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Publié dans : #matiere a reflexion

 

QU’EST-CE QUE LE "MOUVEMENT SOCIAL" (1)

C’est un terme commode qui permet de nommer une réalité qui elle n’est pas commode à définir et à délimiter.
L’exercice de définition est aujourd’hui indispensable car, dépend de lui, les concepts et catégories qui seront les instruments de la stratégie politique et sociale à mettre en place pour le changement et les instruments de l’analyse pour éviter les erreurs.

Son utilisation abusive et souvent inconsidérée permet à tout un chacun, et plus particulièrement aux organisations de la « Gauche » de dire tout et n’importe quoi et surtout de faire l’économie d’une analyse politique sérieuse.

GRANDEUR ET DÉCADENCE DE LA CLASSE OUVRIÈRE

Il fut une époque, pas si lointaine, où le terme « mouvement social » aurait été incongru, voire insultant. C’était l’époque où l’on ne jurait, certains continuent, que par la « classe ouvrière » et sa mission quasiment messianique de libération de l’humanité de l’oppression.

La référence théorique que nous avions toutes et tous et qui s’exprimait en terme de « classe » était bien commode et nous renvoyait à des analyses simples et rigoureuses dans lesquelles les concepts avaient des contenus précis et les options stratégiques étaient toutes tracées.

Le développement du système marchand, et en particulier dans les pays dits « développés » a eu raison de ces concepts et de ces stratégies.

La classe ouvrière, tout en demeurant exploitée par le système du salariat, n’en a pas moins tiré une série d’avantages substantiels, les « acquis sociaux », qui lui ont fait abandonner son projet de renversement du système : dans aucun pays développé le système ne s’est effondré.

Les « acquis sociaux » sont aujourd’hui devenus un enjeux d’une catégorie beaucoup plus vaste que ce qu’était la « classe ouvrière », le problème c’est que ces nouvelles catégories sociales n’ont pas/plus l’impact et l’expérience de la classe ouvrière traditionnelle et faire une référence mythique plus ou moins naïve, à cette classe, n’y suffit pas.

La classe ouvrière « industrielle », car c’est d’elle dont il s’agit, est une catégorie sociale qui correspond à un stade particulier du développement du système marchand.

Quelles sont les caractéristiques de ce stade de développement ?
- un système en pleine industrialisation,
- un système ayant un énorme besoin de force de travail,
- un système marchand se développant dans quelques « états-nations » concurrents et constituant l’essentiel de l’économie mondiale.

Cette situation induit une conséquence très particulière que l’on ne retrouve plus aujourd’hui : la classe ouvrière est au cœur stratégique du développement du système et donc l’État national, garant du développement national du système doit composer avec elle.

C’est cette situation qui a fait dire aux théoriciens de la « rupture » que cette classe en constituait l’élément moteur.

L’observation était convaincante, mais hélas fausse. Pourquoi ? Deux raisons essentielles :
- le système marchand, contrairement aux prévisions, a voulu (tactiquement), et pu (stratégiquement), améliorer la condition ouvrière au point de désamorcer tout processus révolutionnaire ;
- la mondialisation du capital a relativisé le poids politique de cette classe.

Dès lors, et, on peut aujourd’hui l’affirmer, très tôt dans le 20e siècle, les plans théoriques de renversement du système marchand étaient obsolètes… toutes les tentatives ont fini par des échecs, même les soit disant « succès » en fait tout à fait temporaires.

PERSISTANCE ET DÉVELOPPEMENT DU SALARIAT

Ce reflux, compensé par la technique et la prolétarisation de nouveaux pays, et donc cette relativisation, de la classe ouvrière industrielle, dans les pays développés, ceux-là même dans lesquels devait se faire la révolution, n’est pas synonyme d’un recul du salariat… au contraire. Le développement du capital, dont le salariat est le rapport social dominant n’a fait que développer ce dernier en lui faisant conquérir, et en développant des secteurs jusqu’à lors plus ou moins à l’abri : agriculture, services, professions libérales,….

On en arrive ainsi à une situation qui peut paraître paradoxale et source de tragiques confusions : un recul de la classe ouvrière et une généralisation du salariat. En l’absence d’une analyse sérieuse du phénomène, toutes les dérives sont possibles et elles ne manquent pas.

Confondre classe ouvrière et salariés serait donc une erreur. Erreur « sociologique », mais surtout erreur politique, car, vouloir transposer mécaniquement le « schéma théorique insurrectionnel classique de la révolte ouvrière » à l’ensemble des salariés aujourd’hui n’est pas très sérieux… Pourtant certaines organisations, par manque total d’analyse, n’hésitent pas à maintenir plus ou moins, dans leur discours du moins, cette fiction, tout en n’ayant comme action politique que la pratique électorale (des noms ?).

La disparition de l’image traditionnelle de la classe ouvrière industrielle n’a rien à voir avec une éventuelle modification du rapport salarial. Il est vrai que la « classe ouvrière » était devenu à ce point mythique que les références qui lui étaient faites ont peu à peu fait perdre le sens et n’en ont plus du tout aujourd’hui.

C’est une réalité cruelle pour celles et ceux, et ils/elles sont nombreux/ses, qui, presque religieusement ne s’en réfèrent qu’au textes sacrés de la «  liturgie » socialiste.

Peut-on pour autant parler de « disparition de la classe ouvrière » ?

Formellement non. Il existe, même dans les anciens pays industriels, berceau du capitalisme, des « secteurs ouvriers », mais ceux-ci ne jouent plus le rôle économique et stratégiquement politique que pouvait jouer la « classe ouvrière » de l’ère industrielle. Ces secteurs n’ont plus qu’une importance économique relative et peuvent, ce qu’ils sont régulièrement, liquidés par des transferts de secteurs industriels dans le cadre de la mondialisation. Cette situation modifie même, ce que ne comprennent, ou ne veulent pas comprendre, les syndicats, les conditions de mobilisation et de luttes.

Il y a eu incontestablement une « perte de pouvoir stratégique » de la classe ouvrière au cours des dernières décennies, et cette perte a porté irrémédiablement atteinte à cette référence autrefois incontournable. Durant le 19e siècle et le 20e jusqu’au année 80, on peut parler de véritable force de frappe sociale de cette classe : elle impose, par la force de ses manifestations et de ses actions, des réformes et des acquis incontestables. Elle a été la référence dans la dynamique des luttes sociales… elle ne l’est plus, sinon pour l’Histoire.

DE LA CLASSE OUVRIÈRE AU « MOUVEMENT SOCIAL »

Le développement du système marchand a donc profondément changé la donne sociologique et politique des classes sociales. Il n’en demeure pas moins que ce système demeure et est fondée sur le rapport social qu’il a instauré à son origine et qui, sur le principe, reste inchangé, le salariat.

La déliquescence stratégique de la classe ouvrière, n’a cependant pas éliminé le conflit inhérent à ce rapport social. La situation s’est même aggravée avec le processus de mondialisation du capital qui remet en question les conquêtes sociales à mettre à l’actif des luttes ouvrières passées. Le problème c’est que cette « classe ouvrière » qui avait arraché ces conquêtes, n’existe plus, en tant que telle, pour les défendre.

Ceci explique la véritable débandade politique et sociale des salariés face aux prétentions du Capital qui entend revenir, et qui revient, sur tous ces acquis, les liquidant les uns après les autres sans que les salariés trouvent la parade.

Ce que nous appelons le « mouvement social » est cette masse disparate de salarié-e-s, dispersés, éclatés, en de multiples corps, professions, statuts, aux intérêts sectoriels hétérogènes, défendus par des syndicats boutiquiers, dépassés et incompétents qui en rajoutent dans la confusion. Masse disparate mais qui prend conscience que les « acquis sociaux » dont elle bénéficie sont peu à peu sacrifiés sur l’autel de la compétitivité et de la rentabilité.

Les gestionnaires, de gauche comme de droite, du Capital s’en donnent à cœur joie de diviser, segmenter, opposer, les différentes parties d’un mouvement qui n’arrive à trouver aucune stratégie pour conserver ses « acquis sociaux » et encore moins de penser une alternative à ce système.

Mais, vouloir faire jouer au « mouvement social » le rôle qu’a pu, ou aurait pu jouer, sans aller jusqu’au bout, la classe ouvrière, est tout simplement absurde. C’est d’une part ne tirer aucune leçon de l’Histoire et d’autre part ne pas comprendre comment se joue le « changement ».

Le « mouvement social » est une des expressions même des contradictions du système marchand, mais ce statut ne dit pas comment peut-il développer une stratégie de changement, c’est d’ailleurs son principal problème aujourd’hui. Le passif des erreurs et impuissances politiques passées pèse sur lui. Comment peut-il les dépasser ?

26 janvier 2009                                                                    Patrick MIGNARD

voir aussi :
« LE TROISIEME AGE DU SYNDICALISME »
« LE TRAVAIL EN QUESTION (1) (2) (3) (4) »

 

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COMMENT EN EST-ON ARRIVE LA ?

Il est toujours risqué d’aborder la question du Moyen Orient et en particulier le conflit Israélo-palestinien ; trop d’émotion, de culpabilité submergent toute réflexion même si elle s’efforce d’être lucide. La situation catastrophique à Gaza ne fait aujourd’hui qu’en rajouter.

Il est pourtant urgent et important d’essayer de comprendre comment on en est arrivé à une telle situation car les belligérants ne sont pas les seuls impliqués dans ces évènements… Nous avons aussi, collectivement, notre part de responsabilité.

Rien, absolument rien, pas même une agression directe – les tirs du Hamas contre Israël - ne peut justifier un tel massacre de population civile. Vouloir justifier une telle action serait, non seulement aller à l’encontre de toutes les valeurs morales qui, en principe, fondent nos civilisations, mais aussi ne tirer aucune leçon des guerres du 20e siècle - en particulier les massacres de populations civiles par bombardements de la part des alliés en Allemagne et au Japon qui, non seulement étaient inadmissibles sur le plan moral, mais qui ont montré, en plus, leur totalement inefficacité sur le plan militaire.

LA GUERRE DES MOTS

Elle ne joue pas un rôle négligeable, au contraire elle exacerbe les haines et les fantasmes.

Deux termes dominent tous les discours, analyses et commentaires

« Terroriste », mot passe partout qui n’a plus aucune valeur opérationnelle… en y regardant bien, tout le monde, ou à peu près a été à un moment donné de son histoire, le terroriste de quelqu’un. Ainsi les Résistants durant la 2e Guerre Mondiale les partisans Juifs d’Israël dans leur lutte contre la domination anglaise… « Terroriste » n’est plus un qualificatif mais simplement une « insulte ». Le terme est de plus très mal venu concernant le Hamas – dont on peut penser ce que l’on veut de son idéologie et de ses pratiques – dans la mesure où il a été légalement élu par la population de Gaza. Sans parler du fait qu’il a été aidé lors de sa création par Israël pour lutter contre le Fatha de Yasser Arafat.

« Génocide », mot utilisé à tort et à travers dans le sens de « massacre de masse ». Le problème c’est qu’un « massacre de masse » n’est pas forcément un « génocide ». Querelle de mots ? Certainement pas… Précision sémantique pour qualifier des actes inqualifiables.

Un génocide est un acte d’élimination délibéré en vue de l’extermination d’individus du fait de leur origine ethnique ou culturelle. Or, il est faux de dire que le projet israélien – même si certains, probablement minoritaires, en Israël en rêvent - est d’exterminer la population palestinienne. L’amalgame entre les massacres commis par Israël et la Shoah est non seulement abusif et faux, mais encore renforce paradoxalement la bonne conscience d’Israël puisque à y regarder sérieusement de près, il n’y a pas similitude entre les deux.

LA CULPABILITE MOTEUR DE LA DEMISSION

L’Etat d’Israël n’est pas tout à fait, nous allons le voir, un état comme les autres, mais son peuple, n’est ni meilleur, ni pire qu’un autre. Le fondement religieux de cet État , s’il joue un rôle certain, ne fait qu’en rajouter à une situation qui aurait pu être identique sans lui.

L’État d’Israël – tel qu’il existe aujourd’hui dans son essence - est fondamentalement une création de la culpabilité des belligérants de la 2ème Guerre Mondiale.

Certes le projet d’un « État Juif » en Palestine existait avant la 2ème G.M mais on peut imaginer que s’il avait existé sans elle il aurait eu une autre logique de constitution et d’existence… Des Palestiniens de toutes cultures ont su vivre des siècles ensemble en paix. Ce qui fait la spécificité, la particularité de l’État d’Israël aujourd’hui, c’est qu’il est implicitement et explicitement le produit de la Shoah.

Cette situation singulière explique bien des choses… et en particulier l’agressivité et l’autisme de cet État.

Ceux qui ont fait les frais de la création d’Israël sont incontestablement les populations palestiniennes à qui on a confisqué leurs terres en 1948... Situation aggravée par les conquêtes territoriales israéliennes, inacceptables, de 1967. Peuple « secondaire » aux yeux des grandes puissances, on l’a abandonné à son sort, de même que les États Arabes qui ont vu d’un mauvais œil un nouvel acteur arriver dans la région en créant un problème supplémentaire, les réfugiés.

Soumis à une tension permanente, à une agressivité des voisins, et à des tendances religieuses inassouvies (Jérusalem et le reste de la Palestine), l’État d’Israël a agi comme maints états dans l’Histoire, par la guerre préventive, l’expansion et l’occupation coloniale... Ce qui n’a pas résolu, bien au contraire, les problèmes, mais les a multipliés.

Le peuple palestinien, abandonné, frustré, nié, n’a eu qu’un seul recours pour se faire entendre : les attentats. Il n’a pas été le premier à utiliser cette méthode et ne sera pas le dernier.

Toute cette action d’Israël s’est déroulée dans la plus parfaite impunité – il ne respecte aucune décision de l’ONU – et le lâche consentement de l’opinion mondiale qui n’a pas osé, et n’ose pas élever la voix contre le peuple d’un État qui a subi le pire des génocides dans le silence assourdissant de l’opinion publique mondiale.

LE TEMPS DES VICTIMES / LE TEMPS DES BOURREAUX

Il est effectivement choquant, au regard de ce qu’est l’État d’Israël, et de ce qu’a subi le peuple qu’il dit représenter, de voir comment il sait, facilement, se débarrasser de tout scrupule humanitaire pour mener une action.

La fin justifierait-elle les moyens ? Apparemment oui pour le gouvernement de cet État.

Le spectre de la Shoah produit un double effet :
La légitime indignation se heurte de fait à un obstacle moral : « des Juifs qui se défendent quoi de plus normal après ce qu’ils ont subi en toute passivité »... Et honte à celui ou celle qui se permet de critiquer.

Les Israéliens, nourris du « complexe de la passivité devant la Shoah » « ne comptent plus que sur eux-mêmes, n’ont confiance en personne, et sont prêts à tout pour que… » – à tort ou à raison le croient-ils - « … ça ne recommence pas ».

Et les dirigeants Israéliens savent magistralement jouer de cette position ce qui leur ouvre toutes les voies diplomatiques et militaires.

On a là, la logique de l’enchaînement de la violence, de la suspicion et de toutes les dérives.

Face à une telle situation, le peuple Palestinien se trouve devant une situation bloquée à partir de laquelle tous les dérapages sont possibles,… le Hamas en est le dernier des avatars. Organisation religieuse sectaire et intolérante, prêt à tout pour instaurer sa domination, il n’a d’égal que ce qu’étaient, à l’époque de la domination anglaise, les organisations juives dites terroristes comme l’Irgoun. Le maximalisme de cette organisation – le Hamas - renforce l’intransigeance d’Israël favorisée par, à la foi les intérêts stratégiques dans la région, et la culpabilité citée plus haut.

Tout est en place pour qu’existe le drame qui se déroule sous nos yeux.

Tout est en place pour « fabriquer » une quantité incommensurable de haine qui nourrira et ensanglantera les années à venir et les futures générations.

UN CONFLIT D’EXPORTATION ?

L’ « importation » du conflit dans un autre pays, comme la France par exemple, s’explique de plusieurs manières :
- l’État d’Israël, quoique peuplé d’une minorité musulmane, a la volonté affichée et déclarée de représenter – à tort ou à raison - le « peuple juif ». ceci est un fait qui ne peut laisser indifférent une partie de la diaspora juive dans le monde et qui de ce fait est, ou se sent, en osmose avec Israël ;
- de même la majorité de Palestiniens est de religion musulmane ce qui fait écho à une partie de la population mondiale elle aussi musulmane.

Ce double phénomène est amplifié, pour ne pas dire amorcé, par le fait qu’il y a, en dehors du Moyen Orient, et en particulier dans les pays européens, et en particulier en France un terrain favorable du fait de la faillite de plus en plus évidente du modèle républicain d’intégration et donc émergence d’un communautarisme qui entre en résonance avec ce conflit.

Ainsi s’explique l’ « importation » du conflit Israélo-palestinien dans les quartiers de nos villes… l’expression communautaire, sectaire et intolérante l’emporte sur l’esprit de tolérance républicain.

La condamnation d’actes visant les lieux de cultes, de sépultures, voire des agressions physiques, est évidemment nécessaire, mais elle est largement insuffisante.

L’analyse de la genèse de tels actes est absolument indispensable et nous renvoie aux limites de notre modèle social républicain qui est en crise, chose dont se gardent bien de faire les pouvoirs publics qui ne connaissent que la condamnation verbale et judiciaire. Ceux-ci n’agissent que sur les conséquences d’une situation, pas sur les causes qui sont profondes et interrogent les fondements même de notre société.

Patrick MIGNARD
19 Janvier 2009

 

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BATAILLE IDEOLOGIQUE

En plein mois de Juillet, après un an de « révolution libérale » intense et deux mois d’une agitation sociale soutenue, couronnée par un échec évident de toutes les formes de luttes mises en place par les syndicats, les dirigeants de la majorité en ont conclu une chose très simple. « Nous avons gagné la bataille idéologique… » : « … nos idées et nos principes sont acceptés par les Français »,… Et pour qu’il n y ai aucune ambiguïté dans ces propos on décrète les grèves transparentes : « Désormais, quand il y en a, personne ne s’en aperçoit »

Propos provocateurs s’il en est, mais propos qui correspondent tout de même à une réalité : la lutte sociale, aujourd’hui, « ne paie plus ».

La molle réaction des syndicats à ces propos, sans parler du silence assourdissant de l’opposition officielle, en disent long sur les forces qui sont, paraît-il, à même de contrer cette offensive anti sociale sans précédent.

La dernière crise financière, puis économique n’a pas altéré l’opinion des tenants de ces propos… droits dans leurs bottes idéologiques, ils plient mais ne rompent pas devant les désastres engendrés par le système dont ils sont les garants. Le « revirements idéologiques », tout à fait superficiels d’ailleurs, se situent dans le cadre du système et ne l’altèrent absolument pas,… au contraire, ils le confortent.

COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ ?

C’est la question essentielle que se posent tous les militants (qui réfléchissent) et citoyens conscients de la catastrophe politique et sociale que nous subissons et qui va s’aggraver.

C’est la conjonction de trois évènements qui sont bien évidemment liés :

- Une nouvelle phase du capitalisme international qui dès le début des années 80 tire politiquement les leçons de sa mondialisation – c’est le début de la « contre révolution libérale » qui balaie les restes des politiques keynésiennes particulièrement favorables aux concessions du Capital vis à vis des salariés. Avec un léger contretemps en France, l’arrivée de la Gauche au pouvoir vite convertie au libéralisme ambiant.
- La persistance d’une opposition salariée qui, incapable de s’adapter au « nouveau cours » du capital, reproduit des formes de luttes complètement anachroniques.
- Il n’y a aucune d’alternative hormis l’illusion d’une victoire électorale… dont on sait qu’elle n’offre aucune perspective.

Idéologiquement, ce qui avance, ce qui progresse, ce que l’on appelle pompeusement la « modernité » c’est le mouvement du Capital. C’est lui qui fait la nouveauté, qui charpente le monde, qui domine la pensée, qui décide de ce qui est produit, de la manière dont c’est produit et réparti. Il est aidé en cela par l’effondrement du « système soviétique », son, à tort ou à raison, alter ego, idéologique dont le vide de sa disparition est immédiatement occupé par les « valeurs » de la marchandise.

Face à lui, les salariés, dont une partie non négligeable comptait sur le « soviétisme » comme, sinon modèle, du moins allié, pour porter un coup décisif au système du salariat. Ceux-ci, qui ont réussi, à force de luttes, à arracher au capital des acquis sociaux non négligeables, ont continué à revendiquer comme par le passé et avec les mêmes méthodes… sauf que les conditions avaient et ont changé.

La double relance du Capital avec d’une part un pouvoir économique accru et une stratégie de valorisation nouvelle, du fait de la mondialisation, des marges de manœuvres élargies pour cette même raison, et d’autre part le bonus idéologique du à l’effondrement du « monde socialiste » l’ont surdéterminé dans sa puissance dominatrice aussi bien économique qu’idéologique.

POURQUOI IDÉOLOGIQUE ?

Parce que ce qui prime dans l’esprit collectif, et l’Histoire nous le montre, ce sont les principes, on peut dire même les valeurs, du système en place, celui qui organise les rapports sociaux.

Tout système s’est doté d’un « appareil » idéologique, dont les formes ont évolué en fonction des époques, pour se justifier aux yeux de la majorité, mais qui a toujours eu pour but, et à pas mal réussi dans son entreprise, a créer les conditions morales pour que la majorité, et même et surtout celles et ceux qu’il exploitait, acceptent les conditions qui leur étaient faites – ça été vrai des paysans au Moyen Age, ça l’est aujourd’hui des salariés.

C’est exactement la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui.

Dans aucun pays capitaliste développé, le système marchand n’a été renversé. Contesté, certainement, mais il a toujours réussi à faire accepter finalement aux salariés leur condition de salarié. Quand ça n’a pas été pacifiquement et par la négociation et le compromis, ça a été par la violence, le fascisme, la répression, mais le système est toujours « retombé sur ses pieds ».

Aujourd’hui, cette situation n’a pas changé : le Capital a tissé un système politique qui verrouille toute issue pouvant le remettre en question. A force de démagogie sur la pseudo démocratie et l’ « esprit républicain »( ?) (on peut en voir les limites à propos de l’Europe), il n’y a en fait plus de choix.

Il a réussi à rendre universelle et intangibles des « valeurs » telles que l’efficacité, au sens marchand du terme, du travail, au sens du salariat, de la rentabilité, au sens financier, de l’intérêt individuel, au sens de la négation de la solidarité,…

Toutes ces « valeurs », que partage d’ailleurs la « gauche officielle », détachées de leur contexte social et aseptisée par un discours démagogiques, la grande majorité des citoyen-nes y adhère.

Cette situation est surdéterminée par l’incapacité des « opposants » à imaginer une stratégie concrète de changement. Leurs propositions se situent toutes dans le simple cadre d’une rhétorique, certes sympathique, mais abstraite et sans conséquence concrète, donc sans opérationnalité. Elles sont à la fois inoffensives pour le système, et lui servent de caution « démocratique »… « Vous voyez bien que l’on accepte la contestation !... ». La radicalité des discours cache en fait l’inexistence d’une stratégie de changement.

Cette situation explique le comportement apparemment ahurissant des citoyens qui en arrivent à voter en masse pour des individus qui non seulement n’apporteront aucune solution à leurs problèmes, mais aggraveront leur situation… alors que celles et ceux qui proposent une « solution » tout à fait conformes à leurs intérêts recueillent quelques poussières de pourcentage du corps électoral. Il y a là une contradiction que se gardent bien les opposants au système, d’élucider.

On peut ainsi dire que les dirigeants des intérêts du Capital ont gagné la « bataille idéologique » en ce sens que leurs « valeurs », leurs principes sont ceux de la société et n’ont aucune alternative sérieuse et concrète qui leur est opposée.

QUE FAIRE ET QUE NE PAS FAIRE ?

Est-ce à dire que leur victoire est totale et définitive ?

Bien sûr que non. D’abord, parce que dans l’Histoire rien n’est définitif. Mais ensuite et surtout parce que le système qui est fondé et porteur de ces « valeurs », est incapable d’assurer à terme la paix sociale et menace, par son fonctionnement, la survie même sur la planète.

Il n’empêche, qu’en dépit de cela, il domine économiquement, politiquement et dans les consciences… et continue ses dégâts en toute impunité.

La crise financière qui est en train de dévaster économiquement et socialement nos sociétés est dans l’état actuel incapable d’ouvrir sur une alternative… de la contestation radicale, des critiques véhémentes, voire des révoltes (comme en Grèce), des appels à la grève générale,… mais rien de déterminant.

L’ordre marchand règne

La fuite dans la construction d’organisations et de partis, pratique dans laquelle excellent les opposants au système, compense l’impuissance à se saisir d’une pratique alternative. Elle donne l’illusion de la radicalité, de l’efficacité, mais reproduit en fait le vieux schéma qui a fait faillite : organisons les plus convaincus pour prendre le pouvoir central et changeons la société.

Politiquement le déverrouillage idéologique des consciences ne saurait se limiter à de simples discours, aussi séduisants et convaincants soit-ils – la dérisoire expérience électorale en est la plus parfaite démonstration.

La dégradation, la décadence du système dominant, la prise de conscience par une partie – encore très limitée - de la population, engendre des pratiques alternatives riches en valeurs nouvelles, et porteuses d’espoir d’alternative quand à la mise en place de nouveau rapports de production et donc rapports sociaux. Or, ce phénomène n’est absolument pas pris en compte par la pratique politique actuelle qui se limite à conquérir des parties de pouvoir institutionnel, ce qui aboutit à la constitution d’une classe politique rapace et incompétente (des noms ?).

La bataille idéologique ne se gagnera pas dans les urnes et dans les assemblées et autres institutions officielles, pas plus qu’à coup d’affiches, de tracts ou de pétitions. Elle se gagnera lorsque les valeurs que nous défendons seront l’expression d’une réalité sociale alternative qui convaincra peu à peu la majorité de l’absurdité du système marchand et son possible remplacement par une société solidaire et viable.

Patrick MIGNARD
12 Janvier 2009

Voir aussi :
« LA RÉVOLTE ,… ET APRÈS ? »
« QU’EST-CE QUE CONSTRUIRE UNE ALTERNATIVE (1) (2) (3) (4) »
MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE

 

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ETAT ET VOLONTE POPULAIRE

La dernière crise financière est pleine d’enseignements, non seulement sur les fondements du système économique marchand, mais aussi sur la manière dont les autorités publiques, politiques agissent.

Le gouvernement américain n’a pas hésité, alors que sa philosophie politico-économique est la non intervention étatique, libéralisme oblige, à intervenir massivement en contradiction totale avec ses principes.

Quels enseignements peut-on et doit-on en tirer ?

L’ÉTAT ET LE PEUPLE

Il faut d’abord rappeler, et c’est essentiel, que nous nous situons dans un système qui se veut et se dit démocratique, autrement dit un système dans lequel l’Etat est, en principe, l’expression institutionnalisée de la volonté populaire. Le peuple élit ses représentants. Le gouvernement a donc une légitimité populaire.

Il n’y a donc, en principe, aucune contradiction entre l’Etat et la population de citoyens-nes.

On peut donc en conclure, logiquement et légitimement que le peuple approuve majoritairement, par ses représentants, le système économique dans lequel il vit. De même, et réciproquement, l’Etat est le garant du système… en l’occurrence marchand fondé sur le principe du salariat.

Il y a donc tout lieu de supposer, et comment pourrait-il en être autrement, que les actions de l’Etat, en vue de préserver ce système ne sont que l’expression du peuple qu’il représente.

Or, il se trouve que, dans la phase actuellement du développement du système d’économie de marché, l’Etat a décidé de se désengager de l’économique afin de laisser toute liberté aux mécanismes de marché. Cette décision est appliquée par des personnes, les élus, le gouvernement, qui sont directement et indirectement désignés par le peuple. On peut donc supposer, comment pourrait-il en être autrement, que tout cela est fait avec l’approbation de la majorité des citoyens.

Résumons nous : L’’Etat, expression du peuple est le garant du système dans lequel vit le peuple.

L’ÉTAT, LE PEUPLE ET LA CRISE

Plaçons nous maintenant dans le cas où le système est en crise – par exemple la crise financière.

Les mécanismes financiers – titrisation à outrance, marchés dérivés spéculatifs, etc., aboutissent à ce que l’on sait : la faillite et risques de faillite d’établissements bancaires piliers du système financier marchand.

Que doit faire l’Etat ?
Doit-il ou non intervenir pour soutenir ces établissements en faillite ?

S’il ne le fait pas, le système risque de s’écrouler ou du moins d’avoir des dérives dangereuses. Peut-il prendre ce risque au regard de la majorité qui lui a fait confiance ? Certainement pas. Revenons à la définition : il est le garant du système. Il doit donc intervenir.

Mais va-t-on me dire, « il intervient pour soutenir des gestionnaires incompétents, spéculateurs et des actionnaires seulement intéressés par l’argent, et il fait payer pour cela tous les citoyens… … et tout cela est scandaleux et fort injuste ».

Exact ! Et alors ? Il soutient le système que les citoyens lui ont confié… ils étaient libres et conscients, autrement dit «  citoyens », de ne pas l’accepter,… mais l’ont pourtant accepté… ou bien alors il faut en conclure que ce ne sont pas des citoyens qui ont voté, mais des individus stupides… et que le peuple serait composé d’une majorité d’imbéciles … ce qui montre que la démocratie ne fonctionne pas. Osera-t-on en tirer cette conclusion ?

D’autre part ce n’est formellement ni scandaleux, ni injuste, mais logique et démocratique. En effet, dans un système démocratique c’est le peuple qui doit payer les crises du système qu’il approuve… il est responsable par son approbation et son vote de ce qui se passe.

Reconnaissons que ce raisonnement est troublant, dur à admettre et pourtant difficilement contestable.

Ce raisonnement peut bien évidemment s’appliquer à toutes les questions économiques et sociale : liquidation des services publics, des systèmes de retraites, de la protection sociale,….

QUELLE/S CONCLUSION/S ?

Chacune et chacun en tirera les conclusions qu’il souhaite,… ou qu’il ose.

Pour ma part je soulignerai trois points :
L’expression populaire majoritaire, dans ce système, organisée comme elle l’est, peut aboutir, et aboutit, à n’importe quoi… le 20e siècle – et ce début du 21e - en sont plein d’exemples… dont on n’a tiré aucune leçon ce qui nous permet aujourd’hui de recommencer les mêmes erreurs. Dans le cas d’une dérive grave, une crise, il n’existe aucun moyen de correction… ce sont celles et ceux, ou leurs semblables, qui sont responsables qui opèrent,… d’autant plus qu’ils ont la légitimité pour faire tout et son contraire… au risque de ne pas être réélus lors des élections suivantes ,… et encore !. Dans tous les cas le peuple est passif et subit.

Jamais, à aucun moment, du moins de manière décisive, et dans le cadre institutionnel de l’expression populaire ne sont évoquées les limites du système en place – ce qui est logique puisqu’un système ne peut concevoir la perspective de son propre dépassement. Celles et ceux qui envisagent cette hypothèse se cantonnant dans la simple et véhémente critique (appel à...), voire participent aux mécanismes d’intégration et de stérilisation de la pensée politique (les élections).

Enfin, si tout ce qui précède est exact une dernière conclusion troublante s’impose : il n’y a actuellement pas de volonté populaire de dépassement du système marchand. Le discours critique n’est qu’un discours, purement velléitaire, qui se perd dans les méandres et les pièges tendus par le système pour le stériliser… ce à quoi il parvient parfaitement.

La montée en puissance d’un mécontentement n’est donc absolument pas annonciateur de changements et ce d’autant plus qu’aucune alternative concrète crédible n’est en perspective et que le système va se faire un devoir d’orienter ce mécontentement vers un mode d’expression qui va l’éteindre : les élections européennes de juin.

Ce mécontentement, consciencieusement canalisé par les syndicats – dés le 29 janvier - va être pris en otage par les partis politiques traditionnels, et les nouveaux venus qui veulent avant tout exister dans le système.

Sur ce, est-il encore utile de se souhaiter une « bonne » année ?

Patrick MIGNARD
6 Janvier 2009

 

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