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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

VOIX SANS ISSUE

Emoi dans les mairies en cette fin d’année : les jeunes, issus de l’immigration s’inscrivent massivement sur les listes électorales. Malgré le fait que l’inscription est désormais automatique, ce mouvement n’est pas sans intérêt et est un révélateur... mais de quoi ?

La révolte des banlieues n’est certainement pas étrangère à ce regain de civisme électoral. Il en faudra cependant plus pour faire de cet épisode un facteur essentiel de changement.

LA SCENE ET SES COULISSES

C’est avec soulagement que les politiciens voient les jeunes révoltés des banlieues abandonner le cocktail molotov pour la carte d’électeur. Ceci signifie au moins une chose, c’est qu’ils ont décidé de changer de méthode. « Enfin, se disent, les politiciens nous voici revenu en terrain connu ». Cette poussée juvénile de civisme électoral n’est évidemment pas sans arrière pensée politique. L’important pour eux n’est pas que ces jeunes se sentent citoyens, ils n’en ont rien à foutre et l’ont montré depuis des décennies, mais surtout quelles conséquences électorales va avoir ce nouveau phénomène.

Il faut dire que cette prise de conscience de la nécessité de la participation électorale ne s’est pas faite spontanément. Tout ce que notre société compte de personnages « médiatico influents » susceptibles de plaire aux jeunes s’y est mis. Vedettes du « chobize » multimillionnaires, sportifs-vedettes non moins multimillionnaires ont fait le forcing pour canaliser la révolte vers des horizons compatibles avec leurs situations de nouveaux riches privilégiés. Il est vrai qu’aujourd’hui, dans notre société les maîtres penseurs ne sont plus celles et ceux qui ont réfléchi et ont quelque chose à dire, mais les sportifs médiatisés, judokas courtisans, cycliste dopés, chanteurs défoncés/déjantés, acteurs mégalos, qui marchent la main dans la main avec les politiques dont ils sont ou croient être les faire valoir.

Les politiques ne sont pas non plus restés inactifs. Des organisations comme « SOS Racisme » et « Ni putes ni soumises » dont il est de notoriété publique qu’elles sont le « cache sexe » du Parti Socialiste (si tant est que le PS ait encore un sexe !) ont agi en sous main dans les cités pour gonfler sa clientèle électorale. Les autres organisations de gauche ne sont pas en reste et espèrent bien récupérer quelques dérisoires miettes de cette opération. La droite quant à elle a essayé de jouer de la peur pour radicaliser un électorat minable et peureux prêt à se jeter dans les bras du premier démagogue venu. Comme Harpagon comptant ses sous, les « maffiosi » politiques commencent à faire leurs comptes.

Si en coulisse l’ambiance est plutôt nauséabonde, sur scène tout est clean. Les jeunes interrogés veulent véritablement être reconnus et le seul moyen qu’on leur donne à espérer est celui de voter... Mais voter pour qui et pour quoi faire ?

LA FARCE ET SES DINDONS

Voter pour qui et pour quoi faire ? C’est la bonne question à laquelle nul ne répond. Et pour cause !

Curieusement, dans une logique de désengagement électoral (voir les taux d’abstention), des jeunes font le choix d’aller voter. Alors ? Sursaut d’une génération qui a repris confiance dans les charmes vénéneux de la démocratie marchande ? Certainement pas. Plutôt l’expression d’un état de dépolitisation absolu qui, soumis à la pression politicienne ambiante, largement appuyée par les médias, exploitée par les requins de la politique, découvre, ou plutôt vont découvrir, ce que beaucoup ont déjà dénoncé : la farce électorale.

La volonté de devenir acteur, de pouvoir s’exprimer passe, officiellement, dans notre société exclusivement par le canal électoral... « Votez, on fera le reste ! ». Seul problème : si les élections servaient véritablement à changer les choses, ça se saurait depuis longtemps. On sait et on en fait l’expérience à chaque scrutin : les élections passent, les promesses s’accumulent, les candidats se multiplient,... mais rien ne change.

Les jeunes qui croient que l’utilisation du bulletin de vote va changer leur vie vont être évidemment vite déçus comme toutes celles et tous ceux qui y ont cru. Ils vont être eux aussi les dindons d’une farce qui va engraisser une classe politique parasite qui n’hésitera pas à réutiliser la force lorsque les illusions et les mirages se seront estompés.

Quand le pouvoir politique, suite à des troubles sociaux ou agitation sociale siffle la fin de la récréation, ceci signifie qu’il faut rentrer dans le rang et la meilleure manière de procéder est de remettre les pendules à l’heure en envoyant tout le monde dans l’isoloir... on n’est généralement pas surpris du résultat qui est toujours le même : on prend les mêmes et on recommence comme avant.

Le grenouillage politique va s’amplifier à l’approche des futurs scrutins. Il y avait longtemps que le « marché électoral » n’avait pas de nouveaux « consommateurs ». C’est désormais chose faite avec cette nouvelle frange de jeunes. Le marketing électoral va pouvoir s’en donner à cœur joie.

31 décembre 2005                                                                     Patrick MIGNARD

Voir également les articles :

« ELECTIONS : PARTICIPER OU PAS ? & ELECTION : PARTICIPER OU PAS ? (suite et fin) »

« VOTER EST UN DROIT, MAIS EST-CE VERITABLEMENT UN DEVOIR ? » (ndlr : pas disponible sur altermonde...)

 

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ILS NE CEDERONT PLUS RIEN !...

Depuis plusieurs années on peut douloureusement constater que les conflits sociaux, pour aussi durs et longs qu’ils soient aboutissent de moins en moins à la satisfaction des revendications et que, de guerre lasse, les mouvements de protestation se terminent sans rien avoir obtenu... ou pas grand-chose.

Cette situation est en passe de devenir le pain quotidien des luttes sociales au point que le citoyen, le salarié ne sait plus très bien « quoi faire » et risque de tomber dans le découragement et l’abandon, ballotté par les éternelles promesses des politiciens démagogues.

UN DURCISSEMENT INEXORABLE

Depuis le 19e siècle, les conquêtes sociales, du moins dans les pays développés ne sont pas négligeables. Tant que les revendications sociales (salaires, protection sociale, conditions de travail,...) ont coïncidé avec des conditions compatibles avec l’intérêt du système marchand, elles ont été plus ou moins satisfaites.

Ces conquêtes n’ont jamais été accordées volontairement par les Etats comme ils essaient de nous le faire croire. Elles ont toujours été le fruit d’âpres luttes entre les salariés et les possesseurs du capital et leurs représentants officiels.

Aujourd’hui cette dynamique de conquêtes sociales est en passe de s’enrayer. Pourquoi ?

Ils ne cèderont plus rien parce qu’ils savent que face à la mondialisation marchande ils ne peuvent plus céder, mais également que le mouvement social avec sa stratégie actuelle est impuissant à leur imposer un rapport de force qui les ferait céder

Ils ne peuvent plus céder parce que la mondialisation marchande impose ses conditions par l’établissement d’un marché mondial et parce qu’il a été fait le choix politique, par les Etats, de s’en remettre à lui et quasi exclusivement à lui pour traiter de la condition de la production et des échanges. L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) - entre autres - n’est que l’expression institutionnelle de cette volonté.

Ils peuvent ne plus céder parce que le mouvement social est à bout de souffle, de perspectives et d’imagination dans sa manière de poser les problèmes et de lutter.... Ses structures vermoulues, bureaucratisées, collaborationnistes et parfois corrompues entretiennent l’illusion que le dialogue et la négociation sont encore possibles et qu’en toute extrémité on aura recours à des formes de luttes dont on sait qu’elles ne donnent plus rien.

Pourquoi les gestionnaires, de droite comme de gauche du système marchand négocieraient-ils puisqu’ils savent désormais que leurs mesures passeront ?

La porte est donc ouverte pour le système de « récupérer » tout ce qu’il a du concéder au cours des décennies précédentes. Désormais, les conditions économiques mondiales, mais aussi politiques, sont favorables au développement du capital avec le minimum d’entrave. Désormais les conditions sont mures pour liquider l’ensemble des acquis sociaux et revenir sans entraves sociales aux fondamentaux du système marchand : bas salaires, absence de protection sociale, durée de travail illimitée (pour celles et ceux qui en trouvent), concurrence effrénée entre salariés pour avoir un travail...

Ils savent d’autre part qu’en l’absence de toute alternative politique sérieuse, et avec un système électoral complètement verrouillé ils ne courent aucun risque de se faire éconduire... Si ce n’est pas la Droite qui passe, c’est la Gauche et réciproquement... Rien ne peut changer.

UN MOUVEMENT SOCIAL DESORIENTE

Les vieilles méthodes de contestations sociales héritées du 19e siècle ne marchent plus. Elles ont bien servi, mais aujourd’hui elles ne sont manifestement plus adaptées aux nouvelles conditions géopolitiques de la valorisation du capital et, de manière générale, à la mondialisation marchande.

Le problème c’est que les organisations syndicales ont tout intérêt à cacher cette réalité et à continuer à faire croire qu’elles servent, défendant par là même des, leurs, intérêts bureaucratiques parfaitement compatibles avec le fonctionnement du système marchand. D’ailleurs le système ne s’y trompe pas et souhaite des syndicats « responsables », « intégrés » et « respectés » par leurs adhérents.

Les salariés qui n’avaient jamais très bien compris la division syndicale et doutent de plus en plus de l’efficacité des manifestations, pétitions, délégations et même de la grève, voient aujourd’hui les dégâts d’une telle situation, d’un tel autisme syndical.

Le mouvement social, revendicatif, va d’échec en échec avec des défaites d’une ampleur inégalée et inestimable : retraites, protection sociale, service public, emploi, droit du travail. Les salariés ne sont plus vaincus sur des revendications catégorielles, mais sur les fondements même de leur statut et la remise en question des fondements historiques de leurs acquis sociaux.

Ce ne sont plus quelques batailles que nous perdons, mais carrément la guerre.

Le discours des bureaucraties syndicales qui essayent d’atténuer l’amertume en déclarant « victoires » des « défaites », ou en faisant croire que « le combat continue » malgré la « reprise du travail », passe de moins en moins.

La désyndicalisation, l’abattement gagnent les troupes. Les taux de participations aux grèves de moins en moins efficaces sont en chute libre.

L’impression est entrain de dominer qu’ « ils ne cèderont plus rien » et que l’on n’a pas/plus les moyens de les faire céder... le temps de la « démerde » individuelle est arrivé.

QUE FAIRE ?

Certainement pas continuer à fonctionner comme jusqu’à présent...

Ne pas sortir de cette impasse c’est à terme courir à la catastrophe, à l’accroissement des inégalités, de l’exclusion avec toutes les dérives sociales et politiques qui peuvent s’ensuivre. C’est de situations identiques qu’ont surgit l’état fort, le fascisme, car devant l’accroissement de la tension sociale et l’impossibilité de dépasser la situation, le système marchand ne reculera devant rien, comme il l’a déjà fait dans le passé, pour assurer sa pérennité. La réaction du système craignant pour sa survie avec l’aide d’un état fort sur un corps social politiquement affaibli est la porte ouverte aux pires aventures.(voir l’article « LA TENTATION DU PIRE »)

Certes l’Histoire ne se répète pas, les conditions n’étant jamais les mêmes, mais le manque de perspective, le blocage d’une situation, une révolte sociale aux multiples aspects qui gronde ne peuvent ouvrir à terme que sur des évènements dramatiques... et ce ne sont évidemment pas les prochaines échéances électorales qui peuvent constituer une issue, au contraire, elles peuvent être le début de la dégringolade...

Il s’agit donc de repenser l’action politique de fond en comble. L’issue n’est certainement pas dans une solution bien ficelée et qui plus est serait apportée par une quelconque organisation ou homme/femme providentiel-le... comme beaucoup le croient encore.

L’engagement citoyen ne doit plus être une figure de style ou se résumer à une simple intention de vote. On n’en est plus là... si tant est que l’on y fut un jour.

L’engagement doit être concret, dans la volonté exprimée de luttes pour sauvegarder les acquis, mais aussi dans la volonté de changer les rapports sociaux. La « pensée unique » en matière de contestation sociale, car il y en a une garantie par la Gauche et les syndicats, doit être dépassée... par la remise en question des évidences.

Pour ce qui est des luttes, repenser la manière d’agir, adapter la forme aux conditions nouvelles de fonctionnement du capital. Faire d’une lutte non seulement l’affaire des salariés concernés mais du reste de la population.(salariés-usagers-clients même combat !). Toute lutte est un tout qui ne peut laisser indifférent les autres secteurs et usagers. - voir l’article « FORMES DE LUTTES EN PERIODE DE DECADENCE ».

Pour ce qui est de la volonté de changement des rapports sociaux, il faut bien prendre conscience qu’ils ne changeront pas tout seuls et que ce ne sont pas les gestionnaires, de gauche comme de droite, du capital au pouvoir qui le feront. Il s’agit donc de prendre des initiatives, dans les domaines où elles peuvent être prises et d’en étendre peu à peu le champ. - voir l’article « SUR LES STRUCTURES ALTERNATIVES ».

Nous savons désormais à quoi nous en tenir en matière de revendication. Nous savons également à quoi nous en tenir en matière de « changement ». Ne pas réagir c’est sombrer dans l’individualisme qui nous livrera pied et poings liés aux exigences du système.

Réagir c’est aller à l’encontre d’un certain nombre d’évidences, de vieux réflexes transmis et acquis, d’institutions, d’organisations qui nous apparaissent encore comme vénérables mais qui sont de véritables « miroir aux alouettes », des pièges à naïfs. Réagir c’est cesser de croire à la fable des « élections-moyen de changement ». Réagir, c’est faire preuve d’une inventivité dans les luttes et dans la pratique sociale comme l’ont fait nos prédécesseurs au 19 e siècle. Réagir c’est se dépasser et jeter les bases de relations sociales nouvelles.

16 décembre 2005                                                                      Patrick MIGNARD

 

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LE TEMPS BENI DES COLONIES ?

La « représentation nationale » a refusé d’abroger l’article 4 de la loi du 23 février 2005 sur les rapatriés imposant que les programmes scolaires « reconnaissant le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». La belle affaire !

Ce refus a donné lieu à une grande séance d’auto flagellation qui a défaut de réactualisé les Droits de l’Homme dans leur « patrie » a réactivé un débat politique qui peinait à repartir après la crise des banlieues.

LA VERITE HISTORIQUE A LA SAUCE POLITICIENNE

Imaginons un peu ce que peut-être la « vérité historique » lorsqu’elle est le produit d’affrontements politiciens. Car c’est bien de cela dont il s’agit dans cette affaire.

Si la Gauche, PS et PCF (pour l’abrogation), avaient eu une attitude claire et sans ambiguïté pendant la colonisation, alors on pourrait aujourd’hui prendre leur position au sérieux. Mais quelle a été leur attitude : pour ne prendre que le cas de l’Algérie, les socialistes au pouvoir de 1954 (date du début de l’insurrection) jusqu’en 1958 (date du retour de De Gaulle) leur attitude de colonisateur est « exemplaire » - confère les discours d’un certain François MITTERAND et de Guy MOLLET - Quand au PCF son attitude n’est pas plus glorieuse : il vote les « pleins pouvoirs » à Guy MOLLET en 1956 et à une attitude plus qu’équivoque quant aux consignes qu’il donne à ses militants mobilisés.... En gros : « Allez y et démerdez-vous ! »

Et ce sont ces organisations politiques aujourd’hui, qui n’ont d’ailleurs jamais fait leur « autocritique » sur ces évènements qui jouent les « blanche neige anti colonialistes » ? Je ne crois pas à la sincérité de leur démarche, dans ce domaine, comme dans les autres. De même que l’attitude de la Droite qui est en pleine chasse sur les terres de l’extrême droite soulève avec cette question une polémique qui a plus pour objectif de séduire un certain électorat que de contribuer à la connaissance historique.

Mais il y a plus sérieux.

Cette affaire est révélatrice du rôle exorbitant que l’on donne au Parlement... pas seulement en terme d’initiative législative (vote des lois) mais aussi sur l’appréciation éthique de l’Histoire. Cette importance est tout simplement absurde et dérisoire. Pourquoi ? Mais tout simplement parce que la « vérité » va fluctuer au rythme des majorités. Ce qui est « vrai » aujourd’hui peut devenir « faux » demain et redevenir « vrai » le surlendemain. ( ?). Autrement dit le « dire » du Parlement n’a aucun sens au sens de l’Histoire.... Il n’est que le produit des alliances, des magouilles, des ententes, des « déplacements de voix » dans le corps électoral, de la futilité des variations d’une opinion publique manipulée par les médias, les politiciens, les sondages, les évènements plus ou moins marquants, cachés ou « montés en épingle » par les médias.... Imaginez un instant ce que pourrait dire de la colonisation un Parlement où le FN aurait la majorité ?

Sans vouloir paraphraser une série télévisée américaine : « La vérité est ailleurs »... et certainement pas dans la bouche des politiciens... aussi légitimes soient-ils.

L’ENSEIGNEMENT PRIS EN OTAGE ?

Même pas.

La vérité historique serait gravée dans le marbre, et ce « marbre » serait les livres d’Histoire ? Là aussi, quelle dérision. La société change de livres d’Histoire comme un individu de chemises... Y aurait-il désormais une Histoire officielle ? Tiens, ce serait nouveau. Que n’a-t-on pas dit, à juste titre, sur ces sociétés totalitaires qui avaient une « Histoire officielle » ?

Apprend-on l’Histoire dans les livres d’Histoire ? Aujourd’hui de moins en moins. Le livre d’Histoire devient un instrument secondaire du savoir historique... et heureusement.

Et puis il y a le professeur d’Histoire

Ne nous faisons pas d’illusion, il y a une sacrée différence entre ce qui est écrit dans un bouquin, tout scolaire qu’il soit, et que généralement on parcourt d’un regard discret... et la parole d’un professeur. Car, dans toute cette affaire on a oublié le « prof », celui qui cause, qui explique, qui est présent devant les élèves qui répond aux questions, qui les suscite le cas échéant, qui intéresse ou qui « saoule » (comme disent les jeunes). Or un prof ne lit pas un livre, il peut même parfaitement s’en passer. Il parle de l’Histoire comme il la comprend, comme il la conçoit... et il y a fort à parier que deux profs parlant du même évènement n’en parleront pas de la même manière, en fonction de leur vision, mais aussi disons le de leurs convictions... et ce indépendamment de ce que le Parlement aura décidé d’écrire dans le livre. Il pourra même dire, sans aucun contrôle, que ce qui est écrit dans le livre est faux et en convaincre son auditoire.

D’ailleurs l’Histoire n’est pas la seule matière à être dans cas. Si l’on prend le cas de l’Economie, c’est pareil. La manière dont l’économie est expliquée dans les livres scolaires laisse rêveur, et il n’y a pas eu besoin d’une décision du Parlement pour raconter les sornettes que l’on y trouve.

UN SCANDALE ?

Un de plus dira-t-on, et certainement pas le plus terrible. Mais que peuvent attendre les anciens peuples colonisés, actuellement pillés, contrôlés de multiples manières (militaire, économique, diplomatique, culturelle) par les « grandes démocraties ?

Le scandale est-ce eux qui le ressentent ou nous ? Bien sûr, quelques Etats plus ou moins fantoches, corrompus, totalitaires et/ou en manque de publicité dans les ex pays coloniaux vont en rajouter dans une indignation bien utilisée et à usage de politique intérieure, mais là n’est pas l’essentiel.

Cette décision n’est-elle pas plutôt l’illustration pour nous-mêmes que nous ne savons pas tirer les leçons de notre propre histoire ?

Que cette Histoire nous colle à la peau et que l’on ne sait pas trop comment s’en défaire ?

Que cette Histoire nous renvoie « en creux » la réalité de notre existence « en relief », celle de nos banlieues et de nos murs érigés face à la pauvreté du reste du monde ?

L’héritage de la colonisation est moins les bâtiments et les routes qu’ont construit les colons, que la destruction d’un lien social spécifique à des peuples et la haine qu’elle a suscité.

L’héritage de la colonisation est moins les certitudes morales et économiques d’une « œuvre civilisatrice » que la confiscation de leur histoire à des peuples qui ne demandaient rien... et qui sont aujourd’hui en perdition.

Le spectacle donné par la représentation nationale est, une fois de plus, pitoyable et ne saurait être mis à son crédit ni par les citoyens qu’en principe elle représente, ni par les anciens colonisés qui ont d’autres soucis que d’espérer une quelconque honnêteté, pour ne pas dire franchise, de leurs part de leurs anciens maîtres.

Pour l’édification des générations futures nous ne ferons pas confiance à la « vérité officielle »,... mais qui y fait encore confiance ?

10 décembre 2005                                                            Patrick MIGNARD

 

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MAGISTRATS : L’EXCEPTION ET LA REGLE

Après les syndicats policiers qui trouvaient toutes les circonstances atténuantes à leurs collègues cogneurs - voir l’article « EXCUSES »- les magistrats, pris en flagrant délit d’incompétence dans l’ « affaire Outreau » nous refont à quelques semaines d’intervalles, le même coup de « C’est pas nous, c’est le contexte ! ».

Dans une interview à Libération (2 décembre 2005), Denis SALAS, magistrat, enseignant à l’Ecole nationale de la magistrature nous refait la même démonstration que les policiers pour expliquer le désastre judiciaire.

DELIRIUM

Le dérapage des magistrats ? Il s’explique par le « contexte de l’affaire Dutroux » et la « pression concernant la poursuite des pédophiles ». Et il ajoute une phrase extraordinaire, à savourer lentement « Tout cela crée un contexte, la prudence dans une affaire de ce type peut paraître, dans l’imaginaire, dans la réaction populaire, comme une forme de faiblesse ».

Autrement dit, la force du juge et ce qui fonde sa décision ne résident donc pas dans sa manière de mener une enquête mais dans l’interprétation de l’imaginaire du public. Quel aveu !... et quelle angoisse pour tous les justiciables.

Mais ce n’est pas tout...

Sur le fonctionnement de la machine judiciaire, il nous précise : « Dans ce système, chacun valide la décision prise par le précédent magistrat. Ainsi, le juge d’instruction prend une décision d’incarcération qui est presque systématiquement validée par la chambre d’instruction. La tendance est à la validation, plutôt qu’à la critique. Le système fonctionne en vase clos, sans le regard du public, sans audience contradictoire. Donc, nous avons une vérité produite par des juges, pour des juges et qui verrouille le dossier ».

Et il s’empresse de préciser « C’est là-dessus qu’il faut aujourd’hui travailler plutôt que dans le sens de la recherche d’un coupable à l’origine de tous les dysfonctionnement dans cette affaire ».

Enfin dans les propositions qu’il préconise : « D’abord éviter de mettre l’accent sur la faute des uns et des autres, de chercher des boucs émissaires mais plutôt repenser le système. Il faudrait introduire des audiences réellement publiques et contradictoires pour que les magistrats ne soient pas uniquement entre eux durant l’instruction ».

Résumons nous : nous avons affaire à une machine judiciaire complètement délirante, bureaucratisée à l’extrême et irresponsable dans laquelle oeuvrent, au nom du peuple français, des individus irresponsables qui fondent leurs décisions, non pas sur des preuves, mais en fonction des pressions extérieures et de l’imaginaire de l’opinion publique.

Et c’est cette Justice que l’on nous dit de respecter ? C’est cette Justice qui se rend en notre nom ?. C’est cette Justice que l’on présente aux jeunes comme la garante des valeurs de la République ?...

LES MAGISTRATS VICTIMES DE LEUR METIER

Au-delà des problèmes de fonctionnements de l’appareil judiciaire, il y a la responsabilité des magistrats. D’ailleurs, Monsieur Denis SALAS a l’air de craindre particulièrement pour eux en la matière. Les magistrats font un métier difficile. La belle affaire ! Ils sont évidemment les seuls dans cette société à être dans une telle situation.

L’enseignant, le chirurgien, l’éducateur, le démineur, le pilote de ligne,... et même la mère de famille, font des métiers ou ont des activités tout ce qu’il y a de facile et exempt de responsabilité. On comprend alors que ces métiers d’irresponsables aient des comptes à rendre à la société. Seules les décisions des magistrats méritent d’être prises en considération. Ce sont des décisions tellement difficiles à prendre qu’il est tout à fait logique et naturel qu’ils puissent se tromper... et qu’ils n’aient aucun compte à rendre. Et puis rendre des compte à qui, à des magistrats ?...

D’ailleurs, comme le dit Monsieur SALAS, il y a le contexte qui explique tout, ou du moins l’essentiel. Seuls les magistrats travaillent dans un contexte, les autres citoyens n’ont pas ce poids sur leurs épaules et donc ont des responsabilités personnelles dans leurs actes et doivent les assumer. Les magistrats ne s’y trompent pas et tiennent rarement compte, dans leurs décisions, du contexte (puisqu’il n’y en a pas) dans lequel a agit le justiciable. Le seul contexte, comme dit Monsieur SALAS qui compte, c’est l’imaginaire de l’opinion publique. Nous voilà rassurés.

Mais il y a encore plus convainquant.

Dans l’affaire Outreau, c’est toute une chaîne de responsabilité (un des aspects du fameux contexte) qui est impliquée dans la décision... apparemment presque une centaine de magistrats. Comment pourrait-on sanctionner, exclure de la fonction publique, autant de personnages aussi respectables et importants ? C’est bon pour de vulgaires salariés de se faire virer, parfois par centaines, de l’entreprise quand on n’a plus besoin d’eux, mais des magistrats, vous n’y pensez pas !.. Sans parler des policiers, pseudo expert psychologues (« payés comme des femmes de ménages ») et services sociaux... Tout ce joli monde fait le gros dos en attendant que l’orage passe... et continue à « travailler » comme si de rien n’était.

Le nombre des personnes impliquées dans l’énormité et la monstruosité de la faute protège ses auteurs... Voilà de la bonne et efficace Justice. ! Voilà un excellent exemple de fonctionnement citoyen ! Voilà une excellente leçon pratique d’instruction civique pour les jeunes que l’on emmerde quand, en mobylette, ils ne mettent pas leur casque !

Bien évidemment tout le monde a tiré les leçons de cette lamentable affaire. Comme pour les banlieues,,...toutes les garanties sont, seront, assurées... C’est juré !

Demain on rase gratis !

Dormez en paix braves gens...On va réformer... On va affecter des crédits,... On va réhabiliter la Justice aux yeux des citoyens,... Bref... Comme on dit chaque fois après une catastrophe « Plus jamais ça »... Jusqu’à la prochaine.

4 décembre 2005                                                                Patrick MIGNARD

 

 

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LA TENTATION DU PIRE

UN LENT POURRISSEMENT

Le risque est donc bien présent, pas simplement au moment des émeutes, mais même et surtout après parce que rien n’est réglé. Il n’y a plus de flamme, mais les braises sont sous la cendre. Ces braises ce sont les inégalités, l’humiliation quotidienne, l’exclusion, le chômage,... avec pour corollaire, la violence, la délinquance... Or, si les pompiers de l’ordre marchand ont réduit les flammes, il n’ont pas noyé le foyer... d’ailleurs, le peuvent-ils ? Certainement pas, c’est un problème qui est hors de leur champ d’intervention, de leur compétence... Ils ne sont pas là pour ça.

La classe politique quant à elle le peut-elle ? La réponse est non, car résoudre le problème au fond, c’est le poser dans toutes ses dimensions, et en particulier la dimension socio économique qui implique évidemment de remettre en question le sens du système. Or de cela il n’en est pas question.

Les gestionnaires du système, de Droite comme de Gauche ne sont pas là pour remettre en question ses fondements, au contraire, mais pour essayer de rendre supportable ses contradictions. Pour cela ils ne nous épargnent rien, ni dans le domaine des promesses faramineuses, dont on sait qu’ils ne les tiendront pas, ni dans le domaine du spectaculaire, répressif avec Sarkozy pour la Droite, ou le tragi-comique avec Tapi, souvenez vous !, pour la Gauche. Le « cirque présidentiel » -car il faut bien l’appeler par son nom - est la seule pitoyable réponse qui a été faite après trois semaines de violences.

Tout le monde a pu remarquer durant la vingtaine de jours d’émeutes urbaines que la Bourse n’a pas bronché, les affaires ont marché comme si de rien n’était. Le trouble politique, social, moral de la population n’a eu aucune influence sur les investissements et le niveau du CAC 40. Pourquoi donc changer fondamentalement la situation ?

La richesse, la sécurité, la protection sociale, l’avenir existent pour une minorité. Le reste de la population se partage entre ceux qui n’ont rien et celles et ceux qui peu à peu perdent leurs acquis. La révolte légitime des premiers fait peur aux seconds qui voient leur situation se déstabiliser et aucune perspective d’avenir. Ces derniers vont être de plus en plus prêts à se jeter dans les bras du premier démagogue venu qui va leur promettre « monts et merveilles » sur le dos des précédents... Le processus est connu. Le 21 avril 2002 a été le premier avertissement...

DEPASSONS L’ILLUSOIRE !

Face à ce pourrissement il n’y a pour le moment rien.

Ce ne sont pas les discours stéréotypés d’une extrême gauche qui, soit se fige dans les vieux grimoires, soit flirte avec les charmes de la politique politicienne (réunions unitaires, colloques, assises, discussions programmatiques en vue des élections, chasse au candidat,...) qui vont nous rapprocher de la solution.

Ce ne sont pas non plus les trépignements jouissifs de celles et ceux qui voient dans les flammes le symbole du début de la fin qui font avancer la réflexion et la pratique.

Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas que les jeunes des cités qui ont perdu leurs repères. Si eux ont perdu leurs repères sociaux, nombre de militants politiques ont perdu leurs repères politiques et historiques. En effet, voir dans une révolte, aussi spectaculaire qu’elle soit, et qui plus est dans ce cas parfaitement « infra politique », au sens de la « conscience politique » , en dit long sur les manques de références historiques et la compréhension des mécanismes des changements sociaux. Bien entendu tout le monde peut se tromper, mais prenons garde, il arrive un moment, critique, ou se tromper fait faire un pas fatidique vers l’abîme (faut-il citer des exemples ?). Face à nous, nous avons des forces politiques qui ne reculeront devant rien pour alimenter l’incendie et la qualité de notre réponse sera la seule garantie d’éviter la catastrophe qu’ils nous préparent.

Même si le combat pour la dignité peut revêtir des formes qui elles ne le sont pas, il est en effet peu glorieux de brûler une voiture, un bus, une école ou un édifice religieux, ce combat doit être reconnu en tant que tel. Or là est toute la difficulté : faire la part entre l’expression de la révolte, la destruction de symboles, et son sens, la revendication de la dignité et l’exigence de la reconnaissance en tant qu’être humain.

Le sens du spectacle que nous a inculqué le système marchand nous joue des tours quant à la compréhension des phénomènes sociaux. L’imagerie historique qui réduit le fait social à un exploit, à une date, à un homme ou, plus rarement une femme, enflamme notre esprit au point de réduire l’essentiel qui n’apparaît jamais, au spectaculaire. La désapprobation hypocrite de l’acte, dans le cas des violences, est aussi absurde, que l’admiration sans limite... certes pour des raisons différentes. L’une et l’autre oublient l’essentiel : le mouvement qui produit et fait la transformation sociale est le vrai sens de l’Histoire. Celui-ci ne s’accommode guère, ni du replis frileux sur les dispositifs que tout système a mis en place pour assurer sa survie, ici et aujourd’hui, les élections, ni des débordements d’enthousiasme pour des révoltes historiquement sans lendemain.

La multitude des conflits sociaux donne pour les uns l’espoir d’une mobilisation électorale lors des prochains, lointains, scrutins, pour d’autres l’espoir d’un embrasement général. Ces spéculations ne sont qu’illusions.

Le champ de la violence urbaine, comme d’ailleurs celui des élections n’est pas celui où se joue le changement. Les confronter l’un à l’autre ne peut donner qu’un dialogue stérile.

Le champ du changement est celui de la pratique sociale, celle qui, accompagnant le pourrissement des rapports sociaux marchands, ouvrira concrètement la voie à des rapports sociaux nouveaux. C’est celui dans lequel le plus grand nombre s’auto éduque à vivre d’autres relations, à considérer l’autre autrement qu’il ne le considère dans les rapports marchands, qui évitera les sirènes de démagogues proposant des « paradis artificiels »

C’est cette problématique qui a manqué au 20e siècle dans la plupart des conflits sociaux majeurs. Ce n’est pourtant qu’à cette condition que nous pourrons éviter le pire.

3 décembre 2005                                                                Patrick MIGNARD

 

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