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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

NI CHUTE FINALE, NI LUTTE FINALE

Le stress - passager - des financiers et de leurs complices politiques n’a d’égal que le stress - permanent - de celles et ceux qui ne rêvent que de voir le capitalisme s’effondrer.

Même si les premiers ont encore quelques sueurs froides, ils n’en demeurent pas moins maîtres des outils, économiques, politiques et idéologiques, du dépassement de la crise – et savent qu’in fine, ils ont tout à gagner… la reprise des affaires. Quant aux seconds, qui croient qu’un système économique et politique tombe comme un fruit mûr, ils en seront, une fois encore, pour leurs frais, au sens propre comme au sens figuré.

LA FAILLITE « TOUTE RELATIVE ET PROVISOIRE » DU LIBÉRALISME

Celles et ceux, peu nombreux, qui, depuis des années, à l’encontre de l’avis de la plupart des « experts » et des politiciens gestionnaires de ce système, tiraient la sonnette d’alarme devant l’augmentation démentielle de la bulle financière et les pratiques délirantes de la spéculation voient, enfin, leurs prédictions se réaliser. Ils pourraient dire « On vous l’avait bien dit ! ». Pourtant, cette vérité, cette lucidité, compte peu au regard des intérêts qui se jouent et du sens qu’a cette « crise » au regard du système marchand.

Le libéralisme, c’est-à-dire la conception politico-économique qui consiste à faire une confiance aveugle aux « lois de marché », permettant en cela toutes les pratiques spéculatives,… a pour unique but l’enrichissement les spéculateurs,… à terme ça met en difficulté, pas en péril, l’équilibre de l’ensemble du système financier mais ça lui permet aussi de se restructurer.

Dans cette phase délicate le système marchand a une roue de secours efficace, un véritable gilet de sauvetage qu’il n’utilise qu’en dernière extrémité : l’Etat.

Cet Etat que les naïfs croient neutre, garant du bien public, représentant les intérêts du peuple, expression la plus élevé de la citoyenneté,… n’est en fait là que pour assurer la pérennité du système…. par ses politiques financières, économiques, voire la répression.

Cet Etat qui est capable de trouver et/ou de s’engager pour des sommes astronomiques, en quelques jours pour « sauver » des banques, des compagnies d’assurance, est curieusement bien incapable de lâcher la moindre augmentation des revenus pour assurer le pouvoir d’achat, lutter contre l’exclusion, la pauvreté, les maladies « orphelines », la santé, l’éducation,…

Cette « crise » financière nous montre au moins une chose, c’est que cet Etat, vis-à-vis duquel on nous rend complice avec les élections, n’a pour seul et unique but, défendre les intérêts des puissants, être garant de ce système.

Mais qui va le comprendre et surtout en tirer les conséquences ?

L’IDÉOLOGIE AU SECOURS DES MÉCANISMES DE MARCHÉ

Cette mystification est d’autant mieux assurée que tout le discours dominant, et même celui de l’opposition officielle, nous présente l’Etat comme l’émanation du « peuple qui élit ses représentants ». Ce processus fonctionne aussi bien dans la représentation – « l’État est légitime » - que dans l’acceptation des mesures - « L’État défend votre argent, votre épargne »

Tous les dirigeants libéraux – élus par le bon peuple -, ceux là même qui ont présidé et accéléré la déréglementation de l’appareil économique qui, il y a quelques mois encore mettaient en place les instruments du « krach » financier, dans un retournement dont le cynisme le dispute à l’incompétence en matière d’intérêt public… se présentent en sauveurs. « Laissez venir à moi les petits épargnants ! » Ils ressemblent à ce pompier pyromane qui après s’être évertué à déclencher l’incendie, passe pour un héros par sa bravoure à le combattre…. Et le peuple à la fois inquiet (pour ses sous) et béat (par l’énormité des mesures prises), largement intoxiqué, conditionné, par les médias aux ordres, gobe une fois encore la fable du « héros au cœur pur ».

Le « sauvetage » du système financier va nous être présenté comme une opération de sauvetage de la petite épargne…. Un comble !

Les conséquences économiques et sociales – dont se contre foutent les spéculateurs - dans la sphère de l’ « économie réelle » vont nous être présentées comme des dégâts collatéraux d’un désastre imprévisible mais qui a su être combattu à temps et avec efficacité ( ???). Merci pour eux !

Bref en l’absence d’une totale alternative à ce système tout le monde, les petits comme les grands, mais pour des raisons différentes, vont pousser un « ouf » de soulagement. Les premiers parce qu’ils sont sûrs d’avoir échappé à un désastre, les seconds parce que les affaires juteuses vont reprendre.

Tout « rentrera dans l’ordre » jusqu’à… la prochaine crise.

UN SYSTÈME « SERVI » PAR UNE OPPOSITION DÉBILE

Le système marchand est « servi », si l’on peut dire, par une opposition soit franchement collaborationniste, soit profondément débile.

Ne parlons pas de l’opposition officielle qui voit, à juste titre, dans les mesures prises le reflet de sa propre politique économique – écoutez le très « socialiste » Président du FMI – Ils oublient, fort opportunément, qu’ils ont été, eux aussi, quand ils étaient au pouvoir, les artisans de la libéralisation du système.

Quant au reste de l’ « opposition », la « radicale », l’ « altermondialiste », la « révolutionnaire », sa plus sérieuse intervention consiste à dire « On vous avait prévenu »… C’est vrai, c’est juste… mais encore ?

La suite n’est pas du tout à son honneur.

Vouloir traîner devant la Justice (laquelle ?), les spéculateurs, (lesquels ? combien ? où ?) afin de les juger (en fonction de quelle loi ?) dénote un manque certain de sérieux. Une fois encore l’ « effet de tribune » se substitue à la véritable analyse en vue d’une stratégie crédible.

Voir dans cette crise le « début de la fin » du système marchand tient là aussi plus de l’ « effet de tribune » que d’une analyse sérieuse des phénomènes financiers, de leur sens et des marges de manœuvre du système, soit carrément d’une vision extatique de l’Histoire.

Les gestionnaires du système ont provisoirement tiré les leçons de ce qui leur arrive. Celles et ceux, par contre, qui le combattent n’en sont toujours réduits qu’à des grognements, des trépignements d’indignation et des écrits vengeurs…. Ce qui laisse de glace les premiers.

Dénoncer les pratiques scandaleuses des spéculateurs et le cynisme des dirigeants qui se portent à leur secours, c’est bien. Ne s’en tenir qu’à ça et ne tirer aucune conséquence d’un tel évènement, ou croire qu’il faille une nième organisation « anticapitaliste », c’est reproduire ce qui se produit après chaque crise : espoir puis…déception et soumission.

Ne nous faisons aucune illusion le système marchand se remettra de cette crise.

Bref, il n’y aura ni chute finale du système, ni lutte finale qui l’abattra. Après une bonne purge dans les circuits financiers, fait avec la sueur de celles et ceux qui n’en profitent jamais, des restructurations dans les milieux financiers, les choses vont redevenir comme avant. L’État se retirera peu à peu de l’économique au fur et à mesure que les intérêts privés l’exigeront. Tous les partis, les organisations syndicales,… vont sagement retrouver leur rôle (rappelez vous Mai 68 !)... en préparant les prochaines élections et… en attendant la prochaine « crise ».

Patrick MIGNARD
20 Octobre 2008

 

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QUI VEUT NOYER SON CHIEN…

Ce texte est une mise au point définitive, je ne reviendrai plus sur ce point, j’ai autre chose à faire de plus important, à propos de certains commentaires concernant le double article « DE LA LCR… AU NPA »

Appartenir à une organisation c’est un peu entrer en religion. De la libre détermination qui me fait faire la démarche, je suis peu à peu amené à prendre des positions qui ne sont plus réellement les miennes mais qui sont celle d’un « intellectuel collectif » relativement difficile à déterminer et souvent animé par des pratiques bureaucratiques quoiqu’on en dise. C’est ce qui explique que nombre de militant-es ont plutôt l’air de « cruches » ou de « perroquets » quand ils participent à une discussion.

Ce genre d’attitude ne prête pas à conséquence et incite plus à la compassion et à la gêne qu’à une réprobation.

Pourtant, tous les militants ne sont pas ainsi. L’engagement, la conviction, la certitude d’avoir raison, parfois le désir de faire son « trou » dans l’organisation (mais oui, j’ai vu ça !) amène à des pratiques nettement plus contestables.

Toutes les organisations politiques ont produit ce genre de dérives. Certaines, comme les partis totalitaires sont allées jusqu’à la calomnie publique, voire au meurtre.

La certitude de défendre sa vérité (ou celle de l’organisation) entraîne l’exclusion absolue de la vérité de l’autre, même si celle-ci n’est pas plus sûre que celle là... Et la tentation est grande d’utiliser tous les moyens, même les plus crapuleux, pour discréditer cet autre quand on est à bout d’argument.

Ainsi le parti communiste qui s’est arrogé le monopole du « communisme » traitait, et continue, toute personne avec lui d’« anticommunisme » qui se déclinait rapidement en petit bourgeois, réactionnaire, voire flic… ; sans parler des pratiques de « guerre psychologique » et de déstabilisations Ce genre de pratique a encore de beaux restes dans certaines pratiques d’organisations.

Pour en revenir à l’objet de cet article qui dépasse d’ailleurs mon cas personnel on s’en rendra compte dans les mois à venir, il m’a été reproché à plusieurs reprises, sur ce site, de « vouloir régler des comptes personnels avec la LCR » à laquelle j’ai appartenu il y a plus de trente ans ( trente et un exactement).

Ai-je une seule fois, et je prends à témoins les lecteurs/trices de ce site dans tous mes écrits, et mêmes dans mes livres, fait allusion à un quelconque problème personnel avec cette organisation ? Bien évidemment non ! Il n’y en a d’ailleurs jamais eu. Quand je l’ai quitté tout s’est fait « proprement » aussi bien de mon côté, que du côté de l’organisation.

Pourtant aujourd’hui, on enfonce le clou et l’on veut absolument démolir mon argumentation, sur les aberrations et dérives potentielles de cette organisation, en l’abaissant au niveau d’une simple rancœur de vieux militant qui ne trouverait plus sa place.

Le procédé est tout simplement débile et abject…. Digne des heures les plus sombres du stalinisme et des pratiques des partis communistes. Et il l’est d’autant plus que son auteur se cache courageusement derrière un pseudonyme… et fait des allusions comme s’il « savait quelque chose ». Ou bien il se dévoile et il dit clairement ce dont il en est… ou bien, il se tait.

Il est bien évident que je me refuse de dialoguer sur des affabulations d’individus anonymes. Mon argumentation se fonde, non seulement sur une pratique militante de quarante années, mais aussi sur des écrits, articles et livres que certains feraient mieux de lire plutôt que de raconter n’importe quoi.

Je ne demande certes pas que l’on partage mes opinions et comprends parfaitement que l’on puisse être en désaccord avec moi. Je comprends même qu’en manque d’idées et d’inspiration on consulte en permanence de vieux grimoires dans lesquels on tente de trouver la « pierre philosophale »… mais je n’accepte pas que le ragot remplace l’argumentation.

Mon cas personnel est évidemment dérisoire au regard de ce qui se joue actuellement, mais il est à n’en pas douter révélateur de pratiques, de réflexes, d’attitudes qui se développent dans une organisation politique, le NPA, qui n’hésite pas/plus à se présenter comme l’unique alternative au système politique actuel… même s’il s’en défend au nom d’une « tolérance démocratique ».

La précédente expérience de tentative de dialogue avec les militants du NPA - voir l’article « LES LENDEMAINS QUI CHANTENT » - qui m’a valu essentiellement sarcasmes et insultes en dit long sur ce qui est en train de se développer comme pratiques derrière le sourire médiatique du « facteur de Neuilly ».

Certes, et j’en connais, tous les militants ne sont pas sur ce modèle caricatural, mais un mauvais pli est entrain de se prendre. Gare aux dérives à venir.

 17 octobre 2008                                                                            Patrick MIGNARD

Voir aussi l’article : « MISÈRE DE LA CONDITION MILITANTE »

 

 

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LA CRISE, MAIS LA CRISE DE QUI ? (1/3)

 « LES FONDAMENTAUX »

Le « crise » nous est présentée comme cette bête immonde tapie dans l’ombre de nos certitudes économiques, et politiques, et qui, à l’improviste, excitée par des individus peu recommandables – les spéculateurs – surgirait pour attaquer le troupeau paisible protégé par ses bergers.

L’image est un peu exagérée, mais il n’est qu’à voir la crainte générale, l’angoisse, et la confiance mise dans les « bons bergers » pour se rendre compte de la mystique qui entoure le « phénomène »…. Les médias en rajoutant à la fois dans la dramaturgie – « c’est grave ! » - et dans l’apaisement – « faut pas céder à la panique ! ».

La réalité est beaucoup moins poétique.

LES PRINCIPES DU SYSTÈME

Disons les choses clairement : le système marchand, le capitalisme est un système fondé essentiellement sur la spéculation. C’est-à-dire une manière d’anticiper dans le futur. Ce qu’anticipe l’entrepreneur, le chef d’entreprise, l’actionnaire ?... c’est un gain supérieur à ce qu’il a avancé. Le processus qu’il met en place à cette fin, au départ processus productif de biens et services, n’a de sens qu’en fonction de cette finalité. L’important n’est pas ce qu’est la production (valeur d’usage), mais ce qu’elle vaut (valeur d’échange). La preuve en est qu’il le stoppe lorsqu’il ne rapporte plus – même si le besoin de consommer existe.

On a là la philosophie de base du système. Et tout en découle.

Et tout d’abord la monnaie qui d’instrument de l’échange – équivalant valeur de la marchandise – devient un moyen d’anticiper la production – créatrice de valeur. Elle passe ainsi du statut d’instrument d’échange à celui d’instrument de financement. Les banques d’ailleurs amorcent, par le financement de l’activité économique, le processus de création ex nihilo de la monnaie par le jeu d’écriture qui leur permet à partir d’un simple prêt, qui ne leur coûte rien, de faire apparaître et de s’approprier au travers de l’intérêt, une masse monétaire déconnectée de l’économie réelle et une des sources de la spéculation.

De plus la monnaie est non seulement la représentation, le symbole, de la valeur de la production, mais aussi (et on va voir pas seulement) la représentation de la valeur de ce qui permet cette production : le capital. – lui-même d’ailleurs résultat d’une production – à l’origine de l’activité humaine il n’y a que du travail.

Dès lors le capital, par parts est titrisé, c’est-à-dire transformé en parts négociables sur un marché, l’action…. d’où la Bourse. Chaque action, représentant un gain potentiel à venir… le dividende (part de la valeur de ce qui est réellement produit). La spéculation continue sur ce marché et le fonde. L’action devient un objet d’échange et par l’offre et la demande un objet de spéculation.

Désormais nous entrons dans l’irréel économique où la « valeur » n’est plus réelle, concrète, mais pur produit de la spéculation. Par exemple, la valeur boursière d’une entreprise ne se mesure plus à ce qu’elle est concrètement, mais à ce qu’elle vaut « boursièrement ». En effet, ce qui se joue n’est plus la valeur des biens et services produits, pas même la valeur du capital, mais la « valeur » issue de la manière de faire monter ou descendre artificiellement (loi de l’offre et de la demande) la valeur de celui-ci.

Mais il y a encore plus « fort » !

On peut aussi imaginer que l’on emprunte une action, que l’on vend, que l’on rachète quand elle a baissé faisant ainsi une plus value boursière… à la suite de quoi on la restitue à son propriétaire… donnant ainsi naissance à la vente à découvert…. et à une « valeur » qui n’a strictement rien à voir avec une production de biens et services.

On peut imaginer…

En fait on peut tout imaginer sur ce principe, il suffit qu’il y ait un offreur et un demandeur qui, chacun de son côté, pense faire une bonne affaire dans la transaction.

La monnaie passe d’instrument de financement à celui d’instrument de spéculation pure, c’est-à-dire l’argent ne sert plus qu’à produire de l’argent.

C’est cette règle qu’a institutionnalisé la dérèglementation… autrement dit, la règle c’est… plus du tout de règle.

La dérèglementation peut-être illustrée par deux évènements : l’abandon des taux de changes fixes le 15 août 1971, fixité qui datait des accords de Bretton Woods de juillet 1944, et à partir dans les années 90, la libéralisation du crédit avec accroissement de la concurrence entre établissements bancaires et donc… fixation libre des taux d’intérêt.

Ainsi, avec les taux de changes variables (entre monnaies), l’instabilité et le risque est mis au coeur des échanges, et avec les taux d’intérêts variables, c’est tous les rapports entre établissements financiers qui sont déstabilisés de même que leurs rapports avec le reste des acteurs économiques..

Ceci va donner naissance à deux marchés : le marché des changes et le marché des taux d’intérêt. Marchés qui vont être à l’origine de la fameuse « bulle financière ».

SPÉCULATION ET FINANCES

On comprend dès lors pourquoi la sphère financière, tout en se détachant peu à peu de ce qui en principe la fonde, la production de bien et services et leurs échanges, se prête particulièrement au processus spéculatif et même se prête à son extension à l’infini.

Ainsi on se détache peu à peu – mais pas complètement - de l’économie réelle… par exemple avec la création d’un marché des produits dérivés qui permet de prendre une option d’achat sur une production qui n’existe pas encore, option qui peut circuler entre offreurs et demandeurs.

Dans l’économie réelle, la spéculation sur l’acte de production, investir pour obtenir un profit, a un coût important : l’investissement, l’organisation de la production, la commercialisation de cette dernière.

Rien de tout cela, ou bien moins, dans la sphère financière où les transactions portent sur titres et sommes d’argent. Les profits sont rapides et deviennent rapidement colossaux dans la mesure ou la facilité des transactions les démultiplie à l’infini… Il faut aussi rajouter que la mondialisation financière, c’est-à-dire l’interconnexion mondiale des circuits financiers, démultiplie les occasions de transactions.

Juste un chiffre pour fixer les esprits : seulement environ moins de 3% des transactions mondiales concernent les échanges en bien et services, le reste est consacré aux échanges financiers. Ceci donne une idée de l’énormité de la dérive spéculative du système.

RISQUE ET SPÉCULATION

Le risque est, bien sûr, au coeur de ce système où tout varie sans contrôle, au grès de l’offre et de la demande et de l’imagination des acteurs économiques en quête de gains…

Il y a le risque dans la transaction, au niveau du spéculateur. Anticiper un gain dans l’avenir est toujours risqué – revirement de conjoncture, défaillance du cocontractant, fluctuations imprévisibles du marché, du cours des monnaies (taux de change), des taux d’intérêt,…

Or, ce risque a donné naissance à une autre « industrie », la couverture des risques…. Avec ce principe : plus le risque couvert est grand, plus la rémunération, pour celui qui « couvre », est importante. Ont été ainsi créés, au fur et à mesure, par les opérateurs, à cette fin, de nouveaux « produits financiers » dont la fonction est de se « couvrir » des risques… des autres transactions. Ainsi, par exemple, se sont constitués les forwards ou swaps dont le but est de gérer tous les risques inhérents à ces transactions.

La prise d’options, l’anticipation, la spéculation – à la baisse/à la hausse - sur des marchandises qui n’existent pas encore, la manipulation d’argent que l’on n’a pas, que l’on a emprunté, mais qui peut circuler dans des rapports entre offreurs et demandeurs, représentent des risques considérables, mais en retour sont sources de profits faramineux. Le tout est agrémenté par la variation des taux de change entre monnaies qui accroissent les risques mais aussi les possibilités de gains.

Non seulement les établissements financiers traditionnels – banques -, se livrent à cet exercice, mais sont également entrés dans le jeu, les compagnies d’assurances pour couvrir les risques et une myriade d’entreprises financières spécialisées comme les Fonds (Hedje Funds, fonds de pensions,…) dont la fonction unique est la spéculation.

Il y a un risque global car dans cette sphère, tout le monde joue et prend des risques… fondant finalement l’ensemble du système financier sur le risque.

Le véritable « château de cartes » que constitue la sphère financière tient parce qu’il y a toujours des « cartes » à placer et que personne n’a intérêt à « souffler » pour faire écrouler l’édifice. Mais, comme dans tout château de carte un point de rupture existe…. C’est la confiance de tous les acteurs. Dès que celle-ci disparaît tout le monde essaye de « retirer ses cartes » … et les comptes sont douloureux…. Car par exemple à trop s’engager, à la moindre défiance du partenaire et demande de remboursement, le « trou » apparaît, ne peut être comblé et la faillite est inéluctable.

On comprendra que la « déréglementation », dont tous les dirigeants actuels ont fait la règle, et qui fonde le libéralisme, permet un développement illimité et incontrôlé de tous ces mécanismes.

Le scénario est en place, les conditions sont réunies pour que dans le cadre de ce système, le principe « Enrichissez vous par tous les moyens » déclenche inéluctablement ce que l’on appelle la « crise ».

Patrick MIGNARD
 15 Octobre 2008

Prochains articles :
« La crise, mais la crise de qui ? (2/3) - Le déclenchement »
« La crise, mais la crise de qui ? (3/3) - Le dénouement »

 

 

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DE LA LCR … AU NPA (2)

Il ne s’agit évidemment pas dans ce double article de jeter l’anathème sur une action politique qui, pour la plupart de ceux/celles qui s’y investissent est tout à fait sincère. Il s’agit d’en souligner le danger de répéter les erreurs du passé dans un gaspillage inouï de forces et de dévouement. Si ce double article peut permettre à certain-e-s de réfléchir avant de s’engager, il aura atteint son modeste but.

Réflexions sur une « mutation » : LA STRATÉGIE

Qu’il faille prendre des initiatives devant la situation actuelle, la dégradation du social, de l’environnement, ça les dirigeants de la LCR l’ont parfaitement compris… contrairement par exemple à LO ; et les vieux partis de Gauche étant soient traîtres (PS et Verts), soit défaillants (PC), la LCR va occuper l’espace qui se libère.

Oui mais pour quoi faire ?

Il y a quelque chose d’étrange quand on parle de la stratégie du NPA : si l’on note qu’il n’en a aucune de réellement alternative, on nous fait deux types de réponse.

Soit on nous fait remarquer qu’il n’existe pas encore et que donc il est logique qu’il n’en ai pas…. Ce qui laisserait supposer que l’organisationnel précède et prime le politique et le stratégique ( ?).

Soit on nous renvoie aux textes, et ils sont nombreux, qui circulent dans ce qui n’est pas encore le NPA pour nous dire que « bien entendu il en a une ».

Il est en fait très difficile de se faire une opinion sur ce sujet. Le plus grand flou est entretenu quant à ce que sera l’action politique d’un tel parti. Probablement volontairement parce qu’à y regarder de plus prêt elle est d’un classique affligeant.

La « stratégie » politique du NPA en devenir, au delà des discours complaisants et enthousiastes laisse supposer la suite.

Elle découle de ce qu’est devenu la LCR au cours des années

Extrêmement radicale, dans son projet, dans les années 70, faisant appel à la violence révolutionnaire (revoir par exemple les discours de A.KRIVINE dans le film : MOURIR A TRENTE ANS) : affrontement avec les forces de répression, volonté de constituer des milices ouvrières, mise à bas de l’Etat bourgeois,… elle a peu à peu glissé vers une contestation molle, arrondissant la radicalité de son discours au point de faire de la radicalité un simple discours.

Dans un manifeste intitulé « TOUS ENSEMBLE NOUS POUVONS CHANGER LE MONDE », lcr-rouge.org qu’il serait ici trop long de décortiquer on retrouve toutes les concepts qui peuvent aux différents échelons des consciences et espérances, séduire : du gouvernement des travailleurs, à la proportionnelle, jusqu’à l’autogestion, l’autodétermination des travailleurs,…

A lire ce document, on comprend qu’il interroge du social démocrate de gauche à l’anarchiste le plus convaincu… tout ce monde y trouve, ou est censé y trouver son compte. Le NPA ratisse large. Le NPA va être une « auberge espagnole », où chacun apporte ce qu’il souhaite, mais c’est l’ex LCR qui fait le menu. Mais quel menu ?

On joue sur l’aspect affectif du culte voué à Che Guevara en refaisant revivre son incontestable courage physique, son idéal révolutionnaire, mais en omettant de dire que toute son action est un total fiasco aussi bien sur le plan théorique que pratique.

Le seul problème, mais il est de taille, c’est « que faire ? ». Il serait malhonnête de ne pas dire qu’il y a la réponse : la mobilisation des travailleurs. Cela dit, cette notion reste très floue elle aussi et peut aller d’un succès électoral à l’initiative des masses ( ?) avec tout ce que l’on peut imaginer entre.

Cette soit disant « stratégie », ou ce qui en tient lieu, on la trouve très clairement en résumé dans le tract d’appel à la fête de Toulouse du NPA (qui officiellement n’existe pas)-septembre 2008. En effet on peut y lire :

« Dans nos villages, quartiers entreprise il faut :
- revendiquer un salaire de base de 1500 euros net, une prime immédiate de 300 euros, l’indexation des salaires sur l’inflation ;
- soutenir chaque lutte des travailleurs en grève pour défendre leurs emplois, leurs salaires, leurs conditions de travail ;
- manifester et agir à côté des jeunes, des salariés, des chômeurs, des sans papiers, de ceux qui s’opposent à la destruction de notre environnement ;
- lutter aux côtés des populations pour que les campagnes et les quartiers ne deviennent pas des déserts à cause de la suppression des services publics ;
- démultiplier et relayer les fronts unitaires de résistance à la politique du gouvernement, comme pour le retrait des troupes française en Afghanistan, contre la privatisation de la poste, contre la construction de nouvelles centrales nucléaires, pour la régulation de tous les sans papiers…

Mais il nous faut aussi opposer aux politiques ultralibérales, une politique qui réponde aux besoins sociaux, écologiques et démocratiques en pourtant un autre projet de société. Nous ne pouvons ni attendre 2012, ni confier notre avenir à ceux, dans la gauche institutionnelle, qui capitulent et ne s’opposent même pas à Sarkozy et au Gouvernement. »…

La liste des revendications est totalement classique et peut-être reprise, effectivement, par de nombreuses organisations politiques, associations, et autres. Cela n’apporte rien au débat sur la stratégie.

Par contre, les deux phrases suivantes ne manquent pas d’intérêt.

« Il faut une politique qui … ». mais qu’est ce qu’une politique ? Appliquée par qui ? Dans quel cadre institutionnel ? Se fondant sur quelle pratique concrète ?

Rien n’est dit sur ces questions fondamentales, pas plus dans le tract que dans les autres textes sinon que :

« D’ores et déjà, dans toute la France, des comités NPA se sont constitués en réponse à l’appel d’Olivier BESANCENOT et de la LCR. Ces comités, tout en luttant, participeront à l’élaboration du programme de ce nouveau parti dont le Congrès fondateur se réunira en Janvier 2009 ».

Qui peut prendre au sérieux la phrase « Nous ne pouvons attendre 2012… ». Qu’est ce que ça veut dire concrètement ? Dans les faits ? Dans les intentions ? Ou bien il y a une échéance précise, un projet, ou bien ce n’est qu’un « effet de tribune »….

Que veut dire la phrase « Ces comités tout en luttant… »… Lutter ? Mais quel sens à ce mot dans cette phrase : protester, faire des tracts, coller des affiches,… ou bien occuper des usines, affronter la police ? On n’en sait trop rien. Cela peut vouloir tout dire,… et rien dire.

Et ce n’est pas la mise en place d’opérations, au demeurant forts sympathiques, style « pique-nique » dans les super marché en se servant sur place… qui seront d’ailleurs vite réprimées, et totalement ignorées des médias, qui vont changer la nature non stratégique du projet politique. Ces opérations, qui ressemblent à s’y méprendre aux opérations « Fauche chez Fauchon » effectuées par la Gauche Prolétarienne dans les années 70, ont plus une fonction d’attirance pour la frange libertaire politiquement perdue, que d’inaugurer un processus de subversion politique et social.

Autrement dit et en résumé, il n’y a aucune stratégie alternative, seulement dans un premier temps une tactique de construction d’organisation, puis un flou total sur la suite, sinon qu’il faudra faire un programme (de quoi ? électoral ? de prise du pouvoir ?), présenter une liste aux prochaines élections ( ?)

Il n’y a que des souhaits, des espérances, qui à force d’être répétés deviennent des certitudes. … qui s’exprimeront dans un parti qui fera quoi ?...concrètement ?

La non plus pas de réponse. En fait ce parti, regroupera les mécontents, soutiendra les grèves, dénoncera le pouvoir - mais ça ce n’est pas une stratégie politique alternative -… et ensuite ?... Il présentera des candidats aux élections… comme ont fait tous les partis politiques traditionnels depuis un siècle.

La magie des mots « unité », « rassemblement », «  lutte », « résistance », et des figures mythiques, le CHE, Louise MICHEL, l’emportent sur une analyse sérieuse de la situation et de la stratégie adéquate à mettre en place face à la mondialisation du Capital.

Le rapport à la réalité sociale et politique est totalement magique, comme si à le dire avec conviction et véhémence allait faire se produire l’évènement désiré.

Il est vrai que d’agir comme cela est sécurisant, convainquant, excitant, surtout appuyé par de grandes manifestations, démonstrations de forces, meetings-messes, envolées oratoires des leaders charismatiques,… dont la LCR – pardon le NPA – a/aura le secret… C’est exactement comme cela que fonctionne l’action politique depuis plus d’un siècle,… avec le succès historique que l’on sait. Il suffit de voir la situation dans laquelle nous sommes.

Au-delà des discours et des écrits (nombreux) préparatoires au NPA, il reste que la seule stratégie, par défaut, qui va se trouver dans les cartons du nouveau parti est la vieille stratégie électoraliste qui consiste à récupérer un maximum de militants, en faire des militants électoraux, présenter des candidats et attendre le résultat des élections. Bien sûr, on ne se désintéressera pas des luttes, on protestera, on manifestera, on fera des pétitions, on appellera à la grève,… mais tout cela se terminera comme d’habitude : par un communiqué de victoire, ou d’appel à la mobilisation et au « vote des candidats qui défendent les travailleurs ».

Il y a vraiment rien de nouveau à cela. Elle est celle du PCF, sans son histoire et avec, encore, un discours radical rafraîchi.

Le PCF s’est usé jusqu’à la corde avec cette stratégie, il s’est complètement déconsidéré en trahissant politiquement plus que ne le laissait supposer ses discours radicaux. Il en paie aujourd’hui le prix.

Le NPA va prendre le relais : discours radical,… mais ensuite ?. Dès qu’il va avoir ses premiers élus, l’illusion va peu à peu s’effriter. Processus classique d’une politique classique. Le « facteur » (qui ne sera plus facteur, mais politicien professionnel) va s’empâter dans ses fonctions représentatives (voyez Cohn Bendit !). Le verbe restera haut, mais le concret ne changera pas. L’évolution de la force de contestation qu’ont pu représenter les Verts à leur début donne un peu une idée de ce qui attend le NPA dans une logique de contestation verbale et de pratique électorale.

Il refuse jusqu’à présent tout compromis politique avec le reste de la Gauche, tout en la ménageant : « L’adversaire c’est la Droite, pas la Gauche » ( ???) dixit O.Besancenot. On verra à l’usage… il ne sera pas le seul à franchir le pas ! (Rappelons nous comment le PCF est passé de la contestation radicale à la compromission la plus honteuse).

Le NPA va refaire dans le simplisme politique vulgaire qui consiste à marteler des mots d’ordre, slogans, à faire des déclarations très critiques (souvent fort justes), à soutenir les grèves et autres luttes,… qui finiront bien par s’arrêter faute d’alternative, à essayer de rassembler les mécontents,… et de les canaliser vers les urnes.

La plupart des militants de la LCR, on le comprendra, complètement fascinés, survoltés, par l’horizon du NPA ne peuvent admettre une telle critique. Ils ne répondent à cette analyse que par le silence, l’ironie ou l’insulte. Voir l’article : « LES LENDEMAINS QUI CHANTENT »

Cette attitude confirme l’infra politisation extrême de cette « opération NPA » et son caractère essentiellement affectif et subjectif, mais aussi sa fragilité, aussi bien en terme de perspectives politiques… de fait exclusivement les élections, qu’en terme de conscientisation… on ne fait appel qu’à l’esprit de révolte ou à l’affect.

On est loin contrairement à ce que disent les initiateurs du NPA d’un renouveau politique… On n’a là qu’un ravalement de façade.

Patrick MIGNARD
13 octobre 2008

PS - Je demande à celles et ceux qui ne manqueront pas de me dire : « OK, tu es très fort pour la critique, mais que proposes-tu ?  » de lire les quatre articles :
« QU’EST-CE QUE CONSTRUIRE UNE ALTERNATIVE ? »
et le « MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

après, on pourra discuter.

 

Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

DE LA LCR… AU NPA (1)

Il ne s’agit évidemment pas dans ce double article de jeter l’anathème sur une action politique qui, pour la plupart de ceux/celles qui s’y investissent, est tout à fait sincère. Il s’agit d’en souligner le danger de répéter les erreurs du passé dans un gaspillage inouï de forces et de dévouement. Si ce double article peut permettre à certain-e-s de réfléchir avant de s’engager, il aura atteint son modeste but.

Réflexions sur une « mutation » : LA CONSTRUCTION

L’effondrement historique du PCF, le social libéralisme de la social démocratie, la confusion bureaucratique des Verts, le sectarisme mortifère de LO, l’impuissance rédhibitoire des altermondialistes et des libertaires, tout cela concourt, dans une situation d’ultralibéralisme, à faire apparaître une force politique habile pour occuper un espace de contestation politique.

La LCR qui a su manœuvrer subtilement, percer sur le plan médiatique et élaborer un discours radical, est en passe, et elle va réussir, à prendre la place d’un PCF moribond et de rassembler, entre autre, la partie des déçu-e-s, des révolté-e-s. que celui-ci ne peut plus mobiliser.

La question demeure cependant : rassembler, mais comment et surtout, pour faire quoi ?

Dits et non-dits

Le plus grand flou règne quant aux véritables liens entre la LCR et le NPA quoique le LCR ne peut que reconnaître que le NPA la remplacera sur l’échiquier politique.

C’est tout de même la Direction Nationale de la LCR qui a pris l’initiative de la création du nouveau parti et ne s’en cache d’ailleurs pas– cf ROUGE n°2244 du 20/03/2008.

Dans la « Lettre ROUGE » du 22 avril 2008 – spécial NPA, on peut lire :

« …Cependant, nous allons parvenir à un moment charnière du processus, où les transferts des activités (apparition, débat, etc...) se font peu à peu entre les structures de la LCR et celles du nouveau parti. Cet « entre-deux » nécessite de soigner un certain nombre d’aspects qui peuvent apparaître de prime abord comme secondaires mais qui sont en réalité décisifs pour réussir le pari que notre congrès national s’est fixé ».

Une telle déclaration permet d’en conclure sans parti-pris (si j’ose dire !), ni a priori, une relative « proximité » pour ne pas dire confusion entre les deux structures.

Plus loin (Lettre ROUGE)…

« Un autre aspect ne doit pas être négligé : c’est celui des possibles contacts unitaires avec des groupes locaux. Il faut faire l’inventaire de ce qui existe localement, à l’échelle d’une région, d’un département, d’une ville, d’une entreprise, d’un quartier, de groupes de militants (syndicalistes, groupes politiques locaux...) susceptibles d’être intéressés par le débat que nous avons lancé et systématiquement demander des rencontres pour proposer notre politique. » (souligné par moi).

Ca n’est pas scandaleux, mais ça donne tout de même le ton de la démarche. Autrement dit, pas question de laisser les « groupes locaux » fonctionner de manière autonome. Il n’est clairement pas dit qu’il faille les « contrôler », mais on peut légitimement en soupçonner l’intention.

Surtout quand on lit un peu plus loin (Lettre ROUGE) :

« Ces réunions de lancement doivent faire, bien entendu, la part belle à la présentation de notre projet, de ses fondements politiques mais doivent se terminer par la proposition de s’engager concrètement. »

On ne saurait être plus clair dans le flou des intentions ! ! ! !

On n’est jamais aussi bien servi que par soi même

De fait, la locomotive du NPA c’est la LCR. Or, la conception léniniste de la LCR – elle en revendique toujours la qualité, à défaut d’en avoir fait une critique historique – fait que le moule dans lequel va se couler le NPA est conçu par celle-ci… ce qui en dit long sur l’originalité politique de la « nouvelle ligne politique » et sur l’autonomie des « nouveaux membres »… mais nous dira-t-on « Ils y ont adhéré, personne ne les a forcé »… Certes !

Bien sûr, on va y « associer le plus grand nombre », mais, ne soyons pas naïfs, cela n’a jamais été un critère démocratique… La colonne vertébrale du projet, la problématique centrale, elle, est déjà en place,… de même que les dirigeants – pardon les porte paroles – qui seront des dirigeants de la LCR flanqués de nouveaux venus qui, pour faire bonne mesure, n’auront jamais été à la LCR.

On ne sait d’ailleurs pas trop si c’est un « nouveau parti qui se construit » ou si c’est « la LCR qui mute »… apparemment c’est un peu des deux, ce qui confirme le processus sus mentionné.

Cela dit, il n’y a rien de choquant au fait qu’une organisation mute en une autre et/ou est remplacée par une autre. Ce qui l’est par contre un peu plus c’est cette « valse-hésitation », dans les discours publics qui masque cette proximité des deux structures et qui laisse croire, tout en laissant imaginer le contraire, une relative indépendance dans la construction du nouveau parti. Les débats sur le NPA vont être menés, dirigés, contrôlés par la LCR. La détermination véhémente d’O.BESANCENOT quand il en parle ne laisse aucun doute. Bref, « Tous sont égaux dans cette construction, mais certains sont plus égaux que d’autres ».

Ce qui est également choquant, et qui est lié au point précédent, c’est l’utilisation du marketing politique dans le processus de cette construction. Le processus d’identification du NPA avec la figure médiatique du « facteur de la LCR » bat son plein. Les dirigeants de la LCR sont beaucoup trop subtils pour ne pas être conscients de la chose. Or, au lieu de freiner le processus qui risque d’aboutir à une véritable « besancenomania » ‘comme chez les altermondialistes qui ont fini avec une « bovémania », qui n’est qu’une forme sympathique du « culte de la personnalité », l’appareil de la LCR en rajoute et surfe sur la vague médiatique qui porte son dirigeant…. avec la complicité des médias toujours friands de « figures nouvelles ».

Le risque et les dérives d’un tel processus sont pourtant très clairs, c’est de substituer le spectacle de la politique à la réflexion politique, à faire de l’engagement dans l’organisation, plus un « engouement de fan » pour la vedette qu’un réel engagement militant en vue d’une alternative sérieuse. Cela aussi les dirigeants de la LCR le savent pertinemment pourtant ils laissent faire… ce qui éclaire d’un jour singulier leurs intentions.

Il y a aussi, enfin, le fait que la LCR, qui se transforme en NPA entre en concurrence sur le même terrain, celui de la propagande et de la médiatisation avec ses concurrents : le PC, LO. Les tentatives de séduction, de débauchage des militants et sympathisants ne sont que des secrets de polichinelle. La concurrence entre ces organisations, n’est pas dans le champ essentiel d’une stratégie concrète sur le terrain, en terme de structures alternatives, mais uniquement sur le « look », la radicalité du discours (toujours facile), l’habileté à convaincre, la séduction.

Le NPA va se construire, c’est une certitude, parce que le milieu politique est suffisamment décomposé, que le citoyen souhaite respirer un « air neuf », que la crise aggrave la situation de la majorité, que le PCF est en voie de disparition et que le NPA sait occuper le nouvel espace et se proposer comme substitut.

Son existence n’est pourtant, absolument pas une garantie de renouveau politique, sauf si l’on ne s’en tient qu’aux apparences. En effet si l’on regarde qu’elle est, ou sera sa stratégie, on ne peut qu’être perplexe. Le danger de reproduire toutes les tares du système politique et de tomber dans ses pièges, est omniprésent.

Nous verrons dans le prochains article que l’absence de stratégie politique sérieuse, de ce qui va être le NPA, le conduira inévitablement dans une impasse.

Patrick MIGNARD
6 octobre 2008

PS - Je demande à celles et ceux qui ne manqueront pas de me dire : « OK, tu es très fort pour la critique, mais que proposes-tu ? » de lire les quatre articles :
« QU’EST-CE QUE CONSTRUIRE UNE ALTERNATIVE ? »
et le « MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »
Après, on pourra discuter…

 

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