait au Moyen Age les sorcières et les hérétiques et autour duquel étaient conviés les fidèles qui auraient pu être tentés par hérésie. L’anté-marchandise est immolée. Il y a quelque chose de religieux dans la solennité cet acte.

 
C’est acte de destruction a une signification bien particulière : il est un avertissement au fameux « client-roi » ou « consommateur-roi ». Cet acte dit en substance « Consommez, consommez, mais pas dans n’importe quelle condition, vos désirs, vos fantasmes ne sont pas les vôtres, ils ne vous appartiennent pas, ils appartiennent à ceux qui les ont crées ». Quel aveu !

 
Au nom de la liberté du consommateur, la destruction de la contrefaçon est la mise en spectacle de sa propre aliénation.

 
DU CLIENT-ROI »… AU CONSOMMATEUR SUSPECT

 
Que cherche le consommateur dans l’achat conscient de la contrefaçon ? Une manière d’être, une volonté de reconnaissance sociale au travers d’une « marchandise impure », qu’il sait économiquement « impure », mais « peu importe le flacon pourvu qu’on ai l’ivresse ». Mais dans le système marchand tout est tarifé, y compris l’ivresse et le rêve.

 
La transgression de l’interdit est d’autant plus jouissive qu’elle joint l’utile à l’agréable. Elle permet, en effet, de profiter de la même « reconnaissance sociale » au travers de la possession de l’objet, que celle fournie par la marchandise « officielle », mais à un prix nettement inférieur. La tentation est grande et beaucoup y cèdent.

 
On comprend difficilement, ou trop bien, pourquoi des « libéraux » peuvent condamner une telle attitude qui est parfaitement conforme aux comportements rationnels du consommateur idéal qu’ils louent dans leurs théories.

 
Le châtiment, car il ne saurait ne pas y avoir de sanction, c’est outre la condamnation judiciaire, la détention d’objets contrefaits, la culpabilisation morale « vous participez à la destruction d’emplois ». Cette culpabilisation ne manque pas de sel de la part d’un système qui ne se préoccupe de la « destruction d’emplois » qu’à cette occasion !

De même qu’ils arguent d’une « qualité douteuse » des marchandises contrefaites. C’est certes vrai dans certains cas, mais est-ce la vraie raison de leur colère ? Et puis le consommateur n’a-t-il pas le droit de choisir, eux qui font de ce droit la clé de leur théorie de la consommation ? Et comment se fait-il que c’est justement dans ce cas qu’ils se préoccupent de qualité alors qu’ils rognent systématiquement sur la qualité pour réduire les coûts ?

 
La pression faite sur le consommateur pour acheter, sa manipulation par la publicité, son excitation par les modes ont crée une spirale incontrôlable par celles et ceux qui en sont à l’origine.

 
Alors, client roi ? Non, consommateur sous contrôle.

 
La condamnation de la contrefaçon par le système marchand c’est le pyromane qui crie au feu.

 
 21 Avril 2006                                                                       Patrick MIGNARD

 
Voir aussi les articles :

 
« LA PUB OU LA VIE »

 
« LES SOLDES, CET OBSCUR OBJET DE DESIR »

 
« COPIER N’EST PAS JOUER »

 21 Avril 2006                                                                       Patrick MIGNARD

 

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MOUVEMENT SOCIAL : L’IMPASSE

La décision du Conseil Constitutionnel à propos de la loi sur « l’égalité des chances », reconnaissant sans réserve sa constitutionnalité puis, quelques jours après le « remplacement » du CPE par un « dispositif d’aides à l’emploi des jeunes » pose le problème de la stratégie de ce que l’on peut appeler le « mouvement social ».

Le Pouvoir a habilement réussi à figer la situation, « ni retrait, ni application »... puis à « retomber sur ses pieds » en « aménageant » la loi. Tout dans les termes, rien sur le fond.

Il a reculé, mais n’est pas pour mieux sauter ?

Le rapport de force entre le pouvoir, et ce que l’on appelle le « mouvement social » repose sur une donnée essentielle qui pèse lourd sur l’issue du conflit : l’inexistante expression politique de ce dernier.

LES DEUX LÉGITIMITÉS

Incontestablement deux « légitimités » s’affrontent, et se sont clairement affrontées dans ce conflit :

- une légitimité « officielle » qui est celle du pouvoir en place. Sur un plan du droit et de la procédure de désignation, il n’y a rien de contestable : le gouvernement de la France est légitime de même que toutes les décisions qu’ils prend - ce qui permet au pouvoir de dire en toute légitimité : « le pouvoir n’est pas dans la rue ».

- une légitimité « non officielle » qui est celle de la rue. Sur le plan du droit, cette « légitimité » n’existe pas. Pourtant, dans certain cas, le Pouvoir ne peut l’ignorer.

Cette contradiction, que le droit ne peut reconnaître, montre concrètement les limites de la « démocratie représentative » : il ne peut, y avoir légitimité qu’en droit, mais pas en fait... et pourtant ! Il y a là un incontestable conflit de légitimité.

Ce n’est pas un problème nouveau. L’Histoire n’est que la succession de solutions apportées à cette question. Mais aujourd’hui qu’en est-il ? Que peut-il se passer ?

Le problème pour le pouvoir est de, tout en sauvant l’apparence de sa légitimité, en promulguant la loi, assumer et dépasser un rapport de force avec le mouvement social qui lui conteste de fait cette légitimité.

Dans l’affaire du CPE, le pouvoir n’a pas voulu donner l’impression de céder et dans un premier temps, en promulguant la loi, il a montré que « formellement » il ne cédait pas à la pression de la rue qui en demandait le retrait. Par une ridicule pirouette, mais avait-il le choix, il a promulgué une loi apparemment inapplicable puisqu’il n’en a pas demandé l’application ( ?)... et finalement en a « remplacé » une partie, l’article 8, par une autre.

Cette situation volontairement ambiguë, mais aussi résultat des rapports de pouvoir à la tête de l’Etat, met l’opposition politique et syndicale, ainsi que le « mouvement social » dans une position inconfortable, celle d’opposant à un pouvoir politique intransigeant et manipulateur qui donne l’apparence de la volonté de dialogue, qui joue le pourrissement de la situation tout en se réservant le droit de revenir ce sur quoi il n’a jamais cédé : la loi sur l’ « égalité des chances ».

Cette ambiguïté qui aurait pu apparaître comme une victoire des opposants à la loi a dans un premier temps renforcé les positions d’opposition. Pourquoi ? Pour deux raisons :

- les partis politiques et autres organisations qui ont la prétention de représenter le mouvement social ont senti la manipulation et veulent faire payer son impudence au pouvoir (49-3 au Parlement et syndicats ignorés) en lui faisant « perdre la face ». Il y va de leur stratégie politique, plutôt d’ailleurs politicienne : déconsidérer les candidats UMP en vue des prochaines échéances électorales.

- pour le « mouvement social », et en particulier les jeunes, le CPE a pris un sens beaucoup plus large que la simple loi « égalité des chances »... c’est toute la dynamique de précarisation qui est à l’œuvre dans notre société qui est pris pour cible... posant ainsi, implicitement, sinon explicitement, la question du sens de ce système.

Toutes les organisations politiques et syndicales ont fait leur le principe qui fait du pouvoir représentatif, le pouvoir légitime. Les premières, soutenues d’ailleurs par les secondes, au pouvoir, réaffirment ce principe. Dans l’opposition elles reconnaissent la légitimité de la rue à la condition que cette même rue les porte au pouvoir... d’où elles ne reconnaissent que le pouvoir « légitime ». La boucle est bouclée.

Ainsi la « rue » est manipulée par les unes et les autres avec pour seul objectif : l’accès au pouvoir des bureaucraties politiques.

DU SOUTIEN ... AU CONTROLE

Toute possibilité d’initiative du mouvement social est parasitée par les « institutionnels de la politique ». En effet, les organisations politiques et syndicales s’arrogent de fait, le droit de la représentation et, ce qui est plus grave, de la négociation... Outre le fait qu’il s’agit d’un véritable « abus de pouvoir » au regard du mouvement social en lutte, elles n’ont aucune légitimité en matière de représentation. Cette situation induit, entre ces organisations, une concurrence et surenchère, sources de toutes les démagogies... Ainsi, et ce n’est qu’un exemple, le Parti Socialiste ose impunément se présenter comme le champion de la lutte contre la libéralisation de l’économie ( ???)...Ainsi, l’UNEF (manipulée par le PS), absente dans de nombreux lieux universitaires « parle et négocie au nom des étudiants » ( ?)...

Cette tendance à la monopolisation / confiscation du pouvoir dans le « mouvement social » par la Gauche n’est pas pour déplaire à la Droite et au Pouvoir. Pourquoi ? Parce que cette situation est une garantie du « non débordement » du mouvement sur des questions sensibles qui remettraient en cause les fondements même du système marchand... tant il est vrai et vérifié que la Gauche n’a aucune intention d’aller « trop loin » dans la contestation. Le contrôle du mouvement social par les différentes tendances de la « Gauche » (politiques et syndicales) le cantonne dans les limites de l’acceptable, commun à toutes les formations politiques officielles et par le système lui-même.

Les médias jouent un rôle essentiel dans cette mystification, en particulier dans le dévoiement du mouvement et l’orientation de son action vers la compromission et la capitulation. Ils valorisent systématiquement les « responsables de... » qui ne sont en fait que les représentants des bureaucraties politiques et syndicales... La base, les coordinations, c’est-à-dire l’élément, essentiel, moteur de la mobilisation, est systématiquement ignorée.

La négociation se fait alors « entre gens responsables », « entre gens de dialogue », c’est-à-dire entre gens qui acceptent les limites, les règles du jeu imposé par le système... Ce qui explique que le chef de la majorité parlementaire puisse appeler au téléphone au cours d’un week end l’ensemble des « responsables syndicaux » pour amorcer la sortie de crise,... sans se faire raccrocher au nez !

Le début de la liquidation du mouvement est ainsi enclenché.

QUE PEUT-IL SE PASSER ?

Rien que du très classique.

Le temps joue contre les opposants car la lente et laborieuse procédure mise en place par le Pouvoir n’a pour seul objectif que d’user les énergies et accroître les conflits entre grévistes et non grévistes... diviser pour régner... conflits complaisamment répercutés par les médias. Un mouvement social qui n’avance pas,...recule.

Qu’il y ai retrait (ce qui n’est pas le cas pour des raisons d’opportunité politicienne, mais aussi pour une question de principe) ou non de la loi sur « l’égalité des chances »..., même s’il y a « remplacement » de l’article 8, rien n’est réglé concernant l’emploi. C’est le cadre marchand de l’économie mondialisé qui va de toute manière déterminer les dispositions qui seront prises. Rappelons que le CNE, copie conforme du CPE, n’est lui pas du tout remis en question. Quel sens peut avoir une suppression du CPE si le CNE existe. ? La métastase CPE a été enlevée, pas la métastase CNE. La déréglementation du marché du travail va se poursuivre...

Le Pouvoir va négocier, éventuellement, avec les syndicats, une « nouvelle loi ». Pour la forme elle ne va faire aucune référence au CPE honni mais introduire des éléments « nouveaux » censés « aider à l’emploi » suivant la formule consacrée, autrement dit déréglementer... mais pas trop.

Le front syndical se fissure doucement, ce qui était prévu. Les syndicats vont négocier et finalement accepter, en ordre dispersé, « au nom du réalisme » et présenteront ça comme une « victoire par rapport à ce qu’était de CPE ».... « Il vaut mieux ça que rien,... » etc...

Chez les jeunes les scissions vont apparaître entre celles et ceux qui déclarent avoir obtenu ce qu’ils demandaient, le retrait du CPE, soutenus par les syndicats et partis politiques trop contents d’en rester là, et celles et ceux qui veulent aller plus loin, remettre en question le statut du travail dans notre société, passant pour cela pour des « extrémistes » et autres « jusqueboutistes »..

Entre temps la mobilisation générale aura cessé. Les vacances de Pâques seront arrivées. Les étudiants et les lycéens prépareront les examens... Les derniers bastions de résistance tomberont les uns après les autres alimentant les frustrations.

L’actualité passera, on parlera grippe aviaire, sport, catastrophes aériennes et incendies de forêts... A la rentrée de septembre, la cuisine électorale commencera et étouffera tout.

Si la Gauche passe en 2007 elle sera toute contente de trouver une loi sur l’emploi qu’elle n’aura pas besoin de faire voter avec les risques que cela comporte.

J’exagère ? Mais c’est comme cela, à quelques détails prêts, que ça c’est passé à propos des privatisations, du service public, de la protection sociale et des retraites.

LE DEFICIT STRATEGIQUE DU MOUVEMENT SOCIAL

Peut / pouvait-il en être autrement ?

Non ! Dans l’état actuel de la conscience collective on ne pouvait certainement pas espérer une autre issue. La situation politique est verrouillée par les partis et par l’incapacité collective à penser le politique autrement.

Une victoire dans ces conditions ne peut-être que partielle... une victoire sur le système marchand exige d’autres moyens politiques et une véritable stratégie... Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

La situation est-elle désespérante, comme certains vont la ressentir ? Non. Il s’agit une bonne fois pour toute de prendre conscience de cette situation et ne surtout pas en conclure que c’est « chaque fois pareil< /i> » et que « l’on n’en sortira jamais ».

Indépendamment de la manière dont se termine ce conflit nous pouvons et pourrons ... et devons en tirer des leçons. Il y va de notre avenir et surtout celui des jeunes et des générations futures.

Notre succès dans cette affaire est tout à fait relatif. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas le Pouvoir qui est, aujourd’hui et demain, dans l’impasse, mais le « Mouvement social ».

Ne rêvons pas, si rien n’est fait de notre côté, le scénario est écrit d’avance, certes pas dans le détail, mais dans les grandes lignes nous venons de le voir... Demain ce sera ce qui reste du code du travail, le salaire minimum, les conventions collectives, qui vont disparaître......L’essentiel pour les politiciens (confirmés ou en herbe) c’est que les apparences soient sauves.

Se pose alors la question de l’expression politique du « mouvement social », c’est-à-dire de la condition de son existence dans le champ du politique qui pourrait et saurait faire face à l’expression politique du Pouvoir en tant que défenseur et garant du système marchand.

Il est évident que tant que nous resterons dans la configuration politique actuelle, tous les acquis sociaux vont peu à peu disparaître, avec la complicité de nos « faux amis » de Gauche.

Ce qui manque au « mouvement social » c’est une logistique politique. Une révision complète de ses relations, souvent ambiguës, avec les bureaucraties politiques, un changement complet de ses relations avec le politique. En l’absence de celle-ci il se fera, une fois encore, confisquer le pouvoir, les initiatives, l’expression et finalement les décisions par les bureaucraties politiques qui agissent en fonction de leurs intérêts qui n’ont rien à voir avec les siens : voir la Gauche et la Droite quand elles sont au pouvoir.

Si la conscience sociale, politique du plus grand nombre, et en particulier celle des jeunes, croit au fur et à mesure de la dégradation des relations sociales, le pas n’est pas encore fait de se débarrassée des scories de « la » politique qui nous mènent systématiquement dans l’impasse. Faire ce pas est un impératif historique absolu.

Penser à notre avenir c’est repenser l’action au présent.

13 avril 2006                                                     Patrick MIGNARD

Pour aller plus loin dans le sens de « Que faire ? » voir :

« NE PAS CONFONDRE GAUCHE ET MOUVEMENT SOCIAL »

 « ILS NE CEDERONT PLUS RIEN ! »

 « SE REAPPROPRIER L’ECONOMIQUE ET LE SOCIAL »

« FORMES DE LUTTES EN PERIODE DE DECADENCE »

 « SUR LES STRUCTURES ALTERNATIVES »

 « DECADENCE »

 « TRANSITION »

 

Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

ORDRE ET DESORDRE

Les commentaires sur les comportements actuels de la Police durant les manifestations laisse un peu rêveur l’observateur attentif de l’Histoire des mouvement sociaux.

Les innombrables témoignages, souvent extérieurs à l’évènement, interrogent sur le rôle exact de la police dans ce qu’elle appelle le « maintien de l’ordre ».

La plupart des commentaires, pas tous cependant, présentent la question avec une neutralité technique qui fait oublier l’essentiel : la police est le bras armé du pouvoir

QU’EST-CE QUE LA POLICE ?

C’est un corps de mercenaires qui a pour fonction essentielle de maintenir l’ordre, mais entendons nous bien sur ce que l’on appelle l’ « ordre »... Un ordre social n’est pas un « truc abstrait », c’est quelque chose de très concret. Il s’agit d’un mode d’organisation sociale, au sens large, c’est-à-dire économique, mais aussi juridique, éthique qui implique des femmes et des hommes dans des relations sociales, qui organisent suivant certaines règles la manière de produire ce qui est nécessaire à la vie individuelle et collective et la manière de produire et de répartir les biens et services.

Ce mode d’organisation économique et sociale est représenté et garanti par une autorité, l’Etat.

Une des fonctions régaliennes de l’Etat est le maintien de l’ordre, c’est-à-dire faire en sorte que ce système fonctionne suivant certains principes et pas autrement. Cette fonction se place dans le cadre de l’impératif de l’Etat d’être le garant du fonctionnement du système en place. Cette fonction n’en est qu’une parmi d’autres.

La police est donc composée d’individus payés pour obéir à des directives de maintien de l’ordre, c’est-à-dire de personnes qui, en échange d’une rémunération, accomplissent les tâches que leur confie l’Etat. La particularité de cette fonction c’est qu’elle se situe dans ce qu’elle a de plus détestable : l’utilisation de la force brutale. On comprendra que pour assurer ce genre de fonction on ne recrute pas ce qu’il y a de plus humaniste, critique ou philosophe dans la population...

QUE FAIT LA POLICE ?

Ce que l’Etat lui dit de faire. C’est-à-dire maintenir l’ordre. Mais c’est là que les choses se compliquent.

Que veut dire « maintenir l’ordre » ? C’est maintenir les rapports sociaux tels qu’ils existent, autrement dit s’opposer à toute remise en cause des principes de leur organisation et faire en sorte qu’ils fonctionnent sans trop d’accrocs.

Ce qui justifie l’utilisation de la violence officielle, c’est la légitimité sur laquelle se fonde le pouvoir : Tous les pouvoirs on été sûrs de leur légitimité : Dieu(x), César, le Peuple,... Tous ont eu les « meilleures raisons du monde » pour justifier l’utilisation de la violence... y compris, au 20e siècle d’instaurer le fascisme pour « sauver » le système marchand.

Au début du 20e siècle dans les situations les plus tragiques maintenir l’ordre c’est tirer sur les mineurs en grève, ainsi qu’en 1947. En 1942, c’est arrêter les Juifs, en 1961, jeter les Algériens à la Seine, en 1962, à Paris Métro Charonne c’est massacrer les manifestants, et ce ne sont que quelques exemples connus...

On me dira mais il n’y a pas que ça. Exact, mais il y a AUSSI ça ! et le fait que ça existe, que ça se reproduise, qu’il y ai des hommes pour le commander et d’autres pour le faire et que souvent, pour ne pas dire quasiment toujours, ça reste impuni en dit long sur ce que sont les forces de « maintien de l’ordre » et l’utilisation qu’en fait un pouvoir, même s’il se dit démocratique.

Il y a aussi ficher, écouter, filer, surveiller, interroger, détenir,... Certes ce n’est pas sanglant et spectaculaire... ça peut ne pas laisser de traces, mais ça peut aussi en laisser : demandez à la communauté juive mise en fiches, aux victimes de bavures dans les commissariats de la République, aux militants anti CPE aujourd’hui...

Ils sont extrêmement rares les policiers et les gendarmes qui font valoir une clause de conscience pour refuser de faire le travail de répression qu’on leur ordonne (voir l’article « IL S’APPELLE ROLAND GATTI »). Vous en connaissez beaucoup qui rechignent ? Vous en connaissez beaucoup des policiers et des gendarmes qui ont participé aux rafles de juifs et d’Algériens qui ont fait amende honorable, qui on été condamnés ? Vous en connaissez beaucoup des policiers condamnés à propos des massacres d’Algériens ? Non, l’Etat couvre quasi systématiquement policiers et gendarmes... Pourquoi ? Mais par ce qu’il en a besoin. Il ne peut pas courir le risque d’une fronde de ce corps de mercenaires.

LE DESORDRE AU SERVICE DE L’ORDRE

A priori ont peut difficilement soupçonner le Pouvoir de troubler l’ordre puisque sa fonction est justement de le garantir. Pourtant le désordre savamment et consciencieusement organisé peut-être un instrument efficace au service du maintien de l’ordre. Cette technique porte un nom : la provocation.

Tous les régimes à toutes les époques ont utilisé des provocateurs.

Qu’est ce qu’un provocateur ? C’est un individu sans uniforme, soit directement appartenant à la police, soit qui est manipulé (chantage) par elle pour provoquer des désordres et/ou inciter des manifestants à en provoquer. Dans quel but ?

déconsidérer les manifestations aux yeux de l’opinion publique en en montrant la violence, justifier aux yeux de l’opinion publique une répression accrue, faire peur aux éventuels manifestants en les dissuadant de venir... Toutes les polices, dans tous les pays et à toutes les époques ont utilisé ce genre d’individus parce que tout système manipule l’opinion publique, et pas seulement au moment des élections. Le Pouvoir a toujours pu trouver, et trouve, des individus suffisamment vénaux, cupides ou moralement dégénérés pour faire ses basses œuvres.

On voudrait nous faire croire que ce genre d’individu n’existe plus aujourd’hui dans la police ( ?).... La dénégation n’est pas nouvelle, jamais un Pouvoir n’a reconnu avoir recours aux services de provocateurs... tous l’ont nié.

Pourquoi donc justement, le système aujourd’hui en France n’aurait-il pas recours aux provocateurs ? La réponse officielle est aussi nette et précise que peu convaincante : parce qu’il s’agit d’une police démocratique au service d’un régime démocratique( ?). Or, s’il s’agit d’un régime formellement démocratique... il suffit de voir comment fonctionne la vie politique pour comprendre, le salariat n’en est pas moins un système d’exploitation, d’exclusion et générateur d’inégalités. La preuve ? La totalité des conflits sociaux ne sont que l’expression de cette réalité. (voir l’article « LE FAUX HUMANISME DE LA MARCHANDISE »).

La police de la République est aussi convaincante quand elle déclare respecter les droits de l’Homme que la police de l’Inquisition quand elle déclarait agir en fonction des préceptes humanistes du christianisme.

MANIPULATION DE L’IMAGE DE LA POLICE

Présenter des mercenaires et en faire un service public est la dernière trouvaille du système. Elle n’est pas très convaincante. On assiste actuellement à tout un conditionnement qui tend à présenter la police sous un aspect respectable : policiers blessés lors de manifestations sur leurs lits d’hôpital, « jeunes beurettes » sympas volontaires pour intégrer le corps de la police,... Officiellement on présentera toujours un CRS entrain de sauver un jeune sur une plage, jamais entrain de le cogner dans une manifestation... alors que ça peut-être le même CRS et le même jeune. Ainsi la confusion des genres brouille opportunément l’image négative qu’a la police.

Pourtant, derrière cette image fabriquée, il y a le rôle fondamental de la police qui demeure.

Comme pour l’Armée qui, dans sa publicité, ne met l’accent que sur les actions humanitaires et la formation professionnelle ( ?), l’Etat essaye de « vendre » à l’opinion publique une image respectable de la police qui dans le cas de violences est présentée comme victime... Nous venons de voir que ce n’est pas aussi simple que cela.

Policiers et gendarmes ne sont évidemment pas la source de toutes les violences lors des manifestations. L’existence de ce que l’on appelle communément des « casseurs » est une réalité, mais le terme « casseurs », terme fourre tout, est bien commode pour faire l’économie de l’analyse sérieuse de la révolte sociale. L’analyse de la réalité « casse » mérite plus de sérieux dans la prise en considération de tous les paramètres qui interviennent dans un conflit social... et le Pouvoir n’est pas aussi « innocent » que cela, ne serait-ce que par ce qu’il n’est pas neutre et est partie prenante du conflit... il a donc une carte partisane à y jouer et qu’il joue, avec ses moyens considérables, en fonction de ses intérêts et du système qu’il représente.

L’image de la neutralité bienveillante du Pouvoir et de sa police est une escroquerie politique.

8 avril 2006                                                                  Patrick MIGNARD

Lire également :

« VERS UNE SOCIETE POLICIERE ? »

« VIOLENCES POLICIERES ET LIBERALISME »

« IMAGE DE LA POLICE / POLICE DE L’IMAGE »

« LUTTE SOCIALE ET REPRESSION »

 

 

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