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Publié dans : #matiere a reflexion

LE SPECTACLE DE LA RESISTANCE

Terme mythique par excellence, la Résistance fait l’objet de tous les espoirs, de tous les fantasmes, et de tous les abus de langage.
S’il n’y avait eu que la Résistance en France durant la 2ème Guerre Mondiale, les évènements se seraient déroulés autrement et sur une période plus longue. La Résistance n’a été dans la lutte contre le nazisme qu’un élément, certes moralement très important, militairement important, mais pas stratégique.

Cela pour dire, et arrêtons-là la comparaison, que si la Résistance est fondamentale, elle n’en est pas moins insuffisante pour fonder une stratégie. Ceci est encore vrai aujourd’hui dans une toute autre situation.

SPECTACLE PERMANENT

Notre société se donne en spectacle et vit de ce spectacle. Elle n’innove pas, toutes les civilisations, tous les systèmes dans l’Histoire ont procédé de la sorte… Ce qui fait la différence aujourd’hui c’est la puissance technique des moyens du spectacle et de sa diffusion – quoique l’Église à son époque n’était pas mal non plus !.

Le propre même de la Résistance c’est de ne pas se donner en spectacle sinon, elle court le risque, soit d’être détruite, dans un système totalitaire, soit de s’intégrer, de devenir exhibitionniste et de tourner au rapport sadomasochiste avec le système qu’elle combat dans une société de « démocratie libérale ».

Dans un système totalitaire, la « résistance » est non seule clandestine, pour des raisons évidentes de sécurité, mais encore est maintenue dans l’ombre par le système lui-même qu’elle combat.

Dans un système de « démocratie libérale », au contraire, la « résistance » peut s’exprimer, mais elle est en plus reconnue par le système qui en fait un élément de sa propre régulation. Ainsi la « résistance » est conviée à participer au spectacle offert, et fait partie du spectacle. Elle est la caution démocratique du système.

Elle est ainsi piégée une première fois par son intégration au spectacle offert par le système… et dans lequel elle perd, de fait et symboliquement, son autonomie.

Elle est piégée une deuxième fois du fait que son opposition se heurte à la légitimité du pouvoir en place… elle y perd ainsi une partie de sa crédibilité et de sa force.

La « résistance » doit être l’anti spectacle de la société qu’elle combat or, aujourd’hui elle fonde son sens « moral », à défaut d’autre chose, sur sa propre mise en scène dans les médias officiels. En effet, la société marchande, attire dans son monde spectaculaire, non seulement tout ce qu’elle réalise, mais aussi celles et ceux qui la combattent… au point que le discours « critique-résistant » devient/est spectaculaire, se substitue à l’essentiel, ou du moins ce qui devrait l’être, le faire critique-alternatif. Quand le pseudo-faire critique (et pas alternatif) prend une forme concrète, il n’est généralement qu’une forme de spectacle qui s’emboîte parfaitement avec celui de la société. Un exemple : les manifestations de rue, les grèves à répétition, que l’on fait pour la télévision… et qui n’ont aucune autre fonction, sinon thérapeutique, pour celles et ceux qui y participent.

L’apparence est en passe de fonder l’essence.
Mais il y a plus grave.

LA RÉSISTANCE, UNE STRATÉGIE ?

La réponse est négative. C’est quand la « résistance » sombre dans le spectaculaire qu’elle s’affuble – inconsciemment – du statut de stratégie. Or, si elle est une réaction humaine, logique à une situation insupportable, elle n’en demeure pas moins en deçà de ce qui est nécessaire pour la faire cesser.

La « résistance » est, comme son nom l’indique une « machine » à s’opposer, pas à conquérir. Pour qu’elle acquière cette dernière qualité il faut qu’elle se dépasse en tant que « résistance » et élabore une stratégie de conquête, de changement, de substitution, de remplacement, autrement dit qu’elle perde son statut de résistance… _ Or, aujourd’hui, ce qui s’appelle la « résistance », dans le flou des actions du mouvement social, est bien loin de répondre à cette exigence. Elle joue consciemment ou inconsciemment sur le registre d’une image glorieuse et héroïque de ce que fut la Résistance (au point par exemple de créer un Comité National de la Résistance), alors que les conditions historiques sont, bien entendu, complètement différentes.

S’enivrer d’héroïsme passé n’est pas un gage d’efficacité dans le présent.

« RÉSISTER C’EST CRÉER » ?

« Résister c’est créer », n’a de sens que tout relatif… Car « créer quoi ? ».

Si le refus et la « résistance » sont des conditions nécessaires au changement, ils n’en demeurent pas moins nettement insuffisants, et en l’absence d’une stratégie adéquate, et dépassant largement le cadre de la simple résistance, on est condamné à reproduire les « schémas oppositionnels » traditionnels qui même accompagnés de discours radicaux n’ont aucune efficacité. L’exemple des luttes actuelles en est la plus parfaite illustration.

La « résistance » est d’autre part aujourd’hui totalement différente d’hier. En effet, la résistance au système marchand aujourd’hui pâtit gravement du fait qu’il est mondialisé ce qui fait que les moyens utilisés autrefois, et toujours utilisés aujourd’hui sont totalement inadaptés : allez discuter en France avec une direction qui est à Seattle au États-Unis !... Allez revendiquer des augmentations de salaires quand des travailleurs chinois produisent le même produit dix fois moins cher !... Menacez de bloquer la production d’une entreprise quand les actionnaires ont la possibilité et le projet de la délocaliser !........

Les armes de la « résistance » sociale sont aujourd’hui totalement obsolètes… Or, les syndicats, qui ont le monopole de fait, et de droit de la lutte sociale sont farouchement attachés à ces pratiques stériles… Elles leur permettent de s’assurer une continuité confortable dans un environnement sécurisé dont leur bureaucratie profite avantageusement… assurant par là même la reproduction du système. De même pour la plupart des partis politiques qui ne jurent, implicitement ( toute la gauche de la gauche ) ou explicitement (PC- PS), que par la voie électorale.

La « résistance » se réduit aujourd’hui à un discours dont la radicalité et la velléité sont fonction du positionnement dans le champ de la politique et des chances statistiques d’accéder ou non à la tête de l’Etat.

Des « effets de tribune » dans des meetings politiques de transes collectives qui ne conduisent qu’aux urnes, des manifestations « traîne savates » qui conduisent à des batailles d’images médiatiques et de chiffres de participation avec le pouvoir, des disputes sans fin pour des préséances politiques sur des listes d’ « union » (sic), des pétitions, des délégations, des communiqués outragés,… voici ce qui constitue aujourd’hui la résistance.

De cette « résistance », le système marchand non seulement en veut, mais il en redemande.
Triste « résistance » !.....

Patrick MIGNARD
  28 Février 2009

Voir aussi :
« ILS NE CÈDERONT PLUS RIEN »
« LE TROISIEME ÂGE DU SYNDICALISME »
« MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

 

 

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ETAT, POUVOIR ET ALTERNATIVE

La confusion ÉTAT et POUVOIR est à l’origine des principales catastrophes stratégiques du 20ème siècle

La confusion vient du fait que l’on tient le raisonnement suivant : pour changer la société il faut que le pouvoir « change de mains », passe des possédants aux exploités, et donc que ces derniers s’emparent des rênes du pouvoir pour changer de système. Ceci paraît à priori logique,… pourtant ça ne marche pas.

Tout vient d’une confusion tragique entre « État » et « pouvoir » sur le plan théorique mais aussi dans le cadre d’une stratégie de changement social.

LA TOUTE PUISSANCE MYTHIQUE DE L’ÉTAT

Pour parvenir à cela, deux méthodes sont possibles :
- la violente – par une insurrection armée
- la pacifique – en respectant les règles du jeu électoral.

Or, ni l’une ni l’autre ne fonctionnent. Pourquoi ?

Cette question renvoie à la réalité du Pouvoir dans la société et donc de sa relation avec l’entité Etat.

L’État, à tort, est considéré comme une « toute puissance » ce qui aboutit au raisonnement erroné qui consiste à dire : « qui détient l’État détient le Pouvoir ». Ceci est totalement faux et est à la base de toutes les erreurs stratégiques du 20ème siècle. À partir de ce raisonnement on comprend que toute action, quelle qu’en soit la forme, tende à « prendre possession » des commandes de l’État. Passage, croit-on, « obligé » de tout changement social.

Or la réalité sociale et politique est plus complexe que ce simple théorème.

Le « cœur » du système dominant, ce qui en fait sa solidité, n’est pas, contrairement aux apparences l’État, il réside en fait dans la stabilité des relations sociales qu’il instaure.

La solidité de l’institution « État » ne vaut qu’au travers de la solidité des relations sociales dont il est le garant, autrement dit, le pouvoir de l’État ne vaut que tant que le système sur lequel il se fonde apparaît comme la seule structure sociale possible.

Ceci se fonde sur trois conditions qui se complètent :
- Les contradictions du système n’empêchent pas qu’il soit viable, c’est-à-dire que le lien social, le tissu des relations sociales est encore cohérent et non générateur de crises destructrices,
- L’État est capable de surmonter (pas dépasser) les crises sociales et économiques par des mesures qui préservent l’intégrité et la cohérence du système ;
- Il n’y a aucune structure sociale et économique portée par une partie de la population qui puisse assurer une alternative.

Ces trois conditions assurent à l’État le Pouvoir sur la société.

QU’EST-CE QUE PRENDRE LE POUVOIR ?

On est en droit de se poser, et de se reposer, la question devant les échecs de toutes les tentatives au 20ème siècle.

Accéder aux fonctions de l’État n’est pas forcément avoir le pouvoir sur la société et l’expérience nous montre que s’il est apparemment effectif il est vite limité et temporaire.

Pourquoi ?

Parce que l’État n’est que l’expression d’un état des relations sociales à un moment donné, il en est le garant, mais simplement le garant, il n’en est ni l’essence, ni le créateur. Il est, par exemple, incapable de comprendre et de dépasser les contradictions du système dont il assure la pérennité. Prendre le pouvoir d’État reviens à « monter sur une planche pourrie »… la chute n’est pas loin. Or, toutes les prises de pouvoir d’État en vue de changer les rapports sociaux se sont soldées par une chute.

On voit donc que le vrai pouvoir n’est pas simplement l’expression d’une volonté, aussi pure et aussi déterminée soit-elle, mais d’une alchimie subtile entre l’économique (les principes de fonctionnement), le social (les conséquences de l’économique sur les relations sociales) et le politique (la volonté de changement se fondant sur une praxis).

On comprend donc que la prise du pouvoir est autrement plus complexe que la manière dont elle est généralement posé… et que sa prise de possession n’est en rien une garantie de changement. Ceci explique que les anciennes méthodes aient toutes, sans exception, échoué.

L’exemple le plus lumineux est illustré par le passage de l’Ancien régime au système marchand : on a l’impression que la Bourgeoisie commerçante prend le pouvoir et instaure le capitalisme… Or ce n’est pas comme cela que ça s’est passé. Quand la Bourgeoisie prend le pouvoir, les rapports marchands ont dépassé les rapports féodaux et c’est cette situation qui permet à la Bourgeoisie de prendre le pouvoir politique et de le garder – même la Restauration n’y pourra rien. La Prise de la Bastille n’est qu’un sympathique épisode, tout à fait marginal, symbolique à souhait, mais qui cache la réalité complexe du changement de système social. Le même scénario se reproduira dans les autres pays européens avec des variantes, mais le fond est le même.

Le pouvoir, le vrai pouvoir, n’est pas à l’État, il est dans la société, et pas non plus dans la tête de quelques théoriciens et stratèges, aussi brillants soient-ils. Il est dans les potentialités alternatives qu’offrent les rapports sociaux en gestation dans le système dominant décadent.

COMMENT SE POSE LA QUESTION DE L’ALTERNATIVE ?

Si tout ce qui vient d’être dit est juste, on voit alors comment se pose l’alternative au système marchand.

Accéder au pouvoir de l’État n’a pas de sens en soi. Le vrai pouvoir – sans spéculer sur sa forme - se conquiert dans la réalité des relations sociales alternatives, en contournant, en minant, les relations sociales marchandes génératrices de blocages, d’exclusions, de gaspillages. Ces nouvelles structures signifient à la fois que le système en place est dépassé (concrètement et dans les consciences), et qu’un monde nouveau est souhaitable et surtout possible.

En l’absence de cette situation, la conquête du pouvoir conduit, soit à imposer, par la force, un système historiquement non viable et incompris (systèmes soviétiques), soit à finalement gérer le système marchand (expériences des Gauches).

La question de la décadence du système dominant est fondamentale et difficile – il n’y a pas d’indicateurs fiables de sa mesure, elle s’évalue aux crises, à l’exclusion, à l’esprit de révolte, à la conscience et à la volonté de changement. Elle s’évalue aussi surtout et d’abord au crédit, à la confiance, dont jouissent les nouvelles structures en gestation.

Reste la question de la participation aux instances politiques du système que l’on veut abattre.

À priori cette participation est tout à fait possible, mais à deux conditions strictes :
-  fonder sa participation uniquement sur un principe tactique de soutien aux structures alternatives qui représentent, aux yeux des alternatifs, le seul et unique pouvoir ;
- ne jamais agir dans le sens de la gestion du système en place, uniquement dans le sens de l’intérêt du développement et renforcement des structures alternatives.

On peut voir le décalage abyssal entre cette problématique et la participation passive et collaborationniste des politiciens pseudo progressistes, hier et aujourd’hui, dans tous les parlements du monde.

Il est vrai que dérapages et dérives sont toujours possibles… Il sera de la tâche des alternatifs de les éviter.

Patrick MIGNARD
20 Février 2009

Voir aussi les articles :
« DÉCADENCE »
« TRANSITION »
« SE RÉAPPROPRIER L’ÉCONOMIQUE ET LE SOCIAL »

 

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L’AUTOGESTION : MYTHES ET REALITES

L’autogestion est hélas, aujourd’hui, plus un mythe qu’une réalité, du moins dans son sens d’alternative au rapport social dominant.
Accaparé de manière tout à fait abusive par la vulgate alternative et libertaire, le concept sert à nommer des initiatives et pratiques de toutes sortes... dénaturant trop souvent son contenu.

Comme pour toute notion dont on a abusé de l’usage, son contenu s’est dilué au point de ne plus savoir exactement de quoi il s’agit.

Pourtant, replacé dans son acceptation première, l’autogestion n’a pas dit son dernier mot et réintroduit dans la logique claire d’une stratégie de changement, il peut reprendre toute sa signification opérationnelle.

AUTOGESTION MODE D’EMPLOI

Une structure ou une démarche autogestionnaire se dit généralement pour signifier le décalage, la différence, voire la rupture avec le comportement économique traditionnel, autrement dit « marchand ».

L’autogestion se pare d’un halo d’autonomisation,… mais qu’en est-il réellement ?

« Autogestion » signifie « autonomie de gestion » ou « autonomie dans la gestion »,… Mais autonomie par rapport à quoi ?

Est-ce par rapport au contexte économique général ? Cela risque d’être difficile, à moins d’être dans une « niche économique », complètement isolée, d’être en autarcie par rapport au système dominant.

Est-ce par rapport à des principes de gestion. Dans ce cas lesquels ? Sur la répartition des revenus issus de la production ? Sur la gestion du personnel ? Du capital – investissement ? C’est le cas de nombreuses structures de types coopératives. Mais peut-on dire que les coopératives font de l’autogestion, ou sont en autogestion ?

Sur le plan interne, certainement, du moins dans une certaine mesure (contrainte du droit du travail par exemple), mais formellement, tout autre entreprise même « capitaliste » est en principe en « autonomie de gestion » – paradoxalement seule l’entreprise « nationalisée » ne l’est pas.

Sur le plan externe c’est encore plus problématique car, une entreprise, quelle qu’elle soit ne peut pas « isoler » sa gestion des contraintes du marché,… même les coopératives.

Qu’est ce donc, ou que pourrait être une entreprise véritablement autogérée ?

Toute unité de production dépend, sauf situation très particulière du marché, aussi bien quant aux prix pratiqués qu’aux coûts engagés. Le marché n’est pas qu’un élément extérieur à l’égard duquel on peut s’affranchir, il détermine aussi l’unité de production dans sa structure productive et donc dans une grande partie de sa manière d’être gérée.

Ce n’est donc pas de ce côté-là que l’on peut définir ce qu’est véritablement l’autogestion en temps que projet sociétal.

AUTOGESTION ET MODE DE FONCTIONNEMENT INTERNE

Il y a cependant une caractéristique essentielle que l’on retrouve dans les unités de production dites « autogérées », c’est celle qui fonde le principe « coopérativiste » : le producteur, le « coopérant », non seulement a un pouvoir de décision indépendant du volume de capital apporté, mais encore participe directement aux décisions et à la gestion de l’entreprise. Ce principe, en rupture avec le fonctionnement de l’entreprise classique « capitaliste », s’accompagne d’une autre condition : l’essentiel du capital est détenu, en principe, par les coopérants.

On peut dès lors parler clairement d’autogestion interne dans la mesure où les coopérateurs ont la maîtrise de l’outil de production.

Mais l’autogestion s’arrête là,… ce qui n’est pas, nous l’avons vu, sans conséquences sur le fonctionnement interne.

Autrement dit, l’entreprise « autogérée » se trouve, à la fois, devant un paradoxe et un dilemme :
- être une entreprise qui veut de manière interne se libérer des principes classiques de fonctionnement de l’entreprise capitaliste, mais être totalement soumise, quant à sa vie et sa survie, à ce même système ;
- être ferme d’une part sur les principes « coopératifs » de fonctionnement – en matière de gestion du personnel par exemple – et ainsi courir le risque de disparaître, et d’autre part se plier aux lois du système marchand et imiter les autres entreprises classiques.

La situation est-elle irrémédiablement bloquée ?

A priori oui, tant que ne changera pas le contexte économique dans lequel évolue l’entreprise « autogérée »… Le risque est même grand de la voir dégénérer, soit dans le sens de sa disparition, soit dans le sens de sa mutation en une entreprise classique…. Ce qui est arrivé durant le 20e siècle à de multiples « coopératives »… au point de rendre le « système des coopératives » suspect.

AUTOGESTION ET ÉCONOMIE DE MARCHÉ

Il y a indubitablement opposition entre les deux, quoiqu’elles cohabitent,… par la force des choses.

La question se pose donc : l’entreprise « autogérée », au sens où nous l’avons définie, peut- elle être un instrument de dépassement de l’économie de marché ?

Nous l’avons vu, l’adversaire le plus redoutable de l’entreprise « autogérée », c’est le contexte économique, dans lequel elle évolue.

Peut-elle le faire évoluer dans le sens de son dépassement ?

Jusqu’à présent, historiquement, et en ne s’en tenant aux faits, on ne peut réponde que par la négative, le système ayant toujours réussi à soit intégrer, soit détruire les expériences tentées.

Prise isolément, l’entreprise « autogérée » est irrémédiablement condamnée,… voir en particulier l’affaire LIP en 1973.

Multipliée, généralisée, fédérée à d’autres, élément essentiel de la constitution de réseaux alternatifs de production, de consommation, d’échanges, l’entreprise « autogérée » est à la fois la pièce maîtresse de ce nouveau monde que nous voulons construire, un élément essentiel du pourrissement et de l’obsolescence du système actuel, et un lieu dans lequel doivent se former, se forger et se développer les nouvelles pratiques sociales et solidarités.

L’encensement de l’autogestion, de même que sa condamnation pour utopie, non seulement ne permettent pas d’avoir une conception objective de ce qu’elle peut-être et surtout permettre, mais encore déforme les possibilités qu’elle peut offrir dans la perspective stratégique du changement social.

Patrick MIGNARD
10 Février 2009

Voir aussi :
« QU’EST-CE QUE CONSTRUIRE UNE ALTERNATIVE ? » (1) (2) (3) (4)

 

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QU’EST-CE QUE LE «  MOUVEMENT SOCIAL » (2)

Le « mouvement social » est une des expressions même des contradictions du système marchand, mais ce statut ne dit pas comment peut-il développer une stratégie de changement, c’est d’ailleurs son principal problème aujourd’hui. Le passif des erreurs et impuissances politiques passées pèse sur lui. Comment peut-il les dépasser ?
Ce passif, nous allons le voir, est largement porté par les organisations de Gauche (au sens large) qui font « main basse » sur ce mouvement en essayant de le réduire à un simple électorat.

LE MOUVEMENT SOCIAL ET LA « GAUCHE »

L’Histoire a abondamment montré que si la classe ouvrière pouvait conquérir des avantages sociaux à l’occasion de la Gauche au pouvoir (Front Populaire, Libération,…), c’était surtout grâce à ses luttes qu’elle les obtenait.

La Gauche a maintes fois trahi les intérêts (souvent immédiats, toujours historiques) de la classe ouvrière. Pourquoi ? Parce qu’elle est constituée de forces politiques qui ne posent jamais, du moins concrètement, la question du dépassement du salariat, utilisant en cela l’argument que la majorité des travailleurs sont d’abord intéressés par l’amélioration de leur condition à l’intérieur du système marchand.

L’argument est formellement vrai mais on pourrait attendre d’organisations politiques qui se disent « défenseur historique des intérêts des salariés » un projet politique, une démarche de dépassement de ce système et non de collaboration avec lui comme c’est le cas pour quasiment toutes au travers de leurs stratégies électorales.

Le « mouvement social », travaillé par les organisations de Gauche, est en train de suivre le même chemin que celui suivi par la « classe ouvrière », mais cette fois en beaucoup moins exaltant. En effet, si celle-ci pouvait, et a effectivement, procédé à des conquêtes sociales, la période, nous l’avons vu, s’y prêtant, il en est tout autrement aujourd’hui pour le « mouvement social ». Les marges de manœuvre du Capital sont beaucoup moins importantes qu’à l’époque et il est hors de question aujourd’hui de lui imposer et/ou de lui faire accepter des réformes sociales. D’autre part la force de frappe du « mouvement social » n’a rien à voir avec ce qu’était la position stratégique de la « classe ouvrière ».

De fait, la position du « mouvement social » est essentiellement défensive, autrement dit, il est par avance vaincu. Ce qui ne gène aucunement les organisations politiques de Gauche qui désirent, parfois sans succès, surfer électoralement sur ce mécontentement.

Mais alors se pose les questions de fond :
Qu’est ce qu’un mouvement qui n’est que revendicatif ? Qui n’est que potentiellement électoral… permettant d’élire un représentant sur un programme de revendications… rarement satisfaites ? En quoi un tel mouvement peut offrir des perspectives de changement social ?

Ces questions ne sont évidemment jamais posées par les organisations qui croient être les représentantes légitimes ( ?) et naturelles ( ?) de ce mouvement. Elles seraient d’ailleurs incapables d’y apporter la moindre réponse.
Mais le problème se pose-t-il simplement en ces termes ?

MOUVEMENT SOCIAL ET ALTERNATIVE

Si le « mouvement social », dont nous venons de voir la réalité, mais aussi les limites, est une expression des contradictions du système marchand, il n’est pas la seule.

La décomposition du système marchand qui peine de plus en plus à assurer l’homogénéité du lien social, produit des structures qui remettent en question ses principes. Le phénomène n’est pas nouveau et l’on peut en déceler l’existence dès le 19e siècle. Pourtant, à la fin du siècle précédent, ces structures, et leur principe de fonctionnement, qui avaient plus ou moins végété, voire, pour certaines, dégénéré, ont ressurgi sous différentes formes afin d’apporter pour une partie de la population des solutions à la destruction du lien social et à la logique marchande.

Il n’y a, il faut bien le reconnaître, aucun lien organique, et même politique entre ces deux aspects (mouvement social et structures alternatives) de l’expression des contradictions du système. Il y a là une anomalie politique qu’aucune organisation politique, soit disant progressiste voire « révolutionnaire », n’a souligné, et encore moins intégré dans sa stratégie.

Pourtant, incontestablement des liens organiques et politiques existent, implicitement, sinon explicitement, entre eux. Outre le fait, et du fait, qu’ils sont l’expression de la dégénérescence d’un même système, l’un représente l’aspect défensif face aux atteintes du développement du système marchand, l’autre l’aspect offensif.

- le défensif : représenté par le mouvement social qui lutte pour la préservation des acquis protection sociale, service public, retraites,… combat essentiel et juste mais qui se heurte aux exigences du Capital et souffre de son manque de stratégie ;
- l’offensif : ce caractère n’apparaît pas en tant que tel mais, les structures alternatives sont, à n’en pas douter, des éléments puissants de contestation et de relativisation du système marchand dans son ensemble. Nées de démarches militantes, de solidarité, de contestation, de crises, elles jettent incontestablement les bases théorique, et pratiques, de nouvelles pratiques économiques et sociales.

C’est à partir de ces deux expressions de la contradiction du système marchand que doit se penser et s’élaborer l’alternative.

L’ALLIANCE STRATÉGIQUE

C’est un champ nouveau de l’action politique qui, incontestablement, s’ouvre pour celles et ceux qui veulent le changement. C’est un terrain vierge de toute réflexion politique d’envergure, mais aussi de pratique. C’est une rupture radicale avec le mode de pensée traditionnel des problèmes politiques.

Dans ce domaine tout est à inventer, à concevoir, à pratiquer. Certes, il y a quelques acquis, quelques expériences, mais rien dans une perspective historique. Les quelques réflexions sur ce sujet se sont perdues dans les limbes de la pensée politique des 19ème et 20ème siècles.

Cette nouvelle problématique stratégique fondera, enfin, la pensée sur l’action, sur la praxis et non plus sur des hypothèses de stratèges « géniaux »… et constamment démentis.

Dans cette problématique, le « mouvement social » retrouvera toute sa véritable place, lui assurant d’être un élément du changement social et non pas seulement un instrument défensif sans perspectives, un objet balloté à la fois par les bureaucraties politiques et les gouvernements de Gauche comme de Droite, démagogiques.

Les facteurs constitutifs de cette alliance, s’ils sont désormais repérables dans leur spécificité et leurs potentialités ne le sont pas encore dans leur fonctionnalité réciproque. C’est aujourd’hui la tâche des alternatifs de faire de cette question le principal de leur investissement théorique.

C’est à cette tâche essentielle que doivent se consacrer les alternatifs, plutôt que de singer bêtement les organisations politiques et de jouer dans le jeu stérile électoral.

2 février 2009                                                                     Patrick MIGNARD

Voir aussi : « MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

 

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