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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

LA PEUR EN HERITAGE

Tous les pouvoirs, même les soi-disant « plus démocratiques » ont, à un moment ou à un autre pratiqué la politique de la peur, sinon celle de la terreur. Et tous ont eu, bien évidemment, les meilleures raisons du monde pour justifier cette attitude. Pourtant ce ne sont ni la peur, ni la terreur qui sont les meilleurs garants de la survie des systèmes. Un autre type de peur assure sinon leur stabilité, du moins leur pérennité, la « peur du vide ».

« UN TIEN » VAUT MIEUX QUE DEUX « TU L’AURAS »

Dit simplement on peut poser la question de la manière suivante : « Comment se construit un avenir économique, politique et social ? ». Dit de manière plus sophistiquée, la question est la suivante : « Quelles garanties et conditions pour dépasser le système dans lequel on vit ? » Être dans un système, y vivre, c’est y avoir ses repères, ses habitudes, ses réseaux. Bref c’est reconnaître la validité des rapports sociaux dans lesquels on vit,… même si ceux-ci sont antagoniques et contradictoires.

L’exemple le plus édifiant est celui de la classe ouvrière des pays industriels développés, classe exploitée mais qui ne s’est jamais donné les moyens de dépasser le système capitaliste et s’est au contraire intégré au point d’en retirer un maximum d’avantages. C’est d’ailleurs aussi vrai, dans une certaine mesure, de la paysannerie durant l’Ancien Régime.

Aujourd’hui les conditions ont changé dans l’expression des rapports salariés… Pourtant, malgré une aggravation de leurs conditions – exclusion, inégalités croissantes, perte des acquis sociaux,…- les salariés n’en demeurent pas moins « fidèles » aux rapports qui les dominent. Il n’est qu’à voir leur comportement électoral et les stratégies dérisoires qu’ils développent : manifestations, pétitions, … S’ils avaient voulu prendre le pouvoir il y a longtemps qu’ils l’auraient.

Autrement dit, à leurs yeux, les projets théoriques produites par les formations politiques de « gauche », les programmes alléchants des « révolutionnaires » et autres « altermondialistes » n’ont aucun valeur pratique,… la preuve, ils reconduisent systématiquement au Pouvoir les gestionnaires, de gauche et de droite, du système marchand… délaissant leurs « sauveurs »

Pourquoi ?

Parce qu’ils préfèrent une réalité qu’ils connaissent, même si celle-ci est dure et insupportable, plutôt que d’être obligé de prendre une initiative, de mettre en place une alternative qui ira de toute manière contre les intérêts d’une classe politique mythifiée.

La pratique des politiciens a fait de la plupart des citoyens des êtres dépendants, craintifs et sans imagination, attendant que l’élu prenne les décisions à sa place, lui règle ses problèmes, le fasse rêver… à condition de ne rien changer. Ce qui explique que les gestionnaires du système ne prennent aucun risque à donner un pouvoir fictif - le bulletin de vote - à des citoyens qui, de toute manière les reconduiront systématiquement et régulièrement au Pouvoir… C’est d’ailleurs ce qui se passe depuis plus d’un siècle.

L’INCOMPRÉHENSION CONTRE LA CONSCIENCE

Ce que l’on appelait la « conscience de classe » et qui a été un extraordinaire moteur pour les salariés pour… améliorer leurs conditions de travail et de vie, a cédé la place à l’ « incompréhension ». « Ils ne devraient pas faire ça », « c’est inhumain », « c’est incompréhensible », « ça n’a pas de sens » … telles sont les expressions que l’on entend aujourd’hui lorsque l’on interroge des victimes de licenciements, suite souvent à des restructurations ou délocalisations.

Que les salariés soient scandalisés par le fait que, dans une entreprise, priorité soit donnée aux actionnaires plutôt qu’à eux, en dit long sur la compréhension du système dans lequel ils sont opprimés, sur la conception et l’intelligence qu’ils ont de celui-ci. Or, cette connaissance – ou plutôt méconnaissance – rejaillit évidemment sur leur manière de riposter, et la seule riposte qu’il connaissent ce sont les « bonnes vieilles méthodes » - aujourd’hui obsolètes - qui correspondaient à une situation où le Capital pouvait, et acceptait, de céder des miettes. : Grève, manifestation, pétition,…

Devant l’inefficacité de leurs actions, c’est donc aujourd’hui l’incompréhension qui passe par le stress, la déprime, le désarroi,… voire pour les plus fragiles, le suicide.

Les organisations politiques et syndicales, censées défendre la « cause des salariés », sont bien sûr incapables de répondre à cette nouvelle situation,… elles ne sont capables que d’accompagner les pleurs, les lamentations, l’indignation, les « hommages » rendus aux suicidés,… mais rien de concret sur le plan de l’organisation stratégique. Rien ? Formellement pas tout à fait,… elles proposent à chacune et chacun la seule chose qu’elles savent faire : voter pour elles, soit aux élections professionnelles, soit lors des consultations politiques. Autant dire concrètement RIEN !

Le désarroi actuel des salariés n’est que l’expression de cette situation qui érige l’incompréhension, la condamnation morale du système marchand, en « pratique politique »… ce dont le système se moque totalement.

Il s’en moque d’autant plus qu’il sait qu’aucune alternative sérieuse ne lui est opposée. La conscience de ce qu’il est exactement, de sa relativité dans l’Histoire, de ses contradictions, de ses points faibles et des alternatives qui pourraient l’affaiblir et finalement l’abattre, sont totalement hors du champs de la réflexion politique de l‘ « opposition officielle »… celle qui ne joue que le jeu électoral qu’il impose et qui verrouille toute alternative.

LA PEUR, NOUVEAU CHAMP SOCIAL

C’est donc la débandade sur le plan moral, éthique, psychologique, humain, politique, sur l’attitude quotidienne dans les relations de travail. La solidarité de classe laisse peu à peu la place à l’égoïsme, à la suspicion… la conscience de classe a cédé la place, dans le meilleur des cas à l’individualisme, dans le pire au « syndrome de la meute »… qui consiste à s’allier, entre concurrents, pour exclure le plus faible… et sauver sa place, du moins temporairement.

Le nouveau management surfe un maximum sur cette nouvelle donne sociale. Exploite à fond, et pour le plus grand profit du Capital, cette dérive mortifère Il saccage jusque dans les derniers recoins des vestiges de la conscience et de la solidarité. Le mythe du « gagneur », du « meilleur »,… et autres foutaises devient la référence sociale, le nouveau paradigme… Affaiblissant la coopération, la solidarité, il permet d’écrémer, de passer au filtre de la sélection – fondée sur la compétitivité et la rentabilité – la masse des salariés pris au piège, et contraints de jouer ce jeu.

Désormais la peur règne dans les ateliers, les bureaux, l’École. La peur de « ne pas être à la hauteur », la peur d’être « le prochain sur la liste », la peur de « déplaire à la hiérarchie »,… La peur règne sur un avenir incertain, sur celui de la planète, des générations futures.

Cette peur qui s’étend à tous les domaines... Cette peur qui fait la fortune des « experts », vendeurs de rêves-politiciens, gourous, religieux et autres sectes… Cette peur qui permet d’augmenter les effectifs des forces de répression, les contrôles divers et variés, la vidéo surveillance, les tests ADN, … tout en n’abordant jamais les vraies causes du malaise.

Cette peur, qui suinte par tous les pores de cette société en décomposition, empoisonne, annihile les consciences, l’esprit de combat, de révolte, au grand bénéfice des gestionnaires du capital qui peuvent continuer leurs petites et grandes affaires, mais aussi la classe politique qui peut se reproduire en surfant sur cette peur en promettant des lendemains qui chantent.

Cette peur qui isole le citoyen correspond parfaitement à la conception qu’a le système marchand de la « démocratie » : une pensée isolée, soumise au matraquage idéologique de faiseurs de rêve, dont le seul mot d’ordre peut se résumer à : « nous ou le chaos ! »

Et le tour est joué !

Patrick MIGNARD

31 Octobre 2009

Voir aussi :

« LE FAUX HUMANISME DE LA MARCHANDISE »

« DÉCADENCE »

« CONFLITS SOCIAUX : DE LA LUTTE AU… SUICIDE »

« LA PRIVATISATION DE L’ETAT »

et pour éviter toute désespérance : « MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

Publié par PM sur
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LA PRIVATISATION DE L’ETAT

Un oxymore, une contradiction dans les termes ? Et pourtant c’est bien à ce phénomène politique que nous assistons aujourd’hui.

La dérive libérale du système marchand, caractérisée par le désengagement économique et social de l’État, la liquidation des services publics et son accaparement par un clan, … aboutit à une véritable mutation de la nature de l’État en parfaite contradiction avec les principes républicains.

ÉTAT ET CLASSES SOCIALES

Ce n’est pas nouveau d’affirmer que dans une société divisée en classes sociales, aux intérêts antagonistes et contradictoires, l’État représente la force coercitive qui garanti les intérêts de la classe des possédants. Ce n’est pas nouveau, mais il est urgent et indispensable de le rappeler aujourd’hui.

Ce n’est certes pas l’apanage du système marchand. En effet, tous les systèmes d’organisation sociale de l’Histoire ont fonctionné sur cette logique… sauf peut-être les sociétés dites « primitives ». L’État garantit les intérêts des possédants en tenant compte des rapports de forces, des évènements historiques, des évolutions de la société qu’il domine. Il peut apparaître à certains moments conciliant, voire donner l’apparence de la médiation, comme il peut apparaître parfaitement autoritaire, voire dictatorial – le 20e siècle est une parfaite illustration de ces facultés d’adaptation de l’institution « Etat ».

LE MYTHE RÉPUBLICAIN

L’effondrement de l’Ancien Régime, en Europe au 18ème et 19ème siècle a laissé la place au système marchand, capitalisme, salariat, qui s’est fondé sur une ambiguïté dont nous payons encore aujourd’hui les conséquences politiques. Les discours philosophico-humanistes des penseurs des Lumières, et de certains des philosophes de la Révolution Française ont vite laissé la place au discours « réaliste » des affairistes et des marchands.

Les intérêts des nouveaux possédants se sont bien vite heurtés aux valeurs que ceux-ci avaient précipitamment mais imprudemment gravées dans la pierre des frontons des édifices publics. L’écrasement des révoltes ouvrières dès le début du 19e siècle, la Commune de Paris, n’ont été que le prélude des grandes répressions du 20ème siècle. Le mythe de la République pour tous, pour le peuple, d’une République garante et défenseuse des opprimés s’est très vite avéré être une remarquable et efficace escroquerie.

Le système électoral, c’est-à-dire le moyen de tenir compte des désirs et de la volonté du peuple, en nommant des représentant a été depuis longtemps parfaitement détourné ce qui a permis l’émergence d’une nouvelle « aristocratie » qui a pris possession du Pouvoir et l’a gardé,… quelles que soient les modifications apportées aux modes de scrutins.

Il suffisait, pour entretenir l’illusion d’asséner régulièrement et systématiquement le « bon peuple » de slogans bien conçus pour lui faire croire que « les promesses seront bien tenues », « les élus sont responsables devant leurs électeurs » et,… cerise sur le gâteau « le vote est non seulement un droit mais aussi un devoir ». Ainsi l’État, « bien commun » du Peuple (ce qu’il n’a jamais été), s’est donné le beau rôle :

donner l’illusion de la démocratie,

demeurer le garant d’un système fondamentalement inégalitaire et exploiteur.

La force, mais aussi les faiblesses et les ambiguïtés politiques du mouvement ouvrier vont, au 19ème siècle, et surtout au 20ème, entretenir le mythe de l‘ « État démocratique » avant un début de renversement de la tendance au début du 21ème siècle.

L’ÉTAT ET LE MOUVEMENT OUVRIER

Très tôt, les ouvriers, les salariés ont eu à pâtir de la politique de l’État dans le système marchand,… mais ils ont su aussi l’utiliser.

Les multiples et sanglantes révoltes ouvrières montrent, s’il en était besoin, que tous les discours « démocratiques » s’arrêtent où commencent les intérêts du système marchand. Pourtant, n’en déplaisent aux « révolutionnaires professionnels », jamais, dans aucun pays développé, la classe ouvrière n’a voulu et n’a pris le pouvoir. Au contraire elle a lutté, et efficacement, pour améliorer ses conditions de travail et de vie, rencontrant en cela un Etat, prêt à faire des concessions pour s’acheter la « paix sociale ».

Ainsi l’illusion d’un État défendant l’ « intérêt public » s’est peu à peu fait jour, au point que les organisations politiques ouvrières sont allées elles mêmes gérer le capitalisme dans « l’intérêt des travailleurs ». Le mythe du « système démocratique », de l’« État défenseur de l’intérêt général » était né, y compris et surtout parmi ses plus déterminés détracteurs, les salariés.

Les rapports de forces, les évènements historiques (les guerres), les cultures nationales ont permis aux salariés d’acquérir des avantages conséquents qui existent encore – pas pour longtemps - aujourd’hui, les acquis sociaux. Cette situation a renforcé la vision « démocratique » de l’État, la soumission des salariés à un système qui savait leur accorder des miettes substantielles, bref, la croyance aujourd’hui encore profondément ancrée en un État neutre, médiateur et défenseur de l’intérêt public.

Cette croyance a produit et continue de produire, le réformisme des organisations « révolutionnaires » et « contestataires » - qui ne jurent que par les élections, même si elles ont un discours opportunément radical, de même que des syndicats partenaires de l’État dans la gestion du capitalisme.

VERS LA PRIVATISATION DE L’ÉTAT

Tout ce bel agencement économico-politique a été bouleversé par la mondialisation marchande. Les petites affaires, les négociations, les compromis, entre classes antagonistes dans le cadre d’un « État-nation »,… c’est terminé. Le Capital, désormais intégralement mondialisé, aussi bien dans sa valorisation, que dans sa gestion, n’est plus à même d’accorder des miettes aux classes salariées des « anciens pays industriels », il peut même s’en passer ayant de multiples ressources, et moins chères, ailleurs.

L’État, sans changer de nature – toujours garant des intérêts du système -, a évidemment changé de tactique et de politique.

La notion de « bien public », d’ « intérêt public », bref de « service public », perd de son sens. On garde ces termes pour les discours électoraux afin de tromper l’électeur naïf. Dans les faits on livre toutes ces activités juteuses aux appétits du Capital. Opération d’autant plus facile que le « bon peuple », consciencieusement endormi par les médias et la classe politique ne sait absolument pas comment réagir sinon par des manifestations, pétitions et autres « votations » ridicules et inefficaces.

L’État se réduit de plus en plus à ses fonctions régaliennes qui n’ont qu’un seul et unique but : maintenir contre « vents et marées » le système en place. La classe politique devient une « aristocratie » au renouvellement limité, via les partis qu’elle contrôle, à partir d’élections complètement sous contrôle. Quand le « bon peuple » « vote mal », on recommence ou on contourne le scrutin (voit le référendum sur l’Europe). Cette « aristocratie », divisée en clans se partage le Pouvoir où règne la voyoucratie (des noms ?), l’incompétence (des noms ?), le népotisme (des noms ?), l’impunité (des noms ?),… Le tout protégé par une milice armée de plus en plus efficace, bénéficiant d’une quasi impunité, abusivement baptisée « police républicaine »( ?).

L’État n’a plus ainsi à « défendre l’intérêt général » désormais soumis aux lois du marché, mais à défendre les privilèges de la classe politique qui sait intégrer et corrompre tout ce qui peut apparaître comme une opposition dangereuse… Ainsi, les uns après les autres, les « contestataires » accèdent à des postes grassement rémunérés donnant accès à privilèges exorbitants.

L’État n’est plus qu’une affaire de clans et un instrument coercitif destiné à faire respecter l’ordre marchand. Toutes les « grandes démocraties » glissent sur cette pente qui ne peut conduire qu’au déclin et à la décadence. Les cas les plus significatifs, parmi celles –ci, et caricaturaux sont aujourd’hui la France et l’Italie.

Le citoyen, si tant est que ce terme ait encore un sens, n’a plus rien à attendre des institutions étatiques qui ne sont là que pour l’asservir à des contraintes qui correspondent non pas à ses intérêts mais à ceux de la classe politique défenseuse des intérêt du Capital – le sens et la teneur des mesures prises lors de la crise que nous traversons en est la plus parfaite illustration.

En l’absence d’une alternative crédible, ce qui est actuellement le cas, la situation ne peut qu’empirer ouvrant la voie à toutes les aventures…

Patrick MIGNARD

27 Octobre 2009

Voir aussi :

« DÉCADENCE »

« L’ÉTAT LIBÉRAL »

et pour éviter toute désespérance « MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

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LA « VOTATION » OU L’ILLUSION DEMOCRATIQUE

Pourtant tout y est, la juste cause, (défense du service public), la mobilisation du ban et de l’arrière ban de la « gauche » (autrement dit la fameuse Union) - même celle qui, une fois au pouvoir privatise sans états d’âme- les urnes, la propagande, une participation, pas ridicule dans le contexte actuel et avec les moyens à disposition.

Pourtant, malgré tout cela, ce sera à n’en pas douter, un « coup d’épée dans l’eau ».

CONFLIT DE « LÉGITIMITES »

Organiser un vote, une consultation, un référendum, en dehors du cadre de la loi, en marge des institutions officielles est incontestablement un défi lancé au Pouvoir en place.

Alors, de deux choses l’une :

ou bien le Pouvoir est illégitime, et dans ce cas cette « votation » prend tout son sens et peut se draper d’une légitimité qui manque à celui-ci ;

ou bien, ce Pouvoir est légitime et dans ce cas c’est cette « votation » qui est marquée du sceau de l’illégitimité.

Or, à ce que l’on sache, toutes les forces politiques et syndicales à l’initiative de cette « votation », ne tiennent pas pour illégitime le pouvoir en place. Sans partager ses conceptions, ses méthodes sa philosophie, elles le reconnaissent comme légitime, représentant la « volonté du peuple ».

Le Pouvoir a donc beau jeu de tourner en dérision cette action et de la qualifier d’illégitime, illégale et même anti démocratique… Et il a formellement raison. Doit-il tenir compte de cette consultation ? Rien ne l’y oblige… il peut la considérer – ce qui est d’ailleurs le cas - comme nulle et non avenue, et ce d’autant plus que perfidement, il nie, contre toute évidence, que son objet n’a pas de sens : « loin de lui l’idée de privatiser ».

Il ment bien sûr, comme il a menti pour les autres services publics, mais il a les moyens du mensonge, il a le pouvoir légitime. Notons au passage l’attitude non moins faux-cul du Parti Socialiste qui s’est « opportunistement » associé à cette opération. Quelle aurait été son attitude si, quand il était au pouvoir et qu’il privatisait (sans le dire comme le gouvernement actuel), une telle action avait été entreprise ? Y aurait-il participé ?

LE « RÉFÉRENDUM BOOMERANG »

Le référendum, souhaité par les organisateurs de la « votation » est en apparence une consultation tout ce qu’il y a de simple et de démocratique. C’est d’ailleurs au nom de ces qualités qu’ils ont agi. Et pourtant ! Imaginons un instant que les partisans du « rétablissement de la peine de mort » organisent une « votation » pour que la guillotine reprenne du service.

Formellement, les tenants de la « votation » pour La Poste n’ont rien à dire contre cette procédure… et pour cause ! Imaginons alors que la consultation donne une majorité « pour le rétablissement »,… ce qui, reconnaissons le, est loin d’être irréaliste… surtout si un fait divers sordide précède la consultation.

Question : ceux là même qui organisent la "votation sur la Poste" auront-ils le même enthousiasme pour qu’un vrai référendum sur le « rétablissement de la peine de mort » soit officiellement organisé ? Le réponse ne fait évidemment aucun doute.

Alors ? Le procédé de la « votation » serait correct ou non correct en fonction du contenu de la question posée ? Si oui, curieuse conception de ce que l’on entend par « volonté populaire » ! On voit là qu’il y a quelque chose de gênant qui relativise largement le recours à une telle pratique.

CONCLUSION

Même fondée sur les meilleures intentions du monde, dans le cadre d’un système qui se dit démocratique – et qui est reconnu comme tel par la majorité – la « votation » est un acte de désespérance militante (un de plus !) qui donne l’illusion de la force et de l’unité… Stratégiquement et tactiquement nulle, elle traîne des contradictions difficilement surpassables. Elle est une démonstration militante d’organisations qui ne savent plus quoi inventer pour exister et montrer qu’elles ont encore prise sur la réalité.

Que restera-t-il finalement de cette opération dans quelques semaines… rien, ou plutôt si, une nouvelle vague d’amertume et de déception. Quant au référendum espéré, il est en fait une arme à double tranchant dans le cadre d’un système politique pervers, pseudo démocratique et fondé sur le mensonge et la manipulation de masse. Il peut aboutir au meilleur comme au pire.

Ce n’est pas avec de tels moyens, stratégiquement et même tactiquement dérisoires que l’on va mettre à mal le système marchand. De plus, mobiliser sur de telles actions, c’est faire preuve d’impuissance au regard du pouvoir et entretenir, une fois encore, l’illusion de l’efficacité politique... C’est du même acabit que les « grandes manifestations » qui battent vainement le pavé.

Devait-on finalement procéder à cette « votation » ? Oui, pourquoi pas ! Si c’est un moyen de doper le moral des militants... Mais là n’est pas la vrai question. La vrai question est : quelle est la valeur stratégique d’une telle opération ? Et la réponse est claire et nous sera fournie par la suite : elle est nulle. S’il s’agit de faire du marketing politique pour certaines organisations politiques et syndicales, alors, c’est certainement réussi.

Si c’est une opération à vocation de déstabilisation du gouvernement, voire du système, alors c’est raté. En effet, qui peut croire sérieusement que ce gouvernement va obtempérer et organiser la consultation demandée. Le croire c’est de la naïveté, le faire croire, de la manipulation.

Patrick MIGNARD

10 Octobre 2009

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CONFLITS SOCIAUX : DE LA LUTTE AU…SUICIDE

Le phénomène n’est certes pas général, mais il devient aujourd’hui suffisamment significatif – et dramatique – pour essayer de comprendre ce qui se passe.

Dans un climat social qui s’aggrave et caractérisé par une atonie inquiétante des victimes du système et de sa crise, ces suicides prennent incontestablement une dimension sociale et politique qui renvoie aux impasses du « mouvement social » et aux limites des dispositifs traditionnels de défense des salariés. Nous arrivons à la fin d’une époque.

TRAVAIL ET CONSCIENCE DE CLASSE

Le travail est une activité sociale, ceci veut dire qu’il n’est pas une simple activité matérielle et technique, mais qu’il se fait dans un cadre de relations sociales. La manière de produire et de répartir les richesses produites se fait dans le cadre de rapports sociaux.

Ceci est générateur, dans l’espèce humaine, d’une conscience sociale qui donne un sens à l’acte de travail, qui permet à tout un chacun, quelle que soit sa place, d’en avoir conscience.

La division technique du travail, toujours en évolution du fait du perfectionnement des outils de la production, s’est bien évidemment accompagnée d’une division sociale. Cette division sociale a placé les individus dans des rapports de domination et de dépendance, des rapports de pouvoirs, des rapports de propriété et d’exploitation qui constituent d’ailleurs le substrat et le moteur de l’Histoire humaine. Tous les conflits se jouent dans cette sphère et leur issue est le changement des rapports sociaux.

Ce que l’on appelle la conscience de classe – terme aujourd’hui, à tort, oublié – est cette faculté humaine à avoir conscience de la place que l’on a dans la société, dans ces rapports de production, et la faculté à « dépasser » cette situation pour faire cesser l’exploitation dont on est victime. Cette conscience de classe est à la fois l’expression d’une souffrance et d’un espoir.

Aujourd’hui, si les salariés ont nettement conscience d’une souffrance dans leur condition de vie et de travail, ils n’ont par contre plus beaucoup d’espoir pour ce qui est du changement social. Pourquoi ?

LE LAMINAGE INEXORABLE DE LA CONSCIENCE DE CLASSE

Jusqu’à, disons les vingt dernières années du 20ème siècle, les salariés dans les pays développés ont eu, sinon espoir de renverser le système dominant, du moins d’en tirer des avantages substantiels – ce que l’on nomme aujourd’hui les acquis sociaux.

La prédiction, à la fin du 19ème siècle et durant une bonne partie du 20ème, du renversement du capitalisme par la classe ouvrière, ne s’est pas réalisée – Les quelques expériences d’une société qui se voulait idéale se sont terminées en fiasco complet en moins d’un siècle, brisant dans une longue agonie idéologique, la perspective d’un changement radical à court terme.

L’espoir, deuxième composante de la conscience de classe, s’est résumé en un lent grignotage d’avantages sociaux dans un capitalisme qui voulait et pouvait se payer la paix sociale.

On peut dire, qu’au cours du 20ème siècle la conscience de classe s’est émoussée contre le dynamisme du Capital, la déliquescence des modèles de « socialisme réel », aidé en cela par des organisations politiques plus intéressées par les avantages quelles pouvaient tirer de la situation que par un réel désir de la changer (des noms ?).

C’est dans cette perte de vitesse, et de substance, de la conscience de classe qu’intervient, au détour des années 80, la vague libérale. Surdéterminée par l’effondrement du bloc soviétique à la fin de cette décennie, elle emporte tout sur son passage : La classe des salariés, jusqu’alors considérée comme « partenaire » du Capital, devient un simple instrument de production, une variable d’ajustement dans le calcul économique gestionnaire, dans la grande course au profit qui se fait désormais à l’échelle mondiale. La rationalisation, la rentabilisation réduisent de manière drastique le nombre de salariés, les délocalisations déstructurent et fragilisent les entreprises avant de les faire disparaître. La classe des salariés se transforme peu à peu en masse hétérogène où la volonté de lutter contre l’exploitation, cède la place à la peur de l’exclusion.

DES « ACQUIS SOCIAUX » À... NO FUTURE

La vague libérale, jouant à fond les intérêts du Capital, avec son cortège de déréglementations, de liquidations des services publics, stoppe net tout ce qui faisait l’espoir des salariés : l’amélioration de leurs conditions par des miettes chèrement conquises. Mais elle va plus loin, elle s’attaque désormais aux « acquis sociaux » du passé. Tout y passe : retraites, santé, école, social, services publics, condition de travail, statut des salariés,…

La course au profit ne connaît plus de limite et traque au niveau du simple salarié les contre temps, les « inadaptations » aux nouveaux critères de rentabilité. Les menaces se généralisent, les sanctions pleuvent, les mutations mutilent les esprits et les corps. Ce qui restait de conscience explose sous la contrainte.

Les syndicats, parfaitement intégrés depuis des décennies à gérer une situation où ils pouvaient jouer un petit rôle et faire retirer quelques bénéfices aux salariés sont complètement dépassés. Leur rôle se résume désormais à gérer la catastrophe qui s’abat sur celles et ceux qu’ils avaient la prétention de défendre. Manifestations, pétitions, occupations symboliques, cortèges plus ou moins folkloriques… tournés en dérisions par le patronat et l’État, ne servent plus à rien.

Description d’apocalypse sociale diront certains ! Oui , pourtant la triste réalité. Et c’est justement dans ce contexte que les plus fragiles craquent.

Quand sur le plan syndical c’est le vide, aussi bien tactique que stratégique, quand on voit la débilité et la pusillanimité des organisations politiques dites « de gauche », voire « révolutionnaires », quand la cohésion de classe est brisée, quand les perspectives, sinon de changement, du moins d’amélioration, sont absentes, que reste-t-il à celle ou celui qui subit ? La tentation de l’autodestruction est grande.

Le suicide ne résout évidemment pas les problèmes qui y ont conduit… mais il interroge. Il est en fait politique et social. Vouloir en faire un simple fait personnel, comme tentent de le faire les gestionnaires du Capital, est tout à fait logique de leur part. Mais que dire des syndicats qui se contentent de s’indigner et de simplement dénoncer ? Et que dire des organisations politiques qui surfent sur la vague de mécontentement pour… faire des voix aux prochaines élections ?

On est aujourd’hui devant une faillite totale de la stratégie politique et syndicale. Une déconnexion absolue entre les pratiques obsolètes des politiciens et des syndicalistes face à une situation nouvelle de la domination du Capital, la mondialisation.

Cette faillite laisse dans un désarroi total les salariés partagés entre la révolte brute, la violence – destruction de locaux, menaces de faire sauter leur usine, ou la dérision affligeante comme un « concert pour « fêter » une… défaite » ( ?) (MOLEX –septembre 2009)… - et la forme ultime de protestation, l’autodestruction.

Si le Capital est responsable de cette situation, les organisations politiques et syndicales, qui ont l’exorbitante ambition de « défendre les intérêts des travailleurs », n’en portent pas moins une part de responsabilité, celle de leur incapacité à penser une autre stratégie de lutte et de défense, ce qui en principe justifie leur existence.

Oublier cela c’est ne se livrer qu’à une complainte sur la « dureté des temps » et la « méchanceté des dirigeants »... que l’on reconduit tout de même systématiquement.

Patrick MIGNARD

3 Octobre 2009

Voir aussi :

« ILS NE CÈDERONT PLUS RIEN »

« LE TRAVAIL EN QUESTION » (1) (2) (3) (4)

« LE TROISIÈME AGE DU SYNDICALISME »

« LA CONSCIENCE EN MIETTES »

« CES LUTTES À BOUT DE SOUFFLE »

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