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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

LA MARCHANDISATION DU MONDE

 

L’analyse économique ne s’attache, de manière générale, qu’à l’étude de l’efficacité matérielle et financière des moyens de production et de distribution des richesses dans notre société. Rarement, elle s’interroge sur les fins de cette action, le sens de l’organisation sociale au regard de celles-ci et à fortiori à ses limites Une fois réduite l’analyse à la simple observation des moyens techniques et financiers, on a beau jeu de modéliser leurs fonctionnements et de faire de leur seule efficacité la fin de tout acte économique, de tout choix, de toute politique donnant ainsi l’illusion de la rationalité mathématique à des phénomènes qui sont en fait sociaux.

La mondialisation marchande est entrain, aujourd’hui, de faire éclater cette vérité qui n’est pas nouvelle mais qui avait eu tendance à disparaître, masquée par des phénomènes qui, en leur temps, étaient parus comme essentiels, mais que l’Histoire relativise, tels, les bienfaits du progrès technique et de la science, la maîtrise de la nature et l’élévation généralisée du niveau de vie (du moins dans certains pays). On en était arrivé à penser impunément, et imprudemment, que la finalité de l’économie de marché n’était pas l’Homme, mais la Richesse et que l’un n’impliquait pas forcément l’autre.


LA MARCHANDISE UN CONCEPT PLUS QUE JAMAIS OPERATIONNEL


Les «théoriciens» de l’économie, en fait les gestionnaires de ce système, ont fait perdre au cours du siècle qui vient de s’écouler, au vieux concept de marchandise, toute sa pertinence en matière d’analyse économique. D’élément explicatif de l’essence du système marchand, il est devenu un lieu commun pour désigner la production de biens et services. Ceci s’explique par la banalisation de ce système au point d’en faire un cadre de référence incontestable et incontesté dans lequel, l’analyse économique en est réduite à un simple instrument de gestion macro économique. Cette «élimination théorique», au nom de la sauvegarde des intérêts immédiats du système marchand est aujourd’hui battue en brèche par le retour en force d’interrogation sur le sens de ce système et surtout sur ses (in)capacités à répondre ce qui constitue finalement, ou devrait constituer, la finalité de tout système: comment assurer la satisfaction des besoins des femmes et des hommes de cette planète dans les limites de l’environnement?

Le concept de marchandise dont on trouve la forme la plus achevée au 19e siècle, c'est-à-dire à l’époque où le système marchand façonne la société, constitue l’outil théorique qui fonde le mieux le principe de cette forme de production et de distribution des richesses. Il représente parfaitement l’ambivalence du statut de la production marchande: d’un côté instrument de satisfaction des besoins, de l’autre l’instrument de la réalisation de la valeur, que l’on peut résumer par: satisfaction des besoins solvables.

Ce statut de la marchandise est le seul qui puisse expliquer des phénomènes aussi contradictoires et évidents que: l’existence de pauvres dans des pays riches, la relativité de l’emploi même pour une force de travail formée et disponibl, la course folle à la destruction de l’environnement. Ces situations, pour ne citer qu’elles, la plupart du temps mises sur le compte de dysfonctionnements conjoncturels, prêchent, par le fait même de leur récurrence, pour une explication structurelle… ce qui est loin d’être acquis dans tous les esprits.

Concernant la production, la preuve historique est faite que l’abondance de production marchande n’est pas forcément un facteur d’accroissement général de la satisfaction des besoins. Il n’y a pas de lien arithmétique entre la production et/ou la capacité de production et l’ensemble des besoins exprimés. Si ce lien était arithmétique, au regard du développement des forces productives, il n’y aurait plus de pauvreté sur cette planète et depuis longtemps, et notamment dans les pays développés.

Concernant le travail et l’emploi, le raisonnement est identique. L’utilisation de la force de travail est intégralement soumise au calcul économique de rentabilité… instrumentalisant ainsi le salarié et transformant le droit au travail comme un pur produit idéologique sans fondement. Le salaire n’est que le moyen d’assurer la vie du salarié, objet d’un enjeu entre l’employeur (c’est pour lui un coût) et le salarié (c’est son moyen de subsistance), il est pour les politiques macroéconomiques une simple variable d’ajustement.

Seul, le concept de marchandise, dans sa structure usage-échange peut rendre compte de tels phénomènes. Tout autre interprétation est soit partielle, soit idéologique, c'est-à-dire auto justificatrice des mécanismes d’un système incapable de rendre compte des déterminants de son propre fonctionnement.

On peut donc dire que le fondement théorique du système marchand basé sur le concept de marchandise est toujours opérationnel. Le fonctionnement du système, et son développement passé mais aussi actuel n’est explicable qu’à partir de ce concept.


LA MONDIALISATION MARCHANDE EXPRESSION DU CONCEPT


Le concept de marchandise contient, outre l’essence même des crises qui ont secoué, secouent et secoueront le système, mais encore la dynamique de son développement.

Ce n’est pas une spécificité de l’économie de marché que d’avoir étendu ses principes de fonctionnement et d’avoir soumis les territoires périphériques à ses propres intérêts, l’Empire Romain et les systèmes féodaux ont procédé de la sorte. La formation des empires coloniaux, surtout à partir des pays où l’économie de marché est devenue dominante (Europe, USA), a permis leur mise à contribution en fonction de leurs spécificités. Ce sont en effet les secteurs de l’agriculture et des produits miniers qui ont été réorganisés (pour l’agriculture) et organisés (pour les mines), selon les besoins et les principes de l’économie marchande: valorisation du capital, production à bas prix, contribuant ainsi, en tant qu’économies périphériques, à l’alimentation des métropoles marchandes où se réalisait l’essentiel de la production industrielle.

La mondialisation n’a cependant pas été qu’une extension quantitative de ces pratiques. La décolonisation des années 60 a «redistribué» les cartes à l’échelle mondiale en permettant un redéploiement sans précédent des possibilités de valorisation du capital, faisant d’ailleurs de ce dernier, un concept global et non plus, comme on aurait pu l’imaginer un concept étroitement lié à la niche géo-économique a laquelle il était lié depuis son origine, l’Etat-nation.

La mondialisation dont il est question aujourd’hui n’est pas une simple extension des circuits commerciaux et des conditions de la production, mais une extension du système marchand es qualité. Le système marchand est, et demeure, ce qu’il était depuis le 19e siècle, son aire de développement s’est tout simplement étendue. On n’a pas changé de système on est toujours dans le même, avec des conditions de développement différentes.

C’est d’ailleurs faire preuve d’un égocentrisme peu ordinaire que de voir, dans la redistribution du travail et de la production à l’échelle mondiale, un changement qualitatif du système marchand.

La nuance est fondamentale sur le plan conceptuel. Ne se limiter qu’à une conception quantitative des rapports d’échange et de production c’est réduire l’analyse, et donc la connaissance du phénomène, à des critères purement géographico-statistiques. Ce peut être aussi, et ceci n’est pas contradictoire avec ce qui vient d’être dit, de partir de l’a priori idéologique que l’économie de marché, étant l’état naturel des rapports de production, seules les considérations d’ordre statistiques méritent d’être étudiées et fondent une connaissance objective du système. C’est d’ailleurs ce type de problématique, si tenté que ce soit une problématique, qui fonde le discours de la plupart des «économistes».


LA MARCHANDISATION DE LA MONNAIE


D’intermédiaire dans l’échange à réserve de valeur, la monnaie est devenue moyen de financement. Ce qui a fait de la monnaie le vecteur essentiel de l’accumulation ce n’est pas sa nature intrinsèque d’intermédiaire dans l’échange mais le rôle qu’on lui a fait jouer de réserve de valeur. La transformation qui a consisté à passer de l’équivalent général (la marchandise de référence) servant de monnaie, à la monnaie fiduciaire (représentation symbolique de l’équivalent général) a donné une autonomie à la monnaie qui lui a permis d’avoir une existence détachée de l’échange.

Le système marchand qui a poussé à cette transformation dans les formes précapitalistes de la société a ouvert des perspectives illimitées à la nouvelle existence de la monnaie. Une fois confortablement installé, il a usé et abusé de ces perspectives monétaires au delà de toutes limites.

Développant une spirale de production de marchandises, accompagnées d’une accumulation financière sans précédent dans l’Histoire, le système marchand a fait de la monnaie le moteur de son développement. Celle-ci, tout en demeurant un moyen d’échange et surtout devenu le moyen de l’accumulation financière indispensable à toute production. Son existence, même fictive (création monétaire), a précédé ce qu’elle devait en principe mesurer, la richesse effectivement produite.

Le stade ultime de sa transformation a été atteint lorsque la monnaie a eu pour objectif essentiel de faire… de la monnaie. L’argent servant à faire de l’argent! La boucle était bouclée. Le système avait atteint les limites de l’irrationnel au regard de la seule réalité qui vaille: satisfaire, dans le respect de la nature, les besoins des hommes et femmes de cette planète


MONDIALISATION ET REMISE EN QUESTION DU MODELE SOCIAL


C’est probablement un des aspects les plus spectaculaires de la mondialisation pour l’opinion publique. Le modèle social, c'est-à-dire l’organisation sociale spécifique à chaque pays, obtenue à force de rapports de forces, de conflits, de négociations, au cours des deux siècles écoulés, et qui prend la forme d’une législation sociale qui protège, en principe, les salariés des aléas du marché, est remis en question. L’émergence d’économie développées en périphérie des vieux pays industriels, combinée avec la généralisation des rapports marchands, relativise la législation nationale, et ce dans tous les domaines, social, écologique, culturel. Or, le modèle social était, et demeure encore, un élément de stabilisation économique et sociale, une sorte de modus vivendi entre des forces antagonistes: les salariés et les détenteurs de capitaux. Les limites du modèle social coïncident avec les frontières des Etats-nation, et tant que ceux-ci ont été le cadre privilégié de la valorisation du capital, le modèle social a joué son rôle régulateur.

Tant que les Etats-nation développés se protégeaient derrière leurs frontières, produisaient l’essentiel des biens et services, détenaient la technologie, étaient les lieux où se créait la richesse, ils constituaient l’essentiel du marché mondial sur lequel les différentiels de prix étaient relativement limités, le prix de leur force de travail (les salariés) étant proche, ramenant ainsi les coûts de production (ne serait ce que les coûts liés au social) à peu près au même niveau. Cette situation n’était certes pas exempte de concurrence et de conflits, mais elle permettait des politiques économiques et sociales dont bénéficiaient finalement la classe salariée (protection sociale, retraites, augmentation des salaires et donc augmentation du niveau de vie).

La décolonisation et l’arrivée des «nouveaux pays industriels» (NPI) a changé tout cela. Non pas le système marchand en tant que tel, mais les conditions de son développement. Le «modèle social» qui était un compromis interne entre classes sociales antagonistes à l’intérieur de l’Etat-nation est devenu obsolète, et même est devenu un frein pour ce qui demeure le fondement même du système: la valorisation du capital. Pourquoi? Simplement parce que le nouvel état de la concurrence, les marchés étant devenus mondiaux, les Etats des pays développés ne peuvent plus s’acheter la paix sociale comme ils avaient coutume de le faire. En effet, la concurrence mondiale sur le marché des biens et services, mais aussi du travail, tire les salaires à la baisse… induisant à la limite les délocalisations, la protection sociale devient un coût insupportable pour des économies soumises à de nouvelles contraintes.

Mais cette évolution a eu un autre type de conséquence: la destruction systématique des modèles sociaux dans les pays colonisés. Le système marchand s’est imposé, détruisant les anciennes structures tribales, féodales et autres… les remplaçant, à marche forcée, dans des structures issus des pays développés détruisant du même coût les traditions, les systèmes sociaux, les solidarités locales, imposant sans concertation et artificiellement des formes d’organisation sociale exportées par les colonisateurs ou néo colonisateurs. Dévastant, pardon exploitant, un environnement de plus en plus exsangue et qui voit disparaître à une vitesse vertigineuse les ressources non renouvelables… «Après nous le déluge!!!!»

Au nom du progrès, de la civilisation, de l’efficacité et de la rationalité, le monde est mis en coupe réglée sur un seul et même modèle, celui de la production et de la vente de la marchandise en vue de a réalisation du profit maximum … le tout sous la haute autorité du Fond Monétaire International. Le marché devient l’arbitre souverain désignant sans appel qui pourra produire et qui ne le pourra pas, qui pourra consommer et qui ne le pourra pas, … finalement qui doit pouvoir vivre et qui devra mourir.(voir l’article «LA CROISSANCE, QUELLE CROISSANCE?»)



Cette forme de «totalitarisme démocratique» émanation monstrueuse du système marchand est en passe de devenir la règle unique du fonctionnement de notre planète. La machine à broyer les différences et à produire du «conforme», du «normalisé», et qui fonctionne, comble de dérision, au «carburant de la liberté» s’impose insidieusement dans l’assemblée silencieuse des citoyen-ne-s conditionné-e-s par un appareil d’information qui ne laisse pas le moindre doute sur l’«œuvre civilisatrice de la marchandise».

Le sommeil est encore paisible… le réveil promet d’être brutal.


Patrick MIGNARD

29 Octobre 2004

 

Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

SUR LA DESOBEISSANCE CIVIQUE

Il y a quelque chose de choquant à désobéir dans un système démocratique. Le pouvoir et la loi étant d’essence populaire, on comprend mal que l’on puisse les contester, voire s’y opposer. Les contestataires se parent d’une légitimité dont l’Etat revendique l’exclusivité. Qui a raison dans cette affaire ?

QU’EST-CE QUE L’OBEISSANCE CIVIQUE ?

Il s’agit de désobéissance « civique » et non « civile ».

Dis simplement c’est le respect de la loi. Dans un système démocratique, le respect de la loi est un acte civique et un impératif citoyen. Le citoyen étant celle ou celui qui prend part aux décisions par l’intermédiaire de ses représentants librement nommés par lui et ses semblables... ce qui en principe correspond à la situation des « pays démocratiques ».

Formellement tout cela est très clair et ne souffre aucune transgression. On peut même se poser la question de savoir pourquoi la moindre contestation est autorisée. En effet, toute contestation est en principe antidémocratique puisque la règle, la loi, est démocratique... on ne peut qu’y obéir. L’obéissance à la loi ne serait pas en fait une obéissance mais simplement une reconnaissance de la règle établie en commun et approuvée par tous... la minorité se pliant à la volonté de la majorité - voir « DURA LEX, SED LEX (1) & DURA LEX, SED LEX (2) »

Cette discipline, individuelle et collective est en principe à la base du civisme. L’obéissance civique n’est donc pas une soumission puisque, dans un système démocratique, elle est librement consentie... il s’agit plus d’une adhésion que d’une obéissance.

La question est donc posée : comment se fait-il que dans un tel système, démocratique, il y ait des appels à la désobéissance civique ?

De deux choses l’une, soit il s’agit d’une démarche purement antidémocratique ayant pour objectif de remettre en question, pour des raisons obscures, un système démocratique, soit il s’agit de la manifestation d’une contradiction inhérente à ce système.

LE FONDEMENT DU SYSTEME DEMOCRATIQUE

Toute la question repose évidemment sur la nature de ce « système démocratique ». Ce que nous voyons de notre système, c’est son « enveloppe », ce qui est apparent, par exemple ce que l’on nous enseigne en instruction civique. On nous explique une chose essentielle : la légitimité du pouvoir est basée sur le peuple, donc les institutions politiques sont forcément démocratiques, il faut donc les respecter. Ceci est formellement vrai mais la réalité sociale est plus complexe.

Le système marchand, c’est de lui dont il s’agit, est basé sur un rapport social fondamentalement inégalitaire, en effet il consacre la possibilité de l’exploitation du travail d’autrui, sous une forme certes moins contraignante que l’esclavage ou le servage, mais il s’agit tout de même d’une exploitation, d’une soumission (demandez aux salariés qui se font licencier ou que l’on refuse d’embaucher, ou qui revendiquent une part de la valeur produite non payée !). Il y a donc dans le fondement même de ce système une source de conflit potentiel. L’enveloppe idéologique qui entoure ce rapport social, le rapport salarial et qui proclame « Liberté-Egalité-Fraternité » est aussi trompeuse que celle qui proclamait que « Tous les hommes sont frères » dans le système féodal dominé par l’Eglise. Le décalage entre la réalité du système et sa justification idéologique, si elle peut retarder l’émergence du conflit, ne peut en aucun cas l’éradiquer définitivement.

Le système marchand n’est d’ailleurs pas dupe de ce qui le fonde. Il a bien essayé d’étouffer toute contestation dès ses débuts, mais devant la pression, il a bien été obligé de reconnaître « des droits » et d’accorder des « espaces de liberté et d’expression ». Droit d’association, droit de grève, droit de manifester ont été peu à peu concédés... pas spontanément mais... près d’un siècle après la déclaration des Droits de l’Homme qui était censé fonder la morale du nouveau régime... ce qui laisse songeur.

Il y a donc, dés le début, malgré les discours de bonnes intentions, une volonté délibérée de limiter l’expression, la contestation et la critique. L’objectif étant de garantir le principe de fonctionnement du système : assurer la valorisation du capital en faisant du salariat le rapport social dominant et indépassable. Pour cela rien n’a été négligé : retour aux valeurs religieuses mises à mal au moment de la Révolution, développement de la propagande politique appuyée par le développement des médias de masses,... enfin répression physique contre les mouvements organisés.

Fondamentalement rien n’a changé au niveau du principe depuis le 19e siècle... le discours sur la pseudo modernité n’est qu’un vernis qui donne l’illusion, grâce à l’influence des médias, d’un perfectionnement démocratique des institutions alors que le système fonctionne toujours selon les mêmes principes - (voir « LE TRAVAIL EN QUESTION (1), LE TRAVAIL EN QUESTION (2), LE TRAVAIL EN QUESTION (3) & LE TRAVAIL EN QUESTION (4)) -. Dans de nombreux cas, la situation a même empiré (perte de citoyenneté, manipulation par les médias, utilisation partisane voire crapuleuses des institutions politiques, mondialisation du système,...).

POURQUOI LA DESOBEISSANCE CIVIQUE ?

La désobéissance civique c’est le fait de ne plus respecter la loi, la règle commune. Cette attitude peut être motivée soit par un refus de la règle collective par convenance personnelle, soit par un refus de la règle collective déclarée contraire à l’intérêt collectif. C’est de ce second cas dont il est question ici.

La désobéissance civique peut-elle se justifier ? En droit bien sûr que non. Socialement il en est tout autrement.

Tout pourrait être pour le mieux dans le meilleur des mondes démocratiques mais, nous avons vu que le fondement du système marchand est contradictoire et porte en germe le conflit. Pourtant, la représentation politique est formellement démocratique.

Qu’est ce qui fonde la « légitimité » de la désobéissance civique ? C’est le décalage existant entre la réalité inégalitaire et instrumentalisante du système marchand et le fonctionnement formellement démocratique de ses institutions.

Mais va-t-on répliquer : « s’il y a un fonctionnement démocratique de l’appareil politique, la majorité peut changer le principe de fonctionnement du système, et s’il ne change jamais c’est que la majorité se satisfait de ce qu’il est ».

En théorie c’est exact, mais dans la réalité les choses sont plus complexes.

Le rôle de l’idéologie est en effet prépondérant : tout le discours officiel, c’est-à-dire produit par le système lui-même, ce que l’on appelle la « pensée unique », de droite comme de gauche, dans laquelle on baigne, de la naissance à la mort, aboutit à convaincre de l’impossibilité de changer les principes de fonctionnement du système, un peu comme le discours de l’Eglise qui rendait impossible la remise en question de la nature divine du pouvoir royal. Avec les médias modernes le poids de ce discours est prépondérant et même déterminant. Et puis nous en sommes encore, pour pas longtemps certainement (voir « NEGOCIER ? ...MAIS NEGOCIER QUOI ?) dans une phase où le système peut se « payer la paix sociale » ce qui désamorce tout conflit un peu radical. Ajouter à cela un environnement politique fait d’une classe politique monolithique dans la défense des intérêts du système marchand et des institutions totalement verrouillées par elle et l’on constate que toute issue politique classique en vue d’un changement est obstruée. Ce constat est d’ailleurs fait par de plus en plus de citoyens qui ne participent plus aux consultations électorales, seul moment où on leur donne l’illusion d’exister.

On comprend dès lors que, pour des hommes et des femmes qui veulent agir en tant qu’acteurs sociaux, en tant que véritables citoyen-ne-s, la recherche de nouvelles voies est indispensable. Voies évidemment qui se situent en dehors du cadre de la « légalité officielle »... Ainsi apparaît, paradoxalement, au nom du civisme, au nom de la véritable citoyenneté, la désobéissance civique. Ainsi le système marchand accule le citoyen à une pratique politique qui, en principe, est parfaitement contradictoire avec ce qui le détermine.

DESOBEISSANCE CIVIQUE ET VIOLENCE

Leur rapport est complexe. Alors qu’on peut facilement accepter une violence exercée par les pouvoirs publics pour défendre le corps social contre un danger portant atteinte à ses intérêts, on conçoit difficilement l’utilisation de cette violence vis-à-vis d’une partie du corps social qui agit ouvertement pour défendre les intérêts de celui-ci. Il y a là un incontestable conflit de légitimité entre deux parties qui se revendiquent du même objectif.

La violence officielle appartient à l’Etat, elle est légale, mais est-elle pour autant légitime ? On ne peut répondre à cette question qu’en revenant à la nature du système. L’exercice de la violence, comme l’exercice du pouvoir n’a qu’un seul objectif : assurer la pérennité du système marchand, or il est aujourd’hui évident que sa survie entre de plus en plus en contradiction avec les intérêts de la collectivité et, ses « marges de manœuvres » pour assurer la paix sociale étant de plus en plus étroites, le recours à la violence d’Etat est d’autant plus pressant. (voir « VERS UNE SOCIETE POLICIERE ? »)

La désobéissance civique doit-elle utiliser la violence ? Quoiqu’il en soit, cette violence sera illégale... peut-elle être pour autant légitime ? Là se pose un problème moral, en effet la violence peut être déclarée moralement condamnable ou moralement acceptable... il y va de la conviction de chacun. Le rapport de force est de toute manière favorable à l’Etat : ses mercenaires bénéficiant d’armes et d’une logistique sans commune mesure avec celle des contestataires, sans parler de l’arsenal judiciaire qui est à son service et qu’il est seul à contrôler, et de son influence sur les moyens de communication en vue de discréditer ses détracteurs.

Le rapport de force doit donc se situer et se créer ailleurs, dans un autre champ du politique et du social.

- Ca peut-être sur le plan purement émotionnel, par des actions non violentes qui, réprimées, interpellent l’opinion publique prise à témoin, ce qui a pour objectif d’affaiblir le pouvoir,
- Ca peut-être l’action clandestine qui, combinée à l’action légale, use le pouvoir en limitant les dégâts judiciaires tout en assurant des bénéfices politiques,
- Ca peut-être la mise en place de structures alternatives qui contournent et marginalisent les circuits officiels avec, à terme, l’objectif de se substituer à eux,
- Ca peut-être, dans le pire des cas, le recours à une action politique de terreur en vue de la soumission forcée du plus grand nombre et une déstabilisation du pouvoir d’Etat.
- Ca peut-être toutes les nuances d’intervention recoupant ces modalités d’action.(voir « VIOLENCE ET CHANGEMENT SOCIAL »)

LA DESOBEISSANCE CIVIQUE ... ET APRES ?

La désobéissance civique n’est qu’un moyen, un moment de l’action, une tactique à court terme pour affaiblir le pouvoir. Se pose inéluctablement celui de sa finalité.

Je passe sur son utilisation par des personnages politiques qui l’utilisent pour se faire une publicité et rejoindre par la suite, bien sagement, les institutions officielles,... surtout quand on y bénéficie de l’immunité.

La désobéissance civique ne peut-être que le moment d’un projet plus vaste. Fondée sur la critique du système marchand, dénonçant à la fois ses finalités mercantiles, antisociales et l’inutilité de ses institutions à jouer un rôle dans l’expression citoyenne, elle ne peut-être à elle seule une praxis (voir « DE LA CONTESTATION »), mais en faire partie d’une.

C’est peut-être à l’élaboration de celle-ci que nous devons aujourd’hui oeuvrer.

22 octobre 2004

Publié par PM sur
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CE QUI SE JOUE DERRIERE LES OGM

Dans un système qui se dit démocratique, il est difficile d’interdire brutalement tout débat et toute discussion. Le pouvoir peut cependant faire en sorte qu’ils soient tellement confus et chaotiques que plus personne ne sait plus ce qu’il faut penser du sujet débattu. L’avantage revient alors au pouvoir en place qui continue comme si de rien n’était et isole les contestataires.

C’est exactement ce qui se passe avec les OGM.

L’ALIBI DE LA SCIENCE ET DE LA RECHERCHE

Celles et ceux qui s’opposent aux expérimentations OGM seraient des « passéistes rétrogrades » et « voudraient faire régresser » la recherche scientifique. Ceux qui utilisent ces arguments savent qu’il n’en est rien, d’autant plus que nombre de chercheurs et d’universitaires soutiennent notre cause, mais rien de tel pour nous discréditer. L’argument ressemble à s’y méprendre, dans la forme, à la condamnation des scientifiques sous l’ancien régime lorsque l’Eglise s’opposait aux progrès de la science. L’Eglise s’opposait à tout progrès certes pour des raisons de dogme, mais surtout parce qu’une vision, une conception nouvelle du monde remettait en question la vérité officielle, autrement dit l’ordre social.

La démarche des gestionnaires du système marchand est la même que celle des obscurantiste du Moyen Age, directement inversée : empêcher une application systématique des progrès scientifiques met en péril l’ordre établi... en effet ça empêche un rapide retour sur investissements dans la recherche et ça retarde la rentabilisation de la production. S’en prendre aux OGM porte donc atteinte aux principes même du système marchand... ce qui est vrai mais n’est jamais reconnu.

Il n’est évidemment pas question de porter une quelconque atteinte à la recherche scientifique, d’ailleurs, le voudrait-on qu’on n’y arriverait pas, le désir de savoir et de comprendre est inné à l’espèce humaine. Par contre, considérer la science et la recherche comme un simple outil au service d’une finalité mercantile, pose un problème fondamental d’éthique et de sécurité collective, or cette dimension là il n’en est jamais tenu compte. Les partisans des OGM ne dévoilent qu’une partie de leurs intentions, celles qui sont, pour eux, les plus valorisantes : la recherche pour le progrès alors qu’il s’agit de recherche pour le profit.

L’ALIBI DES PROGRES DE L’AGRICULTURE

La culture des OGM permettrait une utilisation moindre, voire nulle, des pesticides, des insecticides ainsi que de l’eau. Les OGM permettraient de compenser les manques agricoles, les inégalités alimentaires et la faim dans le monde. L’argument est séduisant. Mais qu’en est-il exactement ?

Qu’elle est l’origine de la faim dans le monde ? Des inégalités ? De la pauvreté ? A entendre les partisans des OGM, ces phénomènes seraient tout simplement naturels, conséquence d’une nature avare qu’il s’agit de dompter, de forcer à produire (voir-« L’HOMME APPARTIENT-IL A LA NATURE ? »). L’argument est là nettement moins convainquant et même pour tout dire insuffisant.

Il est de notoriété publique que la marginalisation, voire l’élimination des cultures dans les pays économiquement dominés, leur perte d’autonomie sur le plan agricole, leur dépendance, sont dues aux pratiques néo coloniales et affairistes des grandes firmes internationales et aux pratiques de marché des pays riches... sans parler de l’aggravation des conditions climatiques dues à l’activité industrielle. Le fort écrasant le faible et l’éliminant, telle est la loi de l’économie de marché... tel est le sens de « être performant ».

Quant à l’utilisation des engrais, des pesticides, de l’irrigation massive elle est due à quoi ? Il suffit de le demander à ceux qui pratiquent la culture industrielle : rentabilité et uniquement cela.

Si l’on fait le compte de ces situations et conditions de la production agricole on se rend compte que c’est sa marchandisation qui crée les problèmes et non la nature... les pays « leader » en agriculture industrielle se « payant même le luxe » de mettre en jachère des terres fertiles alors qu’ils feignent de se lamenter sur les risques de sous production mondiale... Ils n’en sont pas à une contradiction près.

En fait de progrès c’est à une véritable marchandisation, donc confiscation par des intérêts privés, du vivant que nous assistons, une privatisation des semences qui soumettra l’ensemble des agriculteurs aux exigences mercantiles des grandes firmes agro alimentaires mondiales.

LE « PRINCIPE DE PRECAUTION » A-T-IL UN SENS EN ECONOMIE DE MARCHE ?

Le principe de précaution peut se résumer ainsi : « s’abstenir de faire s’il y a un risque ». Il est indiscutable que la prolifération des OGM dans la nature est un pari risqué... Aucune certitude scientifique, et même les partisans des OGM de bonne foi (tous ne le sont pas), le reconnaissent, ne peut garantir le caractère inoffensif de ces manipulations échappant à tout contrôle puisque expérimentées en plein champs.

Ce principe de précaution, régulièrement évoqué par les politiciens, comme d’ailleurs le droit au travail et le droit au logement, n’est qu’un alibi pseudo démocratique qui cache l’essentiel de leurs politiques.

Ce qui prime c’est bien entendu la rentabilité ... non pas la satisfaction des besoins, mais la satisfaction des besoins solvables et les profits que peuvent réaliser les actionnaires des grandes entreprises agroalimentaires et autres semenciers.

Mais que fait l’Etat dans cette affaire ?

Ce n’est pas un scoop, mais il est bon de le redire, l’Etat (et ce, quelle que soit la couleur politique de celles et ceux qui le composent) n’est pas neutre et dans l’affaire des OGM il joue parfaitement son rôle. Nombre de personnes sont scandalisées par le fait que l’Etat « prend partie pour les intérêts privés des multinationales de l’agro alimentaire »... Mais enfin, comment pourrait-il en être autrement ? L’Etat est le garant du système marchand. Il parle de « principe de précaution » pour rassurer. En fait il joue dans le camp des semenciers et des multinationales de l’agro alimentaire en défendant leurs expérimentations qu’il sait illégales au regard de la législation européenne et en mettant à terme l’ensemble des citoyens devant le fait accompli en tenant le raisonnement suivant : « un jour, l’ensemble des cultures seront contaminées et la lutte anti-OGM n’aura plus lieu d’être... le temps travaille pour nous ».

Pour parvenir à cette fin il tord le cou à la démocratie ... qui n’est dans ce système qu’un prétexte, en appliquant une législation d’exception, par l’intermédiaire de ses préfets, à l’égard des élus communaux qui tentent de s’opposer aux expérimentations sur le territoire de leur commune. Quant à la classe politique elle agit avec un parfait opportunisme... Elle est plutôt contre les OGM quand elle est dans l’opposition et plutôt pour quand elle est au pouvoir ( ?).

Aujourd’hui le « principe de précaution », pour ce qui est des OGM, mais aussi pour le nucléaire, la pollution de l’air, bref, toutes les activités humaines n’est qu’un concept vide de sens. Seule la conscience citoyenne est à même de le faire respecter. Y arrivera-t-elle ? Là est toute la question.

Cette lutte est exemplaire en ce sens qu’elle montre la détermination du système à briser toute résistance qui entrave son fonctionnement, mais elle montre également le degré de résistance, de détermination et d’initiative du mouvement de contestation anti-OGM qui n’est qu’un élément de la contestation globale du système marchand. C’est ce qui explique la brutalité de la répression exercée par celui-ci face à un mouvement qui n’a pas de stratégie.

16 octobre 2004

Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

LE TRAVAIL EN QUESTION (4)

Quel avenir pour le travail ?

C’est par le travail que l’homme acquière les biens et les services nécessaires à sa vie. En ce sens l’ « activité humaine » est essentielle pour la vie humaine.

Pourquoi dire « activité » et pas « travail » ? Parce que le terme « travail » renvoi à autre chose que la simple « activité de production »… il y a dans le terme « travail » une dimension d’organisation sociale de l’activité productrice. Le terme « travail » n’est pas neutre socialement.

Pour toutes les espèces animales, la recherche de la subsistance se fait de manière instinctive, il n’y a pas une « conscience politique » de l’acte, de même qu’il y a simple prélèvement de la ressource. Pour l’espèce humaine, la même activité se fait dans un cadre social… l’individu a conscience de sa fonction, de sa place et de son rapport avec les autres dans l’acte de production et de la répartition de la richesse produite. De plus cet acte est complexe : il transforme la ressource directe pour en faire un « produit fini »… il y a production.

L’ESSENCE SOCIALE DU TRAVAIL

Produire, distribuer les richesses produites,… dit plus simplement « gagner sa vie » n’est pas un acte simplement matériel, il se fait dans un cadre social. La place de chacun n’est pas affectée de manière « naturelle » mais est le résultat d’une organisation sociale fondée sur des principes, des valeurs, des rapports de forces et des décisions, ces dernières n’étant jamais définitives… d’où l’Histoire qui est une succession de structures sociales de la production et de la répartition des richesses produites.

Le travail n’est donc pas une activité « naturelle », mais sociale.

L’acte de production ne se limite pas à la seule cueillette, c'est-à-dire au simple prélèvement sur la nature. Produire se fait en utilisant des outils ce qui accroît l’efficacité de la production. (accroissement de la productivité). Or, comme l’acte de production est un acte social, l’accroissement de la productivité a des implications sociales sur l’organisation de la collectivité… comme par exemple une division du travail , c'est-à-dire une répartition des tâches. La division du travail n’est pas une simple question technique, elle situe chacun-e dans le groupe, posant par la même des problèmes de responsabilité, de décisions, d’objectifs, d’échanges,…

Dans le cas du salariat le principe de fonctionnement est précis : le travail est, comme dans tous les autres systèmes, l’élément essentiel de la production, c’est lui qui crée, mais ce qui en fait sa spécificité, c’est le statut social de celle ou celui qui travaille. Quand son employeur le paye ce n’est ni lui, ni son travail qu’il achète, mais sa capacité de travail -voir « LE TRAVAIL EN QUESTION (3). Et l’employeur procède à cet achat quand il en a besoin… en fonction d’un calcul économique dans son entreprise. Conséquence d’une telle situation : le fait d’avoir un emploi ou non dépend essentiellement du besoin de l’entreprise. – voir « LE TRAVAIL EN QUESTION (1) ». Or, le salarié peut espérer disposer d’une partie des richesses produites s’il a un revenu, un salaire… ce qui, nous venons de le voir, n’est pas un acquis, ni même un droit. Ceci constitue une contradiction du travail salarié qui n’a pas de conséquences sociales importantes tant qu’il y a du travail, c'est-à-dire tant que l’appareil de production en a besoin.

LES LIMITES DU TRAVAIL SALARIE

Le développement de l’outillage, des machines a permis, et permet, de produire en économisant du temps de travail… on aurait pu imaginer que le temps de travail aurait du se réduire en permanence tout en fournissant des emplois à toutes et tous et en limitant la production à une gestion rationnelle et humaine des ressources en vue de satisfaire les besoins. Or ce n’est pas cela qui s’est produit : la réduction du temps de travail a du être conquise de haute lutte et le travail a été, et est, partagé de manière totalement inégalitaire (certains travaillent trop alors que d’autres cherchent un emploi). Cette situation montre, s’il en était besoin, que l’acte de travail est non seulement aliénant, mais de plus, a tendance à créer de moins en moins de lien social, de cohésion sociale… ceci venant du fait que l’activité productrice est soumise aux lois du marché qui privilégie le profit au détriment de l’individu social. Sans parler de la consommation qui n’est plus qu’un instrument de la croissance (voir LA CROISSANCE ? QUELLE CROISSANCE).

Le développement du système marchand est tel que le statut même du travail, en tant qu’élément d’intégration sociale, est remis en question.

Que vont devenir les millions de personnes qui n’ont plus d’emploi et qui n’en auront plus ? A cette question simple mais fondamentale, le système n’a aucune réponse et ne peut pas en avoir. Le principe de son fonctionnement, le travail salarié, est devenu obsolète et inopérant pour créer ce qui est essentiel dans une collectivité, du lien social. Pour endiguer cet effondrement, les gestionnaires du système marchand bricolent des « politiques d’aides », « politiques d’intégration » et autres inventions superficielles qui agissent essentiellement sur les effets, jamais sur les causes.

La réduction de la quantité de travail qui devrait être vécue socialement comme une libération des contraintes est en fait vécue comme une exclusion. Cette réduction massive de la quantité de travail est gérée de la pire des manière qui soit : les gestionnaires du système font la charité aux « privés d’emploi ». Ainsi ce qui pourrait apparaître comme une libération est considérée par le système marchand comme une véritable privation et est vécue comme une humiliation.

ABOLITION DU SALARIAT ?

Projet qui figurait dans les statuts de la CGT à ses origines et prudemment retiré à la suite des évènements de mai 68, l’ « abolition du salariat » redevient d’actualité. Il ne s’agit pas bien évidemment d’arrêter toute activité productrice, mais de repenser cette activité dans un rapport social différent. Par exemple ne plus faire dépendre l’activité productrice de contraintes liées au marché et à la réalisation du profit

Utopie diront certains. Peut-être, mais pas plus utopique que de vouloir à certaines époques abolir l’esclavage ou le servage… qui ont été effectivement abolis, du moins en tant que rapport social dominant.

Il est regrettable que ce projet donne à fantasmer sur une hypothétique et floue « abolition du travail » ou « fin du travail ». il s’agit de remettre les choses à leur juste place. L’ « abolition du travail » ne peut-être que l’ « abolition du salariat » c'est-à-dire du rapport social qui structure aujourd’hui l’activité productrice. Le salaire n’est pas uniquement une somme d’argent, il est aussi l’expression d’une conception de l’être humain dans son rapport à l’autre, à la nature, à la satisfaction de ses besoins et… finalement à lui-même. C’est cette conception qu’il s’agit de changer.

Le projet n’est pas nouveau. Dès le 19e siècle le mouvement des coopératives a tenté de définir une nouvelle éthique de fonctionnement économique et social, mouvement qui est resté marginal et qui a parfois dégénéré. Les grandes luttes sociales du 20e siècle ont renouvelé les tentatives avec des succès mitigés mais jamais définitifs. Aujourd’hui il apparaît que la démarche n’est plus simplement idéologique, mais que les conditions concrètes de la dégénérescence du système marchand reposent concrètement la question. L’apparition marginale, timide, maladroite, mais oh combien révélatrice de pratiques alternatives signifient une perte de confiance, un début de faillite, un début de tentative de dépassement des rapports marchands. Début, parce qu’ils sont toujours dominants et déterminants, mais il est clair aujourd’hui qu’ils sont obsolètes au regard des exigences écologiques, du degrés de développement de la technique et du respect élémentaire de l’être humain. (voir « DECADENCE » et « TRANSITION »)

L’abolition du salariat n’est plus une utopie, c’est probablement une nécessité historique. S’en convaincre est difficile car nous avons toutes et tous étaient éduqué-e-s dans un rapport au travail qu’il est difficile d’imaginer autrement. L’Histoire nous montre pourtant que les situations les plus stables, les plus évidentes sont en fait très relatives et ne peuvent survivre aux contradictions qu’elles génèrent. Aujourd’hui le système marchand arrive au bout des siennes.

Patrick MIGNARD

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