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Publié par PM sur
Publié dans : #matiere a reflexion

COMMENT EN SOMMES NOUS ARRIVES LA ?

 

 

Nous payons aujourd’hui la faillite de la pensée stratégique en matière de changement social et politique.

 

La mondialisation du Capital, sans changer radicalement les principes de fonctionnement de celui-ci (course aux profits, exploitation de la force de travail) a cependant structuré un espace socio-économique d’une dimension que les forces anti-capitalistes n’ont pas su/pu/voulu intégrer à leur réflexion.

 

La multiplication des firmes internationales a fait éclater, du moins dans les vieux pays industriels développés, le concept même de « classe ouvrière » tel qu’on le pense au 19 et 20e siècle… de même que celui de « patronat ». 

 

La financiarisation de l’économie (gagner plus en spéculant qu’en produisant) a profondément transformé la stratégie des investisseurs,… donc le rapport entre emploi de la force de travail et Capital.

 

Cette « désincarnation » du Capital,… a compliqué la relation Travail-Capital au grand bénéfice de celui-ci. Dans le conflit permanent entre Travail et Capital, ce dernier n’est plus clairement identifiable,… on a affaire aujourd’hui à des « patrons «  qui sont des holdings, des fonds de pensions difficilement situables dans l’espace et le temps. La lutte qui se mène entre l’un et l’autre, sans changer de nature a largement changé de cadre. Or, celles et ceux qui avaient la prétention de mener le combat contre la domination du Capital en sont restés pour l’essentiel au cadre correspondant aux conditions du début du siècle dernier.

 

Toutes les forces politiques et syndicales qui avaient la prétention de défendre les intérêts du Travail, ont faillit à leur mission… soit par intérêt, soit par incapacité à comprendre l’évolution du monde.

 

La transformation de l’espace socio-économique mondial a eu une conséquence redoutable au niveau de l’Etat-nation. Ce concept était à la base du développement du Capitalisme. C’est dans les Etats-nation que s’est construit, élaboré le Capitalisme,… on pourrait dire « les » capitalismes dans ses formes diverses et variées. La mondialisation du Capital, facilitée par le développement des moyens de communication et le progrès technique a unifié – au-delà des frontières - le processus de valorisation du Capital et a fait éclater l’Etat-nation. Or, c’est dans ce creuset qu’avait été conçu le concept de Citoyenneté. Concept qui a la fois constituait l’unité nationale, mais aussi le cadre des conflits de classes entre possédants et exploités. Pour dire simple : les luttes sociales se déroulaient dans un cadre qui faisait consensus, celui de la Nation. L’Etat, instrument de domination de la classe dominante gérait cette contradiction au travers de politiques sociales et économiques…  Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La marge de manœuvre de l’Etat-nation est beaucoup plus restreinte, en ce sens qu’il n’a plus l’autorité nécessaire pour appliquer de manière autonome des politiques économiques,… et ce d’autant plus que le Capital a fait pression pour que celui-ci abandonne le maximum de ses prérogatives – déréglementations , privatisations - en libéralisant l’économie. 

 

Cette perte d’identité citoyenne, conjuguée avec une domination de plus en plus pressante du Capital désormais international, aboutit à la situation actuelle où les conflits sociaux n’ont plus l’espace requis pour se résoudre.

 

Les paravents idéologiques, autrefois dressés, pour donner l’illusion aux exploités que leur situation n’était pas aussi catastrophique et qu’ils pouvaient compter sur le système pour améliorer leurs conditions, ne jouent plus. Les « bonnes fées de gauche » qui leur avaient fait miroiter ces paravents, tout en contribuant à la domination du Capital,… ne font plus illusion. Pas plus que les syndicats qui, de défenseurs et conquérants de nouveaux  droits sociaux, ont été rétrogradés au rangs de complices des liquidateurs de ceux-ci.

 

Ainsi, tous les repères sont tombés.

 

C’est sur ce désastre à la fois économique, social et idéologique que se développent les pires idéologies (le 20e siècle nous en donne un exemple parfait).

 

Les dérives nationalistes, populistes, néo-fascistes, racistes et xénophobes sont la rançon de cette faillite stratégique.

 

Les revendications, qui correspondent à un mal-être et à un sentiment d’impuissance politique (citoyenne) se développent sans analyse de fond de la situation. Le désir d’immédiateté l’emporte sur le souci de la compréhension de celle-ci. Le mouvement stagne sans réelles perspectives. L’incurie et la démagogie des appareils politiques font le reste. Toutes les dérives, y compris les plus dangereuses sont possibles.

 

Le Pouvoir joue bien sûr sur cette instabilité, génératrice d’angoisse, pour essayer de récupérer et recontrôler la situation.  Il a, pour cela, à sa disposition les moyens militaires, médiatiques, administratifs, mais aussi du temps ; mais devant son incompétence ou simplement l’ampleur de la révolte il peut aussi échouer. Tout est alors possible,… la raison vacille et les pulsions les plus destructrices et scandaleuses peuvent émerger dans et du collectif : celle du « bouc émissaire » par exemple. Ainsi l’extrême droite encore discrète sur le sujet, garde cette carte en réserve. Hier le juif, aujourd’hui le musulman ou le migrant. Quelques tentatives d’imposer ce thème sont tentées. S’imposeront-elles ? Rien n’est sûr,… mais le risque ne doit pas/ne peut pas être couru.

 

Face à cela,… pas grand-chose, sinon un molle soutien qui se résume à : « aux prochaines élections on vous soutiendra,… votez pour nous ».  Autrement dit, rien de convainquant et de sérieux.

 

Le risque de dilution du mouvement est grand, soit dans les partis déjà existants,… et c’est la disparition du mouvement en tant que tel, soit la création d’un parti / liste aux prochains scrutins et c’est la récupération du mouvement par le système qu’il dénonçait. Le fond de l’impasse sera alors atteint. L’ensemble du système (Pouvoir, partis et syndicats) récupèreront la situation à leur profit. Rien ne se fera.

 

Le risque finalement c’est de se dire demain : Tout ça pour ça ?

 

 

 

 

Toulouse – 31 décembre 2018                                                   Patrick MIGNARD

 

Voir aussi :

 

  « LA REVOLTE ... ET APRES»

  « L’AVENIR SE CONSTRUIT AUJOURD’HUI »

  « REVOLTE JAUNE – Progression ou régression » ?

 

 

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