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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

      LE SENS DES MOTS,

        LE CHOC DES FANTASMES

 

L’arrivée massive de réfugiés bouscule incontestablement notre société, non seulement sur les plans économique, politique et idéologique mais aussi et surtout sur le plan moral.

Cette situation n’est pas exceptionnelle tant dans ses causes que dans ses conséquences. Dans nos sociétés, et en particulier en Europe, le citoyen a une vision relativement figée du monde dans lequel il vit ; cela explique certainement sa passivité « civique » et sa réaction conservatrice qui se révèlent dévastatrices dans une situation de changement.

L’arrivée massive de réfugiés n’est pas un phénomène nouveau et exogène à nos sociétés. Partout et à toutes les époques, les déplacements de populations ont été provoqués par des phénomènes sociaux et politiques et ont eu pour conséquences de « bousculer » les contrées qui les ont vu arriver.

Il serait abusif et malhonnête de confondre invasion et exode.

Les conquistadors espagnols, au 15e siècle, en Amérique du Sud ; les « colons européens », en Amérique du Nord, dans de nombreuses régions d’Afrique, de même que les hordes nazies, lors de l’Opération Barbarossa en 1941 en URSS, sont incontestablement les acteurs d’une invasion qui peut se résumer à : destruction systématique des populations autochtones, expropriation, occupation des territoires, création d’une nouvelle société. L’invasion aboutit à une colonisation, voire un remplacement de la population.

Les exodes, parfois massifs, au 20e siècle, en France, d’Italiens, de Polonais, d’Espagnols fuyant Franco (un demi million), de Juifs persécutés par les nazis, d’Algériens, de rapatriés d’Afrique du Nord en 1962 (plus d’un million), de réfugiés du Sud Est-Asiatique,… et aujourd’hui de réfugiés du Moyen Orient, ne peuvent évidemment pas être assimilés à une invasion. Ils n’en ont ni les objectifs, ni les caractéristiques.

A toutes les époques, sauf curieusement dans le cas des rapatriés d’Algérie – qui eux, avaient colonisé l’Algérie – l’extrême droite a dénoncé l’exode comme une « invasion camouflée ». Or, l’Histoire montre qu’il n’en est rien.

Qu’un exode perturbe la société « réceptrice » est une évidence. Il interroge la société non seulement quant à son rapport à l’autre, à celui qui est différent, mais aussi sur la manière dont elle fonctionne. Mais vouloir faire croire qu’il s’agit d’une invasion est une manipulation de l’opinion publique à finalité politique. Le but étant de faire peur et de jouer sur cette peur pour engranger des voix aux élections.

La force d’une société est donc, non pas de se défausser face à un exode, en faisant croire à une invasion, mais au contraire – au nom des valeurs qui sont les siennes – d’assumer la situation, autrement dit : accueillir, aider, intégrer, voire, à terme, pour les volontaires, faciliter le retour dans le pays d’origine. Le repli frileux sur soi, la politique de la « forteresse assiégée », le rejet de l’autre, voire l’hostilité à son égard dénote une faiblesse congénitale du lien social et une « relative fragilité », pour les citoyens, des valeurs qui sont censées fonder la société.

La manipulation est donc grossière de la part de celles et ceux qui se gargarisent de valeur de charité et de solidarité, mais qui pour des raisons purement politiciennes font fantasmer l’opinion publique agitant le spectre d’une invasion. Les sociétés humaines sont ainsi faites, depuis la nuit des temps, qu’elles se sont construites par des circulations de populations L’Histoire montre que la stabilité des sociétés n’est que toute relative. Vouloir conserver, à tout prix, une civilisation dans une « mythique pureté » est une utopie.

Celles et ceux qui refusent l’aide aux réfugiés ont une vision très sélective des évènements : ils ne se sont jamais élevés contre la colonisation,… ils en ont même été les principaux acteurs et défenseurs. Etrange attitude !

Refuser un état de fait, un état du monde, un principe d’évolution des sociétés, c’est refuser de voir en face la réalité. Une telle attitude ne peut aboutir qu’à une catastrophe comme le monde en a déjà connu.

 

            18 septembre 2015                                                                                             Patrick MIGNARD

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