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Publié dans : #matiere a reflexion

AUTANT EN EMPORTE LA MORT !

Papon est physiquement mort, ce qui ne représente pas le moindre intérêt, sinon que ça fera une voix de moins pour Sarkozy.

Le problème c’est qu’il n’amène pas dans la tombe « ce qu’il a été ». Un fonctionnaire zélé, un bureaucrate de la déportation, des ratonnades et de la mort.

Des « Papon » nous en voyons tous les jours dans les préfectures, les tribunaux, les commissariats de police,… ces catégories qui avaient prêté serment au Maréchal et qui se sont… mutées en Résistants à la Libération. Tous ne sont pas des « Papon », mais comment les distinguer ?

Des « Papon » nous en voyons tous les jours lors des décisions d’expulsion des sans papiers.

Des « Papon » nous en voyons tous les jours dans la manière de traiter les jeunes, dans les contrôles de « délits de sale gueule ».

Des « Papon » nous en voyons dans la décision de « psychiatriser » l’enseignant-syndicaliste Roland VEUILLET.

Des « Papon »...

Des « Papon », la République en décore à chaque occasion de remise des médailles. Tous les médaillés ne sont pas des « Papon », mais comment les distinguer dans l’ « honneur » collectif qui leur est fait ?

Nous ne devons pas craindre une éventuelle résurgence de l’ « esprit Papon », car cet esprit est là, parmi nous, tapi au sein même de notre société, prêt à surgir à la moindre occasion.

Papon a été enterré, mais « Papon » est toujours là.

Les « Papon » sont parmi nous…

Bien sûr, Papon c’est une autre époque, mais c’est aussi un comportement, une philosophie, une mentalité, une attitude.

« Papon » c’est la brutalité du droit, de la loi,

« Papon » c’est la négation du passé, des lâchetés et des crimes dans l’Histoire,

« Papon » c’est la soumission volontaire à un ordre, à des décisions inhumaine,.

« Papon » c’est être le rouage consentant d’une administration tatillonne et bornée.

« Papon » c’est une attitude d’acceptation, de soumission aujourd’hui, par lâcheté et/ou intérêt, qui fera demain accepter l’inacceptable.

« Papon », c’est le contraire de la citoyenneté.

19 février 2007                                                                         Patrick MIGNARD

 

 

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LE « PROGRAMME » EN POLITIQUE

Quand on y réfléchit bien, une chose est stupéfiante et quasiment incompréhensible : « Comment se fait-il que la majorité des électeurs votent pour un programme qui leur est défavorable ? ». En effet, ni le programme du candidat de droite, ni celui de la gauche ne peuvent et n’apporteront de réponses aux difficultés de l’immense majorité des individus de notre société,... et pourtant !

Les élections ne réservent jamais de surprise, c’est d’ailleurs pour cela que le système marchand les maintient et y tient beaucoup, pour se donner l’illusion de la démocratie.

UN PARADOXE DEROUTANT

Le mécanisme de l’ « adhésion » à une politique, à un programme politique est apparemment beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense.

C’est toujours un programme conservateur qui passe et quand bien même, rarement, c’est un programme « progressiste », il l’est d’ailleurs timidement, mais est toujours obligé de se « conservatiser » pour demeurer crédible… Alors ?

Alors de deux choses l’une : soit l’écrasante majorité des citoyen-n-es est totalement stupide et ne comprend rien, soit il y a autre chose.

Par exemple, en toute « logique », un programme tel que la « Charte antilibérale » élaborée à grand peine par des collectifs populaires devrait, aujourd’hui, au bas mot, regrouper, dans une population comme la France, dans les 80 à 90 % des suffrages,… pourtant elle n’en regroupera que moins de 10%, et encore,… alors que des programmes libéraux et parfaitement antipopulaires se tailleront la « part du lion ».

On peut difficilement imaginer, au regard de l’Histoire, que la plus grande partie de la population soit irrémédiablement et totalement débile… Il y a donc autre chose,… mais quoi ?

Certes il y les promesses démagogiques des candidats et le matraquage médiatique, mais il y a bien longtemps que tout cela a été dénoncé… Incontestablement la plupart savent cela et pourtant se comportent comme si tout cela n’existait pas, n’avait aucune importance à leurs yeux.

QU’EST-CE QU’UN « PROGRAMME » POLITIQUE ?

Un programme politique, tel qu’il est conçu par toutes les organisations politiques qui en élaborent un, est toujours, à différents degrés, un compromis entre ce qu’est le système dominant, aujourd’hui le système marchand, et les aspirations des différentes catégories sociales.

Dans l’état actuel des choses un « programme politique » n’est évidemment pas ce que l’on voudrait nous faire croire : un moyen de résoudre les contradictions d’un système entre les intérêts particuliers qu’il représente (ici le capital) et les aspirations du plus grand nombre.

D’ailleurs, les politiciens gestionnaires du système ne s’en cachent pas quand ils déclarent explicitement, et sans rire, qu’ils vont assurer le « changement dans la continuité » ou autre formule à double sens contradictoire du style « la rupture tranquille », « la force tranquille »,…Le sommet du cynisme étant atteint quand ils déclarent « Tout est possible » ce qui est une manière détournée de dire que « Rien n’est possible… »

« Adhérer à un programme » c’est donc adhérer à un compromis. On peut comprendre cette démarche de la part de celles et ceux qui ont un intérêt immédiat et à plus long terme au maintien de ce système. Mais comment comprendre une telle démarche de la part de celles et ceux qui souffrent de ce système, de celles et ceux qui déclarent « vouloir changer de système », et qui plus est, dont l’expérience démontre qu’une telle démarche est vouée à l’échec ? Soit ils n’ont rien compris, soit ce sont des manipulateurs comme les autres.

Pourtant nombre de citoyennes et citoyens qui ne « se font plus aucune illusions » marchent tout de même dans cette logique et participent à la mascarade. Pourquoi ?

Il y a un donc un autre facteur qui joue et qui fait que cette situation apparemment absurde se perpétue et assure ainsi la pérennité du système.

L’INERTIE POLITIQUE ET SOCIALE

Un élément de réponse nous est paradoxalement fourni par celles et ceux qui proposent de tout changer. A leur proposition il est généralement répondu :

« OK, mais tu mets quoi à la place ? »

La réponse laisse généralement à désirer et est loin de rassurer l’interlocuteur. Ce à quoi, ce dernier répond pour justifier son acte d’allégeance au système :

« Il vaut mieux ça que rien ! » et, conditionné par les médias qui lui indiquent ce qu’il est « réaliste » de faire, il va reconduire au pouvoir celui ou celle qui le prend pour un imbécile.

Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que l’on ne peut pas construire sur du vide. Or, ce que l’on croit être du solide : les bonnes intentions et les visions d’espoir, ne sont en réalité que du vide… Plus les propositions sont progressistes, plus elle s’éloignent de la réalité du système en place, et plus est problématique leur application. Ca peut faire marcher conjoncturellement les gens, un certain temps, mais socialement, ça ne correspond à rien. L’Histoire nous montre que l’on ne peut construire que sur du solide, du concret, du social, des relations qui impliquent le plus grand nombre. Pas sur des visions, des espoirs et autres illusions.

Cette inertie politique et sociale qui assure la pérennité du système dominant se fonde sur le fait que celui-ci, avec toutes les imperfections qu’il a, « existe », assure le « lien social »… et qu’en l’absence d’alternative crédible, c’est-à-dire réellement existante, la majorité fait le choix de la stabilité, aussi insupportable qu’elle soit. « Il vaut mieux ça que rien ! »

QUELLE CONCLUSION EN TIRER ?

On peut comprendre alors le caractère totalement dérisoire et inutile de l’énergie gaspillée en pure perte et des dépenses inouïes dans la confection de « programmes », « chartes », « plateformes » « contrats », « engagements solennels » et autre documents laborieusement confectionnés par les candidats et leurs militants,… documents qui finissent généralement dans les poubelles…et même les poubelles de l’Histoire.

Tout ceci nous montre, une fois encore, que la stratégie politique de celles et ceux qui veulent « changer de système » est totalement inadéquate et ne fait finalement que cautionner et renforcer le système en place.

Ce n’est ni en disant, que l’on va, ou l’on doit, tout changer, ni en singeant les gestionnaires du système en proposant un « programme », que l’on sera d’ailleurs incapable d’honorer, que l’on va faire évolution les choses.

Toutes les expériences (violentes ou pacifiques) au 20e siècle qui se sont fondées sur cette logique ont échoué, toutes sans exception,… Allons nous recommencer les mêmes erreurs ?

De même que ce n’est pas qu’en faisant de grandes déclarations et en disant que « l’on allait voir ce que l’on allait voir » que la bourgeoisie commerçante a réussi à imposer son système, mais en l’élaborant peu à peu au sein du système dominant et en le minant,… de même nous ne changeront le système marchand qu’en le minant en mettant en place des pratiques alternatives.

Toute autre stratégie est vouée à l’échec.

17 février 2007                                                                           Patrick MIGNARD

Voir aussi les articles :

 « DUALITE SOCIALE / DUALITE DE POUVOIR »

 « TRANSITION »

« ETRE OU NE PAS ETRE EN POLITIQUE »

 

 

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CONSTAT DE FAILLITE

A y regarder de plus prêt, le meeting « unitaire » tenu par Marie Georges BUFFET le 23 janvier 2007 à Paris laisse songeur, non pas, parce qu’ elle s’est attribuée le titre, très envié à l’extrême gauche, de « candidate unitaire », mais par l’attitude aujourd’hui du Parti Communiste en tant qu’organisation.

Il n’est pas question ici d’accabler le PCF, suffisamment mal en point, mais d’essayer de comprendre pourquoi il en est là et, par extension, nous, où nous en sommes.

Certes, le PCF est tout à fait lucide, du moins sur ce point, et sait que sur son seul label et logo il ne regroupera plus grand monde… Il lui faut donc élargir, ce qu’il tente de faire, malgré une rude concurrence sur un terrain qu’il a depuis bien longtemps déserté. Qui va à la chasse perd sa place !

UN PAS A ETE FRANCHI

Même dans le cadre de ce qui fut l’Union de la Gauche, le PCF est toujours resté lui-même, même s’il a avalé, et fait avaler, pas mal de couleuvres. Rappelons nous des trépignements médiatiques de Georges MARCHAIS qui faisait la joie des émissions politiques de l’époque…

Quand le PCF s’exprimait c’était en son nom qu’il parlait… Il assumait, ce qui n’était pas du tout facile, ce qu’il était. Je veux dire par là que sa ligne politique, qui valait ce qu’elle valait, là n’est pas la question, avait une cohérence, se suffisait à elle-même comme élément d’explication de sa vision du monde et de sa « transformation ». Il était, ou du moins se voulait être « acteur autonome » du fait même de l’originalité de ses références théoriques et de son analyse qui, pour lui, étaient la vision juste de la société et de l’Histoire.

Armé, ou croyant être armé, du « socialisme scientifique »( ?) il avait une vision homogène de ce qu’il était en tant qu’organisation, parti, au regard de sa « théorie ». On pouvait d’ailleurs se déterminer clairement par rapport à ses options, on était d’accord ou pas d’accord, mais c’était clair.

Aujourd’hui nous sommes dans un tout autre schéma.

« CACHEZ CE MARTEAU ET CETTE FAUCILLE QUE JE NE SAURAIS VOIR ! »

Une opération clairement organisée par le PCF, malgré ses dénégations qui ne trompent personne, tel que le meeting du 23 janvier… et ceux qui suivent et vont suivre, a voulu donner les apparences de tout autre chose. Aujourd’hui, mis à part l’appareil bureaucratique en situation de survie, le PCF n’est plus le PCF tel qu’il a été jusqu’à aujourd’hui. . Je parle là de l’organisation politique, de l’option politique qu’il représentait.

Comment un parti, tel que le PCF, si jaloux de son identité, exhibitionniste jusqu’à l’obsession, peut-il se « diluer » dans un mouvementqu’il ne maîtrise pas, au point de vouloir s’identifier à lui ? Comment peut-il croire qu’il représente un mouvement qui est largement en décalage avec ce qu’il a été, de ce qu’il est et des perspectives qu’il peut offrir ?

Bien sûr il nous explique qu’il a « changé », « évolué », certes, mais il y a plus que ça,… quelque chose qui lui fait véritablement perdre son identité. Il se dépouille précipitamment, sans donner l’impression de le faire, de tous ses oripeaux idéologiques qui lui collent à la peau et qu’il trouve à la fois encombrants mais difficile à abandonner. Cruel dilemme !

Il n’est pas un « sous marin », sa présence est trop évidente. Il n’est pas non plus l’incarnation de ce mouvement, tout le monde le sait. D’ailleurs, et beaucoup de militants à la base, et à sa base, l’ont compris, la manœuvre est tellement grossière, que ce n’est même plus une « manœuvre », c’est un capitulation devant l’impossibilité d’être ce que l’on a été et l’impossibilité d’être autre chose, et surtout pas le mouvement qu’il se dit représenter. On n’est plus dans les années 50-60.

C’est toute la difficulté d’être du PCF qui s’exprime ici de manière dramatique et dérisoire. Situation cornélienne.

Serait ce une tactique pour « avancer masqué » ? Même pas !… la ficelle serait trop grosse pour accréditer une telle hypothèse. Il s’agit d’une véritable dérive, un effondrement identitaire, une capitulation théorique, une perte d’identité, une faillite stratégique,… tout cela présenté comme une mutation positive. L’illusion jouera t-elle ? j’en doute.

LE PCF A-T-IL ENCORE DES REFERENCES ?

On est en droit de se le demander. Car si oui, lesquelles ? J’entends par « références », des concepts et analyses opérationnels, pas de vagues propos sur la liberté, la solidarité et autre lieux communs utilisés par les politiciens de tous poils.

Le PCF a-t-il une analyse originale de la situation et de la stratégie à mettre en place en vue du changement ? Sur le fond, certainement pas…Il colle parfaitement à la logique électorale, au mythe du programme électoral qui « porté-par-un-grand-mouvement-populaire-peut-amorcer-le-changement »… plus personne n’y croit, même celles et ceux qui par habitude vont voter pour lui.

Ne posons pas la question qui tue : «  Que reste-t-il de la stratégie d’Union de la Gauche au nom de laquelle le PCF s’est totalement effondré et dans laquelle il a trompé, pendant des années, des milliers de militant-e-s ? ».

Posons des questions plus fondamentales mais tout aussi meurtrières, telles que :

Que reste-t-il de la théorie du parti communiste « avant garde de la classe ouvrière » ?

Qu’appelle-t-il aujourd’hui une « dynamique révolutionnaire », une « situation révolutionnaire », un « processus révolutionnaire » ?

Que pense-t-il aujourd’hui du « rôle révolutionnaire de la classe ouvrière » ?

Quelle analyse du capitalisme en terme de décadence et de son dépassement fait-il ?

Toutes ces questions qui ont fondé le PCF sont aujourd’hui sans réponse et ce n’est certainement pas sa pratique qui peut donner des éléments de réponse.

Ce que l’on appelle au PCF les « orthodoxes », c’est-à-dire celles et ceux qui veulent en rester aux « fondamentaux de la théorie », ont d’une certaine manière pas tout à fait tort… du moins sur la méthode. En effet, ils se demandent à juste titre ce que vaut aujourd’hui cette « errance politique », ce que signifie l’abandon, sans explication, de tous ses référents qui constituaient son identité, logique politique dans laquelle le PCF est engagé, dans laquelle il perd son identité, cet abandon de principes fondateurs remplacés par… rien.

Quel sens a cet abandon par lambeaux entiers des éléments essentiels de sa théorie qui faisait ce qu’il était, ou croyait être : un parti révolutionnaire armé d’une théorie scientifique d’explication et de transformation sociale ? Ces « orthodoxes » ne s’y retrouvent plus. Le plancher théorique sur lequel ils reposaient, et reposait leur parti, s’effondre. Pour eux, l’opportunisme politique a bradé ce qui faisait leur identité. Il n’ont certainement pas raison sur le fond, mais sur le principe ça tient… encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils se réinterrogent sur « ce à quoi ils ont toujours cruet qui est abandonné »… chose qu’ils sont incapables de faire et que le PCF n’a jamais voulu/pu faire, en tout cas n’a jamais fait.

Le changement de stratégie n’est pas gênant, ce qui l’est c’est de ne tirer aucun bilan sérieux des « erreurs passées » et de ne pas être clair sur la nouvelle stratégie… s’il y en a véritablement une !

A toutes ces questions le PCF est bien incapable de répondre, mais pire, il n’a même pas l’idée de se les poser… Ne parlons pas du militant de base, infra politique et maintenu artificiellement en surexcitation dans des meetings messianiques où la passion l’emporte largement sur la réflexion, où la transe l’emporte sur la conscience… il suffit de lire et d’entendre les louanges quasiment religieuses des participant-e-s à ce/s meeting/s.

Ce manque de conscience, de courage, de lucidité est un puissant diluant de la confiance que l’on peut mettre dans une organisation politique. Le PCF est entrain d’en faire, stoïquement, et tout en le cachant, la douloureuse expérience.

LA PAILLE ET LA POUTRE

L’évolution du PCF en dit long, pas seulement sur lui, mais de manière plus générale sur la relativité des certitudes théoriques et surtout sur le sens des organisations qui les portent.

Ne nous gaussons pas trop vite de cette dérive théorique et idéologique du PCF, elle n’est que le révélateur d’un phénomène beaucoup plus général, celui de la perte de repères, du sectarisme (même si le mot est un peu fort) d’attitudes que l’on retrouve chez nombre de militants et leurs organisations… Si ce qui se passe au PCF aujourd’hui n’est que l’ultime, et peut-être le fatal, avatar de l’aventure d’un parti qui avait ouvert d’immenses espoirs, et seulement des espoirs… il n’est pas le seul concerné.

Si nous nous regardons toutes et tous, militant-e-s associatifs, altermondialistes, antilibéraux, progressistes et autres « istes »… qu’avons-nous à offrir à celles et ceux à qui nous nous adressons… sinon des espoirs… autrement dit, en l’absence de toute praxis,… des illusions ? Que valent nos « références » que certains brandissent comme le « saint sacrement ». A quoi nous servent-ils en dehors du « plaisir » qu’ils nous procurent de les citer, de nous donner l’illusion de la rigueur et d’une morbide et exaspérante stabilité de notre pensée ?…

J’exagère ? Mais qu’avons-nous fait depuis dix ans, depuis vingt ans, depuis un demi siècle et même plus… au regard de ce que nous sommes, de là où nous allons… et des conquêtes sociales que nous avions cru définitives ? Les luttes qui ont été menées étaient justes, mais pourquoi aujourd’hui nous en sommes là : les acquis saccagés et plus aucune perspective sérieuse… ?

L’impuissance politique de celles et ceux qui veulent un « nouveau monde » combinée à leur incapacité à faire le bilan de plus d’un siècle d’erreurs stratégiques, au lieu de les inciter à « tout remettre sur la table » pour faire un bilan des pertes et profits en terme d’analyse, les fige au contraire dans des attitudes qui, en dépit des discours se révèlent être conservatrices.

L’illusion devient le carburant de notre « combat » et la rédemption de notre impuissance.

10 février 2007                                                                        Patrick MIGNARD

 

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LA CHARITE ET LA MORT

Le spectacle de la charité est absolument déprimant, mais quand les acteurs en sont les exploiteurs et les repus, il devient carrément abject. Il passe au stade de l’insupportable lorsque le spectacle de la mort le surdétermine en en faisant la négation même de la vie.

On peut trouver dérisoire l’acte de charité pratiqué par les humbles, les individus aux conditions modestes qui sont prêts à se dépouiller d’une partie de leurs maigres ressources pour en faire profiter plus pauvres qu’eux. Le dérisoire tient au fait que l’acte ne règle en rien le problème posé, celui de la pauvreté, du dépouillement, de l’exclusion car ce problème est social et ne peut avoir qu’une solution sociale, pas individuelle. L’acte pourtant est respectable car fondé sur des valeurs, une éthique qui prend en considération l’autre, le plus faible, le plus démuni.

DETOURNEMENT DE CADAVRE

La cérémonie des hommages à l’abbé Pierre en la Cathédrale Notre Dame à Paris le 26 janvier 2007 avait quelque chose de surréaliste, au sens étymologique du terme… au-delà de la réalité.

Ce n’est pas simplement le spectacle de la cohabitation, temporaire, entre le repus et le miséreux, c’est une chose bien plus grave, c’est la cohabitation, voire la « communion » autour d’un symbole, du responsable de la pauvreté avec sa victime. Il y a là une forme de capitulation de la condition humaine, un sentiment tragique de l’existence sociale, de la négation de la réalité sociale.

Le message que diffuse ce spectacle a un objectif essentiel et particulièrement pervers… Il signifie une chose qui est absolument fausse : nous sommes tous égaux, nous sommes tous les mêmes, il n’y aurait aucune différence entre nous… puisque finalement nous sommes tous mortels.

C’est une manière d’instrumentaliser la mort. Nous mourrons tous un jour, conclusion, réconcilions nous,… nous sommes tous égaux… C’est la reprise de manière plus subtile du vieux discours de l’Eglise, et de manière générale des religions, expliquant que la vie terrestre n’est qu’un passage dérisoire, et somme toute peu important, que nos conflits temporels, et donc nos luttes, sur cette terre sont inessentiels,…et que l’essentiel se situe « au-delà »… c’est le vieux discours si prisé par tous les exploiteurs pour soumettre leurs victimes.

La mort étant considérée, à tort ou à raison, comme le contraire de la vie, elle nous affranchirait, donc, à nous les vivants, à ceux qui célèbrent le défunt, des contraintes et des lois de cette dernière… Conception bien commode pour faire du spectacle de la mort, la mise en scène d’une communion qui gomme les différences sociales si caractéristiques de ce qu’est la vie. Cette communion prélude à une réconciliation des différentes classes sociales aboutirait à un seul but : accepter la situation telle qu’elle est, ne remettre en aucun cas en question l’ordre, et en premier lieu l’ordre social, des choses sur cette terre.

La crainte de la mort, son angoissant mystère sont propices à cette démarche… Seule la vision de la mort est suffisamment puissante pour faire taire ce qui est présenté comme des « chamailleries stériles et inessentielles » soulevée par celles et ceux qui voudraient remettre en question l‘ordre social. C’est le sens de l’injonction « Le temps n’est pas aux polémiques mais au recueillement »… Ben voyons !

LE SPECTACLE DE LA MORT

Voir ainsi côte à côte, dans la nef de la cathédrale, le riche et le pauvre, le repus et l’indigent, le dominé et le dirigeant avait quelque chose de troublant, d’inexplicable et de pathétique.

Hormis quelques cris, médiatiquement ignorés, la cérémonie s’est déroulée dans une « sérénité officielle », dans le silence pesant d’un troupeau soumis, dans la passivité des humbles qui acceptent et des exploiteurs qui paradent, sûrs de leur sécurité. Comment se pouvait-il qu’autant de potentiel explosif social soit désamorcé ?

Comment se fait-il que, dans un mouvement de dignité et de révolte, les pauvres, les exclus n’aient pas déserté ce lieu, emportant avec eux le cercueil, afin de soustraire le défunt à la souillure que lui infligeait la présence de ces suppôts de ce système d’exclusion et d’inégalités ?

Un tel mouvement, révélant la vie, la vie sociale, dans tout ce qu’elle a d’injuste, d’inacceptable, aurait été jugé indigne et indécent, comme si la vérité, celle de la vie devait se taire, s’incliner devant la mort.

C’est à ce genre d’attitude, de « détail », que l’on peut mesurer le degré de soumission qui fait que, dans un système qui se dit démocratique, on remette toujours au pouvoir les mêmes exploiteurs.

Qu’un ministre de la République… pour ne prendre que lui, responsable de rafles, d’arrestations d’innocents, d’expulsions de familles, puisse aux yeux de tous se livrer aux bondieuseries (on se demande bien ce qu’il a pu avouer au prêtre quand il s’est confessé pour aller ensuite communier devant les caméras) auxquelles il s’est livré, et en présence des exclus de cette société dont il est le gardien… laisse sans voix.

La fausse humilité et l’arrogance des puissants s’emboîtaient parfaitement, je dirais presque harmonieusement, avec la peine sincère de leurs victimes, donnant ainsi l’image d’une société réconciliée, apaisée… la négation même de ce qu’est la vie.

La mort stérilisait la vie par la médiation d’un sentiment plus qu’ambiguë et plus ou moins sincère, la charité.

Cette proximité sociale si contradictoire avec la vraie vie sociale doit nous amener à nous interroger sur les mécanismes de la contrainte, mais aussi et surtout, de l’acceptabilité de l’inacceptable.

Là réside la magie de la mort et de l’usage que l’on peut en faire.

Le spectacle de la mort est probablement le spectacle le plus puissant auquel nous puissions assister. De la mort glorifiée des jeux du cirque, aux funérailles nationales d’aujourd’hui… la mort fait partie de la vie, elle permet d’en donner une image déformée et aux puissants de se mettre à l’abri des conséquences de leurs actes en annihilant dans une subtile alchimie des symboles et des craintes, les ferments de la révolte sociale.

Le spectacle de la mort est certainement le plus grand piège que l’on puisse tendre aux vivants.

A celles et ceux qui perdent leurs repères devant la mort, on offre de nouveaux repères tous neufs et pas dangereux, et en premier la compassion, cette sœur jumelle de la charité.

Et cet abbé Pierre, muet dans sa boîte, une dernière fois manipulé, instrumentalisé comme il ne l’avait jamais été, « obligé », et pour cause, de subir ces derniers outrages,… j’attendais, si j’ose dire, qu’il bondisse pour saccager ce bel agencement indécent…

Mort, on n’a jamais le dernier mot, on ne pourra jamais répondre à celles et ceux qui, comme ils l’ont fait dans la vie, continuent à nous instrumentaliser dans la mort.

Quand on est un symbole de son vivant, on n’imagine jamais assez les risques que l’on prend en mourant.

4 février 2007                                                                   Patrick MIGNARD

 

 

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