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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

URGENCE MAIS PAS PRECIPITATION

"Un texte circule sur le net, il s'agit d'un texte, daté de juin 2002, intitulé "URGENCE" (voir supra, ndlr) dont l'auteur est Yves SALESSE, militant associatif mais qui oublie de dire qu'il était aussi " conseiller spécial " (dixit "Le Monde" du 1er oct.2002) de Jean Claude GAYSSOT (ce qui est déjà moins " neutre "). Je pense que ce texte très intéressant pose le problème des rapports partis politiques-mouvement social...d'où son intérêt et sa lecture particulièrement édifiante. Tout(e) citoyen(ne) qui souhaite agir pour le changement social doit se déterminer par rapport à la problématique posée et qui est celle, à mes yeux , qui va dans l'intérêt des organisations politiques qui essayent aujourd'hui de se refaire une virginité politique.

Il est extraordinaire, mais somme toute logique, de voir comment, aujourd'hui, les organisations politiques " de gauche " qui ont pendant des années géré le système marchand, procédé à des privatisations, n'ont pas hésité à réprimer sans papiers, syndicalistes et anti fascistes, se précipitent tout à coup dans les bras du mouvement social.

Il apparaît comme un fait acquis pour certains que la Gauche doit être l'axe autour duquel doit se structurer le mouvement social en vue du changement social. C'est prendre ses désirs pour des réalités. C'est une fois de plus, pour les bureaucraties politico-parisiennes, vouloir instrumentaliser le mouvement social. Il est urgent de s'opposer à cette dérive dont on sait ce qu'elle va apporter.

Doit-on recomposer " la gauche " ?

Que cette question obsède les organisations politiques " de gauche ", après le désastre des dernières élections présidentielles et législatives, on le comprend tout à fait. Mais en quoi cette question concerne le mouvement social ? C'est faire un lien direct entre les partis politiques de Gauche et le mouvement social. Mais au nom de quoi ce lien devrait-il exister ? Qui l'a décrété ? A partie de quoi peut-on l'établir ? De la politique qu'ont mené les organisations de la Gauche au pouvoir durant des années ? De leur conception des rapports sociaux marchandisés qu'elles ont géré et de manière efficace, au point que la droite n'a plus d'alternative économique spécifique ? (ne me citez pas les privatisations, c'est la Gauche qui a ouvert le ban).

Qu'il y ai une crise de la représentation politique c'est une évidence, mais affirmer que le dépassement de cette situation passe par une recomposition de la gauche c'est de facto partir de l'hypothèse que la gauche aurait un rôle particulier dans la représentation du mouvement social, car c'est bien de cela dont il s'agit. Or, cette hypothèse est tout à fait farfelue, ne serait qu'à la lumière des derniers mois qui ont vu un désaveu total des organisation de Gauche. Et puis vidons l'abcès jusqu'au bout : qu'elle différence y a-t-il fondamentalement entre la Droite et la Gauche ? Des valeurs ? Lesquelles. Certainement pas les valeurs qui fondent notre société dites " valeurs de la République " parce que si c'est le cas, comment interpréter le discours des dirigeants de la Gauche appelant (ce qui était politiquement juste) à voter pour Chirac face à l'extrême droite… au nom de la défense de ces valeurs ( ? ? ?). Les valeurs sont donc bien communes. Alors qu'elle est la différence ? Une coupure radicale dans la critique de l'économie de marché ? De la marchandisation des rapports sociaux ? Certainement pas, toutes les forces de gauche (y compris le PCF) se sont rallié à l'économie de marché. La différence ne porte véritablement que sur des nuances marginales qui correspondent à des intérêts particuliers ou plus ou moins idéologiques mais qui sont parfaitement conformes aux intérêts du système marchand. Mais leurs déclarations direz vous ? contre l' " argent-roi " et autre slogan ? Honnètement, qui peut prendre au sérieux les déclarations électorales des organisations de Gauche ? Qui peut avoir la moindre confiance dans les déclarations d'un Hue, d'un Gayssot, d'un Hollande, d'un Emmanuelli, d'un Mamère ? Qui peut faire confiance à tous ces démagogues qui veulent nous refaire le coup de " Changer la vie ", " Faire renaître l'espoir ", " Monde Nouveau " et autres sornettes pour militants naïfs ?

Croyez vous vraiment que si Jospin avait été élu et qu'un gouvernement de gauche ait été reconduit en avril, ces partis politiques de Gauche poseraient le problème comme le pose Yves SALESSE ? Cette manière d'essayer de séduire le mouvement social est typique d'organisations aux abois (le PCF en particulier qui a le plus perdu) qui ne sait plus trop bien comment raccrocher les wagons de l'Histoire qui lui échappe. Et c'est cette Gauche qu'il faudrait recomposer, reconstruire, rénover ?… mais pour qui nous prend-t-on ? Je n'ai aucune envie, et je ne suis pas le seul à me réunir pour discuter sur quelle Gauche il faut reconstruire. Et pour être plus convaincants, Yves SALESSE parle de " Partis politiques véritablement de gauche ", mais c'est quoi " être véritablement de Gauche ", c'est ce qu'est le PCF, la partie gauche du PS ? La Gauche plurielle était-elle " véritablement de gauche " ? Désolé mais ce discours de bureaucrate ne marche plus. Si le mouvement social s'attelle à cette tache, se perd dans ces considérations stupides, il est stérilisé, ce qui veut dire que vont se reproduire les magouilles, les récupérations, les divergences, les conflits de chapelles que nous vivons depuis des années. Il nous faut aujourd'hui absolument rompre avec cette logique socialement et politiquement mortifaire.

Sur les relations partis-mouvement social

Dire que " Il semble désormais acquis que le mouvement social et forces politiques n'agissent pas dans des champs séparé, n'ont pas de terrains séparés " est absolument faux. Et ceci est d'autant plus faux que les partis en question sont au pouvoir. En effet la logique des forces politiques sont essentiellement une logique électorale, leur objectif essentiel est d'accéder au pouvoir et de gérer le système marchand. Ce n'est pas une affirmation gratuite ce sont des faits, c'est exactement ce qu'ont fait les partis de gauche quant ils ont été au pouvoir. A ce que je sache, et en tant que participant au mouvement social, ce n'était pas dans ce champs là que nous l'on se situait. Certes, certains partis du pouvoir participaient à des manifestations du mouvement social, ce qui montre d'ailleurs le cynisme de leur direction qui voulait gagner sur les deux tableaux : à la fois au pouvoir et dans la rue qui contestait ce même pouvoir. C'est bien ce double discours qu'il nous faut aujourd'hui dénoncer. C'est bien ce double discours qui doit nous faire dire que nous n'avons aucune confiance dans l'engagement politique de ces organisations qui à la première occasion nous trahiront. C'est bien ce double discours qui doit nous faire nous méfier et repenser de fond en comble les relations partis-mouvement social.

Repenser les rapports entre partis politique et mouvement n'est certainement pas reproduire, même avec toutes les meilleures intentions du monde, les rapports destructeurs de dépendance du mouvement social aux intérêts des partis. L'association ATTAC est un exemple significatif de l'instrumentalisation d'un mouvement, qui pouvait paraître prometteur, par le MDC, le PCF et la LCR, sinon au niveau local (quoiqu'il y ai eu des tentatives), mais assurément au niveau national. Quand on lit (Le Monde du 3 oct.) que pour Alain BOCQUET (PCF), la manif de défense du service public constitue pour le PCF " un bon carburant ", on ne peut que s'interroger sur cette fameuse liaison parti-mouvement social, et encore je suis persuadé que le PC n'est pas le seul à penser comme ça. Soyons sérieux, la tentative de récupération ne sont pas un fantasme d'inorganisés, mais bien un processus récurrent de toute mobilisation. Que le mouvement social ait une dynamique autonome est absolument indispensable. Ce n'est pas un a priori théorique, c'est la conclusion de ce que nous avons vécu et vivons. Dans son texte , Yves SALASSE prend le mouvement social comme une juxtaposition de luttes catégorielles " Les organisations du mouvement social… interviennent sur des sujets spécifiques, défendent des catégories de personnes spécifiques ". Bref, le mouvement social est un truc éclaté qui a besoin d'unification et bien entendu ce seraient les partis politiques qui joueraient ce rôle. Le schéma est séduisant, le problème c'est que ça ne marche pas comme ça. Que le mouvement social ai besoin d'une synthèse de ce qu'il fait, de ce qu'il pose, de ce qu'il discute, est une évidence, mais ce ne sont certainement pas les partis politiques qui peuvent jouer ce rôle de synthétiseur. Pourquoi ? simplement parce que les partis sont incontrôlables par les citoyens, ce sont des organisations privées, avec leur logique, leur fonctionnement, leur bureaucratie, leurs intérêt politico-catégoriels, leurs ambitions, leurs objectifs plus ou moins claires, leurs promesses dont on sait ce qu'elles valent. Mais me dira-t-on, il y a dans ces partis des citoyens(nes) qui participent aux luttes. Et alors, c'est très bien et tant mieux, mais ça ne donne pas le droit au parti de prendre directement ou indirectement (parce que c'est de cela dont il s'agit malgré toutes les dénégations… j'ai été militant politique, je sais de quoi je parle ) les rennes de la contestation sociale. Le mouvement social, et d'une manière générale le changement social, est une chose trop importante pour la confier aux partis politiques.

Pour une nouvelle conception des relations partis politique-mouvement social.

Le mouvement social mène des luttes catégorielles (service public, OGM, lutte contre la mondialisation financière, sans papiers,…). Toutes ces luttes ont un point commun qui n'est pas évident au premier abord : la lutte contre la marchandisation des rapports sociaux. Il est aujourd'hui indispensable de poser le problème global du mouvement en ces terme. Chose qu'aucun parti ne fait. Certains(nes) s'y emploient loin des caméras et des campagnes médiatico-électorales… en se réunissant dans des petites villes, en parcourant des kilomètres sur des départementales, en s'organisant pour établir des relations entre producteurs et consommateurs, en organisant des rencontres, des conférences. Tout un fourmillement d'actions et de réflexion existe, sans éclat et loin des " penseurs " parisiens qui défraient les chroniques à la télé ou dans les journaux nationaux. C'est cette action qui doit etre amplifiée , ce sont ces luttes, ces réflexions qui doivent se fédérer. Ce sont tous ces petits comités citoyens qui doivent échanger les expériences et les réflexions. Là oui, il y a un travail à faire. Nous n'avons pas besoin pour cela de partis politiques. Qu'ils existent soit, qu'ils aient des idées soit, on est même prêts à en prendre quelques unes qui nous paraissent bonnes, et il doit bien y en avoir, mais que surtout ils ne nous organisent pas, ne nous dictent pas une ligne (la leur, et forcément la meilleure), que l'on fasse confiance une bonne fois pour toutes aux citoyens (nes).On a trop vu ce que cela donnait.

Que se mette en place une coordination, une fédération (peu importe le mot, c'est le sens qui compte) du mouvement social est indispensable, mais une coordination, par une direction où s'affronteraient les partis politiques (cf. ATTAC national). Qu'il n'y ai dans cette coordination aucun leader politique (on peut être politique sans être un militant d'une organisation politique… et oui ! ! !). Qu'il y ai un contrôle permanent de la base et une rotation des responsabilités pour éviter toute bureaucratisation. Est ce à dire que tous les problèmes seront résolus et les garanties assurées, certainement pas, mais au moins on ne recommencera pas une fois de plus les erreurs du passé. D'autres difficultés de fonctionnement apparaîtront certainement et il faudra apprendre à les dépasser. C'est au sein de cette coordination que se posera le problème de la stratégie politique, à partir d'une réflexion citoyenne, des expériences et des espoirs de tous(tes), mais certainement pas à partir de plateformes, programmes et autres manifestes prédigérés par des politiciens professionnels. Ca prendra plus de temps, peut-être mais ce sera certainement plus efficace et en tout cas plus démocratique. Il y a urgence à faire cela, c'est certain, mais surtout pas de précipitation. Repensons la lutte sociale et l'engagement politique sur des bases saines. Ne retombons pas dans les vieux schémas qui ont fait faillite et ne succombons pas aux sirènes qui viennent, une fois de plus, nous promettre des " lendemains qui chantent ".

Novembre    2002                                                         Patrick MIGNARD

 

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