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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

LOI DU MARCHE / LOI DE LA JUNGLE

 

La loi du marché est souvent considérée comme une loi naturelle. C’est bien entendu au nom de ce principe que s’impose l’organisation sociale du système marchand. Qui pourrait, en effet, aller à l’encontre de la «nature»? L’acceptation de cette «vérité» proclamée clos tout débat… et pourtant!

C’est la nature, si gravement malmenée par le système marchand qui est appelée à la rescousse pour justifier le système qui la détruit.


LE COMMODE PRETEXTE DE LA NATURE


Qu’est ce qu’un «loi naturelle»? C’est une loi qui existe indépendamment des êtres vivants qu’elle régit, qu’elle organise, qu’elle détermine.

Ce que l’on appelle communément la «loi de la jungle» est effectivement une loi naturelle, celle qui lie le prédateur et sa victime: mangé ou être mangé. Cette loi joue indépendamment de la conscience des êtres qui y sont soumis et les détermine sans qu’à aucun moment ils puissent y déroger. La programmation de cette loi est dans leurs gènes qui déterminent leurs comportements.

Il y a tout de même une différence à souligner entre ces deux «lois» c’est que, si la loi de la jungle est une «loi naturelle», la loi du marché, elle, ne l’est pas, naturelle. Or la loi du marché fonctionne sur le même modèle que la loi de la jungle. Qu’est ce à dire?

La loi du marché n’est pas une loi naturelle.

Ce qui permet de l’affirmer c’est le caractère conscient du fonctionnement de la société humaine. En effet, l’organisation sociale n’est ni unique dans ses formes, ni constante dans le temps. L’Histoire humaine, contrairement au fonctionnement des collectivités animales, nous montre des formes d’organisations sociales différentes, fondées sur des valeurs morales variables,… et surtout toutes ces organisations sont soumises à l’intelligence politique de la collectivité: chaque individu, individuellement ou en groupe (conscience collective), peut remettre en question la structure et «en penser» une autre. L’Histoire est justement le processus de transformation permanent des relations sociales. C’est ce qui explique que l’espèce humaine a une Histoire… contrairement aux autres espèces animales qui elles n’en ont pas.

Tout cela pour dire que le fonctionnement social humain n’est pas soumis à une quelconque loi, mais qu’au contraire, l’activité humaine «produit» une autre dimension, le social, le politique qui dépend, non plus de la simple mécanique de la nature et de ses lois, mais de l’intelligence, de la réflexion et de la conscience humaine. L’Homme est bien un animal politique, c’est pour cela qu’il est le seul être vivant a avoir une Histoire. En ce sens, on peut dire que la loi du marché n’est pas d’essence naturelle. Vouloir imposer une telle vision, revient à dénier à l’être humain, le droit et la faculté de penser et de changer son existence sociale… Ce qui, entre nous, est parfaitement contradictoire avec la notion de citoyenneté.

Or, a y regarder de prés, la loi du marché fonctionne comme la loi de la jungle. En effet:
- l’autre n’est qu’un moyen pour parvenir à ses fins: la force de travail n’est considérée que si elle est économiquement utile, le consommateur solvable est le seul pris en compte voir l’article «LE TOTALITARISME MARCHAND».

- «manger ou être mangé» est à la base de toute entreprise les éventuelles alliances ne se faisant que dans le même esprit: on s’entend temporairement pour éliminer l’autre.


PEUT-ON HUMANISER LA LOI DU MARCHE?


C’est le rêve de celles et ceux qui, sans toucher aux fondements de l’économie de marché, tout en en faisant le mode de fonctionnement des relations sociales, veulent en expurger les aspects les plus conflictuels et anti sociaux.

L’expérience historique montre que si, dans certains cas et certaines périodes, une autorité publique, un Etat, peut contrôler, réglementer, dans le sens de l’humanisation des rapports marchands, à terme, cette position est intenable. Il suffit pour s’en convaincre de prendre pour exemple toutes les expériences «socialistes», «social démocrates», «interventionnistes», «keynésiennes»,…

L’évolution du 20e siècle, dans le temps et l’espace (la mondialisation), du système marchand, aboutit systématiquement à la remise en question et à l’obsolescence de ces pratiques politiques. Tout ce que l’on nomme aujourd’hui les acquis sociaux voir l’article «ACQUIS SOCIAUX, RIEN N’EST JAMAIS ACQUIS» sont systématiquement et radicalement remis en question non pas simplement par la volonté politique, quoiqu’elle joue chez certains, mais par la logique même du fonctionnement du système marchand voir les dérives de la social démocratie qui, respectant les lois du marché, fini toujours par s’y soumettre.

La prétendue humanisation des lois du marché est donc un leurre qui a l’extraordinaire avantage, pour le système, de donner l’espoir sans pour cela toucher à l’essentiel de son fonctionnement. C’est également un extraordinaire instrument de démobilisation puisqu’il permet de dévier la colère en aiguillant la conscience sur de faux débats et de fausses solutions. L’Histoire du 20e siècle n’est que l’illustration de cette impasse, des chimères et des faux espoirs qu’elle a engendré.


DEPASSER LA LOI DU MARCHE


C’est aujourd’hui une nécessité historique, non seulement du fait de son «amoralité» fondée sur l’instrumentalisation de l’être humain à des fins qui lui sont étrangères et nuisibles, mais aussi également, par le fait que la logique marchande, dans sa forme mondialisée, fait courir un risque mortel à tout l’écosystème de la planète.

Mais comment dépasser cette loi? Par la critique sociale.

Celle-ci repose sur deux piliers:
- la dénonciation de la mystification du rapport social marchand actuel et la démonstration de sa véritable essence,… ce qui est tout de même la phase la plus simple, quoique relativement compliquée vue la confiscation des grands moyens de communication de masse,

- la mise en place de relations sociales alternatives fondées sur des valeurs différentes que celles du rapport marchand. Relations qui permettent, à la fois, de rendre obsolètes aux yeux du plus grand nombre, le rapport marchand, mais permettront également d’assurer le relais vers une structure sociale nouvelle.

Ces deux piliers fondent ce que l’on appelle la praxis qui est la démarche consciente de l’être humain dans l’édification de sa vie sociale et sa transformation, son évolution vers des rapports sociaux. C’est la praxis qui fait l’Histoire.



La loi du marché n’est donc pas une fatalité comme l’on voudrait nous le faire croire. Pas plus que l’autre n’est un gibier et/ou un adversaire potentiel qui mettrait en péril notre existence. La véritable solidarité n’est pas possible dans le rapport marchand, elle se heurte à un principe de fonctionnement qui fait de l’homme un loup pour l’homme.

La société ne saurait être une jungle, il y va, pour le démontrer, de notre capacité à dépasser l’état dans lequel nous a mis le rapport marchand et de prouver ainsi qu’un autre monde est possible.


                    Patrick MIGNARD                              31 Janvier 2005

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« PORTO-DAVOS »

Voici revenu le temps des forums, comme revient régulièrement celui des « Césars », des prix littéraires, des « universités d’été » et des prix Nobel. Toute cette « Jet society » qui se prend pour l’ « élite » de l’espèce humaine pour les uns, et l’avant-garde éclairée, les « sages » de la contestation pour les autres se donnent rendez-vous, chacun de son côté, pas en un lieu, précis, quoiqu’il y a déjà des lieux symboliques, mais là où il y des caméras de télévision, ça c’est l’élément déterminant.

Des discours redondants crayonnés par des écrivassiers rémunérés pour les uns, des déclarations vengeresses censées soulever les masses pour les autres occupent les médias du monde entre deux catastrophes ou actes terroristes retentissants. Il faut dire que cette année le sommet (c’est le cas de le dire) du ridicule et de la démagogie est atteint par le Président de la République Française qui, en manque de notoriété se paie un grand écart entre les deux forums en lançant la tarte à la crème de « taxe mondiale », comme il avait lancé en son temps celle de « fracture sociale »... succès assurément garanti.

Une partie de celles et ceux qui contestent, à juste titre, l’hégémonie de cette engeance tombe dans le même travers spectaculaire, et ce par soucis disent-ils d’efficacité ( ?).

Le comique de répétition que sont devenus ces rassemblements folklorico-politiques n’a pas l’air de troubler les « contestataires » qui désormais ont aussi leur lieu, leurs vedettes et se font leur pub. Une fois terminé, on plie les « flon flon » et les guirlandes et l’on rentre chacun chez soi en s’auto congratulant et en se disant à l’année prochaine.

Caricature que cette description diront certains ! ; mais quand on voit où en est le « mouvement altermondialiste », et son efficacité à « construire ce nouveau monde » on peut se poser des questions. Et ce d’autant plus que cette année la fréquentation du Forum altermondialiste ne fait pas trop recette : pas d’élections en perspective donc l’envoie de quelques « seconds couteaux » et autres potiches plus que discrètes.

Ils servent à quoi ces rassemblements ? Ils font avancer quoi ? Mis à part le fait de servir de faire valoir à quelques vedettes.

Fréquenter occasionnellement la misère, et de préférence devant les caméras, améliore certainement son look médiatique et a belle allure sur les dépliants électoraux en France, mais ne fait pas avancer du moindre centimètre ce « nouveau monde » que les slogans disent « possible ».

A vouloir singer l’adversaire on fini par lui ressembler. Le problème c’est que lui domine et peut se payer ce luxe. Les dominés ont certainement autre chose à faire que de jouer les faire valoir.

26 janvier 2005

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SUR LES STRUCTURES ALTERNATIVES

 

Le débat qu’a lancé Jean Ruhlmann par son texte « PROJET DE STRUCTURE ALTERNATIVE » est, je le pense, essentiel et devrait constituer l’essentiel de la réflexion dans le mouvement dit « altermondialiste ». En effet il pose le problème de l’alternative concrète, ou concrètement le problème de l’alternative... c’est-à-dire l’élaboration d’une structure, ou des structures qui concrétisent une nouvelle philosophie de la vie et qui augurent de la mise en place de nouveaux rapports sociaux.

UN PROBLEME NOUVEAU ET DIFFICILE

Il s’agit de repenser l’action politique. Il est en effet évident que si celles et ceux qui ont fait l’Histoire, se sont engagé-e-s dans la voie du changement, n’avaient pas transgressé les règles du système dans lequel ils fonctionnaient, aucun changement ne se serait opéré. Quand je dis transgresser, ce n’est pas simplement au niveau de la légalité, mais aussi et surtout au niveau des conceptions des relations sociales, en vivant, en expérimental de nouvelles formes de vie sociale.

Il y a donc, ou il devrait y avoir, dans tout projet de changement, non seulement une réflexion « théorique » sur ce qu’il y a lieu de mettre en place, mais aussi et surtout un « vécu » nouveau.

Dans tous les cas, il faut se garder de penser en terme idéologique, mais au contraire en terme historique. Je m’explique : méfions nous des modèles « clef en main » , « bien construits », « garantis correctes »... ( voir l’article « MEFIONS-NOUS DES « MODELES DEPOSES » ! »).

La voie de la facilité serait de « penser » un système, de le déclarer juste et de l’appliquer coûte que coûte. Si cela était possible, ce serait effectivement facile. Or l’Histoire nous montre que ça ne fonctionne pas comme cela. L’Histoire est pleine de tentatives d’expériences qui pour certaines ont réussi pour d’autres non... la montée en puissance de la bourgeoisie commerçante entre le 11e siècle et le 18e siècle en est la plus parfaite illustration. Pourtant, malgré les difficultés et les échecs, elle a finalement réussi. Non pas parce qu’elle a seulement convaincu que ses principes étaient les meilleurs, mais aussi parce qu’elle a montré concrètement que l’on pouvait fonctionner autrement. Le modèle achevé de ce que sera le système marchand, n’existe pas et n’a pas été pensé dans sa structure... il s’est constitué au cours de l’Histoire, souvent sans qu’il y ai une conscience collective de son émergence.

Pourquoi je raconte tout ça ? Pour éviter que l’on commette des erreurs. Aujourd’hui nous avons une conscience aigue de faire l’Histoire et cette conscience nous incite à penser dans sa forme achevée le système que nous souhaitons... on y pense tellement que l’on peut avoir deux attitudes :

- soit on oublie de le faire, c’est-à-dire concrètement d’avoir une pratique qui expérimente ce à quoi on a pensé, ce que l’on souhaite... et le projet en reste au niveau du « vœux pieu »... « Ah si.... »
- soit carrément on passe à l’action en prenant nos désirs pour des réalités... des exemples : la Révolution de 1917, les communautés « post soixanthuitardes »,... bref toutes les « révolutions ».

Mais quels liens avec les « structures alternatives » ?

Justement, les « structures alternatives » sont significatives d’un passage à l’acte différent de ce que l’on entend politiquement (au sens vulgaire) par « changement »... ça c’est très bien. Encore faut-il inclure ce passage à l’acte dans une perspective, à la fois réaliste et historique.

Réaliste : tout n’est pas possible tout de suite... ben oui... ça aussi l’Histoire nous l’apprend. Aussi bien le contexte général dans lequel on agit que la conscience des individus sont des facteurs qui pèsent lourdement sur la volonté de changement et la possibilité de « faire du nouveau ». La « théorie de l’homme nouveau » qui devait naître (spontanément ?) des nouvelles structures mises en place est une foutaise.

Historique : Le changement se prépare et se fait lorsque les esprits y sont prêts et que les pratiques alternatives qui se sont installées peu à peu ont entraîné un pourrissement de l’ancien système.

Autant dire que toute précipitation et toute « administration autoritaire » du changement, ce qui a été souvent le cas au 20e siècle, voue l’ensemble du processus à l’échec.

C’est donc, je pense, en parfaite connaissance des processus historiques, des rythmes d’évolution des mentalités que l’on doit procéder en sachant essentiellement que c’est par la pratique que les individus évoluent et non en inversant les données.

LA PROBLEMATIQUE DE L’ALTERNATIVE

La mise en place de structures alternatives est, je le pense, la bonne méthode pour engager un processus de changement, mais, nous venons de le voir des précautions sont à prendre.

Ce n’est pas globalement, au niveau de l’ensemble de la société, que ces structures vont apparaître... Ce sont des hommes et des femmes, conscients, plus conscients que d’autres, qui vont vouloir vivre autrement, parce qu’ils en ont la conscience, le désir et y trouvent leur intérêt... ceci est fondamental pour ne pas faire de ces structures des lieux de coercition avec toutes les dérives totalitaires sous jacentes.

Ces structures vont devenir exemplaires, vont devenir une référence qui va attirer d’autres personnes. Elles vont être un tissu de relations sociales plus ou moins étendu, avec des histoires et des pratiques différentes,... peut-être des conflits de conception qu’il faudra gérer. Surtout ce seront des lieux d’une pratique qui forgera une nouvelle conception des relations humaines, des structures qui produiront une éthique pour celles et ceux qui y vivent et seront amenés à y vivre. C’est d’ailleurs comme cela, suivant ce processus que, dans l’Histoire, se sont forgées, dans les villes, les conceptions et les relations sociales qui ont été celles de la Révolution Française. En ce sens cette dernière a été le « produit de... » et non le « point de départ de... », quoiqu’elle a été aussi, d’une certaine manière, un point de départ vers... (on pourra revenir sur ce point).

LA PRATIQUE DE L’ALTERNATIVE

Je pense qu’il est fondamental de partir du fait qu’elle n’est pas constituée d’une pratique unique, unifiée, déclarée juste et indiscutable... évitons les modèles pré établis et pré fabriqués qui ont fait tant de mal au siècle dernier.

L’objectif de cette pratique, volontaire et non contrainte est de vivre une relation nouvelle, en marge des circuits officiels, ce qui sera la meilleure manière de montrer non seulement qu’ils sont obsolètes, mais qu’il y a mieux qu’eux.

Il y a donc lieu de mettre en place des expériences qui « tiennent la route » et non des pratiques plus ou moins spontanées et improvisées qui s’effondrent à la moindre difficulté. L’esprit de responsabilité civique, au sens le plus noble du terme, avec ses forces et ses faiblesses, est indispensable.

La fédération, et non la centralisation, des pratiques est indispensable pour s’auto améliorer, échanger et faciliter leur généralisation.

Sur le concept de « circuits courts »

Le terme « circuit court » n’est évidemment pas une marque déposée. Le terme signifie simplement, si je puis dire, qu’il faut rechercher la solution sociogéographique la plus logique et la plus économique en matière de travail, de production et d’échange. Un exemple : consommer les légumes et la viande produits dans l’immédiat environ et non élaborer de complexes, longs, coûteux et polluants circuits économiques comme le fait l’économie de marché. Une telle démarche, pour autant qu’elle est logique et évidente est parfaitement en contradiction et en rupture avec le système d’économie de marché et avec toutes les problématiques économiques d’aménagement du territoire qui ne sont aujourd’hui que des instruments de développement du système marchand.

Ces circuits courts existent déjà, de manière aléatoire, marginale et concernent quelques milliers de personnes. Ces circuits ne sont pas le produit d’un plan centralisé mais l’initiative, sans concertation, d’individus qui en ont marre des saloperies industrielles produites par l’industrie agro alimentaire et l’agriculture intensive... et que le système nous oblige, de fait, de consommer. Il y a là la prise concrète de conscience d’un fait qui s’interprète et se matérialise en une volonté de fonctionnement social nouveau... C’est ce processus qui est fondamental, et à généraliser.

Ces circuits apparaissent souvent, quand ils ne restent pas confidentiels, comme des gadgets ou des pratiques marginales... ils ne le sont que pour ceux qui n’y sont pas. S’y forgent pourtant une autre vision de la réalité économique.

Sur les « alter-villages » ou « éco-villages »

Je renvoie à un de leurs sites www.rama.1901.org

Sur les principes de base qui les fondent il y a peu à dire... je suis en grande partie d’accord.

Mais cela ne suffit pas, en effet c’est dans la mise en œuvre des principes qu’il faut être prudent et vigilant. Il faut être à la fois attentif et rigoureux, mais aussi pas sectaire. Ne pas mettre par exemple en place un « modèle plus ou moins fermé » qui soit, évidemment, le bon (sic), et la seule référence en la matière. Je pense, qu’en matière historique le tâtonnement est non seulement possible mais indispensable. C’est aussi et surtout « en faisant » que l’on apprend et en confrontant intelligemment les expériences. La conviction doit s’ancrer dans les fruits de l’expérience et non dans des théories qui sont souvent fumeuses quoique fort sympathiques.

Par exemple concernant la monnaie - brièvement car il y a beaucoup à dire. Se passer immédiatement de monnaie me paraît particulièrement hasardeux, non pas par principe, mais tout simplement parce que la monnaie peut-être un instrument commode de l’échange. Ce n’est pas la monnaie en soi qui fait problème mais le rapport social qui l’a soutend.

Par exemple concernant l’organisation du travail - La aussi brièvement - Oui à la simplicité, mais non au simplisme. J’entends par « simplisme » une organisation quantitative et qualitative qui « singerait » le « bon vieux temps d’autrefois ». Il nous faut réinventer des structures qui, tout en étant en rupture avec ce qu’a produit l’économie de marché, intègre les données nouvelles de ce qu’a produit le travail et l’intelligence humaine et cela en harmonie avec les impératifs environnementaux. (Question à reprendre).

Par exemple sur l’autonomie et/ou l’autogestion - Encore plus brièvement - Savoir harmonieusement conjuguer l’autonomie relative avec l’ouverture. Eviter un processus forcé d’ « autarcie économique ». Etablir entre les « unités de vie », villes, villages, communautés (peu importe les termes) des relations de collaboration différentes de celles qu’ont imposé les rapports marchands.

Par exemple concernant l’éducation - Repenser l’éducation (au sens le plus large du terme), non plus simplement en terme d’acquisition de techniques, mais à partir du vécu collectif fondé sur l’analyse du présent et des perspectives de l’avenir. (Là aussi question à reprendre)

Tous ces points, et évidemment d’autres, sont à rediscuter et à approfondir.

En conclusion (provisoire), dans tous les cas de figures gardons-nous d’idéaliser une quelconque structure. Sachons nous adapter et comprendre les adaptations à des conditions locales (géographiques, mais aussi politiques et sociales). Gardons-nous de tout jugement de valeur hâtif... ce qui ne veut pas dire évidemment d’accepter n’importe quoi... mais c’est justement là toute la difficulté. La concertation, les échanges, les rencontres, les débats, et la fédération des actions en sont d’autant plus importantes.

C’est la pratique collective, librement acceptée qui doit fonder les valeurs de d’aujourd’hui et de demain.

PS - Sur le site de l’En dehors, Libertad, le webmasteur du site a organisé une rubrique pour débattre de ces questions... Je ne sais pas ce que ça va donner, mais ce serait intéressant de savoir ce qu’il se dit ici à là, voire d’échanger nos points de vue. endehors.org

 24 janvier 2005

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L’ECONOMIE DU GASPILLAGE

Qu’est ce que gaspiller ? « Dépenser avec profusion, consommer sans discernement ». Essayons, à partir de cette définition, qui est tout à fait officielle, de voir ce qu’il en est de « gaspiller » dans la réalité économique et sociale.

LE « GASPILLAGE », UNE NOTION TOUTE RELATIVE

Qui gaspille et quoi ?

La notion de gaspillage peut se déterminer à partir d’attitudes toutes simples. Par exemple lorsque « je prend une quantité de biens supérieure à celle que nécessite mon besoin et que j’en laisse perdre une partie parce que je ne la consomme pas ».

Dans le langage courant le gaspillage est lié à la déperdition d’un bien ou d’un service produit mais qui ne satisfait finalement aucun besoin... on dit qu’il a été « fabriqué en pure perte ». Pourtant, à y regarder de près, ce n’est pas cette conception du gaspillage qui est celle de l’économie de marché.

Lorsque par exemple, un grande quantité de carburant est consommée au cours d’un bouchon routier, on peut dire, suivant la définition précédente, qu’il y a eu « consommation de carburant en pure perte », or pour le producteur de carburant c’est tout à fait le contraire, il a vendu de grandes quantité de carburant, c’est tout bénéfice pour lui. D’ailleurs au niveau du système économique ceci correspond à une production de bien qui a fait tourner l’entreprise, qui a pu verser des salaires et qui donc a réalisé une valeur qui a rapporté un profit, profit distribué et/ou réinvesti,...

Autre exemple : la destruction d’une forêt peut-être perçue comme un gaspillage des ressources naturelles et une atteinte à l’environnement. Or la destruction de cette forêt permet, de faire fonctionner l’industrie du bois, du papier et le défrichement, permet de développer l’agriculture. En terme économique marchand il n’y a pas gaspillage mais au contraire accroissement de la richesse.

Ces exemples démontrent quoi ? Simplement que le « gaspillage » est fonction de la manière dont on considère l’activité économique, que son sens est fonction des objectifs que l’on s’est fixé.

« PILLAGE » ET « GASPILLAGE » LES DEUX MAMELLES DU SYSTEME MARCHAND

Comment « fonctionne » la marchandise ? La marchandise est produite pour être achetée et/ou consommée par un consommateur solvable. Autrement dit, la motivation essentielle de la production de la marchandise est plus la « réalisation de sa valeur d’échange » que sa « consommation physique » (voir l’article « LA MARCHANDISATION DU MONDE »). La production est faite pour être vendue, ce qui veut dire qu’il est indifférent au producteur, et de manière générale au système, de savoir à quoi va servir ce qu’il a produit. Ainsi, deux situations bien singulières peuvent se présenter :

- soit la marchandise est vendue/achetée dans ce cas qu’elle soit consommée ou non consommée (perdue) n’a aucune importance pour le producteur et plus généralement pour le système... il n’y a pas socialement et économiquement gaspillage puisque l’objectif est atteint : la vente ;
- soit la marchandise n’est pas vendue/achetée dans ce cas il y a socialement et économiquement gaspillage puisqu’elle n’a pas rempli sa fonction, celle de valoriser le capital en réalisant sa valeur sur le marché.

On voit donc que la notion de gaspillage, dans le cas de la marchandise est liée, plus à la réalisation de la valeur marchande qu’à la satisfaction d’un besoin.

En effet, le cas qui consisterait à mettre à disposition d’un consommateur insolvable (qui ne peut pas acheter), un bien ou un service, est un cas absurde, est un non sens en terme marchand. Pourquoi ? Simplement parce que la marchandise n’a pas pour objectif de satisfaire un besoin, mais uniquement un besoin solvable.

On imagine sans peine les conséquences d’une telle conception en général, mais en particulier concernant des biens et services tels que la santé, l’eau, l’éducation, l’énergie, le transport. C’est quand on a compris tout cela que prend réellement toute sa signification la défense du service public qui lui privilégie l’« usage » sur l’« échange », la « satisfaction du besoin » sur « ce que ça rapporte financièrement ».

Le gaspillage a donc dans le système marchand une définition très précise. On peut la résumer comme suit : tout ce qui est « valorisé » et susceptible d’être vendu est utile, tout le reste n’a aucune importance... D’une certaine manière, au regard de la logique marchande, le service public est une sorte de gaspillage puisqu’il a pour priorité l’« usage » et non l’« échange »... c’est exactement le raisonnement que tiennent les gestionnaires du système marchand.

Ainsi polluer une côte, les mers, les rivières, l’air, détruire une forêt, faire disparaître des espèces animales ou végétales, laisser mourir du sida des populations pauvres, laisser à l’abandon des compétences (chômage) qui n’entrent pas dans le calcul de rentabilité de l’entreprise,... n’a aucun importance sur un plan marchand. Seul compte ce qui rapporte.

Par contre extraire sans limites les richesses minières, produire des gadgets, faire de l’élevage intensif, utiliser massivement des engrais, des insecticides, des OGM... est de la plus grande importance car... ça rapporte.

On comprend dès lors que ce qui nous paraît parfois aberrant et scandaleux (pollution, exclusion,...) et qui est fait sans retenue, n’est pas une erreur mais la conséquence d’un froid calcul, correspondant parfaitement à la rationalité du système marchand. Ce n’est pas le système marchand qui dysfonctionne, au contraire, il développe jusqu’au bout sa logique.

Le « tout jetable » est pour ainsi dire, le stade ultime de la production marchande. Il est l’expression la plus parfaite de l’indifférence qu’a le système marchand pour l’aspect matériel de la marchandise... et pour tout dire de ce qui constitue la matière première qui a servi à le fabriquer. Il est, dans la même logique, l’expression de la plus parfaite indifférence au regard de la « force de travail » qui ne lui est pas utile. Le chômeur, le retraité est l’expression d’une force de travail inutile... il est lui aussi en quelque sorte considéré comme « jetable ».(voir l’article « LA CROISSANCE ? QUELLE CROISSANCE ? »)

INTERETS ET INDIFFERENCE DU SYSTEME

Le système sort de son indifférence lorsque les conséquences de son fonctionnement portent atteinte à ses intérêts. La sonnette d’alarme n’est jamais actionnée par lui mais par celles et ceux qui, conscient des problèmes d’environnement et d’exclusion, « mettent le doigt » sur ses contradictions. S’établit alors un rapport de force qui aboutit soit au « recyclage » dans le cas de la protection de l’environnement, soit à des « plans sociaux » dans le cas des licenciements,... mais ces mesures sont toujours prises à contre cœur... en effet, elles coûtent et sont donc en contradiction avec l’objectif du système qui est et demeure, faire de l’argent. La lutte contre le gaspillage et la pollution est assumée par le système quand... elle est rentable pour l’entreprise qui la prend en charge... ou lorsqu’elle est prise en charge par la collectivité. C’est généralement le « public », qui prend en charge les dégâts occasionnés par le « privé ».

De plus, le système en place a un argument important, c’est que justement il est en place, il fonctionne, il a sa rationalité, ses institutions, son idéologie, ses adeptes qui sont au pouvoir...De temps en temps il « lâche du lest » pour faire retomber la pression sociale... C’est celles et ceux qui le contestent qui doivent faire... mais quoi ? et comment ?. Ceci aboutit à une sorte d’indifférence généralisée. Autrefois on disait « La vie n’est qu’un passage, Dieu nous jugera », aujourd’hui c’est : « La science trouvera bien une solution ».

Cette indifférence, encouragée par le système, formate les esprits à une démarche mercantile immédiate et non axée sur la prise en considération du long terme. Si la satisfaction des besoins immédiats, passe, pour le plus grand nombre, dans nos pays, par l’acceptation de principes aberrants, eh bien on accepte. Quand on dit à un quelconque citoyen « Nous consommons des ressources non renouvelables qui disparaîtront dans cinquante ans », ou « la planète ne sera plus viable dans un siècle »,... c’est comme quand on dit à un gamin qui fume... « Tu auras un cancer dans quarante ans »... l’indifférence de la plupart et des politiciens en particulier (voir l’article « LES MYTHES ECONOMIQUES »)

Le système se conforte ainsi dans sa propre aberration, conforté par l’indifférence du plus grand nombre qui se trouve confortée par l’indifférence des gestionnaires. La boucle est bouclée, le grand consensus aboutit à... ce que rien ne change et la planète dépérit... et nous avec.

Rouler à bicyclette, trier les ordures, éviter les emballages inutiles,...sont des actions utiles mais à elles seules, elles ne résoudront pas le vrai problème qui est celui des rapports de production et de distribution des richesses... pire, ne s’en tenir qu’à ça peut servir d’alibi au système marchand qui sait se donner bonne conscience au regard de tout ce qu’il détruit... voir l’escroquerie du « développement durable ».

Dire que le système marchand est entrain de détruire la totalité des ressources, de gaspiller au nom du principe de « rentabilité », de s’enliser dans ses propres déchets est une autre façon de dire qu’il succombe, et nous avec, aux conséquences du principe de son fonctionnement. C’est donc en toute conscience que ce système est entrain de détruire, à une échelle jamais atteinte dans l’Histoire humaine, l’éco système de notre planète et de mettre en péril la survie des générations futures. Ceci montre le caractère historiquement criminel des politiques de développement basées sur un pillage massif et un gaspillage illimité des ressources naturelles... pratiques qui ne sont condamnées par aucun code... et pour cause.

23 janvier 2005                                                                 Patrick MIGNARD

 

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LE « SYNDROME DU TITANIC »

Lorsque, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le TITANIC a coulé, ce n’est pas qu’un navire qui a sombré dans l’Atlantique Nord, mais une conception des rapports de l’homme à la nature, une conception de ce que peut et/ou ne peut pas la science, une croyance en un pouvoir absolu de l’esprit humain dans la maîtrise des forces de la Nature.

Quelle leçon l’homme a tiré de cette tragédie ? En fait bien peu de choses ou du moins rien que du très superficiel, essentiellement qu’il « aurait fallu autant de canots de sauvetage que de passagers ». La foi en la science, en l’absolue puissance de l’esprit humain, en la certitude que « de toute manière on trouvera bien une solution », si elle a été un instant ébranlée n’en a pas moins retrouvé toute sa place... l’histoire du 20e siècle et celle du début de ce 21e est là pour le confirmer.

ET SI LA TERRE ETAIT UN TITANIC...

Certes, la Terre, comme le Titanic, n’est pas une production humaine encore que l’attitude de l’Homme à l’égard de sa planète laisse subsister le doute sur la manière dont il la considère.

L’insubmersibilité déclarée du Titanic ressemble à s’y méprendre à l’assurance affichée « officiellement » dans les capacités supposées illimitées de la Terre à fournir de l’énergie et, jusqu’à une période récente, à recycler indéfiniment les dégâts collatéraux de la croissance.

La Terre est un espace limité accaparé par l’homme qui l’exploite comme bon lui semble sans avoir de compte à rendre à quiconque, ... sinon peut-être un jour à lui-même, mais alors il sera trop tard et puis, celles et ceux qui auront tout saccagé seront morts ( « Après nous le déluge ? » )

Tant que les capacités de production, et donc de destruction, humaines, ont été peu développées, les activités humaines ont été compatibles avec ce que l’environnement pouvait fournir et supporter, ou du moins n’ont pas posées de problèmes majeurs.

La révolution industrielle au 19e siècle a inauguré une nouvelle ère, celle du prélèvement massif et illimité des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables ainsi que celle de la production illimitée, en quantité et en durée, de nuisances. Le processus qui s’est enclenché, en toute inconscience s’est fondé, du moins officiellement, sur les meilleures raisons du monde : officiellement la science et le bonheur. Qui pouvait souscrire contre cela ? Mais surtout qui pouvait mettre en doute le bien fondé d’un système qui promettait l’abondance pour tous et pour l’éternité, et cela « grâce à la science qui faisait reculer l’obscurantisme ? »

Cette vision de l’absolu, cette vision de l’invincibilité de la raison, cette certitude de la maîtrise a placé l’homme non pas en utilisateur de la nature mais en exploitant de celle-ci. (voir l’article « L’HOMME APPARTIENT-IL A LA NATURE ? »). La soumission, la crainte, la communion de et avec la nature a laissé la place à la domination. La nature n’a plus de limites puisque l’intelligence humaine n’en a pas ( ???). Les désirs sont devenus « la » réalité. La réalité pouvant subvenir à tous les désirs.

La manière dont fonctionne la société humaine est « correcte » puisqu’elle convient à l’« homme »... ou du moins à l’« homme-occidental-habitant-dans-un-pays-développé »... autrement dit « ce que l’on fait de mieux en matière de rationalité, d’intelligence, de valeur morale, bref de civilisation ». Que peut refuser la Nature à un tel être ? Sa science, sa connaissance, n’a-t-elle pas prouvé qu’il « savait » et « pouvait ». Le fait qu’il courre un risque en « faisant » est bien entendu inconcevable... « il y a toujours une solution »...

C’est à peu près le raisonnement que devaient se tenir quelques rescapés, dans l’eau glaciale de l’Atlantique Nord, accrochés à des débris flottants... avant de couler.

LE FAUX ARGUMENT DU BIEN ETRE

Le « bien être », comme le « bonheur », est une notion toute relative et éminemment subjective. Qui peut affirmer que l’homme primitif était « moins heureux » que l’homme moderne ? Quels sont les critères à utiliser en la circonstance ? Personne n’a évidemment la réponse. Pourtant le système marchand lui, répond à cette question : la consommation. Ne mesure-t-on pas, en économie, le « bien être », voire la « psychologie » des ménages par un indice de consommation ? Ne dit-on pas qu’il y a « morosité des ménages » quand la consommation baisse ?

Le lien qui est fait entre consommation et production n’est ni technique, ni neutre contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire. La production ne s’intéresse qu’à la consommation solvable - et uniquement solvable. Pourquoi ? Parce qu’elle seule permet à la production de réaliser la valeur des marchandises et par là même de valoriser le capital.

Ainsi, tout le discours de l’activité économique est fondé sur un mensonge : celui de la nécessité impérative de la croissance. (voir l’article : LA CROISSANCE ? QUELLE CROISSANCE ?) Mensonge et non méconnaissance car aujourd’hui on sait, personne ne peut dire qu’il ne sait pas. L’accumulation illimitée de richesses est absurde et ce pour deux raisons :

- elle est à terme impossible : il est physiquement impossible de promettre une croissance illimitée sur une planète aux ressources limitées.

- elle n’est pas nécessairement source de bien être : les conditions de vies sur la planète deviennent insupportables (concentrations urbaines, destruction de la nature...)

Sans pour cela en revenir, évidemment, à un mode de vie primitif (voir l’article LA DECROISSANCE ? QUELLE DECROISSANCE ?)

Ainsi le vieil adage populaire, « Abondance de biens ne saurait nuire » s’il a pu correspondre à une réalité historique n’est plus adapté à la situation actuelle.

Pourtant, en dépit de toute évidence, la croissance, et son corollaire, le développement sont devenus des thèmes mythiques et récurrents à tout raisonnement économique qu’il est hors de question de discuter, à plus forte raison de contester.

ENTRE CHAOS ET CONSCIENCE

Les données du problème sont désormais claires. Personne ne peut dire « qu’il ne sait pas » ou plus tard « qu’il ne savait pas » et plus particulièrement les politiciens. Or ces derniers, qui, en principe, devraient être les plus et mieux à même d’agir, et au moins inciter les citoyens à agir et réagir, n’en font rien, bien au contraire... Toute leur action se résume à « dédramatiser », autrement dit à nier et dans le moins pire des cas à proposer des « solutions » plus que douteuses... comme par exemple l’escroquerie du « développement durable ».

Se pose aujourd’hui (pas demain, il sera trop tard !), à nous tous, habitant-e-s de cette planète, un problème d’éthique, problème d’autant plus délicat qu’il concerne non pas nous-mêmes ou nos voisins mais des gens qui n’existent pas encore : nos descendants, les générations futures.

La question est simple : sommes-nous capables d’assumer une telle responsabilité et de remettre en question notre mode de vie, de gérer intelligemment les ressources naturelles, pour assurer celui de celles et ceux qui nous succèderont ?

Soyons clair : le système marchand, c’est-à-dire la manière dont nous fonctionnons aujourd’hui est incapable de l’assumer. Pourquoi ? Parce qu’il fonctionne sur un principe parfaitement incompatible avec une gestion intelligente des ressources, parce qu’il ne respecte rien, hormis la valorisation du capital.

Tant que ce principe ne sera pas remis en question on ne peut espérer aucun changement.

La solution, qui est de l’ordre « du » politique se situe donc en-dehors du champs de « la » politique. La prise de conscience nécessaire, indispensable, même peut-on et doit-on dire, vitale ne peut se faire que dans la société civile, par une prise de conscience et la mise en place d’une alternative économique et sociale (voir l’article « TRANSITION »)

Cette fois-ci, ce n’est plus un navire dont il s’agit, aussi symbolique qu’il soit, il s’agit de notre planète et cette fois-ci il ne s’agit pas du nombre de canots de sauvetage... il n’y en a pas et il n’y a pas de planète de rechange. Les passagers du Titanic ont eu près de deux heures avant qu’il ne sombre, et un peu plus de temps avant que n’arrivent les premiers secours. Nous avons certes plus de temps, et c’est peut-être cela qui fait illusion, mais surtout il n’y aura jamais aucun secours qui n’arrivera.

Après le naufrage, il n’y aura plus personne pour fleurir un quelconque mémorial.

14 janvier 2005

Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

HOMO MEDIATICUS

Deux semaines de bombardements médiatiques massifs, avec même quelques séances de « frappes chirurgicales » ... « à vot’e bon cœur messieurs-dames, voici le CCP ». Pensez donc, une catastrophe naturelle à l’échelle mondiale en pleine « trêve des confiseurs »... du pain béni, c’est le cas de le dire vu la période, pour les médias.

La vague du raz de marée n’a d’équivalent que la vague médiatique qui a déferlé sur nos ondes et dans nos journaux et qui n’en fini pas de faire des clapotis dans les recoins de notre (mauvaise) conscience.

Les médias se sont emparés de ce tragique évènement avec une avidité déconcertante, jonglant avec les mauvaises et les bonnes nouvelles, jonglant avec les chiffres des morts, des blessés, des disparus, des rescapés, des vrais-faux sinistrés. Ils ont tenu en haleine un public fasciné par l’énormité de la chose... ce qui ne l’a tout de même pas détourné des huîtres et du foie gras... du moins en France.

UNE MONDIALISATION DU CATASTROPHISME

C’est avec une constance morbide que les médias se sont vautrés, et n’en finissent pas de se vautrer dans la catastrophe. Durant des centaines d’heures, occupants la quasi totalité des bulletins d’informations et autres journaux télévisés, le long défilé des images de mort nous a harcelé jusque sur notre table, jusqu’au pied de nos lits... impossible d’ouvrir la moindre feuille de choux sans tomber nez à nez avec des corps boursouflés et autres témoignages « inédits et exceptionnels ».

Une lutte effrénée s’est engagée entre les agences de presse et les grands médias pour vendre de l’information à tout prix... faisant dans la surenchère du sordide, du spectaculaire et du sanglant.

Il faut dire que pour une fois que « personne n’était responsable » (mis à part les carences dans la prévision), on pouvait y aller sans retenu. En effet a-t-on fait autant de vacarme pour les 800 000 morts (5 fois plus) du génocide Rwandais, ou les victimes (jamais décontées) de l’atroce guerre de Tchétchénie... pour ne citer que ces deux conflits... Il y a manifestement des morts respectables et d’autres qui ne le sont pas. Il faut dire que dans ces deux cas il n’y avait et il n’y a pas de touristes.

Entre les « miraculés », les devins, les chanceux, celles ou ceux qui ont eu des rêves prémonitoires ou qui avaient perdu leurs billets d’avions, nous n’avons eu que le choix pour faire fonctionner au maximum notre imagination et/ou nos fantasmes... Certains ne s’en sont pas privés. De quoi alimenter nos inconscients pendant plusieurs mois, de même que les écrans de télévision et donc les recettes publicitaires... car bien entendu, comme dirait TF1, l’information s’est faite entre deux plages (elles non sinistrées) publicitaires.

A combien se sont négociées auprès des grandes chaînes de télé les petites séquences d’amateurs qui ont eu la chance historique (« j’y étais, moi, Monsieur ! ») d’être là au bon moment avec leur vidéo prête à fonctionner. .. transformant en l’espace de quelques secondes leur ridicule instrument en lingot d’or ?

Que peut-il se passer dans la tête de celles et ceux qui livrent en spectacle leur angoisse dans un hall d’aéroport dialoguant avec un journaliste qui joue plus ou moins le psychologue et guette, l’œil gourmand, la défaillance qui fera d’un simple reportage un « scoop-psy-grave »... « refais moi ça coco ... ça passe un max ! ». Plus la situation du témoin est dramatique, mieux réussie est la séquence : la catastrophe comme si vous y étiez, la mort livrée dans votre salon par porteur spécial... il ne manque plus que l’odeur... mais patiente, on y travaille !

Nous avions l’habitude du spectacle de la misère, nous avons eu droit, quasiment en direct, au spectacle de la mort... on n’arrête pas le progrès.

LA SUBLIMATION DE L’HORREUR

Partir d’un certain degrés, l’horreur devient acceptable, montrable, donc exploitable. Remarquez qu’il n’y a jamais eu une image « floutée » dans les reportages... les morts étaient socialement et politiquement propres... bref « télévisuellement corrects ».

L’horreur est acceptable quand elle n’est pas sociale, ou du moins quand son origine n’est ni politique, ni sociale. La « fatalité » étant la chose du monde dont le partage échappe à l’action humaine, elle dédouane les hommes de ses raisons... il est permis à Dieu d’avoir des absences, quand ce n’est pas une manière pour lui de faire de la pédagogie aux humains. Les voies du Seigneur (saigneur ?) sont impénétrables, tout le monde sait ça !

Mais l’horreur doit rester horrible pour continuer à faire ses effets. Le risque, en matière d’info, c’est que la tension du spectateur se relâche, retombe, soit par lassitude, soit parce que petit à petit, la situation tend à se normaliser ?. Alors il faut relancer dare dare... surtout lorsqu’on n’a pas grand-chose à se « mettre sous la dent » : une banale explosion d’immeuble par le gaz (pas même un attentat, c’est dire !), des salariés virés de leur entreprise (quelle banalité !), pas même une naissance princière ou un match de foot d’ « anthologie » (comme disent les fans !)... que du menu fretin.

Tout l’espoir réside dans les « répliques »... faudrait qu’elles se manifestent parce que ce coup ci toutes les caméras du monde sont prêtes... un bonne réplique bien médiatisée et l’on fait médiatiquement un malheur.... « Pousse toi de là j’y étais le premier... non mais ! »

A défaut de « répliques », il a fallu trouver autre chose. Asie du Sud Est, tourisme, enfants abandonnés... Ca y est on a trouve : trafic d’enfants et pédophilie... Ca c’est un filon... Allons donc pour les trafics d’enfants... et c’est parti pour un tour. Mort, sang,.... Il ne manquait plus que le sexe. Ce coup-ci le tiercé gagnant est au rendez vous... et c’est reparti. A vomir.

Fallait-il informer sur la catastrophe ? Evidemment. Mais ce à quoi nous assistons n’est plus de l’info, c’est du matraquage. Qu’il y ait une information sur les victimes, sur l’évolution de la situation,.... qu’il y ait même une émission spéciale sur le sujet, soit, mais quel sens a cette surenchère sinon d’être une mécanique incontrôlable guidée par le sensationnalisme motivé par la course à l’audimat. Parce ce que ce qu’il y a finalement derrière toute cette dérive c’est l’argent, celui que rapporte la publicité orientée par les statistiques de l’audimat.

Le service public n’a pas eu plus de retenu que le privé

Au fait, c’est quoi et quand la prochaine catastrophe ?

6 janvier 2005                                                                         Patrick MIGNARD

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