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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

MEFIONS NOUS DES « MODLES DEPOSES » !

Penser le « politique » n’est pas simple, cet exercice se heurte à un certain nombre de pièges dans lesquels on n’a même plus conscience de tomber et qui altèrent largement à la fois notre analyse et les projets mis en place.

La multitude des courants de pensée-s et des expériences vécues ne nous mettent que dans l’ « embarras du choix » pour ce qui est... du choix de références. Mais quels sont les critères de choix... s’il y en a, et,.. doit-on, peut-on, véritablement faire un choix ?

De l’Histoire, tout le monde, et en particulier les partis et les organisations, en tirent ce que « bon lui semble », mais ne rêvons pas... l’Histoire n’appartient à personne. Essayons de la comprendre avant de nous en servir... de lui faire dire ce que nous souhaitons qu’elle dise.

Il est curieux, et inquiétant qu’il faille, dans toute discussion politique « montrer patte blanche », s’identifier, montrer explicitement quelles sont nos références, de « qui », ou de « quoi », on se réclame, de quel mouvement, de quelle tendance, de quel parti,... Si l’on n’est pas « ceci » ou « cela » on n’est rien...La pensée autonome n’existe pas... on doit être toujours l’expression de quelqu’un ou de quelque chose. Il est d’ailleurs de bon ton de faire des références, des citations... « Untel a dit que ... »... « D’après Untel... », « Pour ne citer qu’Untel... », « D’ailleurs Untel à dit... »...... Bref, la pensée est aujourd’hui enserrée dans un moule préétabli qui l’empêche d’être libre, donc efficace... et ceci est vrai pour tous les « courants de pensées »... même les plus « libres »... pour ne pas dire libertaires.

Attention tout ceci ne veut pas dire qu’il faille ignorer ce qui a été dit ou fait, bien au contraire, mais replaçons ces dires et ces faits à leur juste place.

NE PAS CONFONDRE « EXPERIENCE » ET « MODELE »

Le problème avec l’Histoire c’est que nous n’en connaissons que le passé, or c’est l’avenir qui nous intéresse... encore que, la manière de « lire » le passé pose problème. Question : le passé peut-il, et dans quelle mesure, nous servir pour construire l’avenir ? Probablement que oui, mais encore faut-il savoir le manier avec précaution et en tirer des leçons pertinentes. Lire le passé ce n’est pas le reproduire mécaniquement dans ses phases qui nous paraissent les plus pertinentes. La tentation dangereuse serait, est, de reproduire ou d’essayer de reproduire ce qui a été, car dans l’Histoire tout est relatif.

La relativité de l’Histoire tient au fait que les périodes historiques ne sont jamais identiques... elles sont uniques et non reproductibles.... contrairement à la physique où l’on peut reproduire la même expérience plusieurs fois... et en tirer une loi mathématique. Les évènements historiques eux sont uniques car ils se produisent dans des conditions qui sont un ensemble de situations qui ne se reproduisent jamais à l’identique. Il ne saurait donc y avoir un quelconque « modèle », aussi séduisant et pertinent qu’il soit.

Tirer même des leçons des erreurs commises pose problème, car bien entendu les erreurs sont elles aussi relatives, liées à des conditions temporelles de l’action au moment où elles se situent.

De plus, tirer des leçons d’une expérience pour quelqu’un qui a vécu l’évènement est déjà difficile, on peut imaginer ce que ça peut-être pour quelqu’un qui ne l’a pas vécu et qui l’a appris soit de la bouche de témoins, voire de manière livresque ? Dans ces conditions, tous les abus d’interprétation sont possibles, toutes les erreurs d’appréciation, d’évaluation nous guettent.

Ce qui est intéressant dans une expérience c’est moins ce qui a marché (quoique ça le soit), que ce qui l’a fait échouer. C’est en effet dans l’analyse de l’échec que l’on peut en tirer des hypothèses pour les actions futures. Or, cette démarche, nous la faisons de moins en moins. Sous des aspects d’ouverture et d’incitation au dialogue, nous avons-nous, citoyens inorganisés des gens qui détiennent la vérité, des gardiens du temple, de leur temple.

QUI SUIS-JE ? OU VAIS-JE ?

La situation actuelle est à peu prés la suivante : chacune-e est dans sa case, bien étiqueté (c’est ce qu’il fait d’ailleurs à chaque manif dans la rue), identifié et identifiable, fier de l’être, sûr de ses certitudes, campé sur ses positions attendant l’autre de pied ferme ... Les autres, les non étiquetés n’existent politiquement pas, s’ils le veulent ils peuvent rejoindre les initiés... mais attention... faut pas se tromper de case. Une fois dans la case, on a un vocabulaire à soi, un véritable bréviaire lexical,... faut pas non plus se tromper... pour les uns c’est « réforme », pour d’autres « modernité », « participation », « révolution », « grève générale », « autogestion »,... il ne faut pas oublier de citer ces mots sinon on est considéré comme appartenant à une autre case.

Quelle dérision !

Si par hasard, je ne m’identifie pas clairement (au sens des partis, des organisations ayant pignon sur rue), je passe pour un je ne sais quoi. Peu importe mon idée, mon analyse... si je ne prononce pas les mots « sacrés », mon discours n’a pas de sens. La référence aux vieux grimoires (chacun a les siens), aux vieux prophètes (De Gaule, Trotsky, Marx ou Bakounine...), bref ... en quelque sorte aux (à ses) « tables de la loi »... est absolument indispensable pour exister politiquement. Chaque église (qui excommunie l’autre, les autres) a ses prêtres, que l’on fait venir généralement de la capitale (en « province » nous sommes des ploucs, c’est bien connu...) pour les grandes messes... et là on communie un bon coup pour se prouver à soi et aux autres que, évidemment, on a raison...

Quelle dérision ! Quelle régression !... J’exagère ? ...Presque pas !.......

Est-il possible aujourd’hui, socialement, de penser, réfléchir, rêver en dehors des partis et des organisations politiques ? Réellement non. Même si on le tente on nous y ramène : « Tu parles d’où ? », « Tu es qui ? ». « T’es de quelle orga. ? » Si l’on n’a pas la référence collée sur le front, on est suspect, pas clair et probablement le « sous marin » de quelque chose ou de quelqu’un.... A moins que l’on ai une consécration médiatique qui nous donne une valeur en soi, mais alors ce n’est plus ce que l’on dit qui compte mais le fait de le dire... le phénomène l’emporte sur l’essence.

Ce cadre de la pensée politique est totalitaire. Celles et ceux qui s’y agitent sont souvent au bord de la paranoïa, enserrés dans leurs certitudes prédigérées, répétant jusqu’à plus soif des incantations surgies du passé ou exprimant des fantasmes qui peuplent leurs visions d’avenir. Il faut adhérer à leurs schémas, à leurs analyses, à leurs modèles longuement élaborés par leurs « experts », il faut adhérer à leurs modèles même s’ils ont la prétention d’être des anti-modèles. J’exagère ? Presque pas !...

Le débat, la réflexion sont confisqués, bloqués... les organisations politiques nous infantilisent, nous instrumentalisent... dans le meilleur des cas nous ignorent.

LA PENSEE ET L’ACTION

Seule la pratique est, et doit être, déterminante. Cette pratique est collective, sociale. Ca a d’ailleurs toujours été la pratique qui, dans l’Histoire, a été déterminante. Le discours et la théorie, lorsqu’ils n’ont pas correspondu à la pratique ont été plus ou moins rapidement, mais toujours, démentis. C’est cette vérité de l’Histoire qu’il va nous falloir redécouvrir... et ce processus va être douloureux parce qu’il relative grandement les certitudes acquises et dans lesquelles on se sent si bien...

Tout serait-il à découvrir ? Pour l’essentiel oui. Le passé ne nous donne que des bribes. La théorie n’est pas, en soi, le prélude à l’action, elle prend tout son sens dans l’action, dans la pratique... elle devient véritablement théorie lorsqu’elle permet de rendre intelligible la pratique et lui permet de progresser.

Les partis/organisations politiques sont au contraire de l’idéologie concentrée, figée... Les partis/organisations politiques qui prônent le changement (en gros la gauche et l’extrême gauche) ne sont que de purs produits idéologiques. Je veux dire par là qu’ils n’ont aucune pratique innovante dans le domaine des relations sociales. Dans le pire des cas (PS, PC, Verts) ils sont des gestionnaires du système marchand, ce qui montre bien que leur discours n’est que discours. Celles et ceux qui se refusent à gérer le système marchand (et l’intention est louable) ne s’en tiennent qu’à de vagues discours sur des principes : interdire les licenciements, plus d’état, plus de pouvoir, étendre les luttes, grève générale et illimitée, autogestion, démocratie directe, égalité intégrale. Mais qu’elle est la réalité concrète de la mise ne application de ces mots ?

Peut-on croire vraiment qu’à répéter obsessionnellement « qu’il faut », « qu’il n’y a qu’à », « qu’il est indispensable »... on va faire avancer l’Histoire ? Peut-on imaginer un seul instant que par la multiplication de tracts (que personne ne lit), en collant des milliers d’affiches (que personne ne regarde)... on va faire avancer l’Histoire Certainement pas !

Une idée devient force matérielle et convainc quand elle s’exprime par une pratique sociale (voir les articles « DECADENCE » et « TRANSITION »), et c’est la pratique sociale qui permet non seulement de valider l’idée, de la faire partager par le plus grand nombre mais aussi de relativiser, voire de rendre caduque, le discours des organisations politiques purement propagandistes. Alors oui, à ce moment là on montrera que, si ce que nous disons est utopie, et bien cette utopie est réalisable, réalisée et peut-être partagée par tous.

Ne nous figeons pas sur des slogans ou des modèles préétablis Méfions nous même des « anti-modèles » qui ne sont finalement que des modèles, en creux. Le possible ne surgit pas d’un discours, il sera fonction de ce que nous aurons fait, des relations sociales nouvelles que nous aurons établies. L’avenir est à porté de notre main, encore faut-il que nous créions les conditions de son émergence.

 25 juin 2004

 

Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

TEMPS ELECTORAL CONTRE TEMPS CITOYEN

La vie politique, dans « nos démocraties », est rythmée par le processus électoral codifié dans la constitution ou ce qui en tient lieu. En dehors de ce moment, en principe, rien ne se passe puisque l’élection décide et a décidé de tout. On en arrive ainsi à la situation paradoxale dans laquelle le rythme du politique est différent du rythme de la vie.

Les dernières élections européennes, et la période qui va suivre, sont une illustration lumineuse de ce paradoxe.

Voter est non seulement un droit, mais aussi, parait-il un devoir. Que ce soit un droit, on le comprend, mais que cela devienne, avec une telle insistance un devoir, cela a incontestablement quelque chose de suspect (voir à ce sujet l’article « VOTER EST UN DROIT, MAIS EST VERITABLEMENT UN DEVOIR ? » - nous ne disposons pas de cet article... J.D.) A y réfléchir sérieusement, on comprend pourquoi une telle frénésie pour impliquer le citoyen dans l’acte électoral. En dehors de cet acte, il n’y a rien d’autre.

L’ELECTEUR ET LE CITOYEN

Elire un représentant dans une collectivité pour assurer des taches de gestion concernant l’intérêt collectif est très certainement un acte incontournable dans une société qui se veut démocratique. Il n’est pas question de remettre en question ce principe... quoi qu’évidemment on puisse en discuter.

Ce qui fait problème ce sont les conditions dans lesquelles se réalise ce processus de représentation.

Il est aujourd’hui de notoriété publique que :

- l’accès au pouvoir est confisqué par les bureaucraties des partis... il n’est donc pas libre contrairement aux apparences,

- le résultat des élections ne change rien à la situation : le changement se fait toujours dans la continuité de ce qui existe.

L’élection est donc, de fait, en contradiction avec l’essence même de la citoyenneté. En effet, la citoyenneté est en principe la condition de l’homme libre, pouvant socialement et politiquement agir. Or, tout est fait pour que cette liberté soit formelle et que le « droit de vote », n’ait aucune conséquence réelle sur le fonctionnement de la société (voir l’article « PEUT-ON AVOIR CONFIANCE DANS LES HOMMES/FEMMES POLITIQUES ? »).

Le citoyen, individu actif, conscient, capable d’agir dans la cité est devenu un véritable « incapable majeur » à qui on fait miroiter un pouvoir qu’il n’a pas. Il est vrai que formellement il a le choix, qu’il peut exprimer une opinion... mais dans les faits, la vie politique, il ne la maîtrise pas et est obligé de se conformer à un modèle « prédigéré » qui le conditionne au point que son expression n’est plus l’expression de son autonomie et de sa volonté. Le citoyen réduit à la simple fonction d’électeur est vidé de tout son sens... il est instrumentalisé et irresponsabilisé comme l’est le salarié dans son entreprise.

Le citoyen vit la vie politique en spectateur. Des acteurs-maîtres-penseurs (sic)... qui se proclament de surcroit « élite » ( ?????), s’agitent dans les médias... Ils sont toujours les mêmes, ou leurs clones,... toujours le même discours,... toujours les mêmes promesses,... nous appelant toujours à l’effort,... se justifiant quand ils sont au pouvoir, critiquant quand ils n’y sont pas (ou plus). La marge de manœuvre de réflexion du citoyen est étroitement définie : faut être réaliste, pas utopiste, réformer oui, changer non, payer encore, travailler plus, avoir confiance,... Surtout ne rien bousculer, ne rien brusquer, respecter ce qui est (être réaliste),... ne pas penser à ce que ça pourrait-être (faut pas rêver !), mais à ce qui est réaliste d’espérer... généralement pas grand-chose...

Quand le moment est décidé, le citoyen devient « actif » : il dépose son bulletin dans l’urne... puis se précipite devant la télévision pour savoir ce qu’il faut penser de ce qu’il vient de faire : experts, politologues, candidats élus et candidats battus discutent doctement à perte de vue... le citoyen s’endort, lassé par une discussion mille fois répétée. Le lendemain des élections, la vie reprend comme si de rien n’était. ... Et l’on attend la prochaine élection... Une vie passionnante !?!?

Les élections passent, les problèmes demeurent. Cette routine électorale assoit le système dans la certitude de la stabilité. Que les problèmes ne soient pas résolus n’a aucune importance puisque, de toute manière, on recommencera la même opération aux prochaines élections et que l’on a convaincu la plus grande partie qu’il ne pouvait en être autrement.

UN AVENIR POLITIQUEMENT VIDE

« C’est la dernière élection avant les présidentielles de 2007 ». Cette phrase, prononcée en juin 2004 lors des dernières élections européennes, résume bien le décalage qu’il y a entre le « temps électoral » et le « temps citoyen ». Autrement dit entre 2004 et 2007, politiquement, citoyennement, il ne va rien se passer ( ???). Le temps politique est arrêté, figé.

Si encore, ces dernières élections avaient été significatives, nourries par un intense débat citoyen, ou chacune et chacun s’était impliqué, donnant un résultat clair, aux perspectives incontestables, fondant une représentativité forte... on pourrait en conclure que trois ce n’est pas long. Mais qu’en est-il réellement ?

Les résultats sont édifiants.

Taux d’abstention : 57,20 %. Plus d’un citoyen sur deux n’est pas allé voter... et l’on peut faire l’hypothèse que ces abstentionnistes ne sont pas tous-toutes des « pêcheurs à la ligne » comme aimerait le croire les politiciens pour se rassurer... En fait, manifestement, on croit de moins en moins à ce genre de consultation... et pour cause !

Le parti au pouvoir représente réellement, arithmétiquement, officiellement et j’ajoute « royalement » 6,88% des électeurs inscrits ( ???)... et c’est ce parti, pendant trois ans qui va démanteler les acquis sociaux de la Libération, privatiser, libéraliser, dérèglementer... agir tout ce qu’il y a de plus « démocratiquement » et au nom du peuple français !... on croit rêver.

Mais ce n’est pas tout. Le grand vainqueur de l’élection, celui qui prétend (une fois de plus) au pouvoir, représente 11,95 % des électeurs inscrits... et il a fêté ça au champagne !... sans commentaire.

Certains diront que ce ne sont que les « élections européennes », c’est exact, mais soyons sérieux, tout le monde sait ce qui s’est réellement joué.

Les chiffres donnés ne sont que par rapport aux inscrits ; par rapports aux votants ils sont, respectivement 16,63 et 28,89... ce qui n’est pas extraordinaire quand on prétend représenter le peuple ! Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c’est cette dernière évaluation qui est prise en considération. En effet, ne pas participer à l’élection (quelle qu’en soit la raison), c’est politiquement ne pas exister, à l’image du consommateur qui ne peut pas payer et qui de ce fait, économiquement, n’existe pas. L’existence citoyenne n’est qu’une existence électorale.

Ainsi donc, pendant trois ans il ne va rien se passer de politique. Les mesures et décisions qui vont être prises vont l’être par un petit groupe, en dehors de tout contrôle. Elles vont engager des millions de personnes pendant des générations, dans des domaines essentiels : protection sociale, énergie, environnement, service public... et ce sans possibilité aucune d’intervention. Une telle situation est socialement insupportable, absurde.

Certes, il y a les groupes de pressions, associations, syndicats, partis politiques. Mais que peuvent-ils faire : dire, protester, manifester. Soit, et alors ? Rien n’oblige les décideurs à les entendre, voire même à simplement les écouter... Ceux qui vont prendre les décisions ont une légitimité, les contestataires non.

On mesure ainsi le degrés de dégénérescence de notre démocratie.

Le « temps électoral » est arrêté, comment va-t-on vivre le « temps citoyen » qui lui ne s’arrête jamais. En demandant de nouvelles élections ? Mais au nom de quoi ? Au nom de quoi perturber une règle qui se veut démocratique ? Par pression de la rue ? Mais alors le pouvoir politique ne serait pas l’expression de la rue ? Le « temps électoral » ne serait pas le « temps citoyen » ? Intéressante découverte qui mériterait d’être approfondie.

 20 juin 2004

 

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Publié dans : #matiere a reflexion

VOTER EST UN DROIT, MAIS EST-CE VERITABLEMENT UN DEVOIR ?

 

 

Que le droit de vote soit un progrès par rapport aux autres pratiques politiques, c’est une évidence. Que le système de la représentation politique soit une nécessité dans une société organisée, c’est également difficilement contestable. Pourquoi, en dépit de ces «évidences» une telle méfiance a fini par naître entre les citoyens et «la» politique? Pour une raison apparemment fort simple: l’élection est incapable de répondre aux grands problèmes de notre société. Il a fallu du temps pour faire ce constat, mais aujourd’hui il est en passe d’être établi et compris par un très grand nombre, sinon par la majorité.



Le discours politique sur le «changement», véritable «tarte à la crème» de toutes les campagnes électorales, ne passe plus… par ce que le citoyen sait qu’il est faux… De là à en conclure que celles et ceux qui le tiennent sont des mystificateurs, à défaut d’être des imbéciles (ce qu’ils ne sont pas), il n’y a qu’un pas qui aujourd’hui est franchi.

L’insistance des politiques à vouloir nous faire croire «qu’ils ont la solution» et les pratiques mafieuses et crapuleuses de certains,… agrémentés d’une impunité d’autant plus assurée que la place dans l’appareil de l’Etat est élevée, ont fini par jeter le discrédit sur l’ensemble de la «classe politique» et donc sur le système qui lui assure l’accession au pouvoir.

Une telle «dérive» de la conscience citoyenne est évidemment insupportable pour celles et ceux qui ont en charge le fonctionnement du système. Il leur faut absolument sauver l’illusion d’un consensus populaire, et quoi de mieux comme consensus que la «participation à l’élection». Gauche et Droite réunies n’ont qu’une seule obsession: «que le peuple participe à l’élection», cette participation sera l’expression, la concrétisation de l’adhésion du citoyen au système qui le gruge, de son allégeance au système… et on pourra toujours lui répliquer que «les politiques menées ne sont finalement que l’expression de sa volonté»… bloquant ainsi toute contestation dangereuse. Pour celles et ceux qui n’ont pas compris, on procède par culpabilisation avec l’argument classique: «Des femmes et des hommes sont morts pour le droit de vote»… comme si ces femmes et ces hommes s’étaient battus pour que l’élection devienne la mascarade qu’elle est aujourd’hui! Cautionner une telle chose n’est ce pas les tuer une deuxième fois?

Certes, Droite et Gauche préfèrent chacune voir ses propres membres accéder et occuper le pouvoir pour bénéficier de ses privilèges, mais le principal danger est tout de même cette suspicion citoyenne qui se généralise et dont l’expression est l’abstention, c’est dire un nouveau phénomène politique qui est la remise en question de la comédie électorale qui nous est régulièrement jouée. Droite et Gauche se satisfont parfaitement d’une «alternance politique» qu’elles nous présentent comme la quintessence du fonctionnement démocratique… le problème pour elles c’est que les citoyens y croient, eux, de moins en moins.

Pour combattre cette tendance du «rejet de la politique», en fait «des politiques et de leurs pratiques», tout ce joli monde fait assaut de «civisme», voire de «morale civique», expliquant doctement et avec le plus grand sérieux que la «participation est un acte citoyen» et que celle ou celui qui ne vote pas est, bien entendu, un «mauvais citoyen»… l’abstentionniste n’est qu’un «pêcheur à la ligne»(?) de surcroît «irresponsable»…

Si à une époque, l’abstentionnisme était, encore que, réductible à la nonchalance, à l’irresponsabilité ou la paresse civique, aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas. La montée vertigineuse des taux d’abstention n’a plus rien à voir avec la «pratique de la pêche à la ligne» et dénote au contraire l’émergence d’un phénomène politique qui prend de l’ampleur pour des raisons beaucoup plus graves.

Si le droit de vote demeure aux yeux de toutes et tous un droit, on n’est plus bien certain qu’il constitue encore un devoir. En effet, à la question «Doit-on aller voter?», on ne peut pas ne pas accoler la question «Pour quoi faire?» Or, nous l’avons vu, la réponse à cette dernière question est tout à fait problématique.

«Voter» pour simplement «voter» n’a aucun sens… ou bien alors, il s’agit d’entretenir l’illusion symbolique, la croyance en une utilité politique de choix et de changement… qui n’existent pas. A la limite, et c’est ce vers quoi nous allons, voter dans ces conditions, c'est-à-dire prendre systématiquement les gens pour des imbéciles dans ce qui devrait constituer un acte essentiel de la vie citoyenne, c’est ouvrir la voie à des démagogues dont on sait ce que ça peut donner… rappelez vous la république de Weimar!

Ce n’est donc pas un hasard si, aujourd’hui, nous assistons à une véritable offensive pour faire participer aux élections… c’est la meilleure manière pour faire que rien ne change.

Ce n’est pas non plus un hasard si les taux d’abstention sont minorés et si les calculs de pourcentages obtenus par les candidats sont calculés et diffusés par rapport aux «scrutins exprimés». Refaites les calculs par rapports aux «inscrits» et vous vous rendrez compte que les «élus» sont des «nains politiques»!

Ce n’est pas non plus un hasard si les candidats aux élections, véritables ectoplasmes de la pensée politique, se vendent en utilisant les méthodes du marketing en valorisant leur image, ou celle de leur conjoint-e, ou chanteur/sportif préféré…

Ce n’est pas un hasard si, même s’ils «ne pêchent pas à la ligne», nombre de citoyens éviteront de faire la queue devant une urne, comme on fait la queue devant un boulangerie par temps de pénurie, pour déposer un bulletin qui a perdu tout son sens.

Enfin, ce n’est pas un hasard si régulièrement se repose le problème de savoir si l’on doit rendre le vote obligatoire… ce qui aurait l’avantage de pouvoir officialiser et légitimer l’escroquerie qu’est devenu l’élection.


Patrick MIGNARD                                                                            18 Juin 2004

 

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PEUT-ON AVOIR CONFIANCE DANS LES HOMMES /FEMMES POLITIQUES

Cette question devrait être considérée comme saugrenue dans un régime démocratique. Pourtant, elle se pose avec de plus en plus d’acuité et d’insistance à toute citoyenne et citoyen qui regarde avec un minimum d’attention le fonctionnement de notre société. Comment en est-on arrivé là ?

Que le pouvoir soit corrupteur est une évidence soulignée et prouvée à toutes les époques de l’Histoire. La mise en place d’un système démocratique pouvait laisser espérer un changement qualitatif quand aux rapports au pouvoir et quant à la forme d’exercice du pouvoir : la République. Il faut se rendre à l’évidence, après deux siècles d’existence le système politique dans lequel nous vivons reproduit bien des tares des systèmes précédents.

DU POLITIQUE AU... « POLITICIEN »

A l’origine, groupes et clubs de réflexion, regroupant des hommes et des femmes (rarement au début) particulièrement engagé-e-s... ont incontestablement fait avancer la réflexion politique. Les « clubs », comme l’on disait, produisaient de la réflexion, discutaient sur les valeurs et faisaient des propositions d’action. La Révolution Française a été particulièrement gourmande de ce genre d’activité... au point de l’institutionnaliser. La condition politique de « citoyen » se développant, l’alphabétisation progressant, et les moyens de communication se perfectionnant (la presse d’abord... puis les médias actuels), la réflexion, l’échange, devinrent une pratique politique largement partagée par toutes les classes sociales.

On a pourtant assisté peu à peu à une véritable dérive bureaucratico-totalitaire des partis politiques. De groupes dynamiques, ouverts, pertinents dans leurs analyses, permettant d’ouvrir des perspectives politiques, il sont devenus des officines qui n’ont plus pour objectif que conquérir le pouvoir pour gérer le système marchand et défendre les intérêts de leurs membres.

Aujourd’hui, les partis politiques ne produisent plus rien, ils ne font que gérer, leurs affaires et celles de leurs membres. Ils n’ont aucune intention de changer quoi que ce soit (sinon dans leurs discours) aux principes du système marchand dont ils profitent et font profiter leurs proches. Ils tentent d’accumuler un maximum de fonctions tissant une véritable toile d’araignée dans laquelle ils enserrent et contrôlent l’ensemble de la société. Ils modifient régulièrement et systématiquement les modes d’élections (charcutages des circonscriptions) afin de s’assurer un maximum de postes et éliminer celles et ceux qui les gênent dans leur entreprise.

L’homme politique pédagogue, défenseur d’une cause, de valeurs, l’homme de confiance est devenu souvent un affairiste de la politique. Il est devenu un individu tout disposé à se vendre pour être élu, prêt à promettre tout et n’importe quoi pour séduire l’électeur. Utilisant toutes les techniques du marketing commercial, son seul objectif : le pouvoir et ses privilèges. Il est capable pour cela de braver les lois qu’il a lui-même voté et dont il est le garant, se déconsidérant ainsi aux yeux des citoyens qui voient devant leurs yeux non plus un individu exemplaire, se dévouant, voire se sacrifiant pour le bien commun, mais un arriviste sans scrupule n’hésitant pas à avoir recours au népotisme pour accroître son influence..

Cette situation explique la multitude des scandales politiques, les fameuses « affaires » qui concernent les plus hautes sphères du pouvoir. (voir pour les cas concrets LE CANARD ENCHAINE-journal satirique paraissant le Mercredi).

La situation est aggravée par le fait que, détenant le Pouvoir et en abusant, les « politiciens » ont tout loisir de manipuler et/ou faire pression sur les institutions publiques (la police, la justice, l’administration fiscale,...) pour cacher, étouffer et amnistier leurs pratiques illégales, parfois maffieuses. La soit disante séparation des pouvoirs n’est qu’un leurre pour citoyen naïf.

Il faut cependant noter que ceci touche essentiellement les fonctions électives les plus « prestigieuses », (présidence de la république, députés, sénateurs, conseils municipaux des grandes villes, conseils généraux, régionaux). Toute une multitude de « petits élus » (comme les appellent certains avec un brin de condescendance), souvent au niveau des petites municipalités échappent à cette dérive et remplissent leurs fonctions avec conscience et dévouement. Le problème c’est que ces « petits élus » dépendent, sont dominés, influencés, parfois contraints, par ces grands profiteurs politiques qui font pression sur eux soit par l’intermédiaire des partis politiques, soit des institutions qu’ils phagocytent. De plus aux yeux de l’opinion publique, la méfiance qu’inspirent les « politiciens » rejaillie injustement sur celles et ceux qui font honnêtement leur travail d’élu.

Ainsi le politique, homme respectable et respecté est devenu le « politicien », individu démagogue et qui n’inspire plus la moindre confiance.... C’est souvent « négativement » que l’électeur vote pour quelqu’un... souvenez vous du « Votez escroc, pas facho » lors des présidentielles en mai 2001

DE LA DEMISSION CITOYENNE...

Cette situation extrêmement dégradée du fonctionnement démocratique de la société n’est cependant pas due qu’aux simples acteurs dont il vient d’être question. Si ces acteurs ont pris tout l’espace scénique, c’est que le reste de la population s’est prêté à ce petit jeu. D’acteurs les citoyens sont devenu spectateurs. Le spectacle de la politique n’existe que s’il y a des spectateurs.

La responsabilité en incombe incontestablement à l’ensemble des citoyens qui, par paresse civique, étroitesse de compréhension des mécanismes sociaux, naïveté dans les promesses du système marchand, mais aussi souvent par manque de temps, se sont déchargé des affaires publiques sur celles et ceux qui petit à petit sont devenus les spécialistes de la gestion publique. Il faut dire que tout a été fait par la classe politique pour déresponsabiliser le citoyen et, d’un être en principe actif, en faire un assisté.

Cette démission citoyenne est à la source de toutes les dérives. Cette paresse qui consiste à confier, à abandonner le fonctionnement démocratique à quelques personnes cumulardes et manipulatrices a aboutit à la situation actuelle.

La remarque classique et largement partagée par une bonne partie de la population : « Que voulez vous que l’on y fasse ? » en dit long sur le degrés de démission citoyenne. On comprend alors comment et pourquoi des margoulins qui ont choisi la politique, comme d’autres choisissent la contrebande, ou le trafic de drogue, se sont engouffrés dans la brèche pour le plus grand bénéfice de leurs petites et grandes affaires.

On est donc en droit de se demander que ce signifie ce fameux « sens civique » dont nous abreuvent les politiciens. Même si cette expression a véritablement un sens honorable, prononcée par certains, elle inspire la méfiance, voire le dégoût ou l’indifférence. Le sens civique dans son expression concrète aurait pour première tâche d’éconduire cette classe politique en grande partie parasite... au lieu de, au fil des scrutins, lui donner une légitimité dont on sait au service de quoi elle l’a met.

Ce que les politiciens craignent par-dessus tout, c’est l’abstention, autrement dit le fait pour le citoyen de signifier que l’acte de voter n’a plus de sens, rendant ainsi caduque celle ou celui qui l’incarne, l’élu-e. On comprend ainsi l’extraordinaire énergie déployée pour la classe politique pour amener le citoyen à l’urne... il y va de sa survie. (voir ELECTIONS : PARTICIPER OU PAS ? & ELECTION : PARTICIPER OU PAS ? (suite et fin) et l’article « VOTER EST UN DROIT MAIS EST-CE VERITABLEMENT UN DEVOIR ? » - pas disponible sur le site)

... ET DE SES CONSEQUENCES

Ce n’est désormais plus le politicien qui doit respecter le citoyen c’est l’inverse. Le politicien devient une sorte d’intouchable au service duquel sont celles et ceux qui l’ont élu. Ceint de son immunité, qui à l’origine devait le protéger contre les abus de pouvoir et la répression, on en est arrivé au point que certains élus, et pas des moindres, recherchent cette immunité pour échapper à la Justice ( ???).

Devant le complet verrouillage de l’accès au pouvoir par la classe politique, le citoyen n’a plus qu’une liberté formelle... non plus choisir celui ou celle qu’il souhaite voir élu-e, mais voter pour l’autre afin que le premier ne le soit pas... on inaugure ainsi la « démocratie en creux »... on ne vote plus « pour », mais « contre »... sachant que la classe politique est dans tous les cas gagnante : elle peut asseoir le pouvoir qu’elle détient sur une légitimité exprimée par la participation.

Le plus grave c’est que les politiques ne sont pas là pour trouver des solutions aux problèmes de notre société, mais pour faire en sorte qu’ils soient supportables. Ils n’ont d’ailleurs aucune solution,(voir : DECADENCE) leur seul soucis étant la gestion du système marchand. Les promesses, comme le disait justement un ministre de l’intérieur à la recherche d’une immunité pour éviter les tribunaux, n’engagent que ceux qui y croient et non celles et ceux qui les font. On peut difficilement faire plus cynique.

On ne peut bien entendu faire aucune confiance aux hommes et femmes politiques qui sollicitent nos voix. La séduction a remplacé l’explication. Ils font plus appel à nos sentiments et nos instincts qu’à une réflexion sérieuse sur les problèmes de notre société. Toutes les solutions qu’ils proposent, les promesses qu’ils nous font ont maintes fois été faites... elles n’ont aboutit à rien. C’est sur d’autres bases qu’il faut poser les problèmes... et ce n’est pas avec eux que nous le ferons.

17 juin 2004

 

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MARCHANDISATION ET CITOYENNETE (2)

Nous avons vu, dans « MARCHANDISE ET CITOYENNETE (1) », comment la marchandisation des rapports sociaux a été à l’origine d’une nouvelle rationalité sociale,… de toute une conception nouvelle de comportements désormais jugés « normaux » et « rationnels ». Cette nouvelle conception est trompeuse. Sous prétexte de rationalité, empreinte de « rigueur scientifique », elle se déclare non seulement naturelle, mais indépassable… rendant ainsi, jusqu’à présent, caduque toute tentative de remise en question.

Cette rationalité a aussi une conséquence déterminante sur la conception qu’elle véhicule de l’Homme. Alors que l’on peut logiquement s’attendre à une libération des vieilles croyances et superstitions par la « science », c’est exactement au contraire que l’on assiste : l’asservissement de l’individu à de nouvelles contraintes et son instrumentalisation en vue de l’atteinte d’objectifs qui lui sont étrangers. La rationalité, la science sont mises au service d’un système qui n’a pour unique objectif que, faire de l’argent.

DE L’IRRESPONSABILITE ECONOMIQUE ET DE LA RESPONSABILITE POLITIQUE

Le salarié serait un être libre et responsable, dont l’expression politique serait le citoyen, lui-même libre et responsable. Cette affirmation au cœur du discours politique officiel et dominant est fausse. Elle est basée sur une confusion entre liberté et responsabilité, savamment entretenue par tous les défenseurs, officiels et officieux du système marchand. Ainsi, la « liberté d’entreprendre » responsabiliserait l’entrepreneur dans ses actes économiques. Ainsi la « liberté du salarié » lui permettrait de choisir l’emploi correspondant à la meilleure rémunération. Ainsi la liberté du citoyen lui permettrait de choisir le candidat qu’il désire pour le représenter et qui défendrait le mieux les intérêts collectifs… On peut multiplier les affirmations de ce genre à l’infini… et pourtant, en réfléchissant un minimum, en regardant la réalité sociale… on sait que c’est parfaitement faux. Notre système est basé sur une mystification : salariat et citoyenneté seraient compatibles. Autrement dit serait viable socialement un individu à la fois instrumentalisé par le système marchand, le salarié (on a besoin de lui, on l’embauche, on n’en a plus besoin, on l’exclu), et souverain dans l’exercice du pouvoir (le pouvoir démocratique). Un être à la fois économiquement irresponsable, soumis aux lois du marché, et politiquement responsable au point d’être le fondement même du pouvoir. Une telle construction ne résiste pas à la moindre analyse et aux soubresauts de l’Histoire.

Toute la cohérence de notre système politique, de notre système de valeur, est basée sur cette affirmation absurde. Tout le discours politique est fondé sur cette contradiction. Toute l’idéologie sur la soit disante « modernité » des rapports sociaux et/ou de la démocratie, tend à avaliser comme naturel et définitivement acquise cette situation. Et l’on s’étonne que de plus en plus de citoyen doutent ? Mais c’est le contraire qui serait surprenant.

Le discours politique, en fait « politicien », ne se fonde que sur la citoyenneté, c'est-à-dire l’aspect le plus valorisant pour le système… ignorant superbement la condition salariale qui fait de l’individu un « incapable majeur » sur le plan économique. La citoyenneté, qui est fondamentalement déterminée par la dépendance aux lois de l’économie de marché, donne l’illusion de la plénitude sociale et politique de l’individu alors qu’il est dépendant des lois économiques du système marchand. Un système parfaitement incompatible avec la dignité humaine, parfaitement incompatible avec la défense et le respect des droits de l’homme. Un système qui n’accorde qu’une liberté formelle.

Ceci peut paraître paradoxal, mais c’est un fait largement démontré par la pratique… on peut être citoyen et parfaitement « irresponsable ».

LE SALARIAT CONTRE LA CITOYENNETE

Tant que le système marchand a pu assurer à la plus grande partie de la population une « place », autrement dit tant qu’il a eu un besoin massif de force de travail pour se développer, l’illusion a joué en sa faveur. Certes, les conflits existaient, sur la rémunération (revendications salariales), sur les conditions de travail ... mais globalement chacun avait sa place, était reconnu, et se savait reconnu…. Au point que ce système, dans les pays développés, quoique contesté, n’a jamais été aboli… le système pouvait s’acheter la paix sociale… il ne le peut plus (voir l’article NEGOCIER ? MAIS NEGOCIER QUOI ?)

La mondialisation marchande qui permet une relativisation des coûts, et en particulier ceux liés à la force de travail, les facilités de déplacement et de communication, qui sont un aspect non négligeable de cette mondialisation, et le développement inouï des capacités techniques de production accroissant la productivité du travail et donc son remplacement massif par des machines, a changé la donne sans jamais changer l’objectif… L’illusion joue de moins en moins (voir l’article « DECADENCE »). Le statut de salarié « colle » de moins en moins bien avec celui de citoyen. Le chômeur, l’exclu est la personnification parfaite de cette contradiction : il a le droit de vote, mais pas le droit au travail.

Ainsi, « le citoyen » dont tous les politiciens se gargarisent, est en fait une enveloppe socialement vide, certes sympathique et attirante, mais hélas vide de sens, vide de sens social, vide de sens économique et donc vide de sens politique. La définition théorique en soi de la citoyenneté n’a rien de contestable, ce qui l’est par contre c’est sa réalité sociale. Une citoyenneté fondée sur un système économique qui ne considère l’individu que comme producteur de valeur et/ou consommateur, qui le soumet à ses lois, n’a par essence aucun sens, sinon celui que lui donne le discours officiel qui ne s’en tient qu’à l’aspect superficiel des choses et oblitère totalement la véritable réalité économique et sociale.

Disons le tout net : le salariat, la marchandise sont parfaitement incompatibles et contradictoires avec ce que l’on appelle la citoyenneté, ce qui veut dire par voie de conséquence qu’être citoyen c’est tout faire pour abolir ce système marchand. Etre citoyen ce n’est pas entériner cette mystification entre salariat et citoyenneté, c’est dénoncer ce système qui a fait de la citoyenneté sa caution morale.

LA CITOYENNETE COMME DEPASSEMENT DE LA CITOYENNETE

Le concept de « citoyenneté » n’est donc pas à rejeter en bloc dans une critique du « citoyennisme » qui pourrait s’apparenter à une forme de nihilisme. Les valeurs et les principes qui fondent la citoyenneté n’ont rien perdu ni de leur force, ni de leur actualité. La citoyenneté doit se concevoir comme une arme offensive contre un système qui la dénature… elle est incontestablement un acquis de l’Histoire qui doit être préservé, mais aussi mis au service de la libération totale du genre humain.

Il est vrai qu’aujourd’hui, comme hier d’ailleurs, la citoyenneté a été utilisé, dans les pays développés, plus pour justifier l’asservissement que pour faire de l’individu un sujet de sa propre histoire. Par contre, cette même citoyenneté a été un des éléments moteurs de la prise de conscience des peuples colonisés pour secouer le joug colonial.

La citoyenneté doit se dégager de la gangue idéologique qui la relie pour son malheur au système marchand qui est un système d’asservissement. Revendiquer sa qualité de citoyen c’est montrer la contradiction dans laquelle nous met la marchandise : objet économique/sujet politique.

Le système marchand avili le citoyen au point d’en faire un simple instrument du processus électoral. Dans ce système le citoyen ne sert qu’à légitimer le pouvoir lui-même garant de la domination de la marchandise. Le conditionnement, la soit disante « morale civique » et tous les discours de la classe politique n’ont qu’un but : se servir du citoyen pour asseoir leur domination. Ainsi, dans ce contexte, le citoyen, l’est d’autant moins qu’il adhère à cette manipulation et à cette mystification.

La « citoyenneté marchande » n’est pas LA citoyenneté, elle n’est qu’une caricature… demandez à un chômeur, à un exclu ?... pour tous les autres il ne s’agit que de degrés dans l’aliénation et la dépendance. Notre tâche aujourd’hui est de démonter (et de démontrer) le statut du « citoyen marchandisé » et ce, pas simplement de matière théorique, mais en initiant de nouvelles pratiques sociales (voir l’article TRANSITION). C’est alors à partir de cette déconstruction que l’on pourra construire un monde nouveau.

11 juin 2004 Patrick MIGNARD

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MARCHANDISATION ET CITOYENNETE (1)

Les idéologues du système marchand ont coutume de confondre marché et responsabilité, marché et citoyenneté. Le consommateur « libre » serait la réplique parfaite de l’ « homo politicus », le citoyen, libre par essence. Le marché, ou plutôt, les lois du marchés, seraient, non seulement le meilleur moyens d’affectation des moyens de production, de répartition des richesses produites, mais aussi le meilleur moyen afin que s’ « exprime l’esprit d’initiative et de responsabilité de l’être humain ». Cette vision qui constitue un des socles les plus solides de la « pensée unique » est en passe de constituer dans l’inconscient collectif le fondement de tout comportement individuel et collectif. Et pourtant …

Il n’en a pas été toujours ainsi. La « rationalité » du comportement humain, forcément social, n’a pas toujours, dans l’Histoire, était déterminée de la manière dont elle l’est aujourd’hui. Ceci permet de prendre conscience de la relativité des « évidences », et doit nous permettre de prendre un recul nécessaire pour porter un jugement sur le « sens » de ce que l’on voit, et donc des jugements que l’on est amené à porter sur soi et/ou sur les autres… et, bien sûr, à intégrer tout cela dans la construction d’un « monde nouveau »

L’ IRRESISTIBLE ASCENSION DE L’ « ESPRIT » DU MARCHE

La responsabilité ou l’irresponsabilité de l’individu est toujours fonction du rapport social dominant. Quiconque transgresse les lois existantes est taxé d’irrationalité voire de folie. L’Histoire est pleine, et jusqu’à aujourd’hui, de ces individus qui, contre « toute évidence » se sont élevés ou ont dénoncé des principes sociaux et économiques, ont été condamnés pour cela, pour… être réhabilités quelques siècles plus tard, souvent considérés comme des précurseurs, voire des visionnaires (?).

C’est durant le Moyen Age (et oui !) qu’ont été jetées les bases de ce qui constitue aujourd’hui le « comportement rationnel de l’être social », c’est à dire de ce qui est perçu, convenu, accepté, comme un comportement « économiquement normal » ou dit autrement « socialement normal ». En effet, face à une conception sociale et politique dominée par la religion durant les siècles de cette époque, s’est peu à peu développé un comportement, une activité, une manière de faire et d’être tout à fait nouvelle (voir l’article » LES MYTHES ECONOMIQUES »).

Les « marchands » vont, de l’an 1000 au 18e siècle donner un autre sens à l’activité sociale et à l’image sociale de l’individu. On va passer de l’individu « sujet de Dieu » à l’ « être social sujet de sa propre histoire ». Ainsi la notion de responsabilité va se « laïciser »… l’être humain du Moyen Age, responsable de ses actes devant Dieu, et craignant ce dernier dans tous ses actes de la vie, va céder peu à peu la place à un individu pour lequel le « sens des affaires » va devenir la préoccupation dominante. « Faire de l’argent » va devenir au moins aussi important que de « faire plaisir à Dieu ». D’ailleurs l’Eglise ne s’y est pas trompé et à vu très rapidement les risques que représentait ce nouveau comportement qui, en quelque sorte, la concurrençait dans sa domination sociale. Ce processus va bien entendu affecter toutes les instances de la société et même, et surtout, le Pouvoir. La Renaissance d’abord et ensuite et surtout le Siècle des Lumières vont être les étapes que cette « mutation mentale » et, c’est la bourgeoisie commerçante qui sera le fer de lance du changement politique et économique qui aboutira à l’instauration et à la généralisation de l’économie marchande au 18 et surtout aux 19e et 20e siècle.

Sans pour cela nier Dieu, celui-ci va prendre un sérieux « coup de vieux » et va se voir relégué aux marges des préoccupations humaines. D’un Dieu fondateur de valeurs, on va passer à un Dieu « caution » des nouvelles valeurs. Celles ci vont se fondre dans le moule utilisé à fabriquer l’essence de la nouvelle société : l’argent.

LE REGNE DE LA MORALE MARCHANDE

Aujourd’hui c’est chose acquise et intégrée, la morale marchande nous pénètre toutes et tous et nous détermine dans notre comportement social ainsi que dans le jugement et la perception que nous avons de l’Autre. De manière générale, il ne vient pas socialement et politiquement (c'est-à-dire tant dans la manière d’agir que dans la conception de l’organisation sociale) au plus grand nombre d’entre nous d’accréditer une rationalité autre que celle qui préside à la cohérence du système marchand dominant. Remettre en question cette rationalité demande un énorme effort d’ « arrachement » à la norme sociale… effort aussi important que celui que devaient fournir celles et ceux de nos ancêtres remettant en cause la conception déiste de la société. Remettre en question cette rationalité c’est être montré du doigt, considéré comme un « hérétique », un utopiste ou un fou (ce qui est considéré comme la même chose ou à peu prés), voire un être dangereux… Galilée n’est pas simplement condamné parce qu’il voit « la terre tourner autour du soleil » mais parce qu’il remet en question toute une conception de l’univers qui fonde la société.

Sans parler des conservateurs, c’est à dire celles et ceux qui souhaitent perpétuer le système dominant, les progressistes tombent dans le piège du caractère indépassable de la norme (aujourd’hui marchande) dominante. Le « changement » n’est alors conçu que comme un « aménagement » du système dominant, c’est à dire dans le plus grand respect de ce qui en constitue son fondement. Qui en effet aujourd’hui remet en question (en dépit de la frénésie des discours essentiellement incantatoires) la marchandise et ses principes d’existence et son fonctionnement ? A peu prés personne,… et d’ailleurs le critère de responsabilité se fonde sur ce respect, c’est à dire sur la reconnaissance explicite ou implicite du fondement de sa rationalité. Remettre en question la marchandise est socialement considéré comme parfaitement irresponsable. On conteste, on fustige le marché pour ses excès, parce que « on ne le contrôle pas suffisamment », mais en aucun cas on ne remet en question son existence, son essence. Ainsi se développe une espèce de « contestation molle », de pseudo radicalité, qui donne l’impression de la radicalité à celles et ceux qui la tiennent ou qui la reçoivent, contestation qui devient l’ «alibi démocratique » de la perpétuation du système marchand.

Assimiler « citoyenneté " et « économie de marché » constitue une des plus grande mystification de ces deux derniers siècles. En effet, qu’un système, qui a pour principe d’instrumentaliser l’être humain, puisse se parer, idéologiquement, du concept de citoyenneté a quelque chose d’extraordinaire. Et ça marche. Ca marche au point que le rapport marchand structure notre rapport social dans ce qu’il a de plus intime et personnel. Prenons le cas du respect de l’autre et du civisme : le respect de l’autre, dans notre activité sociale est garanti, non par le respect qu’on lui porte, mais la crainte que l’on a d’avoir un malus par notre compagnie d’assurance. Ainsi, c’est l’entreprise d’assurance (entreprise marchande) devient implicitement la garante du respect des codes de bonne conduite.( ???). Sans parler de nos besoins qui sont dictés non par nos goûts ou notre besoin nutritionnel mais par les services marketing des grosses entreprises de l’industrie agro-alimentaire… il est évident qu’un gamin qui mange pour son goûter du pain et du chocolat est un ridicule passéiste aux yeux des autres.

Ainsi, la rationalité marchande ne nous agresse plus parce que nous l’avons intégré, elle est en nous. Nous l’avons intégré comme nos ancêtres avaient intégré les valeurs de leur époque. Elle est en passe de constituer, et constitue pour la plus grande masse, l’essence de notre comportement social.

Mais, de même que la foi (quelle que soit la religion, mono ou polythéiste) était prétexte à tous les excès et atrocités, l’Argent et le système qui le sous tend va être, et est, le prétexte à tous les conflits et de toutes les aberrations telle que (et ce n’est pas la seule), la destruction de notre environnement, l’accroissement des inégalités et de la pauvreté dans un monde de plus en plus à même de pouvoir, physiquement mais pas socialement, satisfaire les besoins de chaque individu… et c’est là, par la prise de conscience de ces situations, que réside le salut de l’humain, autrement dit c’est là, et par là, que l’Histoire se fait.

9 juin 2004 Patrick MIGNARD

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